Face à la « bombe Vigano », qu’il
faudrait plutôt appeler la trompette apocalyptique « an-noncia-trice »,
tant le message fracasse certitudes, positions dominantes et fausses
idoles… Elle secoue l’assoupissement de l’Église, en la personne de
plusieurs de ses plus éminents responsables. Face à cette interpellation
universelle, pour un redressement de la foi et des mœurs, en passant
par le creuset de la difficile purification, au-delà même de la personne
de l’auteur et des détails de ses accusations, au milieu du chaos et de
la panique générale, au lieu d’un élan unanime d’union autour du désir
de faire la vérité et de se ressaisir, à l’inverse un vent mauvais se
lève… La réaction s’organise, eaux troubles où le démon va pouvoir,
comme d’habitude, pêcher librement.
2. Donner le change,
en prétendant trouver les fondements du mal dénoncé dans le
« cléricalisme », en recyclant pour faire bonne mesure les vieux
serpents de mer de l’ordination des femmes ou du mariage des prêtres,
qui constitueraient des remèdes appropriés. C’est la tactique reprise
par le journal La Croix.
C’est un leurre plus subtil que le premier. Il relève de la tactique de
l’obstruction : dévier le coup ou multiplier les objections
secondaires. Un grand classique. Le quotidien est sûr ainsi d’attirer
tous les nostalgiques de mai 68. Or, le mal n’est pas le cléricalisme,
c’est le relativisme moral, contraire à l’Évangile, ayant entraîné la
corruption d’abord des esprits, puis des mœurs, au nom de la tolérance
et de la liberté ; c’est l’indulgence coupable vis-à-vis de
l’homosexualité (et non des personnes à tendance homosexuelle) par
conformisme envers les idées ambiantes.
3. Dénoncer un complot
ourdi par les franges les plus réactionnaires du catholicisme, par
esprit de vengeance ou d’ambitions déçues. MM. de Plunkett ou Le
Morhedec, sont à la manœuvre en France, mais ne trompent personne. Nous
n’avons pas encore eu droit à la thèse du complot russe (Poutine ou son
complice le patriarche de Moscou), mais on va y venir très vite. La
ficelle est grosse, mais efficace, si on y ajoute une bonne poignée de
calomnies personnelles sur le « lanceur d’alerte ». En cas de panique,
comme actuellement, tous les moyens sont bons. Tapez au plus bas pour
déconsidérer moralement l’adversaire. Mentez, mentez, il en restera
toujours quelque chose.
4. En appeler à l’unité,
autour du pape (ou des évêques), contre les soi-disant diviseurs, ou
laisser la résolution de la question à la « maturité des journalistes »,
parce que ce chaos blesse l’Église. C’est l’argument universel et
perpétuel des autorités lorsque la marée critique commence à déborder.
Cela évite de répondre à la question. Il a été servi au moment de la
crise liturgique, depuis le début de celle des vocations, à chaque fois
que nos pasteurs prenaient des positions contestables ou ne prenaient
pas celles qui s’imposaient. C’est l’argument d’autorité : « je ne veux
voir qu’une seule tête », qui sacrifie bien aisément la vérité sur
l’autel du consensus. La « culture du déni et de l’obstruction », au nom
de la désirable unité. Telle est l’ultime tactique du diable.
Pour conclure,
la parole est donnée à l’archevêque de San Francisco, Salvatore
Cordileone (cela ne s’invente pas : « Sauveur Cœur-de-lion ») :
« Les déclarations [de Mgr Vigano] doivent donc être prises au sérieux. Les rejeter à la légère ce serait vouloir continuer une culture de déni et d’obstruction. Bien entendu, pour valider ses déclarations en détail, il faudra mener une enquête formelle, approfondie et objective… je me joins (à l’appel) d’autres évêques pour réclamer une telle enquête et prendre toute mesure corrective nécessaire, à la lumière de ses conclusions. »
Parce
que nous aimons l’Eglise plus que jamais, nous ne demandons rien
d’autre, Plus de commissions impuissantes, plus de repentances
stéréotypées, plus de silence, plus d’obstruction, plus de
faux-semblants. La vérité, rien que la vérité et toute la vérité. Saint
Pierre Damien, priez pour l’Église !