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samedi 3 décembre 2011
Emission n°73 : "PEUPLES D'EUROPE, REVOLTEZ-VOUS !"
VIA MERIDIEN ZERO
Une émission placée sous le signe de la révolte et de la dissidence révolutionnaire.
Le Lieutenant Sturm et PGL reçoivent nos camarades de l'OSRE et de la revue Rébellion.
Le Lieutenant Sturm et PGL reçoivent nos camarades de l'OSRE et de la revue Rébellion.
DIFFUSION LE DIMANCHE 4 DECEMBRE 2011
vendredi 2 décembre 2011
Entretien avec Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X
La Fraternité Saint-Pie X et le Préambule doctrinal
Pourquoi le Préambule doctrinal que vous a
remis le cardinal Levada, le 14 septembre dernier, est-il entouré d'un
tel secret aussi bien de la part de la Congrégation de la foi que de la
Fraternité Saint-Pie X ? Qu'est-ce que ce silence cache aux prêtres et
aux fidèles de la Tradition ?
Cette discrétion est normale pour toute démarche importante ;
elle en garantit le sérieux. Il se trouve que le Préambule doctrinal
qui nous a été remis est un document qui, comme l'indique la note qui
l'accompagne, peut recevoir des éclaircissements et des modifications.
Ce n'est pas un texte définitif. Nous adresserons sous peu une réponse à
ce document en indiquant avec franchise les positions doctrinales
qu'il nous paraît indispensable de tenir. Notre souci constant depuis
le début de nos entretiens avec le Saint-Siège — et nos interlocuteurs
le savent bien — a été de présenter en toute loyauté la position
traditionnelle.
Du côté de Rome, la discrétion s'impose aussi,
car ce texte - même en l'état actuel qui nécessite de nombreux
éclaircissements - risque fort de susciter l'opposition des
progressistes qui n'admettent pas la simple idée d'une discussion sur
le Concile, parce qu'ils considèrent que ce concile pastoral est indiscutable ou «non-négociable », comme s'il s'agissait d'un concile dogmatique.
Malgré toutes ces précautions, les
conclusions de la réunion des supérieurs de La Fraternité Saint-Pie X à
Albano le 7 octobre, ont été divulguées sur Internet, de sources
diverses mais concordantes.
Les indiscrétions ne manquent pas sur internet !
Il est vrai que ce Préambule doctrinal ne peut pas recevoir notre
aval, bien qu'une marge soit prévue pour une « légitime discussion »
sur certains points du Concile. Quelle est l'étendue de cette marge ?
La proposition que je ferai ces jours-ci aux autorités romaines et leur
réponse en retour nous permettront d'évaluer les possibilités qui nous
sont laissées. Et quelque soit le résultat de ces entretiens, le
document final qui aura été accepté ou refusé, sera rendu public.
Mieux faire apparaître les difficultés et les solutions
Ce document étant peu clair, à vos yeux, le plus simple ne serait-il pas d'opposer une fin de non-recevoir à ses auteurs. ?
Le plus simple peut-être, mais pas le plus
honnête. Puisque la note qui l'accompagne prévoit la possibilité
d'apporter des clarifications, il me semble nécessaire de les demander
au lieu de les refuser a priori. Ce qui ne préjuge en rien de la réponse que nous donnerons.
Comme le débat entre Rome et nous est
essentiellement doctrinal et qu'il porte principalement sur le Concile,
mais aussi parce que ce débat ne concerne pas seulement la Fraternité
Saint-Pie X mais bien toute l'Eglise, les précisions que nous
obtiendrons ou pas, auront le mérite non négligeable de faire mieux
apparaître où sont les difficultés et où sont les solutions. C'est bien
cet esprit qui a constamment guidé nos entretiens théologiques de ces
deux dernières années.
Ce document sert de préambule à un statut canonique, n'est-ce pas là renoncer implicitement à la feuille de route que vous aviez fixée et qui prévoyait d'abord une solution doctrinale, avant tout accord pratique ?
Il s'agit bien d'un préambule doctrinal
dont l'acceptation ou le refus conditionnera l'obtention ou non d'un
statut canonique. La doctrine ne passe nullement après. Et avant de
nous engager sur un éventuel statut canonique, nous étudions de façon
précise ce préambule avec le critère de la Tradition à laquelle nous
sommes fidèlement attachés. Car nous n'oublions pas que ce sont bien des
divergences doctrinales qui sont à l'origine du différend entre Rome
et nous, depuis 40 ans ; les mettre de côté pour obtenir un statut
canonique nous exposerait à voir les mêmes divergences resurgir
inévitablement, rendant le statut canonique plus que précaire, tout
simplement invivable.
Donc, au fond, rien n'a changé après ces deux années d'entretiens théologique entre Rome et la Fraternité SaintPieX ?
Ces entretiens ont permis à nos théologiens
d'exposer sans détours les points principaux du Concile qui font
difficulté à la Iumière de la Tradition de l'Eglise. Parallèlement et
peut-être grâce à ces entretiens théologiques, pendant ces deux
dernières années, d'autres voix que les nôtres se sont fait entendre,
formulant des critiques qui rejoignent les nôtres sur le Concile. Ainsi
Mg Brunero Gherardini, dans son ouvrage Vatican Il, le débat qui n'a pas eu lieu, a
insisté sur les différents degrés d'autorité des documents
conciliaires et sur le « contre-esprit » qui s'est glissé dans le
concile Vatican II dès le début. Egalement Mgr Athanasius Schneider e
eu le courage de demander, lors d'un congrès à Rome fin 2010, un
Syllabus condamnant les erreurs d'interprétation du Concile. Dans le
même esprit, l'historien Roberto de Mattei a bien montré les influences
contraires exercées sur le Concile, dans son dernier livre Vatican II, une histoire jamais écrite. Il
faudrait citer aussi la Supplique adressée à Benoît XVI par ces
intellectuels catholiques italiens qui réclament un examen approfondi
du Concile.
Toutes ces initiatives, toutes ces
interventions manifestent clairement que la Fraternité Saint-Pie X n'est
plus seule à voir les problèmes doctrinaux que pose Vatican IL Ce
mouvement s'étend et il ne s'arrêtera plus.
Oui, mais ces études universitaires, ces
analyses savantes n'apportent aucune solution concrète aux problèmes
que pose hic et nunc ce concile.
Ces travaux soulèvent les difficultés
doctrinales posées par Vatican II et montrent par conséquent pourquoi
l'adhésion au Concile est problématique. Ce qui est un premier pas
essentiel,
A Rome même, les interprétations évolutives que l'on donne de la liberté religieuse, les modifications qui ont été apportés à ce sujet
dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique et dans son Compendium, les
corrections qui sont actuellement à l'étude pour le Code de droit
canonique... tout cela manifeste la difficulté que l'on rencontre
lorsqu'on veut s'en tenir aux textes conciliaires à tout prix, et, de
notre point de vue, cela montre bien l'impossibilité d'adhérer de
façon stable à une doctrine en mouvement.
Le Credo n'est-il plus suffisant pour être reconnu comme catholique ?
A vos yeux, qu'est-ce qui est aujourd'hui stable doctrinalement
La seule doctrine ne varietur c'est
bien évidemment le Credo, la profession de foi catholique. Le concile
Vatican II s'est voulu pastoral ; il n'a pas défini de dogme. Il n'a
pas ajouté aux articles de foi : « Je crois en la liberté religieuse,
en l'œcuménisme, en la collégialité...» Le Credo ne serait-il plus
suffisant aujourd'hui pour être reconnu comme catholique ?
N'exprime-t-il plus toute la foi catholique ? Exige-t-on maintenant de
ceux qui abandonnent leurs erreurs et rejoignent l'Eglise catholique
qu'ils professent leur foi en la liberté religieuse, l'œeuménisme ou
la collégialité ? Pour nous fils spirituels de Mgr Lefebvre qui s'est
toujours défendu de faire une Eglise parallèle et qui s'est toujours
voulu fidèle à la Rome éternelle, nous n'avons aucune difficulté à
adhérer pleinement à tous les articles du Credo.
Dans ce contexte, peut-il y avoir une solution à la crise dans l'Eglise ?
A moins d'un miracle, il ne peut pas y avoir de
solution instantanée. Vouloir que Dieu donne la victoire, sans demander
aux hommes d'armes de livrer bataille, pour reprendre l'expression de
sainte Jeanne d'Arc, c'est une forme de désertion. Vouloir la fin de la
crise sans se sentir concerné ou impliqué, c'est ne pas aimer vraiment
l'Eglise. La Providence ne nous dispense pas d'accomplir notre devoir
d'état là où elle nous a placés, d'assumer nos responsabilités et de
répondre aux grâces qu'elle nous accorde.
La situation présente de l'Eglise dans nos pays autrefois chrétiens, c'est
la chute dramatique des vocations : quatre ordinations à Paris en
2011, une seule dans le diocèse de Rome pour 2011-2012; c'est la
raréfaction alarmante des prêtres tel ce curé dans l'Aude qui a 80
clochers ; ce sont des diocèses exsangues au point qu'il faudra dans un
très proche avenir les regrouper en France, comme on a déjà regroupé
les paroisses... En un mot, la hiérarchie ecclésiastique est à la tête
de structures, aujourd'hui, surdimensionnées pour des effectifs en
baisse constante, ce qui est proprement ingérable, et pas seulement au
plan économique... Il faudrait, pour donner une image, maintenir en
état un couvent conçu pour 300 religieuses, alors qu'elles ne sont plus
que 3. Est-ce que cela peut durer ainsi encore 10 ans ?
De jeunes évêques et prêtres qui héritent de
cette situation prennent conscience de plus en plus de la stérilité de
50 ans d'ouverture au monde moderne. Ils n'en rejettent pas la faute
uniquement sur la laïcisation de la société, ils s'interrogent sur les
responsabilités du Concile qui a ouvert l'Eglise sur ce monde en pleine
sécularisation. Ils se demandent si l'Eglise pouvait s'adapter à ce
point à la modernité, sans en adopter l'esprit.
Ces évêques et ces prêtres se posent ces
questions, et certains nous les posent... discrètement, comme Nicodème.
Nous leur répondons qu'il faut savoir si, face à une telle pénurie, la
Tradition catholique est : une simple option ou une solution
nécessaire ? Répondre que c'est une option, c'est minimiser voire nier
la crise dans l'Eglise, et vouloir se contenter des mesures qui ont
déjà fait la preuve de leur inefficacité.
L'opposition des évêques
Mais même si la Fraternité Saint-Pie X obtenait de Rome un statut canonique, elle ne pourrait malgré tout offrir aucune solution sur le terrain, car les évêques s'y opposeraient, comme Iis l'ont fait pour le Motu Proprio sur la messe traditionnelle.
Cette opposition des évêques vis-à-vis de Rome s'est exprimée de façon sourde mais efficace à l'égard du Motu Proprio sur la messe tridentine, et elle continue de se manifester obstinément de la part de certains évêques à propos du pro multis du
canon de la messe, que Benoît XVI, conformément à la doctrine
catholique, veut voir traduit par « pour beaucoup » et non plus par «
pour tous », connue dans la plupart des liturgies en langue
vernaculaire. En effet, certaines conférences épiscopales persistent à
maintenir cette traduction fausse, encore tout récemment en Italie.
Ainsi le pape lui-même fait l'expérience de
cette dissidence de plusieurs conférences épiscopales, sur ce sujet et
sur beaucoup d'autres, ce qui peut lui permettre de comprendre aisément
l'opposition farouche que la Fraternité Saint-Pie X rencontrera
indubitablement de la part des évêques dans leurs diocèses. On dit
Benoît XVI personnellement désireux d'une solution canonique ; il lui
faudra aussi vouloir prendre les moyens qui la rendront réellement
efficace.
Est-ce en raison de la gravité de la crise présente que vous avez lancé une nouvelle croisade du rosaire ?
En demandant ces prières, j'ai surtout voulu que
les prêtres et les fidèles soient plus intimement unis à
Notre-Seigneur et à sa Sainte Mère, par la récitation quotidienne et la
méditation profonde des mystères du rosaire. Nous ne sommes pas dans
une situation ordinaire qui nous permettrait de nous contenter d'une
médiocrité routinière. La compréhension de la crise actuelle ne repose
pas sur les rumeurs colportées par internet, pas plus que les solutions
ne relèvent de l'astuce politique ou de la négociation diplomatique,
il faut avoir sur cette crise un regard de foi. Seule la fréquentation
assidue de Notre Seigneur et de Notre Dame permettra de garder entre
tous les prêtres et les fidèles attachés à la Tradition cette unité de
vue que la foi surnaturelle procure. C'est ainsi que nous ferons bloc
dans cette période de grande confusion,
En priant pour l'Église, pour la consécration
de la. Russie, comme l'a demandé la Sainte Vierge à Fatima, et pour le
triomphe de son Cœur Immaculé, nous nous élevons au-dessus de nos
aspirations trop humaines, nous dépassons nos craintes trop naturelles.
Ce n'est qu'à cette hauteur-là que nous pourrons vraiment servir
l'Église, dans l'accomplissement du devoir d'état qui est confié à
chacun de nous.
Menzingen, le 28 novembre 2011
K.O. Paetel, national-bolchéviste
VIA VOXNR
K.O. Paetel, national-bolchéviste
| Luc Nannens |
Encore un écrivain politique que l'on exhume de
l'oubli : Karl Otto Paetel ; mais pourquoi avait-il été oublié ? Tout
simplement parce qu'il était totalement inclassable. Grâce aux
professeurs Wolfgang D. Elfe et John M. Spalek, son autobiographie,
Reise ohne Uhrzeit (Voyage sans montre) a été rééditée en Allemagne.
Qui fut Karl Otto Paetel ? Né le 23 novembre 1906 à Berlin, il a été très tôt fasciné par les mouvements de jeunesse du début du siècle, qui tentaient d'échapper aux "déserts de pierre", c'est-à-dire aux villes surgies à la suite de la révolution industrielle. Dès 1927, sa vocation de journaliste et de théoricien politique se confirme. Formé par les mouvements de jeunesse, Paetel ne demeure pas moins une sorte d'individualiste. Il refusera toujours toute fermeture au discours de l'Autre. Il lit, commente, assimile les livres, brochures, pamphlets des révolutionnaires de tous horizons qui marquaient la vie politique et intellectuelle de l'Allemagne de Weimar.
De ce travail naît une vision politique épurée de tout conformisme, une brillante synthèse des contraires apparents, tels le communisme orthodoxe et le national-socialisme hitlérien. L'œuvre politique et idéologique de Paetel traduit ainsi, avec celles d'Ernst Niekisch et d'Otto Strasser, la quintessence de son époque. Elle était trop en avance sur son temps pour avoir pu se concrétiser effectivement dans la cité.
L'apogée du travail idéologique de Paetel réside dans son Manifeste national-bolchéviste de janvier 1933, dirigé contre Hitler, à qui il reproche d'entretenir des relations suivies avec l'Église Catholique et avec les éléments les plus réactionnaires de la société allemande. Aux Nazis, il reproche également d'oublier la traditionnelle orientation russophile de la diplomatie prussienne. Paetel, en effet, a retenu le communautarisme des soviets mais nié l'économisme et le déterminisme marxistes. Il a perçu la puissance révolutionnaire du nationalisme mais rejeté tout dogmatisme raciste.
Son refus "national-gauchiste" de l'hitlérisme, l'assassinat, lors de la Nuit des Longs Couteaux de juin 1934, de certaines de ses relations, le conduiront en exil. À Prague d'abord, en Scandinavie, à Paris et, enfin, à New York. ce sont ces pérégrinations douloureuses que relate Reise ohne Uhrzeit. En lisant ce journal, on se rend compte de ce qu'a été le véritable anti-fascisme, si différent de celui des salonnards occidentaux.
Après la guerre, Paetel a écrit de nombreux ouvrages historiques sur le personnalité d'Ernst Jünger, sur les idéologies de l'ère weimarienne et sur le national-bolchévisme.Il est mort le 4 mai 1975, à l'âge de 69 ans.
♦ Karl O. Paetel, Reise ohne Uhrzeit : Autobiographie, Herausgegeben und bearbeitet von Wolfgang D. Elfe und John M. Spalek, The World of Books Limited, London / Verlag Georg Heintz, Worms, 1982, 300 p.
Qui fut Karl Otto Paetel ? Né le 23 novembre 1906 à Berlin, il a été très tôt fasciné par les mouvements de jeunesse du début du siècle, qui tentaient d'échapper aux "déserts de pierre", c'est-à-dire aux villes surgies à la suite de la révolution industrielle. Dès 1927, sa vocation de journaliste et de théoricien politique se confirme. Formé par les mouvements de jeunesse, Paetel ne demeure pas moins une sorte d'individualiste. Il refusera toujours toute fermeture au discours de l'Autre. Il lit, commente, assimile les livres, brochures, pamphlets des révolutionnaires de tous horizons qui marquaient la vie politique et intellectuelle de l'Allemagne de Weimar.
De ce travail naît une vision politique épurée de tout conformisme, une brillante synthèse des contraires apparents, tels le communisme orthodoxe et le national-socialisme hitlérien. L'œuvre politique et idéologique de Paetel traduit ainsi, avec celles d'Ernst Niekisch et d'Otto Strasser, la quintessence de son époque. Elle était trop en avance sur son temps pour avoir pu se concrétiser effectivement dans la cité.
L'apogée du travail idéologique de Paetel réside dans son Manifeste national-bolchéviste de janvier 1933, dirigé contre Hitler, à qui il reproche d'entretenir des relations suivies avec l'Église Catholique et avec les éléments les plus réactionnaires de la société allemande. Aux Nazis, il reproche également d'oublier la traditionnelle orientation russophile de la diplomatie prussienne. Paetel, en effet, a retenu le communautarisme des soviets mais nié l'économisme et le déterminisme marxistes. Il a perçu la puissance révolutionnaire du nationalisme mais rejeté tout dogmatisme raciste.
Son refus "national-gauchiste" de l'hitlérisme, l'assassinat, lors de la Nuit des Longs Couteaux de juin 1934, de certaines de ses relations, le conduiront en exil. À Prague d'abord, en Scandinavie, à Paris et, enfin, à New York. ce sont ces pérégrinations douloureuses que relate Reise ohne Uhrzeit. En lisant ce journal, on se rend compte de ce qu'a été le véritable anti-fascisme, si différent de celui des salonnards occidentaux.
Après la guerre, Paetel a écrit de nombreux ouvrages historiques sur le personnalité d'Ernst Jünger, sur les idéologies de l'ère weimarienne et sur le national-bolchévisme.Il est mort le 4 mai 1975, à l'âge de 69 ans.
♦ Karl O. Paetel, Reise ohne Uhrzeit : Autobiographie, Herausgegeben und bearbeitet von Wolfgang D. Elfe und John M. Spalek, The World of Books Limited, London / Verlag Georg Heintz, Worms, 1982, 300 p.
| notes |
Le national-bolchevisme allemand de 1918 à 1932
VIA VOXNR
Le national-bolchevisme allemand de 1918 à 1932
| Karl O. Paetel |
A l’heure actuelle [i], lorsqu’en Allemagne
occidentale on qualifie de « nationales-bolchevistes » des tendances
politiques, des groupes ou des particuliers (avec l’intention de faire
de la polémique et une nuance péjorative, comme pour « trotzkyste » ou «
titiste »), on entend par là que ces tendances, ces groupes ou ces
personnes sont orientés vers l’Est et pro-russes, ou du moins
sympathisants. Mais cette définition ne suffit pas à caractériser le
mouvement qui, entre la fin de la première guerre mondiale et la prise
du pouvoir par Hitler, attira l’attention des sphères
théorético-politiques, à l’« extrême-droite » comme à l’« extrême-gauche
», de bien des façons et sous le même nom.
De deux côtés, le mouvement était, au fond, basé sur des motifs de politique intérieure : les socialistes révolutionnaires se ralliaient à l’idée de nation, parce qu’ils y voyaient le seul moyen de mettre le socialisme en pratique. Les nationalistes convaincus tendaient vers la « gauche », parce qu’à leur avis, les destinées de la nation ne pouvaient être remises en toute confiance qu’à une classe dirigeante nouvelle. Gauche et droite se rapprochaient dans la haine commune de tout ce qu’elles appelaient l’impérialisme occidental, dont le principal symbole était le traité de Versailles et le garant, le « système de Weimar ». Aussi était-il presque inévitable qu’on se tournât, en politique extérieure, vers la Russie, qui n’avait pas pris part au traité de Versailles. Les milieux « nationaux » le firent avec l’intention de poursuivre la politique du baron von Stein, de la convention de Tauroggen, et enfin celle « réassurance » de Bismarck ; la gauche dissidente, elle, en dépit des critiques souvent violentes qu’elle formulait contre la politique communiste internationale de l’Union Soviétique, restait convaincue du caractère socialiste, donc apparenté à elle, de l’URSS, et en attendait la formation d’un front commun contre l’Ouest bourgeois et capitaliste.
Le national-bolchevisme comptait donc dans ses rangs des nationalistes et des socialistes allemands qui, introduisant dans la politique allemande une intransigeance sociale-révolutionnaire croissante, tablaient sur l’aide de la Russie pour parvenir à leurs fins.
Le « national-communisme » de Hambourg
Le national-bolchevisme allemand apparaît pour la première fois dans une discussion entre certaines fractions du mouvement ouvrier révolutionnaire. La chance lui a souri pour la première fois le 6 novembre 1918 et le 28 juin 1919. C’est le 6 novembre 1918 que, dans le « Champ du Saint-Esprit » près de Hambourg, Fritz Wolffheim appela le peuple à la « révolution allemande » qui, sous l’égide du drapeau rouge, continuerait la lutte contre l’« impérialisme occidental ». Le 28 juin 1919 fut signé le traité de Versailles que Scheidemann et Brockdorff-Rantzau avaient refusé de parapher.
Fritz Wolffheim et Heinrich Laufenberg, président du Conseil d’ouvriers et de soldats de Hambourg, menaient la lutte contre les mots d’ordre défaitistes du Groupe Spartacus et prêchaient la guerre « jacobine » de l’Allemagne socialiste contre le Diktat de paix. En sa qualité de chef de la délégation de paix, le ministre allemand des Affaires étrangères, le comte Brockdorff-Rantzau, avait eu l’intention de prononcer devant l’Assemblée Nationale allemande un discours d’avertissement, soulignant qu’une « paix injuste » renforcerait l’opposition révolutionnaire au capitalisme et à l’impérialisme, et préparerait ainsi une explosion sociale-révolutionnaire. Le discours ne fut pas prononcé, et sa teneur ne fut publiée que plus tard.
Lorsque le corps-franc du général von Lettow-Vorbeck fit son entrée à Hambourg, on adressa au chef du corps-franc un appel lui demandant de se joindre aux ouvriers révolutionnaires pour participer à cette lutte contre une « paix injuste ». Une Association libre pour l’étude du communisme allemand, fondée par des communistes et de jeunes patriotes – les frères Günther y prenaient une part active – essaya de démontrer aux socialistes et aux nationalistes la nécessité de cette lutte commune, menée dans l’intérêt de la nation et du socialisme. Bien que des contacts locaux aient eu lieu dans quelques villes, le mouvement n’eut jamais d’influence réelle sur les masses.
Lors des « Journées du Parti » à Heidelberg en 1919, le parti communiste récemment fondé prononça l’exclusion des « gauches » de Hambourg, groupés autour de Wolffheim et de Laufenberg, et celle du Groupe Spartacus et de quelques autres (les deux mouvements s’étaient joints au Parti communiste). Cette mesure avait pour cause les déviations anti-parlementaires et « syndicalistes » (dans la question des syndicats) des intéressés. Wolffheim et Laufenberg se rallièrent alors au Parti communiste ouvrier allemand, qui était en train de se former. Mais on manque total de cohésion et son absence d’unité idéologique amenèrent bientôt la dislocation du parti. Les fidèles de Wolffheim restèrent groupés dans la Ligue communiste, qui portait comme sous-titre officieux Ligue nationale-communiste. Lénine et Radek avaient jeté tout leur prestige dans la balance (la mise en garde de Lénine contre le « radicalisme » visait surtout les Hambourgeois[ii]) pour soutenir Paul Levi, adversaire de Wolffheim au sein du Parti communiste allemand. Les Hambourgeois furent isolés et leur rayon d’action se réduisit à une fraction de gauche.
Il était également impossible de rallier un nombre suffisant d’activistes de droite. Le comte Ulrich von Brockdorff-Rantzau partit en 1922 pour Moscou, en qualité d’ambassadeur d’Allemagne. Il avait l’intention de « réparer de là-bas le malheur de Versailles ». C’est à ses efforts que nous devons le traité de Rapallo du 16 avril 1922 (dont son ami Maltzan avait fait le plan) et le traité de Berlin d’avril 1926.
La variante révolutionnaire d’un national-bolchevisme allemand avait échoué. Après Rapallo, la forme évolutive de ce national-bolchevisme se poursuivit sous forme de multiples contacts entre les chefs de la Reichswehr (Seeckt et ses successeurs) et l’Union Soviétique. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de cette collaboration.
Les idées de Wolfheim et du « comte rouge » poursuivaient leur route souterraine.
L’« Union peupliste-communiste »
Les communistes firent le second pas dans la voie d’un front commun, patriotique et socialiste, contre l’Occident. Le 20 juin 1923, lors de la session du Comité exécutif élargi de l’Internationale Communiste, Karl Radek prononça son célèbre discours sur « Leo Schlageter, voyageur du néant », où il s’inclinait devant le sacrifice du saboteur nationaliste et encourageait ses camarades à poursuivre, aux côtés de la classe ouvrière révolutionnaire, la lutte commune pour la liberté nationale de l’Allemagne.
Des discussions s’ensuivirent dans Die rote Fahne et la revue allemande-peupliste Der Reichswart : Moeller van den Bruck, le comte Reventlow, Karl Radek et d’autres encore prirent la parole sur le thème : « Un bout de chemin ensemble ? ». Des rencontres eurent lieu à l’occasion. Le « mouvement national », où Adolf Hitler, le capitaine Ehrhardt et les peuplistes du Groupe Wulle-Gräfe faisaient de plus en plus parler d’eux, resta à l’écart.
Le mot d’ordre « national » du Parti communiste sonnait faux. Au fond, il a toujours sonné faux pour la majorité des activistes nationaux. En août-septembre 1930, le parti communiste allemand avait encore annoncé un programme de « libération nationale et sociale du peuple allemand »[iii]. Il avait, en outre, sous le nom de l’ex-lieutenant de la Reichswehr et nazi Richard Scheringer[iv], rassemblé quelques centaines d’ex-nazis, officiers et hommes des corps-francs, dans les milieux de « brèche » (Aufbruch), autour de la revue du même nom. Pourtant, le « national-bolchevisme » contrôlé par le Parti communiste, c’est-à-dire « dérivé », n’est jamais devenu, ni au sein du mouvement communiste ni en dehors, un facteur susceptible de déterminer la stratégie et la tactique du mouvement de masse. Il ne fut jamais qu’un instrument en marge de la NSDAP, chargé des besognes de désagrégation. Les tendances national-bolchevistes authentiques reparurent dans une direction toute différente.
Le « troisième parti »
Sous la République de Weimar, il a existé en Allemagne un mouvement de rébellion « jeune-national ». Ce mouvement se situait à l’« extrême-droite », à côté des partis conservateurs-nationaux, du national-socialisme, des différents groupes « peuplistes » parfois en concurrence avec lui, et des associations nationales de défense. De 1929 à 1932, il prit des formes concrètes, et son étiquette de « droite » n’eut bientôt plus rien de commun avec celle en usage dans la géographie parlementaire. On s’appelait « national-révolutionnaire », on formait ses propres groupes, on éditait ses propres journaux ou revues, ou bien on essayait d’exercer une influence morale sur des associations de défense, des groupes politiques, des mouvements de jeunesse, et de les entraîner à une révolution complète de l’état, de l’économie et de la société.
Après comme avant on restait nationaliste, mais on inclinait de plus en plus aux revendications anticapitalistes et socialistes, voire partiellement marxistes.
Ces « gauches de la droite », comme les a appelés Kurt Hiller, essayèrent d’abord d’établir, « par-dessus les associations », des relations entre radicaux de gauche et de droite, en prenant pour base leur « attitude commune anti-bourgeoise et sociale-révolutionnaire ». Lorsque le poids de l’appareil du parti eut fait, aux deux pôles, échouer ces efforts, les intéressés décidèrent de se créer leur propre plate-forme révolutionnaire dans les groupes et journaux nationaux-révolutionnaires. Le ralliement, en 1930, du Groupe Wolffheim au Groupe des nationalistes sociaux-révolutionnaires qui, dans les revues Die Kommenden et Das Junge Volk, avait commencé à construire une plate-forme de ce genre, et la fusion, dans la « résistance », des jeunes-socialiste de Hofgeismar avec le Groupe Oberland, donnèrent une vigueur nouvelle, sur un plan supérieur, aux thèses des nationaux-communistes de Hambourg. Ce fut également le cas pour certaines tendances pro-socialistes qui se manifestaient dans quelques groupes de radicaux de droite ayant joué un rôle actif en Haute-Silésie ou dans la résistance de la Ruhr.
Les groupes nationaux-révolutionnaires sont toujours restés numériquement insignifiants (depuis longtemps, l’opinion publique ne les désignait plus que du terme bien clair de « nationaux-bolchevistes » !) ; mais, sur le plan idéologique, il y avait là une sorte d’amalgame authentique entre conceptions de « droite » et conceptions de « gauche ». Le national-bolchevisme ne voulait être ni de droite ni de gauche. D’une part, il proclamait la nation « valeur absolue », et, de l’autre, voyait dans le socialisme le moyen de réaliser cette notion dans la vie du peuple.
Moeller van den Bruck fut le premier théoricien jeune-conservateur à professer de semblables idées. C’est pour des raisons uniquement publicitaires qu’il a intitulé son œuvre principale Le Troisième Reich, formule que devait usurper par la suite le mouvement hitlérien. Moeller lui-même voulait appeler son livre Le Troisième Parti. Son idée directrice était l’inverse des théories hitlériennes. Moeller van den Bruck donnait un fondement idéologique aux théories politiques du national-bolchevisme. Partant du principe que « chaque peuple a son propre socialisme », il essayait de développer les lignes principales d’un « socialisme allemand » exempt de tout schématisme internationaliste. Le « style prussien » lui paraissait l’attitude la meilleure ; aussi la position de Moeller, se tournant vers l’Est, même sur le plan politique, n’était-elle que la conséquence logique de cette parenté spirituelle. Il voulait être « conservateur » par opposition à « réactionnaire », « socialiste » par opposition à « marxiste », « démocratique » par opposition à « libéral ». C’est ici qu’apparurent pour la première fois des formules qui, par la suite, radicalisées, simplifiées et en partie utilisées de façon sommaire, formèrent une sorte de base commune pour tous les groupes nationaux-bolchevistes.
En dehors d’Oswald Spengler et de son livre Prussianisme et socialisme[v], qui cessa très vite de fasciner lorsqu’on en reconnut le caractère purement tactique, deux intellectuels venus de la social-démocratie ont contribué à la pénétration des idées socialistes dans les rangs de la bourgeoisie jeune-nationale : August Winnig et Hermann Heller. Comme l’avait fait jusqu’à un certain point le poète ouvrier Karl Broeger, Winnig et Heller avaient noué des relations, à l’époque de la résistance dans la Ruhr, avec le mouvement national de sécession dit de Hofgeismar, issu du mouvement jeune-socialiste du SPD. Foi dans le prolétariat de Winnig et Nation et socialisme de Heller furent le point de départ de rencontres fécondes entre socialistes (qui avaient reconnu la valeur du nationalisme) et nationalistes (qui avaient reconnu la nécessité du socialisme).
Le « nouveau nationalisme »
En outre, même dans le camp national de la « génération du front » s’élevèrent des voix rebelles. D’abord dans le cadre du Casque d’Acier, puis en marge, enfin avec la malédiction de ce mouvement, elles s’exprimèrent dans des revues comme Standarte, Arminius, Vormarsch, Das Reich, opposant un « nouveau nationalisme » au mouvement national patriotico-bourgeois, et surtout à la NSDAP. Lorsque tout espoir fut perdu d’exercer une influence au sein des grandes associations, des groupes et des partis, ils s’opposèrent résolument à tous les mots d’ordre de « communauté populaire ». « Nous en avons assez d’entendre parler de nation et de ne voir que les revenus réguliers du bourgeois. Nous en avons assez de voir mélanger ce qui est bourgeois et ce qui est allemand. Nous ne nous battrons pas une seconde fois pour que les grandes banques et les trusts administrent ’’dans l’ordre et le calme’’ l’état allemand. Nous autres nationalistes ne voulons pas, une seconde fois, faire front commun avec le capital. Les fronts commencent à se séparer ! » Pour la première fois dans le mouvement social-révolutionnaire, la frontière est franchie entre le « nouveau nationalisme » purement soldatique et le véritable national-bolchevisme. Les mots d’ordre anti-impérialistes en politique extérieure n’en étaient que la conséquence logique.
Le chef spirituel du « nouveau nationalisme » était Ernst Jünger. D’abord connu pour ses romans de guerre réalistes, il a ensuite tiré des résultats de la première guerre mondiale, sa philosophie du « réalisme héroïque », qui supprime le vieil antagonisme entre idéalisme et matérialisme. Par sa vision du Travailleur, le Jünger « première manière » encourageait les jeunes rebelles qui se tournaient vers le monde où sont en marche « la domination et la forme » du prolétariat – bien qu’il ait expressément élaboré la figure de ce travailleur en dehors des données sociologiques –, après avoir, dans La mobilisation totale, analysé et déclarée inévitable la venue d’un nouvel ordre social collectiviste. Jünger ne faisait partie d’aucun groupe, était reconnu par tous, et publia jusqu’en 1932 des articles dans beaucoup de revues représentant ces courants.
La plate-forme sociale-révolutionnaire
Les théories professées dans ces milieux étaient loin d’être toujours rationnelles. Franz Schauwecker déclarait : « Il fallait que nous perdions la guerre, pour gagner la nation ». On évoquait « le Reich », soit-disant caractérisé par « la puissance et l’intériorité ». Mais le programme comportait , à côté de la métaphysique , des points forts réalistes. On approuvait la lutte des classes, certains – s’inspirant d’ailleurs davantage des modèles d’auto-administration offerts par l’histoire d’Allemagne que de l’exemple russe – prônaient le système des « conseils ». On essayait de prendre contact avec les mouvements anti-occidentaux extra-allemands : mouvement d’indépendance irlandais, milieux arabes, indiens, chinois (une Ligue des peuples opprimés fut opposée à la SDN !). On défendait énergiquement l’idée d’une alliance germano-russe, on proclamait la nécessité d’une révolution allemande, d’un front commun avec le prolétariat révolutionnaire. Toutes les revendications radicales sociales-révolutionnaires avaient le même point de départ : l’opposition au traité de Versailles. Ernst Niekisch déclara un jour : « La minorité est décidée à renoncer à tout en faveur de l’indépendance nationale, et même, s’il est impossible de l’obtenir autrement, à lui sacrifier l’ordre social, économique et politique actuel ».
Ces milieux considéraient le national-socialisme comme « appartenant à l’Ouest ». Le prussianisme, le socialisme, le protestantisme – et même, jusqu’à un certain point, le néo-paganisme – furent utilisés contre le national-socialisme et ses visées « à tendances catholiques et Contre-Réforme », prétendait-on, visées qui faussaient le mot d’ordre tant socialiste que national et l’infléchissaient dans le sens du fascisme. Bien que, dans les dernières années avant 1933, la lutte contre le mouvement hitlérien soit de plus en plus devenue l’objectif principal des nationaux-révolutionnaires, l’opinion publique a considéré à cette époque, précisément pour les raisons que nous venons de dire, les tendances nationales-bolchevistes comme un danger réel pour la République.
Le mouvement n’a jamais été centralisé. Les différents groupes et journaux n’ont jamais réussi à acquérir une cohésion réelle ; ils se sont cantonnés dans un individualisme farouche, jusqu’au moment où Hitler les élimina tous en les interdisant, et en faisant arrêter, exiler ou tuer leurs leaders. Si l’« Action de la Jeunesse » contre le Plan Young eut du moins un certain succès de presse, les groupes ne réussirent pas à se mettre d’accord sur le choix de Claus Heim comme candidat commun aux élections à la présidence du Reich. Il en fut de même, fin 1932, pour les efforts en vue de créer un parti national-communiste unique.
L’intelligentzia anticapitaliste
En 1932, régnait pourtant une inquiétude générale, et on se demandait – surtout dans la presse bourgeoise – si les paroles d’Albrecht Erich Guenther ne contenaient pas un peu de vrai : « La force du national-bolchevisme ne peut pas être évaluée en fonction du nombre de membres d’un parti ou d’un groupe, ni en fonction du tirage des revues. Il faut sentir combien la jeunesse radicale est prête à se rallier sans réserves au national-bolchevisme, pour comprendre avec quelle soudaineté un tel mouvement peu déborder des cercles restreints pour se répandre dans le peuple. » La formule menaçante de Gregor Strasser sur « la nostalgie anticapitaliste du peuple allemand » continuait à tinter désagréablement aux oreilles de certains, surtout à droite. 1932 était devenu l’année décisive. La NSDAP et le parti communiste faisaient marcher leurs colonnes contre l’état. Alors surgit brusquement du no man’s land sociologique un troisième mouvement qui non seulement faisait appel à la passion nationale, mais encore brandissait la menace d’une révolution sociale complète – et tout cela avec un fanatisme paraissant plus sérieux que celui du national-socialisme, dont les formules semblaient identiques aux yeux d’un observateur superficiel.
Dans les milieux qui n’avaient pourtant rien à voir avec les activistes des cercles nationaux-révolutionnaires, apparurent brusquement des thèses semblables, même si le langage en paraissait plus mesuré, plus objectif et plus réaliste. La jeune intelligentzia de tous les partis, menacée de n’avoir jamais de profession, risquait de plus en plus de devenir la proie des mots d’ordre radicalisateurs, anticapitalistes et en partie anti-bourgeois. Ces tendances se manifestèrent par la célébrité soudaine du groupe Die Tat, réuni autour de la revue mensuelle du même nom. Cette revue, issue de l’ancien mouvement jeunesse allemand-libre, était dirigée par Hans Zehrer, ancien rédacteur chargé de la politique étrangère à la Vossische Zeitung. Elle mettait en garde contre le dogmatisme stérile des radicaux de gauche et de droite, et reprenait à son compte les revendications essentielles des nationaux-révolutionnaires. La revue soutenait les attaques de Ferdinand Fried contre l’ordre capitaliste, et prenait parti, avec lui, pour une économie planifiée et une souveraineté nationale garantie – l’autarcie –, s’appropriant ainsi les mots d’ordre du mouvement hitlérien.
Ce « national-bolchevisme modéré », s’il est permis de s’exprimer ainsi, faillit devenir un facteur réel. Le tirage de Die Tat atteignit des chiffres jusqu’alors inconnu en Allemagne ; l’influence de ses analyses pondérées et scientifiques dépassa de loin celle des groupes nationaux-bolchevistes traditionnels.
A un certain moment, le général Schleicher commença à prendre contact avec les syndicats et avec Gregor Strasser qui, depuis la disparition des « nationaux-socialistes révolutionnaires » de son frère Otto, représentait les tendances « de gauche » au sein de la NSDAP ; il voulait asseoir dans la masse le « socialisme de général » pour lequel il avait fait une propagande assez habile et dont le slogan sensationnel était celui-ci : « La Reichswehr n’est pas là pour protéger un régime de propriété suranné. » Die Tat s’appuya alors sur cette doctrine. Zehrer prit la direction de l’ancien quotidien chrétien-social Tägliche Rundschau et se fit le défenseur d’un Troisième Front axé sur Schleicher. Après avoir, quelque temps auparavant, lancé comme mot d’ordre à l’égard des partis existants le slogan : « Le Jeune Front reste en dehors ! », ce « Troisième Front » s’avéra une simple variante « réformiste » du Front anticapitaliste des jeunes de la droite jusqu’à la gauche, représenté par les milieux nationaux-révolutionnaires. Le renvoi brutal de Schleicher par le Président Hindenburg mit également fin cette campagne.
Sous l’égide du drapeau noir
Les nationaux-révolutionnaires n’avaient jamais travaillé la masse. Quelques milliers de jeunes idéalistes s’étaient rassemblés autour d’une douzaine et demi de revues et des chefs de quelques petits groupes. Lorsqu’Otto Strasser fonda en 1930 son propre groupe, appelé par la suite le Front Noir, les nationaux-révolutionnaires essayèrent de prendre contact avec lui, mais y renoncèrent bientôt. Pas plus que le Groupe Scheringer, le Groupe Strassser n’a jamais été vraiment national-révolutionnaire. Mais le mouvement que Strasser déclencha indirectement en quittant la NSDAP, provoqua beaucoup d’adhésions au national-bolchevisme. Dès avant 1933, des groupes de SA et de Jeunesse Hitlériennes ont été formés, dans quelques villes, sous l’égide – illégale – des nationaux-révolutionnaires. Mais il s’agissait là de cas isolés, et non de travail de masse.
Une seule fois, le symbole des nationaux-révolutionnaires, le drapeau noir (Moeller van den Bruck l’avait proposé comme emblème et tous les groupes nationaux-bolchevistes l’avaient accepté) a joué un rôle historique sous le régime de Weimar : dans le mouvement rural de Schleswig-Holstein (qui avait des ramifications dans le Wurtemberg, le Mecklembourg, la Poméranie, la Silésie, etc.). Claus Heim, un riche paysan plein d’expérience, devint le centre de la défense des paysans contre le « système » de Weimar. Alors des intellectuels nationaux-révolutionnaires ont eu en mains l’éducation idéologique de masses paysannes qui, naturellement, n’étaient pas du tout « nationales-bolchevistes ». Bruno et Ernst von Salomon, et bien d’autres encore, ont essayé, surtout dans les organes du mouvement rural, de donner un sens « allemand-révolutionnaire » et dépassant les intérêts locaux, aux bombes lancées contre les Landratsämter, aux expulsions des fonctionnaires du fisc venus percevoir l’impôt dans les fermes, à l’interdiction par la force des enchères.
Lorsqu’au cours du « procès des dynamiteurs », Claus Heim et ses collaborateurs les plus proches furent mis en prison, le mouvement perdit de sa force, mais la police prussienne n’était pas très loin de la vérité lorsqu’au début de l’enquête, méfiante, elle arrêta provisoirement tous ceux qui se rendaient au « Salon Salinger » à Berlin, très nationaliste. Les hommes qui y venaient n’étaient pas au courant des différents attentats, mais ils étaient les instigateurs spirituels du mouvement.
Les groupes de combat nationaux-révolutionnaires
Alors que le Casque d’Acier ne subissait pour ainsi dire pas l’influence des mots d’ordre nationaux-bolchevistes, et que l’Ordre jeune-allemand, axé en principe sur une politique d’alliance franco-allemande, manifestait à l’égard de ces groupes une hostilité sans équivoque, deux associations moins importantes de soldats du front, appartenant à la droite, se ralliaient assez nettement à eux : le Groupe Oberland et le Werwolf. Le Groupe Oberland avait fait partie au début du Groupe de combat allemand qui, avec les SA de Goering, était l’armature militaire du putsch de novembre 1923. Mais, dès le début, il n’y avait pas été à sa place. Ernst Röhm raconte dans ses mémoires qu’il avait eu l’intention, à une des premières « Journées allemandes », de saisir cette occasion pour proposer au prince Rupprecht la couronne de Bavière. Mais les chefs du Groupe Oberland, à qui il fit part de ses projets, lui déclarèrent nettement qu’ils viendraient avec des mitrailleuses et tireraient sur les « séparatistes » au premier cri de « Vive le roi » ; sur quoi l’ancien chef de la Reichskriegsflagge dut, en grinçant des dents, renoncer à son projet. Un autre exemple tiré de l’histoire des corps-francs montre que l’Oberland était un groupe à part : lorsqu’après le célèbre assaut d’Annaberg en 1921, le Groupe Oberland, sur le chemin du retour, traversa Beuthen, des ouvriers y étaient en grève. Comme, en général, les corps-francs étaient toujours prêts à tirer sur les ouvriers, les chefs du Groupe Oberland furent priés de briser la grève par la force des armes. Ils refusèrent.
Le corps-franc fut ensuite dissout et remplacé par le Groupe Oberland, qui édita plus tard la revue Das Dritte Reich. Très vite, les membres les plus importants du groupe se rapprochèrent, sur le plan idéologique, des nationaux-bolchevistes ; Beppo Römer, le véritable instigateur de l’assaut d’Annaberg, adhéra même au groupe communiste de Scheringer. En 1931, les sections autrichiennes du groupe, relativement fortes, élurent comme chef du groupe le prince Ernst Rüdiger von Starhemberg, chef fasciste de la Heimwehr : les nationaux-révolutionnaires quittèrent alors le groupe et, sous l’étiquette de Oberlandkameradschaft, passèrent au groupe de résistance de Ernst Niekisch, dont ils formèrent bientôt le noyau.
Un deuxième groupe de défense reprit à son compte certaines théories du mouvement national-révolutionnaire : le Werwolf (dans le Groupe de Tannenberg de Ludendorff, des voix de ce genre étaient l’exception). Le Werwolf modifia sa position pour deux raisons : premièrement, ce groupe comptait dans ses rangs un nombre relativement grand d’ouvriers, qui exerçaient une pression très nette en faveur d’un nationalisme « non-bourgeois » ; deuxièmement, son chef, le Studienrat Kloppe, éprouvait le besoin constant de se différencier des groupes plus importants. Comme les « nouveaux nationalistes » étaient tombés en disgrâce auprès du Casque d’Acier, de la NSDAP et du DNVP, le Werwolf se rapprocha d’eux de façon spectaculaire. Lorsqu’Otto Strasser, après avoir lancé son appel « Les socialistes quittent le Parti », fonda en 1930 le groupe du « véritable national-socialisme », Kloppe, dont les idées coïncidaient pourtant parfaitement avec celles de Strasser, ne se rallia pas à lui : il fonda un groupe dissident, appelé « possédisme [vi]». Les membres du groupe, en majorité plus radicaux, ne prirent pas trop au sérieux cette nouvelle doctrine, mais obtinrent que le bulletin du groupe représentât en général, pour le problème russe comme sur le plan social, le point de vue qu’avaient adoptés, en dehors des organes déjà mentionnés, Der junge Kämpfer, Der Umsturz (organe des « confédérés »), Der Vorkämpfer, (organe du Jungnationaler Bund, Deutsche Jungenschaft), et d’autres encore. En 1932, le Werwolf décida brusquement, de son propre chef, de présenter des candidats aux élections communales, renonçant ainsi à son antiparlementarisme de principe.
Typologie du national-bolchevisme
La plupart des membres des groupes nationaux-révolutionnaires étaient des jeunes ou des hommes mûrs. On y comptait aussi un nombre relativement élevé d’anciens membres ou de militants appartenant aux associations de la Jugendbewegung.
Aucun groupe important de l’Association de la Jeunesse n’était en totalité national-bolcheviste. Mais presque chaque groupe comptait des sympathisants ou des adhérents des mouvements nationaux-révolutionnaires. Les organes nationaux-révolutionnaires ont exercé une action indirecte relativement grande sur les groupes et, inversement, le monde romantique de la Jugendbewegung a influencé la pensée et le style des nationaux-révolutionnaires.
Si l’on fait abstraction du mouvement rural révolutionnaire, du Groupe Oberland et du Werwolf, presque tous les groupes nationaux-bolchevistes ont intégré certains éléments de la Jugendbewegung dans la structure de leurs groupes : groupes d’élites basés sur le principe du service volontaire. La minorité – mais très active – était composée d’anciens membres de la jeunesse prolétarienne, d’anciens communistes ou sociaux-démocrates, presque tous autodidactes ; la majorité comprenait des membres de l’Association de la Jeunesse, d’anciens membres des corps-francs et des associations de soldats, des étudiants – et des nationaux-socialistes déçus à tendance « socialistes ». Seul le groupe Die Tat a recruté des membres dans le « centre » politique.
Au fond, tous ces jeunes étaient plus ou moins en révolte contre leur classe : jeunesse bourgeoise désireuse de s’évader de l’étroitesse du point de vue bourgeois et possédant, jeunes ouvriers décidés à passer de la classe au peuple, jeunes aristocrates qui, dégoûtés des conceptions sclérosées et surannées sur le « droit au commandement » de leur classe, cherchaient à prendre contact avec les forces de l’avenir. Sous forme de communautés d’avant-garde analogues à des ordres religieux, des outsiders sans classe de l’« ordre bourgeois » cherchaient dans le mouvement national-révolutionnaire une base nouvelle qui, d’une part, fasse fructifier certains points essentiels de leur ancienne position (éléments sociaux-révolutionnaires et nationaux-révolutionnaires de « gauche » ou de « droite »), et, d’autre part, développe certaines tendances séparatistes d’une « jeunesse nouvelle » dotée d’une conscience souvent exacerbée de sa mission.
Les hommes qui se rassemblaient là avaient un point commun : non pas l’origine sociale, mais l’expérience sociale. Nous ne songeons pas ici uniquement au chômage, à la prolétarisation des classes moyennes et des intellectuels, avec toutes ses conséquences. Tous ces faits auraient dû, au cours de la radicalisation générale des masses, mener au national-socialisme ou au communisme. Mais, à côté de cette expérience négative, il y en avait une positive : celle d’une autre réalité sociale – l’expérience de la communauté dans le milieu sélectionné que représentaient les « associations » de toutes sortes. En outre – il s’agissait, à quelques exceptions près, des générations nées entre 1900 et 1910 – ces groupes se heurtaient au mutisme des partis politiques existants, lorsqu’ils leur posaient certaines questions.
Aussi le mouvement national-révolutionnaire fut-il, pour tous ceux qui ne se rallièrent pas aveuglément au drapeau hitlérien, une sorte de lieu de rassemblement, un forum pour les éléments de droite et de gauche éliminés à cause de leur sens gênant de l’absolu : collecteur de tous les activistes « pensants » qui essayaient, souvent de façon confuse mais du moins en toute loyauté, de combler l’abîme entre la droite et la gauche.
Tout cela a parfois conduit à des excès de toutes sortes, à un certain romantisme révolutionnaire, à un super-radicalisme trop souvent exacerbé (surtout parce qu’il manquait le correctif d’un mouvement démocratique de masse). Il n’en reste pas moins vrai qu’un certain nombre de jeunes intellectuels de la bourgeoisie « nationale » ont été, grâce à cela, immunisés contre les mots d’ordre contradictoires de la NSDAP. Même dans les organismes militants du national-socialisme, le mouvement national-révolutionnaire a rappelé à l’objectivité et suscité des germes de révolte.
Cette vague de national-bolchevisme allemand n’eut pas d’influence politique. La prise du pouvoir par les nazis mit fin à ses illusions – et à ses chances.
Conclusion
Le national-bolchevisme appartient aujourd’hui à l’histoire. Même ses derniers adhérents, la résistance, si lourde de sacrifices, qu’ont menée, dans la clandestinité, beaucoup de ses membres contre le régime hitlérien, la brève flambée de tactique « nationale-bolcheviste » inspirée par les communistes et dirigée par Moscou, tout cela n’est plus que de l’histoire. Quelques-uns des nationaux-révolutionnaires les plus connus ont capitulé devant le national-socialisme. Rappelons ici, à la place de certains autres, le nom de Franz Schauwecker. Exécution, réclusion, camp de concentration, expatriation, furent le lot des résistants appartenant au mouvement national-révolutionnaire – et celui de tous les adversaires de Hitler.
Comme exemple de lutte active et clandestine sous le régime hitlérien, citons Harro Schulze-Boysen, chef du Groupe des adversaires (de Hitler), et Ernst Niekisch, l’un des rares qui, après 1945, « suivirent le chemin jusqu’au bout », c’est-à-dire se rallièrent au SED. La plupart de ceux qui représentèrent autrefois les tendances nationales-révolutionnaires ont adopté des idées nouvelles : c’est le cas de Friedrich Hielscher et du Ernst Jünger « seconde manière ». Ils ont continués à bâtir sur des bases consolidées.
Lorsque le Front National d’Allemagne orientale (pâle copie de la ligne « nationale » du Parti communiste allemand représentée pendant la guerre par le Comité National de l’Allemagne Libre de Moscou et l’Union des officiers allemands du général von Seydlitz), le Mouvement des sans-moi[vii] et la propagande en faveur de « conversations entre représentants de toute l’Allemagne » cherchent à mettre en garde contre le mouvement national-bolcheviste d’autrefois, ou au contraire se réfèrent à lui, ils sont dans l’erreur la plus totale. D’autres réalités en matière de politique mondiale ont créé des problèmes nouveaux – et des buts nouveaux –.
Le compte-rendu – incomplet – que nous avons essayé de faire ici ne tend ni à défendre ni à démolir certaines prises de position de naguère. Les faits parlent d’eux-mêmes.
Le national-bolchevisme allemand de 1918 à 1932 a été une tentative légitime pour former la volonté politique des Allemands. Personne ne peut dire avec certitude si, arrivé à son apogée, il aurait été une variante positive et heureuse, ou au contraire haïssable, de la révolte imminente (inspirée par l’idée collectiviste) des générations intermédiaires contre l’état bourgeois. Il s’est limité à des déclarations grandiloquentes, en fin de compte pré-politiques : la chance de faire ses preuves dans la réalité quotidienne lui a été refusée.
La majorité de ses représentants ont été des hommes intègres, désintéressés et loyaux, ce qui facilite peut-être aujourd’hui, même à ses adversaires de naguère, la tâche de le considérer uniquement, en toute objectivité et sans ressentiment, comme un phénomène historique.
(Aussenpolitik d’avril 1952)
De deux côtés, le mouvement était, au fond, basé sur des motifs de politique intérieure : les socialistes révolutionnaires se ralliaient à l’idée de nation, parce qu’ils y voyaient le seul moyen de mettre le socialisme en pratique. Les nationalistes convaincus tendaient vers la « gauche », parce qu’à leur avis, les destinées de la nation ne pouvaient être remises en toute confiance qu’à une classe dirigeante nouvelle. Gauche et droite se rapprochaient dans la haine commune de tout ce qu’elles appelaient l’impérialisme occidental, dont le principal symbole était le traité de Versailles et le garant, le « système de Weimar ». Aussi était-il presque inévitable qu’on se tournât, en politique extérieure, vers la Russie, qui n’avait pas pris part au traité de Versailles. Les milieux « nationaux » le firent avec l’intention de poursuivre la politique du baron von Stein, de la convention de Tauroggen, et enfin celle « réassurance » de Bismarck ; la gauche dissidente, elle, en dépit des critiques souvent violentes qu’elle formulait contre la politique communiste internationale de l’Union Soviétique, restait convaincue du caractère socialiste, donc apparenté à elle, de l’URSS, et en attendait la formation d’un front commun contre l’Ouest bourgeois et capitaliste.
Le national-bolchevisme comptait donc dans ses rangs des nationalistes et des socialistes allemands qui, introduisant dans la politique allemande une intransigeance sociale-révolutionnaire croissante, tablaient sur l’aide de la Russie pour parvenir à leurs fins.
Le « national-communisme » de Hambourg
Le national-bolchevisme allemand apparaît pour la première fois dans une discussion entre certaines fractions du mouvement ouvrier révolutionnaire. La chance lui a souri pour la première fois le 6 novembre 1918 et le 28 juin 1919. C’est le 6 novembre 1918 que, dans le « Champ du Saint-Esprit » près de Hambourg, Fritz Wolffheim appela le peuple à la « révolution allemande » qui, sous l’égide du drapeau rouge, continuerait la lutte contre l’« impérialisme occidental ». Le 28 juin 1919 fut signé le traité de Versailles que Scheidemann et Brockdorff-Rantzau avaient refusé de parapher.
Fritz Wolffheim et Heinrich Laufenberg, président du Conseil d’ouvriers et de soldats de Hambourg, menaient la lutte contre les mots d’ordre défaitistes du Groupe Spartacus et prêchaient la guerre « jacobine » de l’Allemagne socialiste contre le Diktat de paix. En sa qualité de chef de la délégation de paix, le ministre allemand des Affaires étrangères, le comte Brockdorff-Rantzau, avait eu l’intention de prononcer devant l’Assemblée Nationale allemande un discours d’avertissement, soulignant qu’une « paix injuste » renforcerait l’opposition révolutionnaire au capitalisme et à l’impérialisme, et préparerait ainsi une explosion sociale-révolutionnaire. Le discours ne fut pas prononcé, et sa teneur ne fut publiée que plus tard.
Lorsque le corps-franc du général von Lettow-Vorbeck fit son entrée à Hambourg, on adressa au chef du corps-franc un appel lui demandant de se joindre aux ouvriers révolutionnaires pour participer à cette lutte contre une « paix injuste ». Une Association libre pour l’étude du communisme allemand, fondée par des communistes et de jeunes patriotes – les frères Günther y prenaient une part active – essaya de démontrer aux socialistes et aux nationalistes la nécessité de cette lutte commune, menée dans l’intérêt de la nation et du socialisme. Bien que des contacts locaux aient eu lieu dans quelques villes, le mouvement n’eut jamais d’influence réelle sur les masses.
Lors des « Journées du Parti » à Heidelberg en 1919, le parti communiste récemment fondé prononça l’exclusion des « gauches » de Hambourg, groupés autour de Wolffheim et de Laufenberg, et celle du Groupe Spartacus et de quelques autres (les deux mouvements s’étaient joints au Parti communiste). Cette mesure avait pour cause les déviations anti-parlementaires et « syndicalistes » (dans la question des syndicats) des intéressés. Wolffheim et Laufenberg se rallièrent alors au Parti communiste ouvrier allemand, qui était en train de se former. Mais on manque total de cohésion et son absence d’unité idéologique amenèrent bientôt la dislocation du parti. Les fidèles de Wolffheim restèrent groupés dans la Ligue communiste, qui portait comme sous-titre officieux Ligue nationale-communiste. Lénine et Radek avaient jeté tout leur prestige dans la balance (la mise en garde de Lénine contre le « radicalisme » visait surtout les Hambourgeois[ii]) pour soutenir Paul Levi, adversaire de Wolffheim au sein du Parti communiste allemand. Les Hambourgeois furent isolés et leur rayon d’action se réduisit à une fraction de gauche.
Il était également impossible de rallier un nombre suffisant d’activistes de droite. Le comte Ulrich von Brockdorff-Rantzau partit en 1922 pour Moscou, en qualité d’ambassadeur d’Allemagne. Il avait l’intention de « réparer de là-bas le malheur de Versailles ». C’est à ses efforts que nous devons le traité de Rapallo du 16 avril 1922 (dont son ami Maltzan avait fait le plan) et le traité de Berlin d’avril 1926.
La variante révolutionnaire d’un national-bolchevisme allemand avait échoué. Après Rapallo, la forme évolutive de ce national-bolchevisme se poursuivit sous forme de multiples contacts entre les chefs de la Reichswehr (Seeckt et ses successeurs) et l’Union Soviétique. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de cette collaboration.
Les idées de Wolfheim et du « comte rouge » poursuivaient leur route souterraine.
L’« Union peupliste-communiste »
Les communistes firent le second pas dans la voie d’un front commun, patriotique et socialiste, contre l’Occident. Le 20 juin 1923, lors de la session du Comité exécutif élargi de l’Internationale Communiste, Karl Radek prononça son célèbre discours sur « Leo Schlageter, voyageur du néant », où il s’inclinait devant le sacrifice du saboteur nationaliste et encourageait ses camarades à poursuivre, aux côtés de la classe ouvrière révolutionnaire, la lutte commune pour la liberté nationale de l’Allemagne.
Des discussions s’ensuivirent dans Die rote Fahne et la revue allemande-peupliste Der Reichswart : Moeller van den Bruck, le comte Reventlow, Karl Radek et d’autres encore prirent la parole sur le thème : « Un bout de chemin ensemble ? ». Des rencontres eurent lieu à l’occasion. Le « mouvement national », où Adolf Hitler, le capitaine Ehrhardt et les peuplistes du Groupe Wulle-Gräfe faisaient de plus en plus parler d’eux, resta à l’écart.
Le mot d’ordre « national » du Parti communiste sonnait faux. Au fond, il a toujours sonné faux pour la majorité des activistes nationaux. En août-septembre 1930, le parti communiste allemand avait encore annoncé un programme de « libération nationale et sociale du peuple allemand »[iii]. Il avait, en outre, sous le nom de l’ex-lieutenant de la Reichswehr et nazi Richard Scheringer[iv], rassemblé quelques centaines d’ex-nazis, officiers et hommes des corps-francs, dans les milieux de « brèche » (Aufbruch), autour de la revue du même nom. Pourtant, le « national-bolchevisme » contrôlé par le Parti communiste, c’est-à-dire « dérivé », n’est jamais devenu, ni au sein du mouvement communiste ni en dehors, un facteur susceptible de déterminer la stratégie et la tactique du mouvement de masse. Il ne fut jamais qu’un instrument en marge de la NSDAP, chargé des besognes de désagrégation. Les tendances national-bolchevistes authentiques reparurent dans une direction toute différente.
Le « troisième parti »
Sous la République de Weimar, il a existé en Allemagne un mouvement de rébellion « jeune-national ». Ce mouvement se situait à l’« extrême-droite », à côté des partis conservateurs-nationaux, du national-socialisme, des différents groupes « peuplistes » parfois en concurrence avec lui, et des associations nationales de défense. De 1929 à 1932, il prit des formes concrètes, et son étiquette de « droite » n’eut bientôt plus rien de commun avec celle en usage dans la géographie parlementaire. On s’appelait « national-révolutionnaire », on formait ses propres groupes, on éditait ses propres journaux ou revues, ou bien on essayait d’exercer une influence morale sur des associations de défense, des groupes politiques, des mouvements de jeunesse, et de les entraîner à une révolution complète de l’état, de l’économie et de la société.
Après comme avant on restait nationaliste, mais on inclinait de plus en plus aux revendications anticapitalistes et socialistes, voire partiellement marxistes.
Ces « gauches de la droite », comme les a appelés Kurt Hiller, essayèrent d’abord d’établir, « par-dessus les associations », des relations entre radicaux de gauche et de droite, en prenant pour base leur « attitude commune anti-bourgeoise et sociale-révolutionnaire ». Lorsque le poids de l’appareil du parti eut fait, aux deux pôles, échouer ces efforts, les intéressés décidèrent de se créer leur propre plate-forme révolutionnaire dans les groupes et journaux nationaux-révolutionnaires. Le ralliement, en 1930, du Groupe Wolffheim au Groupe des nationalistes sociaux-révolutionnaires qui, dans les revues Die Kommenden et Das Junge Volk, avait commencé à construire une plate-forme de ce genre, et la fusion, dans la « résistance », des jeunes-socialiste de Hofgeismar avec le Groupe Oberland, donnèrent une vigueur nouvelle, sur un plan supérieur, aux thèses des nationaux-communistes de Hambourg. Ce fut également le cas pour certaines tendances pro-socialistes qui se manifestaient dans quelques groupes de radicaux de droite ayant joué un rôle actif en Haute-Silésie ou dans la résistance de la Ruhr.
Les groupes nationaux-révolutionnaires sont toujours restés numériquement insignifiants (depuis longtemps, l’opinion publique ne les désignait plus que du terme bien clair de « nationaux-bolchevistes » !) ; mais, sur le plan idéologique, il y avait là une sorte d’amalgame authentique entre conceptions de « droite » et conceptions de « gauche ». Le national-bolchevisme ne voulait être ni de droite ni de gauche. D’une part, il proclamait la nation « valeur absolue », et, de l’autre, voyait dans le socialisme le moyen de réaliser cette notion dans la vie du peuple.
Moeller van den Bruck fut le premier théoricien jeune-conservateur à professer de semblables idées. C’est pour des raisons uniquement publicitaires qu’il a intitulé son œuvre principale Le Troisième Reich, formule que devait usurper par la suite le mouvement hitlérien. Moeller lui-même voulait appeler son livre Le Troisième Parti. Son idée directrice était l’inverse des théories hitlériennes. Moeller van den Bruck donnait un fondement idéologique aux théories politiques du national-bolchevisme. Partant du principe que « chaque peuple a son propre socialisme », il essayait de développer les lignes principales d’un « socialisme allemand » exempt de tout schématisme internationaliste. Le « style prussien » lui paraissait l’attitude la meilleure ; aussi la position de Moeller, se tournant vers l’Est, même sur le plan politique, n’était-elle que la conséquence logique de cette parenté spirituelle. Il voulait être « conservateur » par opposition à « réactionnaire », « socialiste » par opposition à « marxiste », « démocratique » par opposition à « libéral ». C’est ici qu’apparurent pour la première fois des formules qui, par la suite, radicalisées, simplifiées et en partie utilisées de façon sommaire, formèrent une sorte de base commune pour tous les groupes nationaux-bolchevistes.
En dehors d’Oswald Spengler et de son livre Prussianisme et socialisme[v], qui cessa très vite de fasciner lorsqu’on en reconnut le caractère purement tactique, deux intellectuels venus de la social-démocratie ont contribué à la pénétration des idées socialistes dans les rangs de la bourgeoisie jeune-nationale : August Winnig et Hermann Heller. Comme l’avait fait jusqu’à un certain point le poète ouvrier Karl Broeger, Winnig et Heller avaient noué des relations, à l’époque de la résistance dans la Ruhr, avec le mouvement national de sécession dit de Hofgeismar, issu du mouvement jeune-socialiste du SPD. Foi dans le prolétariat de Winnig et Nation et socialisme de Heller furent le point de départ de rencontres fécondes entre socialistes (qui avaient reconnu la valeur du nationalisme) et nationalistes (qui avaient reconnu la nécessité du socialisme).
Le « nouveau nationalisme »
En outre, même dans le camp national de la « génération du front » s’élevèrent des voix rebelles. D’abord dans le cadre du Casque d’Acier, puis en marge, enfin avec la malédiction de ce mouvement, elles s’exprimèrent dans des revues comme Standarte, Arminius, Vormarsch, Das Reich, opposant un « nouveau nationalisme » au mouvement national patriotico-bourgeois, et surtout à la NSDAP. Lorsque tout espoir fut perdu d’exercer une influence au sein des grandes associations, des groupes et des partis, ils s’opposèrent résolument à tous les mots d’ordre de « communauté populaire ». « Nous en avons assez d’entendre parler de nation et de ne voir que les revenus réguliers du bourgeois. Nous en avons assez de voir mélanger ce qui est bourgeois et ce qui est allemand. Nous ne nous battrons pas une seconde fois pour que les grandes banques et les trusts administrent ’’dans l’ordre et le calme’’ l’état allemand. Nous autres nationalistes ne voulons pas, une seconde fois, faire front commun avec le capital. Les fronts commencent à se séparer ! » Pour la première fois dans le mouvement social-révolutionnaire, la frontière est franchie entre le « nouveau nationalisme » purement soldatique et le véritable national-bolchevisme. Les mots d’ordre anti-impérialistes en politique extérieure n’en étaient que la conséquence logique.
Le chef spirituel du « nouveau nationalisme » était Ernst Jünger. D’abord connu pour ses romans de guerre réalistes, il a ensuite tiré des résultats de la première guerre mondiale, sa philosophie du « réalisme héroïque », qui supprime le vieil antagonisme entre idéalisme et matérialisme. Par sa vision du Travailleur, le Jünger « première manière » encourageait les jeunes rebelles qui se tournaient vers le monde où sont en marche « la domination et la forme » du prolétariat – bien qu’il ait expressément élaboré la figure de ce travailleur en dehors des données sociologiques –, après avoir, dans La mobilisation totale, analysé et déclarée inévitable la venue d’un nouvel ordre social collectiviste. Jünger ne faisait partie d’aucun groupe, était reconnu par tous, et publia jusqu’en 1932 des articles dans beaucoup de revues représentant ces courants.
La plate-forme sociale-révolutionnaire
Les théories professées dans ces milieux étaient loin d’être toujours rationnelles. Franz Schauwecker déclarait : « Il fallait que nous perdions la guerre, pour gagner la nation ». On évoquait « le Reich », soit-disant caractérisé par « la puissance et l’intériorité ». Mais le programme comportait , à côté de la métaphysique , des points forts réalistes. On approuvait la lutte des classes, certains – s’inspirant d’ailleurs davantage des modèles d’auto-administration offerts par l’histoire d’Allemagne que de l’exemple russe – prônaient le système des « conseils ». On essayait de prendre contact avec les mouvements anti-occidentaux extra-allemands : mouvement d’indépendance irlandais, milieux arabes, indiens, chinois (une Ligue des peuples opprimés fut opposée à la SDN !). On défendait énergiquement l’idée d’une alliance germano-russe, on proclamait la nécessité d’une révolution allemande, d’un front commun avec le prolétariat révolutionnaire. Toutes les revendications radicales sociales-révolutionnaires avaient le même point de départ : l’opposition au traité de Versailles. Ernst Niekisch déclara un jour : « La minorité est décidée à renoncer à tout en faveur de l’indépendance nationale, et même, s’il est impossible de l’obtenir autrement, à lui sacrifier l’ordre social, économique et politique actuel ».
Ces milieux considéraient le national-socialisme comme « appartenant à l’Ouest ». Le prussianisme, le socialisme, le protestantisme – et même, jusqu’à un certain point, le néo-paganisme – furent utilisés contre le national-socialisme et ses visées « à tendances catholiques et Contre-Réforme », prétendait-on, visées qui faussaient le mot d’ordre tant socialiste que national et l’infléchissaient dans le sens du fascisme. Bien que, dans les dernières années avant 1933, la lutte contre le mouvement hitlérien soit de plus en plus devenue l’objectif principal des nationaux-révolutionnaires, l’opinion publique a considéré à cette époque, précisément pour les raisons que nous venons de dire, les tendances nationales-bolchevistes comme un danger réel pour la République.
Le mouvement n’a jamais été centralisé. Les différents groupes et journaux n’ont jamais réussi à acquérir une cohésion réelle ; ils se sont cantonnés dans un individualisme farouche, jusqu’au moment où Hitler les élimina tous en les interdisant, et en faisant arrêter, exiler ou tuer leurs leaders. Si l’« Action de la Jeunesse » contre le Plan Young eut du moins un certain succès de presse, les groupes ne réussirent pas à se mettre d’accord sur le choix de Claus Heim comme candidat commun aux élections à la présidence du Reich. Il en fut de même, fin 1932, pour les efforts en vue de créer un parti national-communiste unique.
L’intelligentzia anticapitaliste
En 1932, régnait pourtant une inquiétude générale, et on se demandait – surtout dans la presse bourgeoise – si les paroles d’Albrecht Erich Guenther ne contenaient pas un peu de vrai : « La force du national-bolchevisme ne peut pas être évaluée en fonction du nombre de membres d’un parti ou d’un groupe, ni en fonction du tirage des revues. Il faut sentir combien la jeunesse radicale est prête à se rallier sans réserves au national-bolchevisme, pour comprendre avec quelle soudaineté un tel mouvement peu déborder des cercles restreints pour se répandre dans le peuple. » La formule menaçante de Gregor Strasser sur « la nostalgie anticapitaliste du peuple allemand » continuait à tinter désagréablement aux oreilles de certains, surtout à droite. 1932 était devenu l’année décisive. La NSDAP et le parti communiste faisaient marcher leurs colonnes contre l’état. Alors surgit brusquement du no man’s land sociologique un troisième mouvement qui non seulement faisait appel à la passion nationale, mais encore brandissait la menace d’une révolution sociale complète – et tout cela avec un fanatisme paraissant plus sérieux que celui du national-socialisme, dont les formules semblaient identiques aux yeux d’un observateur superficiel.
Dans les milieux qui n’avaient pourtant rien à voir avec les activistes des cercles nationaux-révolutionnaires, apparurent brusquement des thèses semblables, même si le langage en paraissait plus mesuré, plus objectif et plus réaliste. La jeune intelligentzia de tous les partis, menacée de n’avoir jamais de profession, risquait de plus en plus de devenir la proie des mots d’ordre radicalisateurs, anticapitalistes et en partie anti-bourgeois. Ces tendances se manifestèrent par la célébrité soudaine du groupe Die Tat, réuni autour de la revue mensuelle du même nom. Cette revue, issue de l’ancien mouvement jeunesse allemand-libre, était dirigée par Hans Zehrer, ancien rédacteur chargé de la politique étrangère à la Vossische Zeitung. Elle mettait en garde contre le dogmatisme stérile des radicaux de gauche et de droite, et reprenait à son compte les revendications essentielles des nationaux-révolutionnaires. La revue soutenait les attaques de Ferdinand Fried contre l’ordre capitaliste, et prenait parti, avec lui, pour une économie planifiée et une souveraineté nationale garantie – l’autarcie –, s’appropriant ainsi les mots d’ordre du mouvement hitlérien.
Ce « national-bolchevisme modéré », s’il est permis de s’exprimer ainsi, faillit devenir un facteur réel. Le tirage de Die Tat atteignit des chiffres jusqu’alors inconnu en Allemagne ; l’influence de ses analyses pondérées et scientifiques dépassa de loin celle des groupes nationaux-bolchevistes traditionnels.
A un certain moment, le général Schleicher commença à prendre contact avec les syndicats et avec Gregor Strasser qui, depuis la disparition des « nationaux-socialistes révolutionnaires » de son frère Otto, représentait les tendances « de gauche » au sein de la NSDAP ; il voulait asseoir dans la masse le « socialisme de général » pour lequel il avait fait une propagande assez habile et dont le slogan sensationnel était celui-ci : « La Reichswehr n’est pas là pour protéger un régime de propriété suranné. » Die Tat s’appuya alors sur cette doctrine. Zehrer prit la direction de l’ancien quotidien chrétien-social Tägliche Rundschau et se fit le défenseur d’un Troisième Front axé sur Schleicher. Après avoir, quelque temps auparavant, lancé comme mot d’ordre à l’égard des partis existants le slogan : « Le Jeune Front reste en dehors ! », ce « Troisième Front » s’avéra une simple variante « réformiste » du Front anticapitaliste des jeunes de la droite jusqu’à la gauche, représenté par les milieux nationaux-révolutionnaires. Le renvoi brutal de Schleicher par le Président Hindenburg mit également fin cette campagne.
Sous l’égide du drapeau noir
Les nationaux-révolutionnaires n’avaient jamais travaillé la masse. Quelques milliers de jeunes idéalistes s’étaient rassemblés autour d’une douzaine et demi de revues et des chefs de quelques petits groupes. Lorsqu’Otto Strasser fonda en 1930 son propre groupe, appelé par la suite le Front Noir, les nationaux-révolutionnaires essayèrent de prendre contact avec lui, mais y renoncèrent bientôt. Pas plus que le Groupe Scheringer, le Groupe Strassser n’a jamais été vraiment national-révolutionnaire. Mais le mouvement que Strasser déclencha indirectement en quittant la NSDAP, provoqua beaucoup d’adhésions au national-bolchevisme. Dès avant 1933, des groupes de SA et de Jeunesse Hitlériennes ont été formés, dans quelques villes, sous l’égide – illégale – des nationaux-révolutionnaires. Mais il s’agissait là de cas isolés, et non de travail de masse.
Une seule fois, le symbole des nationaux-révolutionnaires, le drapeau noir (Moeller van den Bruck l’avait proposé comme emblème et tous les groupes nationaux-bolchevistes l’avaient accepté) a joué un rôle historique sous le régime de Weimar : dans le mouvement rural de Schleswig-Holstein (qui avait des ramifications dans le Wurtemberg, le Mecklembourg, la Poméranie, la Silésie, etc.). Claus Heim, un riche paysan plein d’expérience, devint le centre de la défense des paysans contre le « système » de Weimar. Alors des intellectuels nationaux-révolutionnaires ont eu en mains l’éducation idéologique de masses paysannes qui, naturellement, n’étaient pas du tout « nationales-bolchevistes ». Bruno et Ernst von Salomon, et bien d’autres encore, ont essayé, surtout dans les organes du mouvement rural, de donner un sens « allemand-révolutionnaire » et dépassant les intérêts locaux, aux bombes lancées contre les Landratsämter, aux expulsions des fonctionnaires du fisc venus percevoir l’impôt dans les fermes, à l’interdiction par la force des enchères.
Lorsqu’au cours du « procès des dynamiteurs », Claus Heim et ses collaborateurs les plus proches furent mis en prison, le mouvement perdit de sa force, mais la police prussienne n’était pas très loin de la vérité lorsqu’au début de l’enquête, méfiante, elle arrêta provisoirement tous ceux qui se rendaient au « Salon Salinger » à Berlin, très nationaliste. Les hommes qui y venaient n’étaient pas au courant des différents attentats, mais ils étaient les instigateurs spirituels du mouvement.
Les groupes de combat nationaux-révolutionnaires
Alors que le Casque d’Acier ne subissait pour ainsi dire pas l’influence des mots d’ordre nationaux-bolchevistes, et que l’Ordre jeune-allemand, axé en principe sur une politique d’alliance franco-allemande, manifestait à l’égard de ces groupes une hostilité sans équivoque, deux associations moins importantes de soldats du front, appartenant à la droite, se ralliaient assez nettement à eux : le Groupe Oberland et le Werwolf. Le Groupe Oberland avait fait partie au début du Groupe de combat allemand qui, avec les SA de Goering, était l’armature militaire du putsch de novembre 1923. Mais, dès le début, il n’y avait pas été à sa place. Ernst Röhm raconte dans ses mémoires qu’il avait eu l’intention, à une des premières « Journées allemandes », de saisir cette occasion pour proposer au prince Rupprecht la couronne de Bavière. Mais les chefs du Groupe Oberland, à qui il fit part de ses projets, lui déclarèrent nettement qu’ils viendraient avec des mitrailleuses et tireraient sur les « séparatistes » au premier cri de « Vive le roi » ; sur quoi l’ancien chef de la Reichskriegsflagge dut, en grinçant des dents, renoncer à son projet. Un autre exemple tiré de l’histoire des corps-francs montre que l’Oberland était un groupe à part : lorsqu’après le célèbre assaut d’Annaberg en 1921, le Groupe Oberland, sur le chemin du retour, traversa Beuthen, des ouvriers y étaient en grève. Comme, en général, les corps-francs étaient toujours prêts à tirer sur les ouvriers, les chefs du Groupe Oberland furent priés de briser la grève par la force des armes. Ils refusèrent.
Le corps-franc fut ensuite dissout et remplacé par le Groupe Oberland, qui édita plus tard la revue Das Dritte Reich. Très vite, les membres les plus importants du groupe se rapprochèrent, sur le plan idéologique, des nationaux-bolchevistes ; Beppo Römer, le véritable instigateur de l’assaut d’Annaberg, adhéra même au groupe communiste de Scheringer. En 1931, les sections autrichiennes du groupe, relativement fortes, élurent comme chef du groupe le prince Ernst Rüdiger von Starhemberg, chef fasciste de la Heimwehr : les nationaux-révolutionnaires quittèrent alors le groupe et, sous l’étiquette de Oberlandkameradschaft, passèrent au groupe de résistance de Ernst Niekisch, dont ils formèrent bientôt le noyau.
Un deuxième groupe de défense reprit à son compte certaines théories du mouvement national-révolutionnaire : le Werwolf (dans le Groupe de Tannenberg de Ludendorff, des voix de ce genre étaient l’exception). Le Werwolf modifia sa position pour deux raisons : premièrement, ce groupe comptait dans ses rangs un nombre relativement grand d’ouvriers, qui exerçaient une pression très nette en faveur d’un nationalisme « non-bourgeois » ; deuxièmement, son chef, le Studienrat Kloppe, éprouvait le besoin constant de se différencier des groupes plus importants. Comme les « nouveaux nationalistes » étaient tombés en disgrâce auprès du Casque d’Acier, de la NSDAP et du DNVP, le Werwolf se rapprocha d’eux de façon spectaculaire. Lorsqu’Otto Strasser, après avoir lancé son appel « Les socialistes quittent le Parti », fonda en 1930 le groupe du « véritable national-socialisme », Kloppe, dont les idées coïncidaient pourtant parfaitement avec celles de Strasser, ne se rallia pas à lui : il fonda un groupe dissident, appelé « possédisme [vi]». Les membres du groupe, en majorité plus radicaux, ne prirent pas trop au sérieux cette nouvelle doctrine, mais obtinrent que le bulletin du groupe représentât en général, pour le problème russe comme sur le plan social, le point de vue qu’avaient adoptés, en dehors des organes déjà mentionnés, Der junge Kämpfer, Der Umsturz (organe des « confédérés »), Der Vorkämpfer, (organe du Jungnationaler Bund, Deutsche Jungenschaft), et d’autres encore. En 1932, le Werwolf décida brusquement, de son propre chef, de présenter des candidats aux élections communales, renonçant ainsi à son antiparlementarisme de principe.
Typologie du national-bolchevisme
La plupart des membres des groupes nationaux-révolutionnaires étaient des jeunes ou des hommes mûrs. On y comptait aussi un nombre relativement élevé d’anciens membres ou de militants appartenant aux associations de la Jugendbewegung.
Aucun groupe important de l’Association de la Jeunesse n’était en totalité national-bolcheviste. Mais presque chaque groupe comptait des sympathisants ou des adhérents des mouvements nationaux-révolutionnaires. Les organes nationaux-révolutionnaires ont exercé une action indirecte relativement grande sur les groupes et, inversement, le monde romantique de la Jugendbewegung a influencé la pensée et le style des nationaux-révolutionnaires.
Si l’on fait abstraction du mouvement rural révolutionnaire, du Groupe Oberland et du Werwolf, presque tous les groupes nationaux-bolchevistes ont intégré certains éléments de la Jugendbewegung dans la structure de leurs groupes : groupes d’élites basés sur le principe du service volontaire. La minorité – mais très active – était composée d’anciens membres de la jeunesse prolétarienne, d’anciens communistes ou sociaux-démocrates, presque tous autodidactes ; la majorité comprenait des membres de l’Association de la Jeunesse, d’anciens membres des corps-francs et des associations de soldats, des étudiants – et des nationaux-socialistes déçus à tendance « socialistes ». Seul le groupe Die Tat a recruté des membres dans le « centre » politique.
Au fond, tous ces jeunes étaient plus ou moins en révolte contre leur classe : jeunesse bourgeoise désireuse de s’évader de l’étroitesse du point de vue bourgeois et possédant, jeunes ouvriers décidés à passer de la classe au peuple, jeunes aristocrates qui, dégoûtés des conceptions sclérosées et surannées sur le « droit au commandement » de leur classe, cherchaient à prendre contact avec les forces de l’avenir. Sous forme de communautés d’avant-garde analogues à des ordres religieux, des outsiders sans classe de l’« ordre bourgeois » cherchaient dans le mouvement national-révolutionnaire une base nouvelle qui, d’une part, fasse fructifier certains points essentiels de leur ancienne position (éléments sociaux-révolutionnaires et nationaux-révolutionnaires de « gauche » ou de « droite »), et, d’autre part, développe certaines tendances séparatistes d’une « jeunesse nouvelle » dotée d’une conscience souvent exacerbée de sa mission.
Les hommes qui se rassemblaient là avaient un point commun : non pas l’origine sociale, mais l’expérience sociale. Nous ne songeons pas ici uniquement au chômage, à la prolétarisation des classes moyennes et des intellectuels, avec toutes ses conséquences. Tous ces faits auraient dû, au cours de la radicalisation générale des masses, mener au national-socialisme ou au communisme. Mais, à côté de cette expérience négative, il y en avait une positive : celle d’une autre réalité sociale – l’expérience de la communauté dans le milieu sélectionné que représentaient les « associations » de toutes sortes. En outre – il s’agissait, à quelques exceptions près, des générations nées entre 1900 et 1910 – ces groupes se heurtaient au mutisme des partis politiques existants, lorsqu’ils leur posaient certaines questions.
Aussi le mouvement national-révolutionnaire fut-il, pour tous ceux qui ne se rallièrent pas aveuglément au drapeau hitlérien, une sorte de lieu de rassemblement, un forum pour les éléments de droite et de gauche éliminés à cause de leur sens gênant de l’absolu : collecteur de tous les activistes « pensants » qui essayaient, souvent de façon confuse mais du moins en toute loyauté, de combler l’abîme entre la droite et la gauche.
Tout cela a parfois conduit à des excès de toutes sortes, à un certain romantisme révolutionnaire, à un super-radicalisme trop souvent exacerbé (surtout parce qu’il manquait le correctif d’un mouvement démocratique de masse). Il n’en reste pas moins vrai qu’un certain nombre de jeunes intellectuels de la bourgeoisie « nationale » ont été, grâce à cela, immunisés contre les mots d’ordre contradictoires de la NSDAP. Même dans les organismes militants du national-socialisme, le mouvement national-révolutionnaire a rappelé à l’objectivité et suscité des germes de révolte.
Cette vague de national-bolchevisme allemand n’eut pas d’influence politique. La prise du pouvoir par les nazis mit fin à ses illusions – et à ses chances.
Conclusion
Le national-bolchevisme appartient aujourd’hui à l’histoire. Même ses derniers adhérents, la résistance, si lourde de sacrifices, qu’ont menée, dans la clandestinité, beaucoup de ses membres contre le régime hitlérien, la brève flambée de tactique « nationale-bolcheviste » inspirée par les communistes et dirigée par Moscou, tout cela n’est plus que de l’histoire. Quelques-uns des nationaux-révolutionnaires les plus connus ont capitulé devant le national-socialisme. Rappelons ici, à la place de certains autres, le nom de Franz Schauwecker. Exécution, réclusion, camp de concentration, expatriation, furent le lot des résistants appartenant au mouvement national-révolutionnaire – et celui de tous les adversaires de Hitler.
Comme exemple de lutte active et clandestine sous le régime hitlérien, citons Harro Schulze-Boysen, chef du Groupe des adversaires (de Hitler), et Ernst Niekisch, l’un des rares qui, après 1945, « suivirent le chemin jusqu’au bout », c’est-à-dire se rallièrent au SED. La plupart de ceux qui représentèrent autrefois les tendances nationales-révolutionnaires ont adopté des idées nouvelles : c’est le cas de Friedrich Hielscher et du Ernst Jünger « seconde manière ». Ils ont continués à bâtir sur des bases consolidées.
Lorsque le Front National d’Allemagne orientale (pâle copie de la ligne « nationale » du Parti communiste allemand représentée pendant la guerre par le Comité National de l’Allemagne Libre de Moscou et l’Union des officiers allemands du général von Seydlitz), le Mouvement des sans-moi[vii] et la propagande en faveur de « conversations entre représentants de toute l’Allemagne » cherchent à mettre en garde contre le mouvement national-bolcheviste d’autrefois, ou au contraire se réfèrent à lui, ils sont dans l’erreur la plus totale. D’autres réalités en matière de politique mondiale ont créé des problèmes nouveaux – et des buts nouveaux –.
Le compte-rendu – incomplet – que nous avons essayé de faire ici ne tend ni à défendre ni à démolir certaines prises de position de naguère. Les faits parlent d’eux-mêmes.
Le national-bolchevisme allemand de 1918 à 1932 a été une tentative légitime pour former la volonté politique des Allemands. Personne ne peut dire avec certitude si, arrivé à son apogée, il aurait été une variante positive et heureuse, ou au contraire haïssable, de la révolte imminente (inspirée par l’idée collectiviste) des générations intermédiaires contre l’état bourgeois. Il s’est limité à des déclarations grandiloquentes, en fin de compte pré-politiques : la chance de faire ses preuves dans la réalité quotidienne lui a été refusée.
La majorité de ses représentants ont été des hommes intègres, désintéressés et loyaux, ce qui facilite peut-être aujourd’hui, même à ses adversaires de naguère, la tâche de le considérer uniquement, en toute objectivité et sans ressentiment, comme un phénomène historique.
(Aussenpolitik d’avril 1952)
| notes |
Annexes
Le texte complet du Traité de Versailles (1919) peut être consulté sur le site :
http://mjp.univ-perp.fr/traites/1919versailles.htm
Sur Karl Otto Paetel, on lira l’intéressant article de Luc Nannens, intitulé « K.O. Paetel, national-bolcheviste » et paru dans le N° 5 de la Revue VOULOIR, désormais disponible sur le site suivant : http://vouloir.hautetfort.com/archive/2010/10/10/paetel.html (augmenté de références bibliographiques et de renvois à des articles complémentaires sur le thème).
Nos lecteurs anglophones pourront également consulter, les « Karl M. Otto Paetel Papers » sur http://library.albany.edu/speccoll/findaids/ger072.htm#history. On peut y mesurer la « masse » des écrits de K.O. Paetel non traduits en français à ce jour.
Sur Claus Heim et le Landvolkbewegung, on consultera avec profit la thèse de Michèle Le Bars, Le mouvement paysan dans le Schleswig-Holstein 1928-1932. Peter Lang, Francfort sur Main / Berne / New-York, 1986 (une brève biographie de Claus Heim fait partie des documents en annexe) mais aussi Michèle Le Bars, Le « général-paysan » Claus Heim : tentative de portrait, in Barbara Koehn (dir.) La Révolution conservatrice et les élites intellectuelles. Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2003. Bien évidemment pour des versions romancées, mais faisant revivre les événements de façon saisissante, on lire La Ville, d’Ernst von Salomon et Levée de fourches, de Hans Fallada.
Sur le Groupe Die Tat : on peut lire l’article d’Alex[andre] M[arc] Lipiansky, paru dans La revue d’Allemagne et des Pays de langue allemande, N°60, du 15 octobre 1932, Paris, intitulé : « Pour un communisme national. La revue Die Tat. ». Cet article a été republié intégralement par le bulletin privé C’est un rêve, N°11, automne-hiver 1996, Marseille. Il est également disponible sur le site de la BNF : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5405292f.r="die+t.... D’autre part, Edmond Vermeil, dans son ouvrage Doctrinaires de la révolution allemande 1918-1932, (Fernand Sorlot, Paris, 1938) consacre le chapitre IV au Groupe de la « Tat » (aperçus disponibles sur Google Livres).
Sur le groupe des Adversaires (Gegner) on peut lire l’article d’Alexandre Marc paru dans La revue d’Allemagne et des Pays de langue allemande, N°66, du 15 avril 1933, Paris, intitulé : « Les Adversaires (Gegner) ». Cet article a été republié intégralement par le bulletin privé C’est un rêve, N°12, automne-hiver 1996, Marseille. On peut aussi le retrouver sur Gallica (en cherchant bien !)
NOTES
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[i] Source : Documents - Revue mensuelle des questions allemandes - no 6/7 - juin-juillet 1952, pp.648-663 : Karl A Otto Paetel "Le national-bolchevisme allemand de 1918 à 1932". Il s’agit de la traduction de l’article "Der deutsche Nationalbolschewismus 1918/1932. Ein Bericht," paru dans Außenpolitik, No. 4 (April 1952). [NDLR]
[ii] Karl Otto Paetel fait bien évidemment référence ici au livre de Lénine Le gauchisme, maladie infantile du Communisme : « Mais en arriver sous ce prétexte à opposer en général la dictature des masses à la dictature des chefs, c'est une absurdité ridicule, une sottise. Le plaisant, surtout, c'est qu'aux anciens chefs qui s'en tenaient à des idées humaines sur les choses simples, on substitue en fait (sous le couvert du mot d'ordre "à bas les chefs!") des chefs nouveaux qui débitent des choses prodigieusement stupides et embrouillées. Tels sont en Allemagne Laufenberg, Wolfheim, Horner, Karl Schroeder, Friedrich Wendel, Karl Erler. » et plus loin : « Enfin, une des erreurs incontestables des "gauchistes" d'Allemagne, c'est qu'ils persistent dans leur refus de reconnaître le traité de Versailles. Plus ce point d e vue est formulé avec "poids" et "sérieux", avec "résolution" et sans appel, comme le fait par exemple K. Horner, et moins cela paraît sensé. Il ne suffit pas de renier les absurdités criantes du "bolchevisme national" (Laufenberg et autres), qui en vient à préconiser un bloc avec la bourgeoisie allemande pour reprendre la guerre contre l'Entente, dans le cadre actuel de la révolution prolétarienne internationale. Il faut comprendre qu'elle est radicalement fausse, la tactique qui n'admet pas l'obligation pour l'Allemagne soviétique (si une République soviétique allemande surgissait à bref délai) de reconnaître pour un temps la paix de Versailles et de s'y plier. » (in Lénine, Œuvres complètes, Vol 31, p.37 et p. 70) [NDLR]
[iii] Le texte complet du « Programme » a été traduit par Louis Dupeux et joint aux documents accompagnant sa thèse Stratégie communiste et dynamique conservatrice. Essai sur les différents sens de l'expression « National-bolchevisme » en Allemagne, sous la République de Weimar (1919-1933), 2 volumes, Honoré Champion, Paris, 1976. [NDLR]
[iv] Sur Richard Scheringer, on consultera à profit l’article (en anglais) de Thimoty S. Brown, Richard Scheringer, the KPD and the Politics of Class and Nation in Germany: 1922-1969, in Contemporary European History, August 2005, Volume 14, Number 1
disponible sur le net :
http://www.history.neu.edu/faculty/timothy_brown/1/documents/Richard_Scheringer_and_the_KPD.pdf.
[v] Il existe une traduction française de ce livre : Oswald Spengler, Prussianisme et socialisme, Actes Sud, Arles, 1986.
[vi] Cf. Fritz KLOPPE, Der possedismus. Die neue deutsche wirtschaftsordnung. Gegen kapitalismus und marxistischen sozialismus; gegen reaktion und liberalismus., Wehrwolf-verlag, Halle, 1931
[vii] « Ohne mich-Bewegung » mené par Kurt Schumacher et dont les protestations seront portées par les syndicats, les intellectuels, les groupes chrétiens et les groupes féministes (en particulier la Westdeutsche Frauenfriedensbewegung).
Une monnaie locale pour contrôler notre économie… par Bob LENISSART
VIA EUROPE MAXIMA
Pour
que le peuple du Comté de Nice puisse agir, ici et maintenant, sur son
destin, il faut bien sûr qu’il retrouve l’usage de sa langue, qu’il vive
sa culture au quotidien et, aussi, qu’il se donne les moyens de
générer de la croissance chez lui, sans attendre des autres. Pour cela
il existe un moyen : créer sa propre monnaie complémentaire.
Crise mondiale… Hypertrophie de l’économie
Nous
arrivons, à présent, dans le cycle des grandes crises mondiales qui
n’ont fait que commencer. Nous avons eu les effondrements spectaculaires
de certaines banques aux États-Unis, suivi de l’effondrement d’autres
banques dans le monde. Les gouvernements soutenant le système
mondialiste marchand ont volé au secours d’une grande partie de
celles-ci. Il ne fallait pas que les fondations du trône sur lequel ils
étaient assis viennent à s’écrouler, les emportant du même coup.
Ensuite, nous avons eu les répercutions de cette crise au niveau des
entreprises transnationales qui ont réglé le problème sans se préoccuper
des conséquences dans les différents pays touchés par leurs décisions.
Enfin, nous avons vu, après l’Amérique du Sud, plusieurs pays européens
touchés par cette crise (le tout augmenté par les tares de la Zone
euro), pays qui ont fini par se retrouver dans une situation de
faillite. Chez nous, en Europe, le phénomène a été accentué par la forme
même de la structure communautaire mise en place.
Il
n’a échappé à personne que la Communauté européenne est une
construction totalement artificielle, car purement économique, et qui, à
l’origine, a été construite fondamentalement à l’envers. En un mot, on a
mis la charrue avant les bœufs. Nos grands penseurs qui ont rêvé de
cette Europe, ont naïvement pensé qu’il suffirait de créer des
structures économiques communes pour que l’Europe ne fasse plus qu’une.
Ils ont naïvement pensé qu’une monnaie commune réunirait les peuples de
cette Europe. Ils ont fondé ce monstre informel sur une philosophie
capitaliste libérale qui ne fait pas partie de la culture économique des
peuples d’Europe (que cela plaise ou non, les peuples européens ont, au
niveau économique, une philosophie corporatiste… cette philosophie
corporatiste qui échappe totalement à la mentalité américaine).
De
cette façon, on a laissé un marché ouvert en Europe là où il aurait
fallu protéger nos économies (et, donc, nos travailleurs) contre les
prédateurs du mondialisme. Dans le même temps, on a créé une structure
indépendante pour gérer la monnaie européenne qui échappe à tout pouvoir
politique. L’aboutissement du système est arrivé à son terme :
l’économie a envahi toutes les structures de nos sociétés. Elle est
devenue, en Europe, la première fonction là où elle n’était que la
troisième. De là viennent tous nos malheurs.
Les tares de l’euro
L’erreur
fondamentale des concepteurs de l’euro a été de vouloir unifier
l’Europe sous une monnaie unique sans laisser la possibilité aux États
membres de pouvoir agir en cas de déficit de leur balance commerciale
(dévaluer par exemple). Si un pays voit sa balance commerciale passer
dans le rouge, il ne lui est pas possible de dévaluer la monnaie et
comme la valeur de l’euro varie, en grande partie, en fonction de la
balance commerciale de la Zone euro dans son ensemble cela met certains
États dans une position pour le moins inconfortable. Comme actuellement,
la balance commerciale de la Zone euro a un léger excédent, la valeur
de l’euro monte, alors que plusieurs pays membres ont d’énormes déficits
commerciaux. Ils n’ont plus d’autre recours que de se mettre en
faillite (Grèce, Portugal, Espagne…, et
qui sera le suivant ?). Le deuxième problème de conception de cette
monnaie unique est l’absence totale de régulation commerciale à
l’intérieur de la Zone : les pays aux balances négatives ne peuvent
absolument pas rééquilibrer leurs comptes avec les pays aux balances
positives. La seule possibilité qui leur est offerte est de diminuer les
prestations de l’État, ce qui a pour effet de pénaliser leurs citoyens.
On nous avait présenté l’euro comme un moyen de protection face à la
mondialisation, c’est en fait tout le contraire que nous constatons : la
Zone euro pousse à la concurrence sociale. Pour en terminer avec les
tares de cette monnaie unique, nous nous trouvons face à une banque
centrale (n’ayant pas de comptes à rendre aux politiques) qui a tout
pouvoir pour gérer cet euro, banque qui n’a qu’un seul but : lutter
contre l’inflation.
Un peu d’histoire sur les monnaies
La
monnaie a, de tout temps été, un instrument politique en même temps
qu’un outil économique. Le fait de « battre monnaie » était un acte
fort, marqueur de souveraineté. De plus, c’était un moyen de générer la
confiance avec un outil d’échange qui était garanti par le souverain.
Ainsi, cela permettait de développer le commerce et la richesse des
populations d’un territoire délimité. Mais, cela n’interdisait
nullement, au niveau local, le troc ou d’autres systèmes d’échanges.
Cela a perduré longtemps dans les États souverains en Europe. Le
changement initial, qui a induit tous les suivants, a été l’introduction
de la monnaie – papier et cela a été accentué par les structures
hyper-centralisées de certains États. La pseudo-Révolution française
instituant le jacobinisme, forme de pouvoir centralisateur et, donc,
forcément réducteur, suivi au XIXe
siècle par la Révolution industrielle ont accéléré le mouvement. Il
restait cependant, au pouvoir politique, la possibilité de faire varier
le taux des monnaies pour réguler l’économie et l’emploi. Mais du jour,
où les structures européennes ont été mises en place, sans qu’un pouvoir
politique européen n’ait vu le jour (c’est-à-dire un État européen
souverain et indépendant, émanation des toutes les composantes des
peuples d’Europe), la machine a déraillé. C’est une constante de
l’histoire : sans un pouvoir politique qui puisse la contrôler,
l’économie devient folle. Il eut fallu qu’un pouvoir européen, fort,
fruit de la volonté de tous, soit mis en place, pouvoir politique
capable de « battre monnaie » et d’agir sur celle-ci, pour que le rêve
européen devienne une réalité durable. Au lieu de cela, on a mis en
place un seul pouvoir économique, qui échappe totalement aux politiques
puisque le Parlement de Strasbourg n’est qu’une chambre
d’enregistrement, voire de propositions de lois destinées à contraindre
les populations dans le sens voulu par le marché. Et dans ce cas, sans
contrôle, l’économie capitaliste se développe suivant sa propre logique
qui est une logique de profit, sans se préoccuper des dégâts
collatéraux qu’elle peut occasionner. Les défauts de ce système sont
accentués par le fait que l’on a développé une économie virtuelle, axée
sur la spéculation, qui s’éloigne de plus en plus du réel.
Le réel finit toujours par rattraper le virtuel. Le naturel arrive, in fine, à éliminer l’artificiel. Que voulons-nous dire par là ?
Cela
veut dire que ce qui est bâti sur du virtuel s’écroulera, à un moment
ou à un autre, à partir de l’instant où il viendra, tôt ou tard, se
confronter au réel. Cela veut dire que toutes les constructions
artificielles, qu’elles soient politiques, ethniques ou économiques, qui
inévitablement conduisent dans le mur, seront abandonnées au profit de
solutions naturelles qui se situent au niveau local, c’est-à-dire, bien
souvent, au niveau d’un peuple et de son territoire.
Quelles
solutions pourraient être inventées au niveau local pour échapper au
règne de l’euro et de son emprise ? Une solution, la « Solution » serait
de mettre en place une monnaie locale.
Qu’est-ce qu’une monnaie locale ?
Une
monnaie locale, appelée aussi monnaie complémentaire, est, en sciences
économiques, une monnaie non soutenue par un gouvernement national.
Cette monnaie n’a pas nécessairement cours légal. Elle est destinée à
être échangée dans une zone restreinte (nous verrons plus loin que la
zone restreinte n’a pas un caractère fortement limitatif). En fait, de
parler de monnaie locale veut dire que l’on se place dans un discours
philosophique, politique et économique hors du commun. L’avantage des
monnaies locales est qu’elles circulent beaucoup plus rapidement que les
monnaies nationales, qu’elles permettent à une communauté d’utiliser
complètement ses ressources productives et d’éviter que la richesse
d’une communauté aillent vers d’autres régions ou pays, favorisant,
ainsi, l’économie locale.
Pour
nous résumer, une monnaie locale est une monnaie « interne », créée par
une association, une municipalité ou une structure territoriale. Elle
va servir dans les échanges locaux de biens et services, sur le modèle
des S.E.L. (systèmes d’échanges locaux). Le rôle de cette monnaie locale
est de permettre une relocalisation de l’économie en favorisant les
échanges locaux sans dresser de nouvelles barrières douanières. Non
seulement, elle fournit des ressources nouvelles pour valoriser la
production locale, mais elle permet, aussi, d’échapper à certaines
taxes comme la T.V.A. par exemple. À l’inverse, elle crée, pour les
produits soumis à la T.V.A., une protection douanière (la T.V.A.
devenant un droit de douane local).
Il faut savoir que nous employons déjà des monnaies complémentaires telles que les tickets restaurant ou les « Smiles
» récoltés chez certains commerçants. Il faut savoir, également, que
des monnaies locales (ou complémentaires) existent dans l’Hexagone et
qu’elles sont répandues dans le monde entier.
Une
des premières expériences de monnaie locale a vu le jour en juillet
1932, à Wörgl en Autriche (avec les bons-travail). Il y a, en Suisse,
le W.I.R., qui est né en 1934 et fonctionne encore aujourd’hui (60 000
P.M.E. adhèrent à ce système). Plus près de nous, a été créé, en 2006,
dans l’État du Massachusetts, dans la région du Berkshire, une monnaie
locale, les « brekshares », qui fonctionne à merveille (trois cent cinquante commerces locaux acceptent les « brekshares »,
deux millions de billets émis et cinq banques participantes), en
Allemagne, il existe une soixantaine de monnaies locales (par exemple,
il y a le « regio » qui fédère une trentaine de monnaies
locales) qui, même si elles n’apportent pas d’avantages particuliers,
sont régulièrement utilisées par les Allemands à cause de leur réticence
vis-à-vis de l’euro. Enfin, en France, il existe, déjà, des monnaies
locales comme l’« abeille » à Villeneuve-sur-Lot et la « mesure » sur
Romans-en-Isère. Nous citerons, également, le « sol » qui vient
d’être adopté par la ville de Toulouse qui est plutôt une monnaie
solidaire, utilisable par carte à puce et Internet, et qui devrait, dans
le projet toulousain, voir apparaître des billets.
Pourquoi créer, dans un territoire donné, une monnaie locale ?
— D’abord parce qu’elle permet de privilégier la fonction d’échange de la monnaie par opposition à sa capitalisation.
—
Parce qu’en convertissant des euros en monnaie locale, je contribue à
soutenir l’économie régionale et les associations locales (grâce au
principe de taux d’intérêt négatif) : je fais donc, ainsi, un véritable
acte militant.
—
Parce qu’elle aurait un effet d’entraînement sur le tissu de P.M.E.
locales (qui représentent quand même l’essentiel des possibilités de
créations d’emploi).
—
Parce que la T.V.A. sera le différentiel qui pratiquement deviendra une
taxe d’importation de produits non élaborés au pays. Cela favorisera la
production locale.
—
De plus, nous savons bien que, si les monnaies complémentaires
représentent une chance locale, elles sont aussi une voie de
sécurisation de l’économie mondiale, ne serait que par l’effet
d’amortissement progressif des variations. Bernard Lietaer, à cet égard,
nous dit que « la résilience d’un système – quel qu’il soit – est
d’autant plus grande que ce système est pluriel et à forte
inter-connectivité ». Un organisme pluricellulaire est plus résilient
que le monocellulaire. La forêt alpine l’est d’avantage que la forêt
landaise, et un système monétaire articulant monnaies officielles et
monnaies complémentaires davantage qu’un système à monnaie unique.
C’est
pourquoi il nous paraît important de nous pencher sur ce problème de la
monnaie dans notre Comté de Nice. Même nos hommes politiques seraient
bien inspirés d’examiner avec attention l’intérêt qu’il y aurait à créer
cette monnaie complémentaire : ils pourraient régler des problèmes
d’emploi de leurs électeurs potentiels par la redynamisation des
entreprises locales. Ils pourraient aussi voir l’argent dépensé dans
notre région rester dans cette région : « La monnaie est comme le sang
d’un être vivant : il ne faut pas qu’elle sorte du corps qu’elle est
censée irriguer, sinon ce dernier dépérit ». Nous avons vu que définir
le monde entier comme limites de ce corps ne fonctionne pas puisque
l’argent peut partir migrer dans des parties éloignées de certaines
régions vitales de l’organisme (système de condensation ou de migration
de la monnaie dans certaines parties du système) : cela entraîne un
gonflement de certaines parties du corps au détriment du reste. Il faut
donc définir une zone d’un écosystème viable économiquement parlant et y
créer une banque centrale locale qui générera et contrôlera la monnaie
en cours dans ce territoire.
C’est
pourquoi il nous semble qu’un territoire comme le Comté de Nice
pourrait créer sa propre monnaie (dans le cadre d’une nouvelle Métropole
– Comté de Nice par exemple), une monnaie qui nous permettrait de créer
une solidarité active entre tous les gens vivant sur ce territoire.
Demain, nous pourrions faire nos échanges avec la monnaie complémentaire locale : « Aloura, Madama, voules ben de lou miéu pei ben fres. Es mancou car : 9 céba e 50 cébéta dou kilò.
(Alors, Madame, vous voulez bien de mon poisson bien frais. Il n’est
pas cher : 9 céba et 50 cébéta du kilo) ». Le jour où nous entendrons ce
dialogue au marché, nous aurons déjà accompli un grand pas vers la
réappropriation de notre environnement économique et culturel.
Bob Lenissart
• D’abord mis en ligne sur le site Racines du pays niçois / Raïs dou Païs nissart, le 29 juin 2011.
jeudi 1 décembre 2011
C’était un 1er décembre : mort de Charles de Foucault
VIA CONTRE-INFO
Ancien saint-cyrien, après une vie dissolue, il s’était converti. Passé par la Trappe, en quête d’un idéal de pauvreté, d’abnégation et de pénitence encore plus radical, il s’était fait ermite.
Devenu prêtre, il s’était finalement installé en 1905 dans le désert du Hoggar.
On doit à cet homme fascinant un dictionnaire touareg-français et la fondation des Fraternités des petits frères du Sacré-Coeur.
Il a été béatifié en 2005, le Vatican ignorant probablement certaines de ses conceptions :
« Comme vous, je désire ardemment que la France reste aux Français, et que notre race reste pure. Pourtant je me réjouis de voir beaucoup de Kabyles travailler en France ; cela semble peu dangereux pour notre race, car la presque totalité des Kabyles, amoureux de leur pays, ne veulent que faire un pécule et regagner leurs montagnes. » (lettre à René Bazin du 29 juillet 1916.)
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