C’est une photo saisissante ce mardi à la une du Parisien.fr .
Le cadre est des plus symboliques : le palais de Versailles, et dans le
palais, la Galerie des Glaces. On ne fait pas plus somptueux de
grandeur historique et de majesté. Et dans cette salle que le monde des
têtes couronnées nous a enviée et copiée, un groupe de visiteurs.
Il y a là six femmes et une dizaine d’enfants dont trois adolescents mâles. Pas un homme adulte, sauf un photographe égaré sur le côté gauche du cliché. Le groupe est assis par terre. Les mères – puisqu’à l’évidence ce sont celles des enfants – sont toutes voilées. Quatre sont en boubou sous leur voile, et pieds nus.
Le titre nous apprend que le château de Versailles avait, lundi, « ouvert ses portes aux familles défavorisées » pour une visite privée. C’était la journée de vacances offerte par le Secours populaire à quelque 300 personnes des Yvelines. Des familles « venues de Chanteloup-les-Vignes, Élancourt, Guyancourt, Houilles, La Verrière, Le Perray-en-Yvelines, Les Mureaux, Montesson, Poissy, Trappes et Versailles ». Les banlieues de la misère et, pour certaines, hélas bien connues comme « territoires perdus de la République ».
Réparties en petits groupes, les familles ont donc découvert ce joyau du patrimoine sous la houlette d’un guide. « Notre but est de rendre accessible la culture à tous », dit l’une d’elle au quotidien. Tous se sont ensuite retrouvés au bord du Grand canal pour un pique-nique.
Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ce papier. Je pense en effet que la culture est le seul moyen d’intégration que nous puissions offrir à tous ces enfants, et pas la culture au rabais. Il faut les intégrer à ce pays qui est le leur – ils y sont généralement nés – par l’histoire, l’art et le patrimoine ; il faut cesser d’entretenir chez eux une pseudo culture de la révolte et du communautarisme (cf. le rap) et surtout rendre possible une fierté d’appartenance à la nation, si possible autrement et beaucoup plus largement que par le foot.
Non, ce qui me frappe dans cette photo, c’est qu’elle manifeste de façon criante une réalité qu’on s’applique à cacher. Une réalité si évidente qu’elle justifie (un comble !) le refus dans ce pays des statistiques ethniques. Oui, les pauvres, « nos » pauvres, sont très majoritairement des Français (ou pas) d’origine immigrée. Ce sont eux les premiers bénéficiaires des minima sociaux, eux qui forment la cohorte des chômeurs de longue durée et des travailleurs non déclarés ; eux qui sont majoritairement dans l’échec scolaire, et eux encore, malheureusement, qui remplissent les cellules de nos prisons.
Cela, tout le monde le sait, à commencer par les associations telles le Secours populaire qui côtoient la misère au quotidien. Le problème est que nous ne sommes pas d’accord sur la façon d’aborder la question, donc sur les causes et les remèdes. Les « humanitaires » et les politiques de gauche, en général, pensent que la question se résoudra en accueillant toujours davantage de nécessiteux, lesquels abondent tout autour de la planète. Naïvement, à moins que ce ne soit cyniquement, ils feignent de croire que le « Grand remplacement » mettra enfin tout le monde sur un pied d’égalité : une planète de pauvres et une poignée d’élites autoproclamées pour la diriger. Revenu minimum et savoir minimum pour tous, jeux à gogo et intelligence artificielle pour remplacer les bras devenus inutiles.
Ce n’est pas la vision que je me fais de l’avenir pour mes petits-enfants. Il est vrai qu’ils n’ont pas attendu le Secours populaire pour connaître Versailles et ce n’est pas une question de revenus. Quand on cessera de mettre dans la tête des pauvres qu’il leur faut un maillot de foot à 140 euros et le dernier smartphone sorti sur le marché pour exister, on aura fait beaucoup pour eux. Mais je ne suis pas sûre que ce soit réellement l’objectif…
Marie Delarue
Source
Il y a là six femmes et une dizaine d’enfants dont trois adolescents mâles. Pas un homme adulte, sauf un photographe égaré sur le côté gauche du cliché. Le groupe est assis par terre. Les mères – puisqu’à l’évidence ce sont celles des enfants – sont toutes voilées. Quatre sont en boubou sous leur voile, et pieds nus.
Le titre nous apprend que le château de Versailles avait, lundi, « ouvert ses portes aux familles défavorisées » pour une visite privée. C’était la journée de vacances offerte par le Secours populaire à quelque 300 personnes des Yvelines. Des familles « venues de Chanteloup-les-Vignes, Élancourt, Guyancourt, Houilles, La Verrière, Le Perray-en-Yvelines, Les Mureaux, Montesson, Poissy, Trappes et Versailles ». Les banlieues de la misère et, pour certaines, hélas bien connues comme « territoires perdus de la République ».
Réparties en petits groupes, les familles ont donc découvert ce joyau du patrimoine sous la houlette d’un guide. « Notre but est de rendre accessible la culture à tous », dit l’une d’elle au quotidien. Tous se sont ensuite retrouvés au bord du Grand canal pour un pique-nique.
Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de ce papier. Je pense en effet que la culture est le seul moyen d’intégration que nous puissions offrir à tous ces enfants, et pas la culture au rabais. Il faut les intégrer à ce pays qui est le leur – ils y sont généralement nés – par l’histoire, l’art et le patrimoine ; il faut cesser d’entretenir chez eux une pseudo culture de la révolte et du communautarisme (cf. le rap) et surtout rendre possible une fierté d’appartenance à la nation, si possible autrement et beaucoup plus largement que par le foot.
Non, ce qui me frappe dans cette photo, c’est qu’elle manifeste de façon criante une réalité qu’on s’applique à cacher. Une réalité si évidente qu’elle justifie (un comble !) le refus dans ce pays des statistiques ethniques. Oui, les pauvres, « nos » pauvres, sont très majoritairement des Français (ou pas) d’origine immigrée. Ce sont eux les premiers bénéficiaires des minima sociaux, eux qui forment la cohorte des chômeurs de longue durée et des travailleurs non déclarés ; eux qui sont majoritairement dans l’échec scolaire, et eux encore, malheureusement, qui remplissent les cellules de nos prisons.
Cela, tout le monde le sait, à commencer par les associations telles le Secours populaire qui côtoient la misère au quotidien. Le problème est que nous ne sommes pas d’accord sur la façon d’aborder la question, donc sur les causes et les remèdes. Les « humanitaires » et les politiques de gauche, en général, pensent que la question se résoudra en accueillant toujours davantage de nécessiteux, lesquels abondent tout autour de la planète. Naïvement, à moins que ce ne soit cyniquement, ils feignent de croire que le « Grand remplacement » mettra enfin tout le monde sur un pied d’égalité : une planète de pauvres et une poignée d’élites autoproclamées pour la diriger. Revenu minimum et savoir minimum pour tous, jeux à gogo et intelligence artificielle pour remplacer les bras devenus inutiles.
Ce n’est pas la vision que je me fais de l’avenir pour mes petits-enfants. Il est vrai qu’ils n’ont pas attendu le Secours populaire pour connaître Versailles et ce n’est pas une question de revenus. Quand on cessera de mettre dans la tête des pauvres qu’il leur faut un maillot de foot à 140 euros et le dernier smartphone sorti sur le marché pour exister, on aura fait beaucoup pour eux. Mais je ne suis pas sûre que ce soit réellement l’objectif…
Marie Delarue
Source