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vendredi 13 juillet 2018

Réactions françaises à l’islamisme et au djihadisme

Par Yves Montenay.

Parlons aujourd’hui, de l’évolution dans le bon sens d’une partie des musulmans français. Il y a encore quelques mois, l’État islamique était glorieux et redouté. S’il horrifiait la majorité des musulmans, d’autres en étaient fiers : on impressionnait les Occidentaux : « Ca nous change de nos humiliations répétées ». Maintenant qu’il est presque éliminé, malgré quelques coups d’éclat prévisibles, le temps de la réflexion est venu. Nous nous focaliserons aujourd’hui sur la France

Une confusion islam/islamisme voulue par les deux extrêmes

Commençons par un bref rappel de vocabulaire. Les islamistes sont les musulmans qui estiment que l’islam doit être politique (religion officielle, application des textes religieux par le pouvoir etc.). Ils sont divisés en toutes sortes de mouvements que nous ne décrirons pas ici, sauf les djihadistes, qui sont ceux des islamistes qui estiment devoir s’imposer par la violence. Les djihadistes sont eux-mêmes divisés en de multiples groupes, soit du fait d’obédiences tribales, soit du fait de choix politiques comme Al Qaïda ou Daesh (acronyme arabe de l’État Islamique).

Pour une partie de l’opinion mondiale, on confond musulmans, islamistes et djihadistes. Cela soit par ignorance, soit par calcul. Ce calcul est celui de des deux extrêmes : les islamistes d’un côté, les anti musulmans systématiques de l’autre. Certes, ces derniers utilisent en général le mot islamophobe pour éviter l’accusation de racisme : « nous attaquons une religion, l’islam, et non une population, les musulmans ». Mais on voit bien qu’il ne s’agit souvent que d’une précaution juridique.

Ces deux extrêmes s’accordent sur le fait que le véritable islam est celui de l’intolérance et de l’hostilité envers les autres. Pour les djihadistes, ces autres sont d’abord les musulmans ne partageant pas leurs idées et qu’ils massacrent à première occasion, et ensuite l’Occident.

À cette hostilité systématique, les djihadistes ajoutent un calcul politique : il faut déclencher des réactions anti musulmanes qui pousseront les croyants à rejoindre leurs rangs.

Les islamophobes veulent eux aussi déclencher de telles réactions pour la sauvegarde de l’identité nationale mais au fond d’eux-mêmes en espérant que cela incitera des musulmans à quitter leur pays.

Mon avis est donc qu’ils font le jeu des djihadistes, alors que beaucoup de musulmans ne sont pas islamistes, et encore moins djihadistes. Cela non pas pour des raisons théologiques, mais tout simplement parce qu’ils voient ce qui en résulte concrètement dans les pays où les islamistes sont ou ont été au pouvoir.

C’est dans ce contexte que je présente des réactions d’intellectuels français. La première de ces réactions est qu’il ne faut pas valoriser les activistes, et qu’il vaut mieux les traiter comme de simples délinquants.

Les islamistes sont des délinquants de droit commun ou des nihilistes

Il s’agit d’éviter de faire des terroristes des martyrs, mais les traiter comme de simples voleurs ou meurtriers, comme on le faisait d’ailleurs pour les anarchistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle1.

Il faudrait donc leur refuser une dimension religieuse qui, pour la majorité des musulmans, trahit les préceptes de l’islam qu’ils prétendent incarner. Je ne veux pas entrer ici dans une querelle théologique sur le bien-fondé de cette dernière opinion, mais je remarque qu’ils n’ont souvent aucune maîtrise de l’arabe et ne fréquentent pas les mosquées.

Ainsi l’islamologue Olivier Roy estime qu’ils sont d’abord des nihilistes fascinés par la violence (rappelons qu’il s’oppose à Gilles Kepel qui insiste sur le religieux et au tiers-mondiste François Burgat qui insiste sur l’héritage de la colonisation).

Une synthèse de propos musulmans « modernistes »

Après avoir poussé dans leurs retranchements des musulmans français  modernistes sur le Coran et lu leurs articles et ouvrages, je synthétise leurs propos comme suit : « On ne retouche pas des textes anciens (surtout quand il viennent de Dieu !) mais on en fait une lecture contemporaine ».

Il y a de bons livres sur ce sujet, notamment Le Coran expliqué aux jeunes de Rachid Benzin au Seuil. Ce livre recoupe les études non musulmanes et laïques que je connais bien. Elles situent le texte de Mahomet et les conséquences juridiques qui en ont été tirées pendant les siècles suivants dans leur contexte historique, avec bien sûr un ton adapté aux jeunes musulmans. On peut résumer comme suit l’esprit général de ce livre : « Dieu s’est adressé aux Arabes d’alors. Les problèmes sont différents aujourd’hui. A nous de voir ce qu’il aurait dit à notre époque », l’exemple classique étant : « Aujourd’hui les femmes sont instruites et gagnent leur vie alors qu’à l’époque de Mahomet il fallait les nourrir et les protéger ».
Le philosophe musulman Abdennour Bidar va, lui, nettement plus loin, comme le montrent les extraits ci-après de sa Lettre ouverte au monde musulman, extraits que j’ai résumés, en espérant ne pas le trahir.

Pour Abdennour Bidar, une réforme profonde de l’islam est nécessaire

Cher monde musulman, je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale.

Je te vois en train d’enfanter un monstre et de refuser de reconnaître que ce monstre est né de toi. Tu cries « Ce n’est pas l’islam ! ». Tu as raison de le faire. Il est indispensable que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ?

(N’écoute pas des intellectuels occidentaux), ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion qu’ils me disent « Non, le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. ». Mais en fait ta maladie profonde est l’impuissance à instituer des démocraties durables et la liberté de conscience vis-à-vis d’une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire, à améliorer la condition des femmes, à séparer suffisamment le pouvoir politique de la religion et à une véritable reconnaissance du pluralisme religieux.
Depuis des siècles, tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident, et tu t’es réfugié dans le passé ! Tu t’obstines à ne pas (te libérer) de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie toute entière. Trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition qu’ils ne comprennent même pas qu’on leur parle de liberté spirituelle !

C’est donc trop souvent l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui enferme tes filles et tes fils dans la cage d’un Bien et d’un Mal que tout le monde subit, l’islam de la tradition et du passé, l’islam déformé par tous ceux qui l’utilisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes
Quand donc vas-tu faire enfin ta vraie révolution ? Il faut réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants. Et n’écoutes pas ceux qui veulent faire de toi une victime, car ils ne te rendent pas service !

Dans le monde musulman il y a de nombreuses voix analogues, mais elles ne peuvent s’afficher que dans les pays libres, comme les pays occidentaux ou l’Inde.

Dans les pays musulmans, l’Internet permet d’y accéder, la police des réseaux y étant moins efficace qu’en Chine, mais ils subissent la concurrence puissante des médias traditionalistes ou activistes, et notamment de ceux financés par l’Arabie.

D’où la question : « le nouveau prince héritier du royaume saoudien va-t-il faire cesser ces financements et ces émissions ? »
Abdennour Bidar place la barre bien haut, et beaucoup de musulmans trouvent plus simple de quitter l’islam, en France comme ailleurs dans le monde.

Quitter l’islam ?

Cela semble arriver de plus en plus souvent. Certes, c’est impossible à chiffrer, mais les témoignages se multiplient.
Des sites Internet, en France et à l’étranger, exposent des témoignages de nouveaux athées qui expliquent la motivation de leur démarche.

La presse y fait parfois allusion,The Economist décrit le phénomène aux États-Unis, Le Monde pour les habitants de Mossoul traumatisés par l’État islamique, ou les Iraniens par leur régime. Même la presse maghrébine évoque des conversions à l’évangélisme.

Au Maroc, ces nouveaux Chrétiens ont écrit au roi pour se plaindre des refus des services de l’état civil d’enregistrer un prénom chrétien pour leurs enfants. Dans les pays où il est interdit, l’athéisme apparaît à l’occasion d’un procès.

Le grand écart

Nous venons de voir quelques illustrations de réaction musulmane au djihadisme et à l’islamisme. Pour les Occidentaux, elles vont dans le bon sens.

Mais ça ne doit pas cacher les mouvements inverses bénéficiant des immenses moyens des pouvoirs publics, comme vient de le montrer l’enracinement de l’islamisme en Turquie par un Erdogan de plus en plus autoritaire. Suite à sa réélection à la présidence le 24 juin 2018, le maintien au pouvoir d’une personnalité de plus en plus dictatoriale et islamiste en Turquie est une catastrophe. Il est aussi une illustration de l’efficacité électorale des théories du complot, puisque ses électeurs sont persuadés que tout ce qui va mal (baisse de la devise nationale, hausse des prix, retrait des étrangers) est le fruit d’un complot occidental.

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