Les droites prennent le chemin du divorce idéologique.
Elles subissent ce que les gauches ont vécu ces dernières années, caractérisées par le mot de Manuel Valls « les gauches irréconciliables ». On peut, certes, être étonné de voir un Xavier Bertrand
quitter son parti, en déplorant le résultat d’une élection interne
alors qu’il n’a rien tenté pour renverser la tendance pendant la
campagne. Mais cela n’enlève rien aux raisons de fond qui justifient
cette séparation et le malaise grandissant de nombreux élus, militants
et électeurs de la droite modérée. Il s’agit de descendants des
démocrates sociaux, des gaullistes sociaux et des libéraux éclairés. Ça
fait du monde. Ce sont des tendances puissantes et enracinées, pas
forcément très incarnées ni bruyantes, mais qui recouvrent, par exemple
la grande majorité de maires de petites villes et villages classés
divers-droite ou même sans étiquette. La droite modérée, on en parle
peu. Il faut dire qu’elle est sobrement gestionnaire, un brin notable et
pépère. Une force active sur le terrain, mais somnolente dans l’écume
du débat national, fait de coups d’éclats et de polémiques inflammables.
Elle n’est plus (depuis la loi Veil sur avortement en 1976) en pointe
sur les sujets de société.
Le 1er réflexe de cette droite modérée est quand même plutôt conservateur non ?
Oui, disons qu’elle est prudente et inquiète, mais comme elle est
soucieuse des équilibres de la société, elle finit par accompagner au
mieux ses évolutions. C’est cette droite-là, dubitative sur le mariage
homosexuel, qui, maintenant, marie avec humanité les couples gays dans
ses mairies ; inquiète de l’arrivée d’un centre d’accueil de migrants
dans ses communes, elle fait quand même ce qu’il faut pour que tout se
passe bien… et tout se passe plutôt bien sur le terrain. C’est cette
droite-là, plutôt bourgeoise, fière de l’industrie française, qui a mis
trop de temps à admettre la réalité du réchauffement climatique mais qui
(parce qu’elle n’est pas doctrinaire) finit par mettre en place, dans
ses municipalités, des politiques écolo-responsables. Elle n’y est pas
encore mais elle finira par admettre (cette fois-ci ou le coup d’après)
qu’il ne faut plus multiplier les nouvelles grandes infrastructures
comme NDDL ! Cette droite s’adapte, la droite Wauquiez dit qu’elle
renonce. Cette droite modérée, face à une gauche qu’elle jugeait
donneuse de leçons et dépensière, se laissait entrainer par l’allié un
peu brutal néogaulliste. Chirac et Sarkozy
n’étaient pas son style mais elle savait que ces deux-là, face au péril
socialiste, sauraient se recentrer, faire une bonne place aux
modérés... et finirait toujours par gouverner la France là où elle se
gouverne… au centre droit ! Mais le contexte a changé. Les socialistes
ne sont plus un danger et Emmanuel Macron gouverne (économiquement du
moins) de façon centre-droit-compatible. L’allié néogaulliste, sous les
traits de Laurent Wauquiez, ne montre aucune velléité
de recentrage…et vise plutôt le potentiel électoral de l’extrême-droite.
La droite modérée commence à penser (à l’instar des sociaux-démocrates
vis-à-vis de la gauche de la gauche) qu’elle n’a plus rien à faire dans
-ni même avec- LR. Ainsi, sont en train de se dessiner deux droites
irréconciliables.
Source