"L’omniprésence du père Noël avec son
sourire débonnaire vous agace ? Vous vous sentez agressé par ces
enseignes, brillant de mille feux, qui vous vantent la meilleure des
bûches ou le plus appétissant des foie gras ? Vous bondissez quand on
vous souhaite « de joyeuses fêtes » ? Les lignes qui suivent sont pour
vous. Comment faire pour ne pas oublier que le seul véritable cadeau est
l’enfant de la crèche qui vient porter la paix au monde ? Petit guide
spirituel et pratique à l’usage des chrétiens qui ont la désagréable
impression qu’ils se sont fait voler Noël.
Derrière cette question, c’est tout le
problème de notre rapport au monde qui se pose. En mai 68, les
manifestants se présentaient comme des révolutionnaires et affirmaient
vouloir transgresser toutes les règles. Aujourd’hui, leur culture est
dominante et force est de constater que les nouveaux transgressifs sont les chrétiens eux-mêmes !
L’avenir que l’on nous propose est le savant
mélange d’une sécularisation de plus en plus agressive, mêlée d’une
perte du sens de la dignité humaine et d’une soumission exacerbée aux
plaisirs individuels. « Nous ne pourrons pas exister sans des choix de
vie en rupture » disait récemment
le président de la Conférence des évêques de France. « Les chrétiens
doivent empêcher le monde de dormir » rajoutait récemment le cardinal
André Vingt-Trois.
Pourtant, il ne suffit pas de contester et de s’opposer. Il faut surtout attester et proposer.
Dire notre foi, en témoigner, de façon courageuse et authentique. Et si
cela commençait à Noël ? J’entrevois quelques moyens pour le faire,
simples et faciles.
Christianiser ses cadeaux
C’est déjà le minimum… mais peut-être faut-il le rappeler ? C’est quand même mieux d’offrir à Noël des cadeaux en lien avec la fête du jour !
Pour remettre humblement et logiquement Jésus, le véritable héros de la
fête, au centre de l’évènement. De la même façon qu’un sabre laser Star Wars
n’est peut-être pas le cadeau le plus adéquat le jour d’une
première communion, il faut oser dire qu’on peut attendre un
anniversaire pour offrir (ou s’offrir !) la dernière console de jeux.
[...]
Saluer les forces de l’ordre
Voici plusieurs années maintenant que
les forces de l’ordre patrouillent à proximité de nos églises. Le soir
de Noël, de nombreux policiers, gendarmes et soldats sécuriseront
les offices de la Nativité. Ce soir-là, ou dans les semaines qui
précèdent, alors qu’ils patrouilleront pour la cinquantième fois le même
bout de trottoir, n’oublions pas de leur dire ces quelques mots : « merci d’être là ».
Préparés au pire et toujours disponibles pour servir, ils sont souvent
pères ou mères de famille et préfèreraient certainement être ailleurs
que de geler devant une galerie marchande ou un portail d’église.
Ne nous habituons pas non plus à leur présence. Elle nous
associe au sort terrible subi par nos frères chrétiens d’Orient et nous
rappelle que notre pays est en guerre, attaqué parce qu’il lui aussi
terre chrétienne.
Afficher la couleur
Nous
sommes devenus minoritaires, dans un monde pas vraiment hostile mais
indifférent : cet état de fait nous impose d’être plus visibles et
d’afficher la couleur. Il est de moins en moins rare de croiser sur la
route un véhicule qui porte un poisson collé à l’arrière, discret signal
qu’il y a à bord des disciples du Christ. Et si nous faisions pareil
pour Noël ? A Ploërmel, on a voulu Jean-Paul II sans la croix. Voilà
maintenant qu’on voudrait Noël sans la crèche ! Et si vous en mettiez une sur votre boite aux lettre ou à la fenêtre, visible depuis la rue ? L’année dernière, sur notre page Facebook, nous avons relayé cette belle idée d’une enseigne lumineuse représentant la crèche. Pourquoi pas chez vous ? Et
pourquoi avoir peur de le faire ? Les chrétiens d’Alep ou de Bagdad
nous rieraient au nez en l’apprenant. Petit conseil en passant : n’oubliez pas non plus de glisser les horaires des messes de Noël dans la boîte aux lettres de vos voisins !
Penser aux autres
Pour les personnes seules, isolées ou
malades, la période de Noël est le moment de l’année le plus difficile à
passer. Ici ou là, de multiples initiatives sont lancées pour y
remédier : repas, visites, maraudes, co-voiturage, etc. Nul ne devrait être seul le soir de Noël ! Malgré
les blessures et les divisions, nos familles prennent une place
singulière dans nos coeurs. Et si nous arrêtions de remettre à plus tard
les gestes, les paroles de tendresse ou d’amour qui disent peut-être
l’évidence, mais une évidence qu’on redécouvre comme étant un don
fragile ? Noël ne peut pas être une fête égoïste, entre les huitres et
le foie gras. C’est la fête des autres car c’est d’abord la fête de
l’Autre : celui qui est venu sur la terre, dans une humble étable, pour
donner au monde la paix et la lumière.
Préparer son coeur
C’est le dernier point et certainement
le plus important. Le soir de Noël, Dieu se donnera si les cœurs sont
ouverts. Or, nous avons tous une crèche à nettoyer : celle de nos
coeurs. Et personne ne pourra le faire à notre place. Débranchons !
Arrêtons de courir ! Faisons que l’esprit de Noël, l’esprit de paix,
nous habite. Cessons de ronchonner et de nous plaindre ! Construisons
humblement et simplement des moments de qualité entre nous, prenons le
temps de la prière, d’une bonne confession, d’un peu plus de lecture,
bref du temps long favorisé par ces journées d’hiver avec de grandes
veillées. Oui, la vie est dure pour beaucoup. Pourtant,
nous continuerons à fêter Noël malgré ou à cause de nos péchés, au cœur
même de notre pauvreté ou de nos combats intérieurs, là justement où l’on a besoin d’espérance. Il faut célébrer Noël ! Il faut célébrer cette nuit sainte où la Lumière s’est levée, forçant depuis les ténèbres à reculer inexorablement !"