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dimanche 5 avril 2015

La droite et sa primaire, un changement profond de culture politique



La droite et sa primaire, un changement profond de culture politique
Pour la droite, c'est un profond changement de culture politique: habituée depuis le général De Gaulle à la figure tutélaire d'un chef, elle s'apprête à choisir son candidat pour 2017 par une primaire ouverte au centre, voulue la plus démocratique possible.

Suivant l'exemple des socialistes et de sa primaire de 2011, l'UMP organisera la sienne le 20 novembre 2016, invitant des candidats centristes à y participer. Un second tour, plus que probable, est prévu le 27 novembre.

Les modalités pratiques ont été fixées par un groupe de travail représentant les principaux ténors de l'UMP, candidats déclarés ou pas encore - Alain Juppé, François Fillon, Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, Xavier Bertrand ou Nathalie Kosciusko-Morizet. Elles devraient être entérinées par le prochain bureau politique de l'UMP, le 7 avril.

Juppéistes et fillonistes espèrent que l'UMP fera "aussi bien" que le PS avec 2,9 millions d'électeurs à l'automne 2011. Un tel socle irait bien au-delà des seuls sympathisants UMP, davantage portés à voter pour Sarkozy que pour leurs champions. Le député de Paris compte sur les libéraux anti-Sarkozy pour faire pencher la balance de son côté. Le maire de Bordeaux espère qu'une base élargie aux électeurs centristes le favorisera.

eudi, M. Juppé a mis en garde contre un scrutin qui serait "bidouillé", menaçant, si c'était le cas, de se présenter en 2017, faisant ainsi du premier tour de la présidentielle une primaire à droite.

Selon une version provisoire de la "charte d'organisation de la primaire", publié dans Le Monde du 3 avril, les électeurs éventuels - inscrits sur les listes électorales, ou ayant 18 ans à la date de l'élection présidentielle - devront s'acquitter de la somme de deux euros par tour.

Ils devront également signer la déclaration suivante: "J'adhère aux valeurs de la droite et du centre. Je m'engage pour l'alternance et pour le redressement de la France".

- Faux suspense -

La charte précise que chaque candidat à la primaire doit s'engager "à soutenir publiquement le candidat à la présidence de la République désigné à l'issue de la primaire et à prendre part à sa campagne".

Le seuil de parrainages, mais qui pourrait être revu à la baisse à la demande de Xavier Bertrand ou NKM, est pour le moment fixé à au moins 25 parlementaires, au moins 250 élus répartis sur un minimum de 30 départements, au moins 2.500 adhérents répartis sur un minimum de 15 départements.

Ces conditions ne sont pas valables pour les autres partis (UDI...) qui fixeraient les leurs s'ils décidaient de participer à cette pré-présidentielle.

La primaire aura lieu avec un bulletin papier dans au moins 8.000 bureaux de vote.

"Ce système, qui transforme l'élection présidentielle à deux tours en élection à quatre tours, aura des conséquences majeures sur la Ve République mais c'est la meilleure solution à la compétition interne de notre famille politique", se félicite Guillaume Larrivé, secrétaire national de l'UMP chargé de la Réforme des institutions.

Seules trois personnalités UMP sont sur les rangs pour le moment. Outre les anciens Premiers ministres Fillon et Juppé, Christian Estrosi, député-maire de Nice et ancien ministre, a confirmé le 20 mars sa candidature, même face à Sarkozy.

Occupé, depuis son élection à la tête de l'UMP, en novembre, à rassembler sa famille politique, éprouvée par deux ans de luttes internes, l'ex-chef de l'Etat laisse planer un faux suspense. "Je n'ai pas dit que moi-même serai candidat, il n'y a pas d'obligation", a-t-il encore dit le 24 mars.

La candidature de M. Sarkozy ne faisant pas de doute dans son camp - d'autant que la victoire des départementales a conforté son leadership sur la droite - une question cruciale doit encore être débattue. A quel moment de la campagne le président-candidat du parti doit-il quitter ses fonctions' Et qui prend la tête de l'UMP après la primaire' "On n'en est qu'au début des discussions", prévient un proche de Juppé. 
 
Source:

afp via l'express

Où va le FN après les élections départementales de 2015 ? (video)




Que retenir des élections départementales des 22 et 29 mars 2015 ? Joël Gombin donne, pour l’Observatoire des radicalités politiques, son analyse des rapports de force et de la dynamique Front national.

On pourra également lire ce compte-rendu de la conférence de presse de l’ORAP écrit par Estelle Gross pour Le Nouvel observateur.




Source:

Fragments sur les temps présents

« En Occident comme en Orient, les valeurs se résorbent dans la valeur d’échange et de marché »



« En Occident comme en Orient, les valeurs se résorbent dans la valeur d’échange et de marché »
 
 Entretien avec Alain de Benoist
 
On n’a jamais autant parlé de la confrontation entre Occident et Orient. Le premier monde semble avoir évacué Dieu de son logiciel. Mais le second, tendant à réduire l’islam à de simples prescriptions vestimentaires et alimentaires, ne serait-il pas, lui aussi, en train de chasser Dieu de la religion ?

Pris globalement, les mots « Orient » et « Occident » ne veulent plus rien dire : « l’Orient », c’est aussi bien « les Arabes » que « les Chinois » ! N’oubliez pas non plus qu’il y a un islam européen, et aussi des chrétiens d’Orient. Concernant « l’évacuation de Dieu », tout ce que l’on peut dire, c’est que la déchristianisation de la France se poursuit régulièrement depuis des décennies. En 2003, 62 % des Français se déclaraient encore catholiques (contre 81 % en 1952), mais le nombre des pratiquants « messalisants » (qui vont à la messe toutes les semaines) n’est plus aujourd’hui que de 4,5 % (contre 25 % en 1961), ce qui fait de la France le pays catholique où la pratique dominicale est la plus basse. Le catholicisme conserve un pouvoir de mobilisation important (voir la Manif pour tous), mais 47 % des 18-24 ans se disent « sans religion », tandis que 46 % des pratiquants sont des retraités (contre 25 % dans la population générale). Quant à la moyenne d’âge des prêtres (on n’en compte plus que 13.000, contre 50.000 en 1970), elle a maintenant dépassé 70 ans. De toute évidence, les gros bataillons de la chrétienté sont aujourd’hui dans le tiers monde.

La comparaison avec l’islam est difficile parce que la notion de « pratique » n’a pas le même sens dans les deux religions : la fréquentation d’une mosquée n’est pas un devoir obligatoire du culte, la prière quotidienne pouvant être faite n’importe où. En 2011, l’institut Hudson (New York) avait publié une étude selon laquelle il y aurait en France 2,5 millions de musulmans pratiquants contre 1,9 million de catholiques « messalisants », mais ces conclusions ont été critiquées. On sait en revanche qu’à l’heure actuelle, sur six millions de musulmans présents en France, 4,2 millions déclarent jeûner pendant le ramadan.

Autre point commun, le christianisme de marché avec les évangélistes à l’ouest, et à l’est l’islam à son tour marchandisé ; soit la charia, les centres commerciaux plus la Wi-Fi. Il y a de quoi devenir païen, non ?

Rassurez-vous, les païens ne sont pas prosélytes ! La vérité est que la marchandisation touche tous les milieux parce que l’idéologie dominante est une idéologie utilitariste fondée sur l’axiomatique de l’intérêt. Dans un tel climat, toutes les valeurs tendent à se résorber dans la valeur d’échange et de marché. Plus que de l’athéisme, les religions sont victimes de l’indifférentisme et de ce que Jean-Paul II appelait très justement le matérialisme pratique. La religion d’habitude se borne alors à l’orthopraxie. C’est le phénomène que les sociologues décrivent comme une pratique sans croyance (belonging without believing), auquel répond une croyance sans pratique (believing without belonging).

Mais ce qui frappe le plus, c’est l’idée que nos contemporains se font de la religion. La plupart d’entre eux déclarent y chercher ce qu’ils pourraient aussi bien trouver dans une thérapie comportementale ou dans la pratique du yoga : un confort, une façon d’être « mieux dans sa peau ». L’aspect disciplinaire de la foi leur échappe complètement, ce qui revient à dire qu’ils se composent une religion à la carte, en prenant ce qui leur plaît et en rejetant ce qui leur déplaît (la « morale sexuelle » de l’Église, par exemple). Plus significative encore est leur ignorance de leur propre religion : 13 % seulement de ceux qui se disent catholiques déclarent croire à la résurrection des morts, et seuls 42 % s’affirment sûrs de l’existence de Dieu ! Ne parlons même pas de l’histoire des dogmes, de la patristique ou de la théologie…

À force d’invoquer le choc des civilisations, certains ne seraient-ils pas en train de le faire advenir ? Et avec Caroline Fourest et les Femen, nos sociétés sont-elles bien armées pour y faire face ?

Laissons de côté la dame Fourest et les Femen (« comme on connaît ses seins, on les honore »). Pour parler de « choc des civilisations », il faudrait déjà qu’il y ait encore des civilisations et que celles-ci soient capables d’être des acteurs du jeu politique, ce qui n’est pas démontré. Disons plutôt qu’un trop-plein rencontre aujourd’hui un trop-vide, et que les « fous de Dieu » n’ont pas de mal à s’imposer à ceux qui ne croient plus à rien. Une culture européenne vidée de son énergie, qui ne consent à se souvenir de son passé que pour s’en repentir et de son identité pour s’en « désoriginer », une Europe qui se veut « ouverte à l’ouverture » parce qu’elle croit que l’« universel » est synonyme de vacuité substantielle, n’est plus qu’une pâte molle où tout ce qui demeure de puissance dans le monde peut imprimer son empreinte. Éternelle dialectique de la matière et de la forme…
 
Source:

Boulevard Voltaire

D'ici 2050, les Musulmans devraient être presque aussi nombreux que les Chrétiens



D'ici 2050, les Musulmans devraient être presque aussi nombreux que les Chrétiens
D'ici 2050, les Musulmans seront presque aussi nombreux que les Chrétiens dans le monde et les personnes sans religion verront leur part décliner, indique jeudi une étude américaine.

Dans "L'avenir des religions dans le monde : projections 2010-2050", le Pew Research Center affirme que si les tendances continuent, d'ici 2050 dans le monde, "le nombre des Musulmans égalera presque celui des Chrétiens" qui resteront néanmoins le plus gros groupe religieux.

L'étude qui se base sur des projections prenant notamment en compte le taux de fertilité, la jeunesse des populations, les migrations ou les tendances aux conversions, indique que les Musulmans seront 2,76 milliards (1,6 en 2010) en 2050 alors que les Chrétiens seront 2,92 milliards (2,17 en 2010).

Les Chrétiens seront toujours le premier groupe religieux au monde, avec une proportion invariable à 31,4% et les Musulmans formeront 29,7% de la population mondiale contre 23,2% en 2010.

Pendant ces quatre décennies, l'Islam "grandira plus vite que n'importe quelle autre religion", précise le rapport, en enregistrant -- grâce à une population jeune au taux de fertilité élevé -- 75% d'augmentation sur la base d'une progression de 35% de la population mondiale.

Si les tendances persistent, l'Islam sera la première religion au monde après 2070, selon Pew.

En chiffre absolu, tous les groupes religieux progressent sauf les Bouddhistes qui conservent un nombre stable, en raison d'une population vieillissante et au taux de fertilité faible en Chine, Thaïlande ou Japon.

Le nombre des athées ou sans affiliation religieuse augmentera de 10% pour atteindre 1,23 milliard de personnes mais leur part tombera de 16,4% à 13,2%.

En Europe, seule région du monde où la population devrait baisser, les Chrétiens passeront de 553 millions à 454 millions. Les Chrétiens formeront les deux-tiers de la population contre les trois-quarts en 2010.

Les Etats-Unis resteront toujours le premier pays catholique au monde, devant le Brésil mais le Nigeria remplacera le Mexique en troisième position.

Quatre Chrétiens sur 10 vivront en Afrique sub-saharienne.

Pour ce rapport de 245 pages, les chercheurs ont analysé quelque 2.500 sources, notamment les recensements, couvrant 175 pays et 95% de la population mondiale.
 
Source:

Afp via nouvel obs

jeudi 2 avril 2015

Le Symbolisme



Le Symbolisme
 
 Jean Moréas
 
UN MANIFESTE LITTÉRAIRE


Depuis deux ans, la presse parisienne s'est beaucoup occupée d'une école de poètes et de prosateurs dits "décadents". Le conteur du Thé chez Miranda (en collaboration avec M. Paul Adam, l'auteur de Soi), le poète des Syrtes et des Cantilènes, M. Jean Moréas, un des plus en vue parmi ces révolutionnaires de lettres, a formulé, sur notre demande, pour les lecteurs du Supplément, les principes fondamentaux de la nouvelle manifestation d'art.

LE SYMBOLISME


Comme tous les arts, la littérature évolue : évolution cyclique avec des retours strictement déterminés et qui se compliquent des diverses modifications apportées par la marche des temps et les bouleversements des milieux. Il serait superflu de faire observer que chaque nouvelle phase évolutive de l'art correspond exactement à la décrépitude sénile, à l'inéluctable fin de l'école immédiatement antérieure. Deux exemples suffiront : Ronsard triomphe de l'impuissance des derniers imitateurs de Marot, le romantisme éploie ses oriflammes sur les décombres classiques mal gardés par Casimir Delavigne et Etienne de Jouy. C'est que toute manifestation d'art arrive fatalement à s'appauvrir, à s'épuiser ; alors, de copie en copie, d'imitation en imitation, ce qui fut plein de sève et de fraîcheur se dessèche et se recroqueville ; ce qui fut le neuf et le spontané devient le poncif et le lieu-commun.

Ainsi le romantisme, après avoir sonné tous les tumultueux tocsins de la révolte, après avoir eu ses jours de gloire et de bataille, perdit de sa force et de sa grâce, abdiqua ses audaces héroïques, se fit rangé, sceptique et plein de bon sens ; dans l'honorable et mesquine tentative des Parnassiens, il espéra de fallacieux renouveaux, puis finalement, tel un monarque tombé en enfance, il se laissa déposer par le naturalisme auquel on ne peut accorder sérieusement qu'une valeur de protestation, légitime mais mal avisée, contre les fadeurs de quelques romanciers alors à la mode.

Une nouvelle manifestation d'art était donc attendue, nécessaire, inévitable. Cette manifestation, couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que des juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles : toutes les tragédies de Voltaire, par exemple, sont marquées de ces tavelures de décadence. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école ? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes : caractéristiques de toute renaissance.

Nous avons déjà proposé la dénomination de Symbolisme comme la seule capable de désigner raisonnablement la tendance actuelle de l'esprit créateur en art. Cette dénomination peut être maintenue.

Il a été dit au commencement de cet article que les évolutions d'art offrent un caractère cyclique extrêmement compliqué de divergences ; ainsi, pour suivre l'exacte filiation de la nouvelle école, il faudrait remonter jusques à certains poèmes d'Alfred de Vigny, jusques à Shakespeare, jusques aux mystiques, plus loin encore. Ces questions demanderaient un volume de commentaires ; disons donc que Charles Baudelaire doit être considéré comme le véritable précurseur du mouvement actuel ; M. Stéphane Mallarmé le lotit du sens du mystère et de l'ineffable ; M. Paul Verlaine brisa en son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de M. Théodore de Banville avaient assoupli auparavant. Cependant le Suprême Enchantement n'est pas encore consommé : un labeur opiniâtre et jaloux sollicite les nouveaux venus.

***


Ennemie de "l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective", la poésie symbolique cherche : à vêtir l'Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette. L'Idée, à son tour, ne doit point se laisser voir privée des somptueuses simarres des analogies extérieures ; car le caractère essentiel de l'art symbolique consiste à ne jamais aller jusqu'à la conception de l'Idée en soi. Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester eux-mêmes ; ce sont là des apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des Idées primordiales.

L'accusation d'obscurité lancée contre une telle esthétique par des lecteurs à bâtons rompus n'a rien qui puisse surprendre. Mais qu'y faire ? Les Pythiques de Pindare, l'Hamlet de Shakespeare, la Vita Nuova de Dante, le Second Faust de Goethe, la Tentation de Saint Antoine de Flaubert ne furent-ils pas aussi taxés d'ambiguïté ?

Pour la traduction exacte de sa synthèse, il faut au symbolisme un style archétype et complexe : d'impollués vocables, la période qui s'arcboute alternant avec la période aux défaillances ondulées, les pléonasmes significatifs, les mystérieuses ellipses, l'anacoluthe en suspens, tout trope hardi et multiforme ; enfin la bonne langue – instaurée et modernisée – la bonne et luxuriante et fringante langue française d'avant les Vaugelas et les Boileau-Despréaux, la langue de François Rabelais et de Philippe de Commines, de Villon, de Rutebœuf et de tant d'autres écrivains libres et dardant le terme acut du langage, tels des toxotes de Thrace leurs flèches sinueuses.

LE RYTHME : L'ancienne métrique avivée ; un désordre savamment ordonné ; la rime illucescente et martelée comme un bouclier d'or et d'airain, auprès de la rime aux fluidités absconses ; l'alexandrin à arrêts multiples et mobiles ; l'emploi de certains nombres premiers – sept, neuf, onze, treize – résolus en les diverses combinaisons rythmiques dont ils sont les sommes.

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Ici je demande la permission de vous faire assister à mon petit INTERMÈDE tiré d'un précieux livre : Le Traité de Poésie Française, où M. Théodore de Banville fait pousser impitoyablement, tel le dieu de Claros, de monstrueuses oreilles d'âne sur la tête de maint Midas.

Attention !

Les personnages qui parlent dans la pièce sont :

UN DÉTRACTEUR DE L'ÉCOLE SYMBOLIQUE
M. THÉODORE DE BANVILLE
ERATO

Scène Première


LE DÉTRACTEUR. – Oh ! ces décadents ! Quelle emphase ! Quel galimatias ! Comme notre grand Molière avait raison quand il a dit :

Ce style figuré dont on fait vanité
Sort du bon caractère et de la vérité.

THÉODORE DE BANVILLE. – Notre grand Molière commit là deux mauvais vers qui eux-mêmes sortent autant que possible du bon caractère. De quel bon caractère ? De quelle vérité ? Le désordre apparent, la démence éclatante, l'emphase passionnée sont la vérité même de la poésie lyrique. Tomber dans l'excès des figures et de la couleur, le mal n'est pas grand et ce n'est pas par là que périra notre littérature. Aux plus mauvais jours, quand elle expire décidément, comme par exemple sous le premier Empire, ce n'est pas l'emphase et l'abus des ornements qui la tuent, c'est la platitude. Le goût, le naturel sont de belles choses assurément moins utiles qu'on ne le pense à la poésie. Le Roméo et Juliette de Shakespeare est écrit d'un bout à l'autre dans un style aussi affecté que celui du marquis de Mascarille ; celui de Ducis brille par la plus heureuse et la plus naturelle simplicité.

LE DÉTRACTEUR. – Mais la césure, la césure ! On viole la césure !!

THÉODORE DE BANVILLE. – Dans sa remarquable prosodie publiée en 1844, M. Wilhem Tenint établit que le vers alexandrin admet douze combinaisons différentes, en partant du vers qui a sa césure après la première syllabe, pour arriver au vers qui a sa césure après la onzième syllabe. Cela revient à dire qu'en réalité la césure peut être placée après n'importe quelle syllabe du vers alexandrin. De même, il établit que les vers de six, de sept, de huit, de neuf, de dix syllabes admettent des césures variables et diversement placées. Faisons plus ; osons proclamer la liberté complète et dire qu'en ces questions complexes l'oreille décide seule. On périt toujours non pour avoir été trop hardi mais pour n'avoir pas été assez hardi.

LE DÉTRACTEUR. – Horreur ! Ne pas respecter l'alternance des rimes ! Savez-vous, Monsieur, que les décadents osent se permettre même l'hiatus ! même l'hi-a-tus !!

THÉODORE DE BANVILLE. – L'hiatus, la diphtongue faisant syllabe dans le vers, toutes les autres choses qui ont été interdites et surtout l'emploi facultatif des rimes masculines et féminines fournissaient au poète de génie mille moyens d'effets délicats toujours variés, inattendus, inépuisables. Mais pour se servir de ce vers compliqué et savant, il fallait du génie et une oreille musicale, tandis qu'avec les règles fixes, les écrivains les plus médiocres peuvent, en leur obéissant fidèlement, faire, hélas ! des vers passables ! Qui donc a gagné quelque chose à la réglementation de la poésie ? Les poètes médiocres. Eux seuls !

LE DÉTRACTEUR. – Il me semble pourtant que la révolution romantique...

THÉODORE DE BANVILLE. – Le romantisme a été une révolution incomplète. Quel malheur que Victor Hugo, cet Hercule victorieux aux mains sanglantes, n'ait pas été un révolutionnaire tout à fait et qu'il ait laissé vivre une partie des monstres qu'il était chargé d'exterminer avec ses flèches de flammes !

LE DÉTRACTEUR. – Toute rénovation est folie ! L'imitation de Victor Hugo, voilà le salut de la poésie française !

THÉODORE DE BANVILLE. – Lorsque Hugo eut affranchi le vers, on devait croire qu'instruits à son exemple les poètes venus après lui voudraient être libres et ne relever que d'eux-[151]mêmes. Mais tel est en nous l'amour de la servitude que les nouveaux poètes copièrent et imitèrent à l'envi les formes, les combinaisons et les coupes les plus habituelles de Hugo, au lieu de s'efforcer d'en trouver de nouvelles. C'est ainsi que, façonnés pour le joug, nous retombons d'un esclavage dans un autre, et qu'après les poncifs classiques, il y a eu des poncifs romantiques, poncifs de coupes, poncifs de phrases, poncifs de rimes ; et le poncif, c'est-à-dire le lieu commun passé à l'état chronique, en poésie comme en toute autre chose, c'est la Mort. Au contraire, osons vivre ! et vivre c'est respirer l'air du ciel et non l'haleine de notre voisin, ce voisin fût-il un dieu !


Scène II


ERATO (invisible). – Votre Petit Traité de Poésie Française est un ouvrage délicieux, maître Banville. Mais les jeunes poètes ont du sang jusques aux yeux en luttant contre les monstres affenés par Nicolas Boileau ; on vous réclame au champ d'honneur, et vous vous taisez, maître Banville !

THÉODORE DE BANVILLE (rêveur). – Malédiction ! Aurais-je failli à mon devoir d'aîné et de poète lyrique !

(L'auteur des Exilés pousse un soupir lamentable et l'intermède finit.)

***


La prose, – romans, nouvelles, contes, fantaisies, – évolue dans un sens analogue à celui de la poésie. Des éléments, en apparence hétérogènes, y concourent : Stendhal apporte sa psychologie translucide, Balzac sa vision exorbitée, Flaubert ses cadences de phrase aux amples volutes. M. Edmond de Goncourt son impressionnisme modernement suggestif.

La conception du roman symbolique est polymorphe : tantôt un personnage unique se meut dans des milieux déformés par ses hallucinations propres, son tempérament : en cette déformation gît le seul réel. Des êtres au geste mécanique, aux silhouettes obombrées, s'agitent autour du personnage unique : ce ne lui sont que prétextes à sensations et à conjectures. Lui-même est un masque tragique ou bouffon, d'une humanité toutefois parfaite bien que rationnelle. – Tantôt des foules, superficiellement affectées par l'ensemble des représentations ambiantes, se portent avec des alternatives de heurts et de stagnances vers des actes qui demeurent inachevés. Par moments, des volontés individuelles se manifestent; elles s'attirent, s'agglomèrent, se généralisent pour un but qui, atteint ou manqué, les disperse en leurs éléments primitifs. – Tantôt de mythiques phantasmes évoqués, depuis l'antique Démogorgôn jusques à Bélial, depuis les Kabires jusques aux Nigromans, apparaissent fastueusement atournés sur le roc de Caliban ou par la forêt de Titania aux modes mixolydiens des barbitons et des octocordes.

Ainsi dédaigneux de la méthode puérile du naturalisme, – M. Zola, lui, fut sauvé par un merveilleux instinct d'écrivain – le roman symbolique – impressionniste édifiera son œuvre de déformation subjective, fort de cet axiome : que l'art ne saurait chercher en l'objectif qu'un simple point de départ extrêmement succinct. 
 
Source:

uni-due.de

Départementales : les raisons de la résistance de la "gauche cassoulet"



Départementales : les raisons de la résistance de la
 
 Yann Thompson
 
Même pas mal. Dans les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, la gauche a été épargnée par la vague bleue. Explications.

Dix-huit départements, dont encore 16 en rose ? La gauche a réussi à conforter sa domination dans le Sud-Ouest, dimanche 29 mars, lors du second tour des élections départementales. Elle a perdu les Pyrénées-Atlantiques, mais pourrait remporter la Lozère et conserver le Gard et le Tarn-et-Garonne, ce qui lui permettrait d'égaler son score des cantonales de 2008 et de 2011 en Aquitaine, en Midi-Pyrénées et en Languedoc-Roussillon. Comment expliquer cette stabilité, à l'abri des vents contraires qui ont soufflé sur le reste de la France ?

Une implantation durable

L'ancrage du Sud-Ouest à gauche n'est pas une nouveauté, comme l'avaient déjà montré les résultats du PS aux européennes de 2014. L'Ariège, la Haute-Garonne, les Landes, le Tarn-et-Garonne et les Hautes-Pyrénées n'ont jamais été présidés par la droite depuis la Libération, rappelle le site du Figaro. "Ce n'est pas un hasard s'il s'agit d'un des seuls territoires où le Parti radical, parti datant de la IIIe République, est encore vivant", souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay, cité par Le Figaro.

Des explications culturelles et religieuses peuvent être avancées. En Midi-Pyrénées, "la région a été largement déchristianisée au cours du XIXe siècle, l’instituteur prenant très tôt le dessus sur le curé dans les campagnes", suggère par exemple le géographe Laurent Chalard, sur Atlantico.

Des élus locaux plébiscités

Le "bon bilan des majorités sortantes" explique la réélection de nombreux élus de gauche dans le Sud-Ouest, selon le site de La Dépêche. Parmi ces élus, le président PS du conseil général des Landes, Henri Emmanuelli, a conservé, dès le premier tour, son siège détenu depuis 1982 à Mugron. "Il a fait du travail sur le département, les collèges, les maisons de retraite, et il mène une politique de gauche", approuve un éleveur de canards rencontré par France 2.

Là où, au plan national, un électeur sur deux a voulu sanctionner François Hollande, les élus du Sud-Ouest ont réussi à échapper à un vote sanction contre la politique gouvernementale. Sur les terres d'Henri Emmanuelli, "je pense qu'on a voté plutôt pour l'homme que pour un parti politique", estime le pharmacien de Mugron. Un autre habitant dit avoir voté socialiste pour "sauver Emmanuelli".

Une droite fragilisée par le FN

La droite a fait les frais de la montée du Front national, qui a provoqué des triangulaires gauche-droite-FN et capté une partie de l'électorat de droite (53 triangulaires de ce type remportées par la gauche, contre 11 par la droite et 0 par le FN). Un constat particulièrement notable dans la région Languedoc-Roussillon, où la gauche a gagné l'intégralité des 20 triangulaires gauche-droite-FN.

En Haute-Garonne, "le résultat du PS a été amplifié par le FN", estime aussi le maire UMP de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, sur le site de La Dépêche. "Sans triangulaires, nous aurions conservé les cantons de Villemur et de Cazères par exemple", déplore-t-il, avant d'ajouter que "l'hystérisation de la question du FN" durant la campagne a "mobilisé l'électorat de gauche". Une mobilisation que l'on peut retrouver sur la carte de France de l'abstention.
Une économie relativement préservée ?

Le chômage n'épargne pas particulièrement le Sud-Ouest, surtout en Languedoc-Roussillon, où les taux avoisinent les 15% dans les Pyrénées-Orientales, l'Aude, l'Hérault et le Gard. Mais "l’Aquitaine et le Midi-Pyrénées sont, depuis le début des années 2000, deux des régions les plus créatrices d’emplois en France, en particulier grâce au développement de l’industrie aéronautique", estime le géographe Laurent Chalard, sur Atlantico.

Le chercheur ajoute que "le Sud-Ouest est traditionnellement une région de fonctionnaires", susceptibles de voir en la gauche "le garant de la défense de l’emploi public". Au 31 décembre 2011, les régions Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon avaient en effet une proportion de fonctionnaires territoriaux supérieurs à la moyenne nationale, note le site de L'Express.
 
Source:

Francetvinfo.fr

Pourquoi les sondages se sont-ils trompés ?



Pourquoi les sondages se sont-ils trompés ?
 
 Alexandre Dézé
 
Propos d’Alexandre Dézé recueillis par Blandine Le Cain, « Départementales : pourquoi les sondeurs se sont-ils trompés ? », Le Figaro, 24 mars 2015.

LE FIGARO. Avant le scrutin, vous insistiez sur l’imprécision de certains sondages donnant le Front national en tête, en raison notamment de l’absence de prise en compte des spécificités locales. Est-ce là l’explication de la différence entre pronostics et score réel ?

Alexandre DÉZÉ. – Ce ne sont pas seulement «certains» sondages qui le plaçaient en pole position, mais une majorité d’entre eux: le FN a été donné premier dans trois enquêtes sur quatre publiées depuis décembre 2014… Concernant le décalage entre les estimations et le résultat final du FN, plusieurs facteurs ont pu jouer. Tout d’abord, la plupart des instituts ont effectivement estimé les intentions de vote comme s’il s’agissait d’un scrutin national dans lequel s’affrontaient les partis politiques. Autrement dit, sans tenir compte des particularités de la vie politique locale, de l’offre proposée par canton ou des singularités du mode de scrutin, en binômes. C’est le cas notamment de l’institut Odoxa, qui a été le premier à placer le FN à 28% au mois de décembre 2014 puis à 33%au début du mois de mars 2015, soit huit points au dessus de son score définitif.

Est-ce la seule explication au score plus faible qu’attendu ?


Non. Dans l’un de ses derniers sondages, l’Ifop avait intégré un échantillon de 205 cantons représentatifs de l’offre électorale, en interrogeant les personnes en fonction des choix effectivement disponibles, canton par canton. Mais même dans ce cas, le FN était encore donné à 30%… Ce qui signifie que d’autres facteurs ont pu intervenir. Parmi eux: le niveau de mobilisation électorale, que les instituts ont les plus grandes difficultés à prévoir. Le caractère inédit de ce scrutin complique là encore la tâche des instituts puisqu’ils ne disposent d’aucune base de comparaison. Le profil quelque peu particulier des personnes répondant aux enquêtes en ligne joue également, puisque le mode de recueil des réponses se fait aujourd’hui essentiellement par Internet. Or on sait que ce mode d’administration engendre une sur-représentation systématique des opinions les plus extrêmes.

Toutes ces difficultés sont aisément compréhensibles, et généralement, elles sont rappelées par les responsables des instituts. Mais il faut bien admettre que les médias ne s’en embarrassent guère lorsqu’il s’agit de présenter et relater les résultats des enquêtes. C’est un vrai problème, car il y a un degré élevé de croyance dans les chiffres qui sont produits, sans suffisamment tenir compte des biais.

On a tendance à lier la courbe de l’abstention au score du FN. Le nombre d’électeurs qui ont boudé les urnes étant moins important que prévu, cette analyse est-elle valable ?

Non, car la corrélation n’est pas mécanique. La carte des résultats du premier tour offre de ce point de vue un bel aperçu du caractère pour le moins hétérogène des logiques de votes. Prenons l’exemple de 2 cantons très proches: dans celui de Nice 1, le FN a obtenu 30% des voix alors que l’abstention s’est élevée à 57%. Dans le canton de Cannes 1, l’abstention est à peu près au même niveau, mais le FN y obtient dix points de plus…

Par ailleurs, le score du FN est peut-être en deçà des espérances des responsables du parti, et il est assurément en deçà des estimations sondagières. Mais il reste très important, et on aurait tort de le sous-estimer. Il montre que le FN s’inscrit dans une réelle dynamique qui lui permet à chaque élection de s’ancrer un peu plus dans la vie politique française. De fait, il faut de nouveau envisager le développement politique du FN sur le long terme, mais en essayant de retrouver un peu de sérénité dans son analyse, en cessant notamment de se fonder uniquement sur les sondages pour l’appréhender.

Les dérapages de candidats FN ont-ils eu une influence à la veille du vote ?


Cela est évidemment difficile à déterminer mais, globalement, on peut penser que cela n’a pas eu d’effet. Aujourd’hui, le FN, à travers ses représentants ou ses candidats, peut tenir un discours très radical, mais sans que cela ne le disqualifie. C’est l’une des réelles nouveautés dans les évolutions du phénomène FN. La preuve, c’est que certains de ses candidats qui avaient été pointés pour leurs propos racistes, antisémites ou islamophobes ont réussi de très bons scores hier soir. C’est le cas de Nathalie Pigeot, en Moselle, ou de Jacques Coutela, dans l’Yonne. Ce qui en dit long sur la dynamique électorale dans laquelle s’inscrit actuellement le FN.

Les instituts de sondages, justement, devraient-ils revoir leur «coefficient de redressement», avec lequel ils affinent les résultats en tenant compte des réticences à annoncer un vote frontiste? Cela peut-il également expliquer les grands écarts d’estimations diffusées après 20 heures ?

Sur la question du redressement, il est difficile de répondre. On sait globalement comment procèdent les instituts, mais on ignore précisément sur quelle colonne de référence ils se fondent en définitive. Pour reprendre une expression de Pierre Weil (fondateur de l’institut de sondage Sofres, NDLR), citée par Le Monde, les instituts suivent bien des «recettes» dans leurs opérations de redressement, mais ces opérations reposent aussi sur une «part de pifomètre».

En ce qui concerne les variations des premières estimations selon les instituts, la différence me semble surtout imputable aux regroupements par catégorie qui sont proposés: tantôt on prend seulement en compte les partis, tantôt on les regroupe par famille politique ou par alliance, mais à partir d’alliages différenciés. Cela donne par exemple UMP et UDI dans un cas, UMP, UDI et Modem dans un autre cas. Ce qui est clair, c’est que cela nous a donné une soirée électorale assez cacophonique!
 
Source:

Fragments sur les temps présents

Fn: La mariée est belle, mais… moins qu’espéré !



Fn: La mariée est belle, mais… moins qu’espéré !
 
 Jean-Yves Le Gallou
 
Le FN a rassemblé au premier tour 25 % des suffrages au lieu de 16 % ( 19 % où il était présent ) en 2011. En 2015, il a gagné 31 cantons alors que, de 1974 à 2012, il n’en avait emporté que 17 (de plus petite taille). Partout où le FN dirige des mairies, il emporte le canton ou, à tout le moins, la majorité dans la ville qu’il détient. À Béziers et Hénin-Beaumont, le FN réalise même le grand chelem ( tous les cantons ).

Par rapport au passé, le verre paraît plein. Même si, contrairement aux espoirs du premier tour, aucun département n’est tombé dans l’escarcelle du FN : caramba, encore raté ! Reconnaissons que la propagande anti-FN de Valls a été efficace pour aider la gauche… et l’UMP à sauver leurs sièges face au FN. L’énergumène de Matignon peut donc être satisfait : Gracias, Manuel !

Mais pour les régionales de décembre prochain, le FN peut espérer faire un nouveau bond en avant avec un mode de scrutin plus favorable. Les 30 % promis (à tort ) pour les départementales par les sondages sont clairement atteignables et même dépassables pour les régionales.

Pour la présidentielle de 2017, la victoire est nettement moins probable. En l’absence de bouleversements majeurs, Marine Le Pen peut difficilement l’emporter sauf à trois conditions : se retrouver face à la gauche, franchir la barre des 42 % au premier tour et disposer d’un programme économique qui n’effarouche pas trop.

1. Sur les 28 cantons gagnés au deuxième tour, trois l’ont été en triangulaire, 22 en duel avec la gauche, 3 en duel avec la droite. Encore convient-il de noter que, dans ces deux cas, le candidat FN avait atteint près de 46 % au premier tour (Béziers 2) et près de 45 % (Villers-Cotterêts), villes de surcroît détenues par des nationaux, et plus de 47 % à Saint-Dizier.

2. Face à la gauche, il est possible de gagner à partir de 35 % des suffrages, et plus de la moitié des vainqueurs FN au second tour ont obtenu moins de 42 % au premier. Il est donc beaucoup plus aisé de gagner face à la gauche que face à la droite.

3. Reste que les reports de voix vers le FN en provenance de l’UMP n’ont pas été bons. Le « ni-ni » semble avoir été écouté. Il est vrai que le FN, qui joue sur du velours sur l’identité et la sécurité, a tendance à délaisser ces thèmes porteurs au profit d’un discours économique dont certains aspects sont de véritables repoussoirs pour l’électorat de droite.

Le succès du FN aux départementales ne doit pas être minimisé. Même s’il doit conduire à s’interroger sur la ligne stratégique : comment parler aux électeurs de droite ? Pour les séduire avant 2017, condition pour gagner, ou, à défaut, s’apprêter à les récupérer en cas d’alternance UMP en 2017. À cet égard, les études d’opinion sont claires : il y a une grande proximité entre les électeurs de l’UMP et ceux du FN, sur les valeurs, sur l’immigration, sur la sécurité et sur la fiscalité. Quant au reste, personne ne croit que, demain, on rasera gratis…
 
Notes:

Jean-Yves Le Gallou est ancien député européen, essayiste, Président de Polémia. 

Source:

Polemia viaMetamag

Le Front National accédera au pouvoir



 

Le Front National accédera au pouvoir
 Gilles Druant (Voxnr)
 
 
Ce n'est certes pas moi, sachant mon important et durable engagement politique, qui vais inciter le lecteur ou plus généralement les Français, à bouder les urnes. Pourtant, nécessaire constatation, il faut bien admettre que les résultats obtenus par la petite majorité très minoritaire aurait du se concrétiser par un grand coup de balai. Ce d'autant plus que le premier ministre avait nationalisé ces élections locales. La décence, l'honneur, le respect de la parole donnée ne sont certes plus à l'ordre du jour – les réactionnaires en sont peut être les plus conscients – mais il n'empêche : la laideur, affichée aujourd'hui avec ostentation, ne serait-ce que par pudeur, devrait être cachée. Aussi politiquement, on aurait du, dans un premier temps assister à la démission du premier ministre, dans un second, à la dissolution de l'assemblée nationale. Il ne s'agit pas d'être factieux, mais tout simplement intègre. Il est vrai que dans les temps que nous vivons malheureusement, les deux termes sont si voisins qu'ils peuvent apparaître comme synonymes ….

Viendront dans quelques mois les régionales. Avec très probablement la même sanction, peut être d'ailleurs aggravée. Et nous ne bénéficierons pas davantage d'une démission au sommet de l'Etat, gouvernement ou présidence, ou d'une dissolution.

Bien sur, les élections nous transmettent la température du pays, atteint d'une très forte fièvre. Bien sur l'opposition a, une fois de plus gagné, dans le cadre d'un enjeu intermédiaire, ce qui fut déjà explicité ici même naguère (1). La droite, c'est désormais deux tiers des départements. Le Front National, aucun semble t-il (tellement aberrant avec 25% des suffrages qu'on en doute). Ces deux bons résultats, même si au sujet du Front National c'est rageant, ne sont que l'écho de la catastrophe vécue par la gauche.

Cela ne doit pas nous faire oublier qu'au début des élections présidentielles de 2012, Nicolas Sarkozy candidat sortant, n'était crédité pour le second tour que de 40% des suffrages. Autrement exprimé, le pouvoir sort, encore une fois, toujours perdant. La catastrophe, c'est que le Système tient. Cela parce qu'il n'est plus politique – auquel cas il serait naturellement balayé – mais économique. Cette machine économique fonctionne donc, quelles que soient les majorités politiques. Peu lui importe le nombre de chômeurs, considérés bien souvent comme simple variable d'ajustement ou utile armée de réserve du Capital.

Deux motifs toutefois de satisfaction. Il y a ce progrès continu du Front National qui a obtenu 25% des suffrages, ce dans une élection qui lui était pourtant défavorable. Le Front, voici trois décennies, c'était un Français sur dix. Aujourd'hui, à l'échelle nationale c'est presque un sur trois. Certains se posent, non sans arrière-pensées, la question de savoir avec quelles coteries le Front National devrait s'acoquiner. C'est oublier, à l'aune de la progression constante du mouvement de Marine le Pen, que d'alliances le Front n'en aura peut être bientôt plus besoin. Que les autres partis ne sont pas propriétaires de leur électorat alors même que le Front National s'adresse directement aux Français. L'autre motif de satisfaction, c'est le prévisible déraillement d'un Système d'essence économique. Quand bien même les chiffres du chômage sont trafiqués qu'ils masquent mal la terrible réalité. La crise économique de 2008 ne fut nullement d'ampleur majeure. Un nouveau 1929 reste dans l'ordre du possible. Auquel cas, le Front remportera aussi la victoire, et facilement.
 
Notes:

(1) Dans le cadre des élections c'est – presque – toujours l'opposition qui gagne : http://www.voxnr.com/cc/politique/EFZpAylAZubPdNkvLU.shtml

Parti Socialiste : pour qui sonne le glas ?



Parti Socialiste : pour qui sonne le glas ?
 
 Jean-Christophe Chanut
 
Les élections départementales ont démontré, une fois de plus, la véritable cassure qui s'est instaurée entre le Parti socialiste et les classes populaires. Quelque 50% des ouvriers ont voté pour des candidats du Front National. Explications.

Municipales, européennes, départementales... Et sans doute en décembre, les régionales. Depuis le début du quinquennat de François Hollande, la gauche perd toutes les élections intermédiaires et l'opposition en profite. C'est certes un grand classique. En son temps, alors à l'Elysée, Nicolas Sarkozy, lui aussi avait perdu quasiment tous les scrutins organisés... Jusqu'à l'échec final à la présidentielle de 2012.
Oui mais, s'agissant du Parti socialiste, le mal semble beaucoup plus profond. Il ne se limite pas à une simple question de cycle électoral, de présence dans l'opposition ou au pouvoir. Pis, il s'intensifie depuis vingt ans. Il explique, déjà, en grande partie la déroute de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, ce fameux 21 avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen s'est qualifié pour le second tour. Ce mal a une cause: le parti socialiste se coupe de plus en plus des couches populaires, employés et ouvriers, qui faisaient jadis sa force, ne se reconnaissent plus dans le parti créé à Epinay en 1971.

15% seulement des ouvriers ont voté pour le PS

On en prendra pour preuve l'analyse du dernier scrutin départemental où 49% des ouvriers ont voté pour les candidats présentés par le Front National... contre seulement 15% qui ont préféré ceux du PS. Chez les employés, c'est la même chose, 38% ont accordé leurs suffrages au FN, contre 18% au PS. A l'inverse 28% des professions libérales et des cadres supérieurs ont voté PS... contre seulement 13% qui ont voté FN. Chercher l'erreur.

Julien Dray, vice-président (PS) du Conseil régional d'Ile-de-France, rappelait lundi 30 mars sur Europe 1 avoir "dit il y a quelques mois que le Parti socialiste pouvait mourir, qu'il n'était pas une formation éternelle (...). Il est à refonder totalement". C'est le moins que l'on puisse dire, en effet.

Mais ce qu'il y a de terrible avec le Parti Socialiste, c'est cette incapacité à se livrer à un réel travail d'introspection pour modifier son logiciel. Mais le veut-il et le peut-il vraiment ?
A l'époque de la création du parti socialiste "nouvelle version" en 1971, le parti communiste français (PCF) est encore solide. C'est lui qui porte le vote contestataire des ouvriers et des employés. Le PS, lui, se fait fort de séduire progressivement les classes moyennes et les jeunes actifs « modernes » travaillant dans des activités innovantes puis de "siphonner" l'électorat du PC . Une tactique qui porte ses fruits et qui conduit à l'élection de François Mitterrand, premier président PS de la cinquième république, le 10 mai 1981. A cette époque, les liens qui unissent le PS et le PCF conduisent la nouvelle majorité au pouvoir à immédiatement prendre des mesures en faveur des classes populaires : cinquième semaine de congés payés, retraite à 60 ans, etc. C'est la dernière fois que se produira un tel mouvement de réformes sociales.

Ensuite, tout à leur besoin de prouver qu'ils sont de bons gestionnaires, les socialistes n'auront de cesse, progressivement, d'abandonner leurs « fondamentaux ». Le coup d'envoi est donné par le "tournant de 1983", qui règle le débat sur le maintien ou non de la France dans le Système monétaire européen (SME) qui opposait Jacques Delors, européen convaincu, et Jean-Pierre Chevènement, partisan d'une "autre politique", basée sur la dévaluation et un volontarisme industriel étatique. Le paroxysme sera atteint dans les années 1992/1993 avec le referendum sur le traité de Maastricht et l'arrivée de Pierre Bérégovoy à Matignon et la dérégulation de la finance.

Et que dire de ce fameux 16 septembre 1999 quand Lionel Jospin, alors Premier ministre, lancera « Il ne faut pas tout attendre de l'Etat »..... à propos d'un plan social chez Michelin qui laissait 7.500 salariés sur le carreau. Propos qui pouvaient se justifier sur le fond mais terriblement maladroits dans un pays qui compte alors déjà plus de deux millions de chômeurs.

Un sentiment de classement de plus en plus prégnant

Encore une fois, employés et ouvriers se sentent abandonnés par la puissance publique, alors que les effets de mondialisation se font de plus en plus sentir et qu'ils ont l'impression d'en être les grands perdants et de glisser vers le déclassement. La même mésaventure arrivera des années plus tard à François Hollande qui fera la promesse d'agir en faveur des salariés du site d'ArcelorMittal à Gandrange. Puis ce sera l'épisode Alstom, avec le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. A chaque fois, des promesses non tenues qui éloignent les couches populaires du PS. D'autant plus que le parti communiste n'est plus là pour retenir les désillusionnés. Résultat, qui ramasse la mise ? Le Front National bien sûr, qui a récupéré la grande majorité du vote protestataire autrefois acquis au PCF et également depuis l'arrivée de Marine Le Pen, une grande partie du programme économique des Communistes des années 1970.

Mais le Parti socialiste a aggravé son cas en glissant doucement du terrain social vers le terrain sociétal. Certes, le Pacs, sous Lionel Jospin, ou le « mariage pour tous », sous François Hollande, sont des réformes justifiées au nom de l'égalité. Mais elles semblent totalement superfétatoires pour des personnes qui souffrent et qui sont déjà à découvert le 15 du mois. Le PS passe alors pour un parti qui se préoccupe davantage des « bobos » que d'un électorat plus populaire, taraudé par le chômage et la baisse du pouvoir d'achat.

Une situation très bien décrite par le géographe Christophe Guilly dans son dernier ouvrage « la France périphérique » (Flammarion) :


«La question sociale n'est pas circonscrite de l'autre côté du périph', mais de l'autre côté des métropoles, dans les espaces ruraux, les villes moyennes, dans certains espaces périurbains qui rassemblent aujourd'hui près de 80% des classes populaires (...) Une France déconnectée, privée de services sociaux, de transports collectifs ou d'enseignement de qualité. Dans des zones non ou mal desservies par les services publics, où aller en voiture au travail à 20 km coûte 250 euros par mois - un quart du Smic. Exclus des grandes villes et des petites couronnes sous la pression immobilière, une partie de ces classes populaires a aussi choisi un certain entre soi culturel, dans des zones de plus en plus éloignées des centres villes dynamiques et créateurs d'emploi (...) Les catégories populaires, déjà peu mobiles, sont piégées, isolées, décrochées. Dans des territoires objectivement sortis des radars ».


C'est là tout le drame du PS. Il ne capte plus cette population inquiète, repliée, obsédée par sa sécurité et à la recherche de boucs-émissaires. C'était déjà en parti le cas il y a 15 ans. C'est quasiment irréversible maintenant.

Comment pourrait-il en être autrement ? Quand on prévoit une réduction des dépenses publiques de 50 milliards en trois ans, soit 2,5 points de PIB annuel, ce sont nécessairement les plus nécessiteux qui trinquent le plus : restriction dans la santé, les transports, l'enseignement, etc. Aggravant toujours et encore le sentiment de déclassement. Surtout quand ces réductions sont imposées au nom du respect de principes budgétaires européens « pour être dans les clous ». Or, cette Europe apparaît sans visage, dirigée par les technocrates de Bruxelles ou de Francfort. C'est notamment pour cette raison qu'une majorité de Français a dit « non » en 2005 au referendum sur le projet de constitution européenne. Mais les « élites » n'en ont pas tenu compte. Ce qui a encore aggravé la rupture.
« Le vrai problème du Parti socialiste et d'ailleurs aussi de la droite modérée, explique le sociologue Jean Viard , directeur associé CNRS au Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences-Po, c'est de n'avoir jamais réfléchi à une nouvelle pensée depuis l'effondrement du communisme. De ne pas avoir songé à la façon de donner de nouvelles protections aux jeunes, aux classes populaires, etc. Alors que notre ancien modèle de protection était bâti sur un modèle de société industrielle qui ne fonctionne plus. Les socialistes ne parlent plus culture, qualité du vivre ensemble, etc. Résultat la pensée de l'extrême droite occupe le terrain. Finalement, la gauche et la droite ne font plus que de l'administration publique, plus ou moins bien. ».


La perte de confiance dans la parole des politiques

Ce que Julien Dray a très bien résumé, en faisant allusion aux revendications des « fondeurs » socialistes : « tout ne se résume pas à quelques inflexions budgétaires ». Il est exact que la fracture est telle entre le PS et les classes populaires que ce ne sont plus quelques mesures (dégel des pensions, baisses d'impôts, etc.) qui permettront de repartir à la conquête de cet électorat. La crise est bien plus grave. Elle réside aussi dans la perte de confiance des électeurs dans la parole des élites. Or, certes, François Hollande n'avait pas fait beaucoup de promesses lors de sa campagne de 2012, mais la lutte contre le chômage et le soutien aux jeunes devaient constituer ses deux priorités... Sans grands résultats pour l'instant. C'est une litote. En revanche, il n'avait jamais évoqué qu'il procéderait à des augmentations d'impôts à hauteur de 30 milliards d'euros. Il n'avait jamais évoqué non plus son souhait de mener une politique de l'offre en faveur des entreprises. Comment, dans ce contexte, les électeurs peuvent-il s'y retrouver ?

Le Parti socialiste va être en congrès début juin à Poitiers. La question des rapports entre le parti et les classes populaires risque d'être tout juste effleurée. Elle va être délaissée au profit des habituelles batailles picrocholines entre les « tendances ». Pourtant, au-delà des échéances électorales, la survie du Parti socialiste passe par une vraie réflexion de fond sur son corpus idéologique. Sinon, l'implosion guette et sans doute très vite, a l'instar de ce qui s'est déjà produit pour d'autres partis se revendiquant de la social-démocratie.
 
Source:

La Tribune