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mercredi 12 décembre 2018

Percée patriotique en Croatie



Croatie. Zadar. Lors de l’élection des conseils de quartier, le parti patriotique Neovisni za Hrvatsku (Indépendants pour la Croatie) a obtenu 19 % des voix et 20 conseillers au total au sein de 12 conseils de quartier.

Il faut noter le taux de participation très faible, d’à peine près de 10 %.

Ci-dessous, la présidente du parti, Bruna Esih.
 
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Brexit : à quelques heures d'un vote de défiance, Theresa May se dit prête à en découdre

Romain Gueugneau - Alexandre Counis

Alors qu'elle risque ce mercredi soir d'être renversée par les députés de son propre parti, la Première ministre a promis de « se battre de toutes ses forces » et compte bien « finir le travail sur le Brexit ». 

Combative, jusqu'au bout. Alors qu'elle pourrait être renversée ce soir à l'occasion d'un vote de défiance lancé par les députés de son propre parti,  Theresa May  a averti ce mercredi matin, dans une courte déclaration prononcée devant Downing Street, qu'elle se battrait « de toutes ses forces » et comptait bien « finir le travail » sur le Brexit. 

Elle a aussi prévenu que si elle devait quitter son poste, son remplaçant « n'aurait pas le temps de renégocier » avec l'Union européenne et que cela risquerait de « retarder, voire d'arrêter le Brexit », dont l'entrée en vigueur est prévu pour le 29 mars 2019. 
Les députés Tories ont adressé un nombre suffisant de lettres, soit au moins 48, pour déclencher un vote de défiance au sein du parti contre la Première ministre britannique, a confirmé ce mercredi Graham Brady, le président du « comité 1922 », un comité interne au parti où ne siègent pas les députés ayant une fonction ministérielle.

Cette annonce intervient au surlendemain du  report du vote du Parlement sur l'accord de divorce avec l'UE. Une décision qui visait à épargner à Theresa May l'humiliation d'un rejet massif du texte par les députés, mais qui a encore attisé la colère des « MPs » de son propre camp. Le vote contre Theresa May aura lieu ce soir entre 18 et 20h (heure de Londres).

Une première tentative avortée

Il s'agit d'un nouveau coup dur pour la locataire du 10 Downing Street, qui était mardi  en tournée dans les capitales européennes pour tenter d'obtenir des garanties supplémentaires sur l'accord de divorce avec Bruxelles. Il y a trois semaines, elle avait réussi à repousser une première tentative de « putsch » au sein de son parti. Le député Jacob Rees-Mogg, chef de file des hard Brexiters à la Chambre des communes, était à la manoeuvre. Mais  le compteur était resté bloqué autour de 25 lettres. Cette fois-ci, les « putschistes » tories auraient donc réussi leur coup en déclenchant la procédure.

Il leur reste néanmoins à convaincre 158 députés conservateurs sur 315 de voter contre la Première ministre. Si Theresa May perdait ce vote, elle devrait démissionner de son poste de chef du parti conservateur, et quitter le 10 Downing Street.

« Beauty contest »

Un « beauty contest » serait alors organisé dès lundi au sein du parti pour la remplacer. A charge pour les députés « tory » de sélectionner, parmi les prétendants, deux candidats... en votant autant de fois que nécessaire pour éliminer à chaque fois les moins bien placés. Les militants du parti seraient alors sollicités pour départager les deux finalistes, en arbitrant leur duel par un vote.
Mais attention : si Theresa May gagnait le vote de défiance lancé à son encontre, elle serait en revanche intouchable pendant un an. Autrement dit, aucun nouveau vote de défiance ne pourrait être lancé contre elle dans les 12 mois qui viennent.

Romain Gueugneau et Alexandre Counis (à Londres)
 
Source 


La France "qui n'existe plus" : la banderole virulente de Belgrade

Comment se faire des Amis : La Réponse !


Bernard Plouvier - Le « peuple du pays » et ses princes ou l’histoire d’une incompréhension.

Le « peuple du pays » et ses princes ou l’histoire d’une incompréhension.

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Bernard Plouvier

En Palestine, au temps de Jésus de Nazareth,le menu peuple des bourgades s’appelait le « peuple du pays ». Et il était méprisé à la fois des riches Sadducéens et des rabbis pharisiens. Même s’ils fréquentaient le même Temple lors des grands pèlerinages et s’ils écoutaient les mêmes textes et des commentaires assez voisins dans leurs synagogues respectives, ils ne se comprenaient guère : la lutte des classes et le mépris des castes étaient omniprésents.

En notre France, à l’approche de l’année 2020, le phénomène est voisin. Les grands pontes des partis politiques et les syndicalistes professionnels, qui font semblant d’œuvrer dans la capitale ou dans les grandes villes, ne comprennent rien au désarroi du menu peuple des villages et des petites villes. Tout simplement parce qu’ils ignorent tout de la vie et des tourments de ce « bon peuple », auquel ils ne s’adressent que pour vanter leur brouet électoral ou lui annoncer de nouvelles taxes. 

Pourtant, alors que la racaille casse et vandalise dans les grandes villes – où l’on répare presque aussitôt les dégâts, l’État laisse en état de quasi-abandon les petits bourgs et leurs liaisons avec les centres de moyenne importance, où sont localisés les hôpitaux, les lycées, les perceptions etc. Les trains ont disparu et les cars ont des horaires davantage adaptés aux droits syndicaux de leurs conducteurs qu’à l’intérêt des usagers.  

Comme le dit mon éditeur – et néanmoins ami - Philippe Randa, « il manque un logiciel » à nos princes qui nous gouvernent si peu et si mal. Ces énarques, ces professionnels de la politique - dont la plupart n’ont jamais fait autre chose dans leur vie que de causer, d’assister à des réunions et de hanter des couloirs et des antichambres – ignorent tout de la vie en milieu rural, en zones de friches industrielles, ou dans les quartiers limitrophes de cités de non-droit.

Ils ne savent pas comme il est dur de se sentir humilié par un chômage de longue durée ou un état de sous-emploi, d’être écrasé par l’incertitude quant aux études des enfants ou tout simplement par la peur des lendemains qui ne chantent manifestement que pour les immigrés exotiques, toujours plus nombreux et qui monopolisent l’affectueuse sollicitude des politiciens et des fonctionnaires de l’État et des collectivités.

Par-dessus tout, il est révoltant de sentir le mépris de soi-disant gouvernants qui objectivement ne servent absolument pas la Nation, mais des intérêts extérieurs, et ne se préoccupent que de leur ego et de leur « profil de carrière ». Ceci n’est pas nouveau : c’est à la fin du XIXesiècle que divers penseurs ont opposé « le pays d’en-haut et le pays d’en-bas » (avec de multiples variantes).
À quoi bon manifester sa colère de façon ponctuelle ? Cela n’a de sens que si la Nation prend conscience de sa souveraineté et décide soit d’opter pour la révolution (solution coûteuse en biens et en vies, débouchant souvent sur un résultat absurde comme le démontre l’histoire) soit pour un changement radical, en l’occurrence ce que tentent divers peuples d’Europe : la solution populiste.

La véritable démocratie exige l’égalité de tous les citoyens devant la Loi - une égalité de droits et de devoirs -, la méritocratie dans l’attribution des postes payés par l’argent des impôts et des taxes, enfin le recours à la Nation pour tout sujet important... comme l’immigration-invasion et ses problèmes connexes (insécurité, trafics de drogues et d’armes, prostitution & proxénétisme, implantation d’une religion médiévale conquérante), la désindustrialisation du pays, l’excès des intermédiaires entre producteurs et consommateurs, la protection de la famille et la répression de la pornographie publiquement affichée, etc. 

Prendre conscience que la France n’est nullement gouvernée dans le sens du Bien Commun est une excellente chose. Mais il ne faut pas s’arrêter là et accepter la petite cuiller d’eau sucrée proposée par nos princes aux abois. Il faut modifier le régime dans un sens réellement démocratique : l’exercice de sa souveraineté par la Nation. 


Bernard Plouvier

mardi 11 décembre 2018

Le descendant de Louis XIV Louis de Bourbon soutient les "gilets jaunes"

Hitler et les Juifs – Ep. 3: Un antijudaïsme hitlérien rationnel et fondé sur des faits

Dans ce troisième volet, documents historiques à l'appui, je démontre que l'antijudaïsme hitlérien n'était ni irrationnel, ni novateur. Il reprenait au contraire les accusations habituellement formulées contre les juifs, à savoir celles de tout accaparer et de provoquer la dissolution de la nation. Des accusation fondée sur des chiffres et des faits...

mercredi 28 novembre 2018

lundi 26 novembre 2018

Rien que pour déplaire - Lynyrd Skynyrd - Sweet Home Alabama - Live At The Florida Theatre / 2015

Sweet Home Alabama

Sweet Home Alabama est une chanson du groupe Lynyrd Skynyrd, sortie en 1974 sur leur second album, Second Helping. Elle est composée en réaction à deux chansons de Neil Young, Southern Man et Alabama, où celui-ci dénonçait le racisme des habitants des États du sud des États-Unis.

Polémiques

Sweet Home Alabama contribue à l’image "raciste" image qui est non fondée de Lynyrd Skynyrd. En effet, le groupe utilisait régulièrement le drapeau de l’armée des États confédérés comme décor pour ses concerts ; ce drapeau apparaît aussi sur la pochette de Sweet Home Alabama1. Le titre a de plus été très populaire chez les conservateurs, classé parmi « les 50 plus grandes chansons conservatrices de rock » et qualifié d’« hommage à la région de l’Amérique que les liberals (« gens de gauche » au sens américain) aiment détester » par John J. Miller, dans le National Review Online2.Indépendamment des controverses politiques, il a été signalé que la ligne vocale principale chanté par Van Zant semble inspirée par la chanson de 1966 You're looking fine du groupe britannique The Kinks.
Au deuxième couplet, le groupe attaque Neil Young (« mister Young »), un musicien canadien qui a fait deux chansons (Southern Man et Alabama) sur le Sud dénonçant le racisme et le conservatisme de ces États. Au troisième couplet, il est fait allusion au gouverneur de l'Alabama, George Wallace, qui siège à Birmingham (la plus grande ville de l’État, la capitale étant Montgomery). Là encore, cela passe pour un soutien populaire au gouverneur Wallace qui soutenait à l'époque ouvertement la ségrégation raciale (« segregation forever »). Il reniera par la suite ces idées.
Ronnie Van Zant déclare : « Nous avons pensé que Neil tirait sur tous les canards pour en tuer un ou deux3 », voulant dire par là que Neil Young mettait tous les Sudistes dans le même sac. Au sujet du gouverneur, il explique : « Les paroles au sujet du gouverneur de l’Alabama ont été mal comprises. Le grand public n’a pas noté les « À bas ! À bas ! À bas ! »4 des choristes Clydie King et Merry Clayton (toutes deux noires) et qui auraient eu l’aval du groupe. Il ajoute « nous avons essayé d’obtenir que Wallace parte d’ici4. »
Le journaliste John Swenson pense que la chanson est plus complexe que l’on ne peut le penser, même si elle peut apparaître uniquement comme un soutien à Wallace4. Mais Van Zant a dit lui-même que « Wallace et moi avons très peu de choses en commun […] je n’aime pas ce qu’il dit sur les personnes de couleur4. »
Certains pensent que la chanson ne doit pas être prise au premier degré, Ronnie Van Zant maniant facilement l’ironie, comme le prouvera un peu plus tard Workin’ for the MCA. En 1976, Van Zant et le groupe ont soutenu par des concerts et des collectes de fonds la candidature du démocrate Jimmy Carter, originaire de l’État voisin de Géorgie et très proche à ses débuts politiques de George Wallace.
Neil Young a répondu à ces explications via la chanson Walk On (sur l’album On the Beach), et il compose trois chansons – Powderfinger, Sedan Delivery et Captain Kennedy – qu’il propose au groupe. Ronnie Van Zant retient la première pour figurer sur un futur LP qu’il ne put cependant jamais réaliser. La chanson fut finalement enregistrée par Neil Young sur Rust Never Sleeps en 1979, album où l’on trouve également Sedan Delivery, tandis qu’un an plus tard, il immortalisa Captain Kennedy sur Hawks & Doves. Il interprète même Sweet Home Alabama plusieurs fois en concert qu’il dédie à « deux amis qui sont au ciel ».

Le Pen-Mélenchon, un parfum d'Italie

Y a-t-il une « fraternité des ronds-points » chez les gilets jaunes qui préfigurerait un rapprochement des extrêmes ? Chez Marine Le Pen, la question n'est plus taboue.

Quand il s'agit de répliquer au gouvernement, Jean-Luc Mélenchon n'hésite pas à aller dans le sens de Marine Le Pen. « Castaner voudrait que la manifestation soit d'extrême-droite, la vérité c'est que c'est la manifestation massive du peuple », dit-il samedi, alors que le ministre de l'Intérieur vient de mettre en cause Marine Le Pen. Ne pas laisser les « gilets jaunes » être abîmés. Et tant pis s'il y a quinze jours encore, La France insoumise se divisait sur sa participation au mouvement, au motif qu'il était soutenu par le Rassemblement national.
Sur les ronds-points, deuxième angle de vue. On oublie les étiquettes politiques, on a tous la même couleur (jaune), et tous le même slogan « Macron démission ». Certains savent gré à Mélenchon de leur avoir permis de ratisser large, en leur permettant de sortir d'un tête-à-tête encombrant avec Le Pen. D'autres reconnaissent qu'un esprit de fraternité a pu naître dans le froid de la contestation. « Il y a sur notre rond-point des gars du RN. J'ai constaté qu'on pensait au fond la même chose », s'étonne encore un insoumis (entendu sur Europe 1).

Majorités de voix

Une convergence à l'italienne peut-elle naître sur les nouvelles barricades ? Malgré l'ambiguïté de Jean-Luc Mélenchon au second tour de la présidentielle, les spécialistes de l'opinion, jusqu'ici, n'y croyaient pas. Les électorats de LFI et du RN sont trop différents, les transferts de voix trop rares, arguaient-ils, les deux camps étant irréconciliables sur l'immigration.

A six mois d'élections européennes sur lesquelles elle mise beaucoup, Marine Le Pen ne semble plus en faire un tabou. Son « ami » Salvini en Italie n'a-t-il pas fait alliance avec le mouvement Cinq étoiles ? A l'Assemblée nationale, elle a applaudi debout aux propos de Mélenchon dénonçant une « justice politique » perquisitionnant son parti.
Lorsqu'elle évoque la future assemblée européenne, elle n'envisage pas forcément la constitution d'un groupe majoritaire anti-Union européenne, mais des « majorités de voix sur des sujets précis ». « Et si dans ces voix il y en a qui viennent de l'extrême gauche, cela ne me posera pas problème », dit-elle en privé. Il est vrai qu'en Italie, le mariage de l'extrême droite et de l'extrême gauche a pour l'instant exclusivement profité à la première.

Cécile Cornudet
 
Source 

Message politique - Tears For Fears - Change


LE PHOTON, PARTICULE OU ONDE ?


Bernard d'Espagnat : Physique quantique et réalité, la réalité c’est quoi ?


Vient de paraître : Georges Valois - Le Fascisme. - Éditions Ars Magna

Lettre d'information n° 27 des Éditions Ars Magna
Éditions Ars Magna

Lettre d'information n° 27 des Éditions Ars Magna, novembre 2018
Vient de paraître : Georges Valois - Le Fascisme.

Ce livre, publié pour la première fois en 1927, fut écrit peu de temps après que son auteur, Georges Valois, ex-anarchiste et ex-monarchiste d’Action française, ait fondé Le Faisceau qui fut la première organisation fasciste française.
À sa lecture, on découvre que les membres du Faisceaux se considéraient comme les seuls vrais disciples de Maurice Barrès et comme les héritiers des révolutionnaires de 1789 !
Pour l’universitaire Jean-Maurice Duval le fascisme valoisien fut un « fascisme météore », un « fascisme de laboratoire », un « fascisme de gauche », un « fascisme que l’on pourrait dire utopique », comparable à certaines expériences contemporaines des pays du tiers-monde « où des gouvernements, souvent militaires, hypernationalistes, anti-ploutocratiques (...), à volonté sociale, socialisante ou même socialiste, correspondent assez bien à la définition très large que Valois donne du fascisme : nationalisme et socialisme. »
Bien que publié il y a plus de quatre-vingt-dix ans, ce livre reste de ce fait, pour une grande partie de ses thèses, d’une étonnante actualité et sa lecture passionnera tant les chercheurs que les militants.


Ce livre vous est proposés au prix de 28 euros  (franco) à Ars Magna, BP 60426, 44004 Nantes cedex 1 ou commande en direct à www.editions-ars-magna.com
Georges Valois (au centre).

Ils ont dit

« Il n’est pas inexact d’affirmer qu’en 1925 les chances de succès d’Hitler (après l’échec du putsch de Munich) paraissaient plus minces que celles de Valois, et qu’il fut un temps où pour certains sa pensée économique parut devoir mettre définitivement fin au “fantaisies” de Marx. »
Yves Guchet

« Georges Valois ? C’est le plus intéressant économiste d’Europe. »
Lénine

« Le fascisme italien n’avait suscité en France qu’une imitation falote, dirigée par un lunatique fort suspect, G. Valois, dont nous faisions des gorges chaudes mais où entrèrent, je l’ai su après, quelques braves dupes. »
 Robert Brasillach

« Georges Valois eut une grande influence sur ceux qui s’engagèrent à ses côtés, et on peut estimer qu’un passage dans les rangs du Faisceau ou du Parti républicain syndicaliste eut, chez beaucoup, des conséquences déterminantes sur leurs engagements futurs. On ne dispose malheureusement pas d’éléments nous permettant de savoir ce qu’il en fut des militants de base, mais on connaît en revanche le devenir d’un certain nombre de cadres. Jean-Maurice Duval a pu remarquer leur propension au gaullisme : "Valois est mort avant la fin de la seconde guerre mondiale, Arthuys aussi. Cela empêche de savoir ce qu’ils auraient fait à la Libération. Mais Philippe Barrès et André d’Humières sont mort dans les années soixante-dix : ils ont tous les deux été gaullistes", et encore, oublie-t-il de citer Jacques Debu-Bridel et René Capitant parmi les anciens valoisiens devenus gaullistes. Or, comme le remarque l’auteur du Faisceau de Georges Valois, entendu ce que l’on connaît du fascisme de Valois et de ce que l’on a développé précédemment : "Ces évolutions ne sont pas si surprenantes". »
Christian Bouchet

« Valois est mort dans un camp de concentration. La vérité de l’intention est dans l’acte, a dit Hegel. C’est là une mort qui signe la sincérité de l’œuvre de Valois. Il s’est battu pour l’Homme toute sa vie, avec parfois à son insu des armes inadaptées. Bergen-Belsen, c’est vraiment le témoignage que cette lutte n’était pas comme celle de tant d’autres, un combat “douteux”, dont les risques sont calculés, mais les avantages garantis. »
Yves Guchet
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Les interprétations de la mécanique quantique

Les interprétations de la mécanique quantique : une vue d’ensemble introductive

Thomas Boyer-Kassem TiLPS, Université de Tilburg, Pays-Bas et Archives H. Poincaré (UMR 7117, CNRS et Université de Lorraine)

Résumé

Résumé : La mécanique quantique est une théorie physique contemporaine réputée pour ses défis au sens commun et ses paradoxes. Depuis bientôt un siècle, plusieurs interprétations de la théorie ont été proposées par les physiciens et les philosophes, offrant des images quantiques du monde, ou des métaphysiques, radicalement différentes. L’existence d’un hasard fondamental, ou d’une multitude de mondes en-dehors du nôtre, dépend ainsi de l’interprétation adoptée. Cet article, en s’appuyant sur le livre Boyer-Kassem (2015), Qu’est-ce que la mécanique quantique ?, présente trois principales interprétations quantiques, empiriquement équivalentes : l’interprétation dite orthodoxe, l’interprétation de Bohm, et l’interprétation des mondes multiples.

1. Introduction

            À quoi ressemble le monde de l’infiniment petit ? Quelles sont les entités qui le peuplent et les lois qui en règlent le cours ? Existe-t-il un hasard fondamental, ou le monde est-il déterministe dans ses moindres recoins ? Il existe une théorie physique contemporaine qui permet de répondre à ces questions : la mécanique quantique[1]. Ou plutôt, elle autorise à chaque fois plusieurs réponses, car il est possible d’avoir des interprétations différentes de cette théorie, et il n’existe pas véritablement de consensus actuellement parmi les physiciens ou parmi les philosophes concernant la bonne interprétation quantique. Les interprétations quantiques offrent des images différentes du monde dans lequel la théorie est vraie, avec des types d’entités et de propriétés différents. Autrement dit, il n’y a pas d’accord parmi les physiciens ou les philosophes sur ce qui compose le monde de l’infiniment petit ! Toutefois, ces différentes interprétations sont empiriquement équivalentes au sens où elles ne peuvent être départagées par l’expérience. Cela signifie que les physiciens ne sont pas en désaccord sur les prédictions expérimentales – les interprétations de la mécanique quantique ne sont pas des théories concurrentes en un sens fort. Le fait qu’elles soient toutes autant adéquates empiriquement explique en partie l’absence de consensus parmi les spécialistes.
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   Les interprétations proposent des images quantiques du monde radicalement différentes. En quoi cette pluralité d’interprétations et d’images du monde est-elle un problème philosophique ? Elle l’est pour tout projet métaphysique, qui s’attache à dire quels sont les objets, les catégories, les propriétés de notre monde. Par exemple : existe-t-il plusieurs mondes parallèles ? La Nature est-elle régie par du hasard ? Les interprétations quantiques peuvent fournir des explications différentes d’un même phénomène : devrait-on renoncer à l’idée qu’une explication puisse être la meilleure ?
            Le but de cet article est d’introduire aux principales interprétations quantiques qui concentrent l’essentiel des discussions philosophiques, et plus particulièrement de préciser l’image du monde quantique que chacune offre. Trois interprétations, parmi les plus populaires aujourd’hui chez les physiciens et les philosophes de la physique, sont considérées ici : l’interprétation dite « orthodoxe », l’interprétation de Bohm, et l’interprétation des mondes multiples. J’emprunte dans cet article de généreux extraits à mon ouvrage Qu’est-ce que la mécanique quantique ?, paru chez Vrin en 2015, auquel le lecteur est renvoyé pour une présentation plus détaillée des interprétations quantiques, mais aussi de la non-localité et du théorème de Bell.

2. L’interprétation orthodoxe

            Considérons tout d’abord l’interprétation que l’on trouve, au moins implicitement, dans la très grande majorité des manuels contemporains de mécanique quantique[2], et qui est enseignée presque partout dans le monde universitaire. Pour cette raison, on l’appelle généralement l’interprétation « orthodoxe ». Elle s’est imposée dès les années 1930, notamment à la suite des travaux de Bohr et de Heisenberg.
Formulation de la théorie
            La mécanique quantique requiert que soit tout d’abord précisé le système physique considéré, par exemple un atome[3]. La théorie attribue à ce système un certain état mathématique, appelé aussi fonction d’onde, traditionnellement noté entre les symboles « | » et « > ». Un état qui décrit un atome qui se trouve à un certain endroit, ici, sera par exemple noté « | ici > ». L’état quantique permet de faire des prédictions expérimentales. En mécanique quantique, les prédictions ont la particularité d’être probabilistes : la théorie donne seulement la chance que tel ou tel résultat soit obtenu. À la question : « quelle sera la position de l’atome à tel moment ? », la mécanique quantique peut par exemple prédire qu’il y a 1 chance sur 2 qu’il se trouve ici et 1 chance sur 2 qu’il se trouve là, comme c’est le cas avec l’état « | ici > + | là > ». On parle alors d’état superposé entre l’état « | ici > » et l’état « | là > ».
            Si aucune mesure n’est effectuée sur le système, son état évolue sans à-coup particulier, selon une équation dite « de Schrödinger ». Si une mesure est effectuée, l’état du système peut changer brusquement lors de cette mesure. En fonction du résultat obtenu lors de la mesure, un nouvel état est attribué au système. Dans le cas le plus simple, il s’agit de l’état correspondant au résultat de la mesure, et un système qui était dans l’état « | ici > + | là > » qui est mesuré ici verra son état projeté sur « | ici > ». L’interprétation orthodoxe considère donc, de façon générale, qu’une mesure ne révéle pas l’état du système, mais le modifie, et ce de façon aléatoire.
           
L’image orthodoxe du monde
            Précisons maintenant l’image du monde selon l’interprétation orthodoxe de la mécanique quantique. Tout d’abord, l’état du système (ou la fonction d’onde) n’est pas considéré comme une entité du monde, ou comme référant ou correspondant à un objet du monde. Il est seulement considéré comme un outil prédictif, qui permet de calculer les différentes probabilités de mesure. Ce ne sont pas les états des systèmes, mais les systèmes quantiques eux-mêmes qui ont le statut d’entités, au sens où ils composent l’image du monde et peuvent recevoir des propriétés. Le monde orthodoxe se compose d’électrons, de photons ou de molécules.
            Une autre caractéristique du monde orthodoxe est certainement moins intuitive : un système n’a pas toujours de propriété. Dans de nombreux cas, l’interprétation orthodoxe n’attribue pas de position, de vitesse ou d’énergie à un atome, ou elle dit que ces propriétés ne sont pas définies. Plus précisément, un système est considéré comme ayant une propriété seulement lorsque le résultat de mesure peut être prédit avec certitude. C’est par exemple le cas immédiatement après une mesure. En effet, la mesure a réduit l’état du système sur un état propre, correspondant au résultat de la mesure. Par exemple, l’état | ici > + | là > a été réduit sur l’état | là >, si le système a été mesuré là. À un tel état propre, la mécanique quantique associe une propriété, dans notre exemple la position, avec la valeur « là ». Cela est cohérent et d’une certaine façon bienvenu : juste après une mesure où le système a été trouvé là, on peut encore dire qu’il est là. A contrario, on dit que le système avec l’état | ici > + | là > n’a pas de position, parce que la prédiction quantique n’est pas certaine.
            Comment doit-on comprendre les probabilités qui sont au cœur des prédictions de la mécanique quantique ? Selon l’interprétation orthodoxe, ces probabilités sont le signe d’un hasard fondamental ou, pour le dire autrement, le monde est indéterministe. Le hasard survient lors d’une mesure, au moment de la réduction que subit l’état du système. Cette réduction est aléatoire : rien, au sein du système quantique lui-même ou de l’appareil de mesure, ne pré-détermine le résultat de la mesure et la projection de l’état suivant tel ou tel nouvel état. Ce qui est fixé, en revanche, c’est la régularité statistique avec laquelle les différents résultats sont obtenus, pour un état donné. Par exemple, pour un système dans l’état | ici > + | là >, on l’observe expérimentalement effectivement en moyenne 1 fois sur 2 ici et 1 fois sur 2 là[4].
            Comme le résultat de la mesure n’est déterminé par rien de plus que cette régularité statistique, on dit que les probabilités employées dans les prédictions de la théorie sont à interpréter objectivement, c’est-à-dire qu’elles représentent un hasard objectif, réel. Dieu joue vraiment aux dés, pour ainsi dire. Même lui ne peut dire, avant le résultat de mesure, si le système va effectivement être trouvé ici ou là. Les probabilités quantiques ne reflètent donc pas une ignorance de notre part, et l’état quantique décrit complètement le système. C’est en ce sens que les probabilités quantiques représentent, selon l’interprétation orthodoxe, un hasard fondamental et inhérent à notre monde. Ce hasard se traduit par la perturbation fondamentale et incontrôlable qui provient de la mesure (ou de l’appareil de mesure) sur le système quantique.
            Il est important de noter que ce caractère indéterministe ne concerne qu’une seule partie de la dynamique des systèmes quantiques : la réduction de l’état lors d’une mesure. L’équation de Schrödinger qui régit l’évolution temporelle de l’état, hors mesure, est quant à elle tout à fait déterministe. Il n’y a aucun hasard dans l’évolution de l’état entre deux mesures.
            L’existence de deux règles d’évolution distinctes (réduction de l’état, équation de Schrödinger) suppose la distinction entre les interactions qui sont à considérer comme des mesures et celles qui n’en sont pas. Cela suppose par conséquent de distinguer d’une part ce qui joue le rôle d’un appareil de mesure, responsable des premières, et d’autre part tout le reste du monde, traité quantiquement, responsable des secondes. Cette séparation entre un appareil de mesure classique et un monde quantique est au cœur de la mécanique quantique orthodoxe, qui ne peut traiter tout le monde quantiquement : une partie du monde doit être classique pour pouvoir interagir avec le système quantique et être à même d’enregistrer un résultat de mesure. Même si cette séparation peut changer en fonction de l’expérience[5], son existence est indispensable pour l’interprétation orthodoxe de la mécanique quantique. L’image orthodoxe du monde est toujours divisée en deux, l’une classique, l’autre quantique.
Le problème de la mesure
            L’interprétation orthodoxe est largement acceptée dans la communauté scientifique en dépit d’un problème conceptuel, appelé traditionnellement « problème de la mesure », qui ronge cette interprétation depuis ses débuts, sous différentes versions[6]. Par problème conceptuel, il faut entendre l’existence d’un problème de cohérence interne concernant la formulation de la théorie et son interprétation. Cependant, ce problème n’empêche absolument pas la théorie d’être utilisée et appliquée avec succès par les physiciens. Selon une formule célèbre de Bell, à propos de la mécanique quantique orthodoxe : « à toutes fins pratiques, tout va bien[7] ». C’est d’ailleurs pour cette raison que le problème de la mesure est souvent ignoré par des physiciens ayant une approche pragmatique. Il n’en reste pas moins qu’un problème existe concernant la formulation précise de la théorie.
            Le problème de la mesure naît de l’existence de deux règles d’évolution pour l’état du système, l’équation de Schrödinger et la réduction de l’état. Ces lois sont incompatibles et ne peuvent s’appliquer simultanément : la première est déterministe et continue, la seconde est indéterministe et discontinue. Le problème est que la théorie ne définit pas les circonstances dans lesquelles les deux règles différentes s’appliquent. Autrement dit, le terme de « mesure », qui est au cœur des axiomes de la théorie, n’est pas défini. La mécanique quantique orthodoxe ne donne pas de limite à ce qui vaut comme mesure. Elle est, selon les termes de Bell, « ambiguë par principe[8] ». Cette frontière peut changer au gré des utilisations de la théorie, lui donnant un regrettable « caractère fuyant[9] ».
            Certaines tentatives de résolution du problème ont été proposées, mais elles n’améliorent pas le flou initial : il en va ainsi des prescriptions selon lesquelles l’appareil de mesure doit être « macroscopique », présenter un comportement « irréversible », être lié à un « observateur », etc. Ces concepts ne sont pas particulièrement mieux définis que celui de « mesure » qui figure dans la formulation orthodoxe de la théorie.
            Répétons-le : le problème est d’ordre conceptuel et non pas d’ordre empirique. Les physiciens n’ont aucune difficulté à se servir de la théorie pour en tirer des prédictions, et ils savent d’expérience comment délimiter l’appareil de mesure et le système quantique afin d’obtenir la précision requise. La mécanique quantique est parfaitement convenable d’un point de vue pragmatique. Le problème est seulement d’énoncer la théorie clairement, de façon cohérente et sans ambiguïté.
            Ce problème a été appelé « problème de la mesure » à cause de la formulation qu’il a prise initialement dans le cadre de l’interprétation orthodoxe : il porte sur la définition de ce qu’est une mesure. De façon plus générale, le problème de la mesure consiste à proposer une interprétation satisfaisante de la mécanique quantique (et, éventuellement, une nouvelle formulation de la théorie), qui soit en accord avec les résultats empiriques. Puisque l’interprétation orthodoxe souffre d’un problème conceptuel, il apparaît légitime d’avancer d’autres interprétations de la théorie. Aussi le problème de la mesure est-il généralement tenu pour l’origine de la diversité des interprétations quantiques.

3. L’interprétation de Bohm

            Dans la mécanique quantique orthodoxe, les prédictions probabilistes sont interprétées comme reflétant un indéterminisme fondamental, et on considère que l’état quantique fournit une description complète du système. Une telle interprétation a longtemps rencontré des résistances. N’est-il pas possible de dépasser le caractère probabiliste des prédictions, et d’être capable de prédire assurément le résultat d’une mesure ? Dans ce but, ne peut-on pas compléter l’état de la mécanique quantique orthodoxe par d’autres variables « cachées », qui détermineraient ce résultat ? Alors, les probabilités quantiques seraient seulement le reflet de notre ignorance vis-à-vis du détail de ces variables additionnelles.
Formulation de la théorie
            L’interprétation de Bohm[10] peut être considérée comme le résultat d’une tentative de compléter la mécanique quantique orthodoxe. En plus de la fonction d’onde, elle décrit un système quantique avec des « variables cachées », en l’occurrence les positions des particules. Ces dernières ont toujours une valeur précise à chaque instant et elles déterminent le résultat d’une mesure. La mécanique bohmienne est ainsi déterministe et les probabilités des prédictions théoriques ne sont que le reflet d’une ignorance de notre part vis-à-vis de ces variables cachées. Néanmoins, l’arrangement théorique de ces variables cachées est tel que les prédictions de la mécanique bohmienne sont exactement les mêmes que celles de la mécanique quantique orthodoxe. Ainsi, compléter la théorie avec certaines variables en décrivant une histoire en-dessous du formalisme orthodoxe, et parvenir à améliorer les prédictions empiriques, sont deux choses distinctes ; la mécanique bohmienne fait la première, mais pas la seconde. L’interprétation de Bohm suppose que l’état quantique, ou la fonction d’onde, évolue toujours selon l’équation de Schrödinger ; autrement dit, il n’existe pas de postulat de réduction[11].
L’image bohmienne du monde
            Précisons en quoi consiste l’image du monde selon l’interprétation bohmienne, et tout d’abord ce que sont les entités qu’elle considère. Il en existe deux types : la fonction d’onde d’une part, et les particules d’autre part.
            La fonction d’onde, tout d’abord, est considérée dans sa dimension spatiale seulement, c’est-à-dire comme une fonction qui associe à chaque point de l’espace un nombre, à un instant donné (un peu comme on peut attribuer à chaque point de l’espace une température). Cette fonction d’onde est considérée comme une entité authentiquement physique ; ces nombres en chaque point de l’espace renvoient à quelque chose de réel et d’objectif, qui existe bel et bien. La fonction d’onde bohmienne n’a donc rien à voir avec la simple représentation mathématique, utile dans les calculs, de la mécanique quantique orthodoxe.
            Les particules constituent la seconde sorte d’entités que l’interprétation bohmienne considère. Ainsi que l’énonce un manuel de mécanique bohmienne, « chaque fois que vous dites ‘particule’, pensez-le vraiment ! »[12]. Cela signifie notamment qu’il faut prendre le terme en un sens traditionnel et classique, comme référant à un objet qui a une position précise à chaque instant.
            Ces particules sont fondamentales en mécanique quantique bohmienne dans la mesure où toutes les autres grandeurs mesurables – vitesse ou impulsion, énergie… – peuvent s’exprimer au moyen de la position des particules. En effet, les bohmiens insistent sur le fait que toute mesure se ramène toujours in fine à la détermination de positions : position d’une aiguille d’un instrument, position d’un atome en sortie d’un appareil de mesure, position d’un photon sur notre rétine, etc.
            L’image bohmienne du monde est déterministe. D’une part, la fonction d’onde évolue selon l’équation de Schrödinger, dont on a dit qu’elle est déterministe ; aucun hasard n’entre en compte, et la fonction d’onde ne subit jamais de projection aléatoire. D’autre part, la position des particules est donnée par une équation qui fait intervenir seulement la fonction d’onde, sans aucune notion de hasard non plus. Pour un électron décrit par l’état | ici > + | là >, l’interprétation bohmienne affirme que la position de l’électron a une valeur déterminée (rappelons que l’interprétation orthodoxe refuse de dire que l’électron a une position dans cet état). Le fait que l’électron soit véritablement mesuré ici ou là n’est pas dû à un hasard fondamental.
            En revanche, le monde bohmien nous apparaît indéterministe, car nous n’avons pas accès aux positions des particules, comme par exemple celle de l’électron lorsqu’il est dans une superposition spatiale. Sans connaissance de la valeur de ces positions, nous ne pouvons dire ni où se trouvent exactement les particules, ni où elles se trouveront à un instant ultérieur. Cependant, nous ne sommes pas complètement démunis. La fonction d’onde, tout d’abord, peut être connue précisément. Par ailleurs, la théorie permet d’affirmer (à partir du postulat de l’équilibre quantique) que la densité de particules dans l’espace dépend directement de la fonction d’onde. Autrement dit, si la fonction d’onde est nulle ici, alors il ne peut pas y avoir de particules, et si elle a une grande valeur là, alors il y aura plus de chance d’y trouver des particules.
            Aussi, les probabilités de la mécanique quantique prennent avec l’interprétation bohmienne un tout autre sens qu’avec l’interprétation orthodoxe. Les probabilités reflètent seulement une ignorance de notre part vis-à-vis d’une histoire sous-jacente qui détermine le cours des événements. Ne connaissant que la densité moyenne des particules, nous sommes réduits à fournir des prédictions moyennes. Comme les probabilités reflètent ici non pas un hasard objectif, mais une méconnaissance de notre part, on dit qu’elles sont à interpréter de façon épistémique.

4. L’interprétation des mondes multiples

            Une autre interprétation de la mécanique quantique a les faveurs de nombreux physiciens et philosophes des sciences. Il s’agit de l’interprétation proposée par Everett en 1957 et qui est aussi appelée l’interprétation des mondes multiples (cette dénomination est prise ici pour synonyme d’ « interprétation d’Everett »)[13].
            De la mécanique quantique orthodoxe, l’interprétation everettienne supprime le postulat de projection de la fonction d’onde lors d’une mesure, et ne garde que l’équation de Schrödinger. Cette dernière est la seule et vraie équation du mouvement, à laquelle obéit tout état quantique. Il n’y a plus d’ambiguïté dans l’application des lois quantiques, ni dans la définition de ce qu’est une « mesure ».
            L’interprétation d’Everett considère qu’il existe une seule entité fondamentale, l’état ou la fonction d’onde (de tout l’univers). Cet objet mathématique est interprété comme une entité physique putative. C’est l’univers lui-même, en tant qu’il est une fonction d’onde, qui évolue selon l’équation de Schrödinger.
            Une nouveauté radicale est introduite par l’interprétation d’Everett : certains états quantiques s’interprètent à l’aide de plusieurs mondes, au sein de cet univers[14]. Considérons un atome décrit par l’état | ici > + | là >, dont on mesure la position. L’interprétation orthodoxe dit que les deux résultats possibles que l’on peut obtenir sont « ici » ou « là », et que l’on en obtient un seul. L’interprétation des mondes multiples, de son côté, affirme que les deux résultats sont obtenus, chacun dans un monde. Comme ce résultat dépend du monde auquel on se restreint, cela conduit à définir les états ou les faits relativement à un observateur – d’où le nom de « formulation de l’état relatif » initialement donné par Everett. Si on parle parfois du résultat d’une mesure, c’est en fait par abus de langage, en omettant de préciser que cela se comprend relativement à un monde particulier. Pour l’univers dans son ensemble, il n’existe pas de fait à propos du résultat de mesure de la position de l’atome ; pour l’univers entier, l’atome n’a pas été mesuré « ici » ou « là ».
            Les interactions quantiques ayant lieu entre les moindres électrons ou atomes suscitent un processus d’embranchement qui multiplie à chaque instant le nombre de mondes, de sorte qu’il existe un nombre extraordinairement grand de mondes. Ce qui existe pour un everettien, c’est donc une myriade de mondes. Dans chacun de ces mondes, les grandeurs ont toujours des valeurs ; ces mondes sont donc d’apparence classique, et ils se composent d’objets (macroscopiques) qui sont dans des états définis. Les différents mondes évoluent indépendamment les uns des autres. En particulier, les autres mondes sont inobservables depuis un monde particulier, ce qui explique pourquoi nous avons toujours l’impression qu’il n’existe qu’un seul monde.
            L’univers everettien est déterministe. En effet, la fonction d’onde de l’univers obéit à l’équation de Schrödinger, dont on a dit qu’elle est une équation déterministe. L’avenir n’est pas incertain, puisque tous les résultats de mesures possibles se produiront toujours. En revanche, les individus dans les différents mondes ont des expériences psychologiques différentes. Le cours du monde leur apparaît indéterministe, dans la mesure où ils n’ont accès qu’à un seul monde. Pour l’interprétation des mondes multiples, les probabilités associées aux résultats correspondent aux paris que peuvent faire les individus. Comme elles n’expriment pas une connaissance incomplète de leur part, elles ne sont pas subjectives, mais objectives[15].
            Noter que l’interprétation d’Everett permet à la mécanique quantique de s’appliquer à l’ensemble de l’univers. Contrairement à l’interprétation orthodoxe, elle ne suppose pas de division entre un « système », distingué d’un « observateur » qui constate les résultats de mesures. L’univers everettien n’est pas séparé entre une partie classique et une partie quantique.

5. Conclusion

            La mécanique quantique est une théorie physique qui admet plusieurs interprétations, lesquelles dessinent des images du monde radicalement différentes, mais ne peuvent être distinguées empiriquement. Cela signifie qu’aucune expérience réalisable ne permettra jamais de trancher entre, par exemple, l’idée d’un monde déterministe à la Bohm, dans lequel aucun hasard n’intervient dans le cours des événements, ou l’idée d’un monde indéterministe, comme le veut l’interprétation orthodoxe, au sein duquel un hasard fondamental joue un rôle presque à chaque instant. Dès lors que l’image du monde quantique est prise au sérieux, l’expérience ne permet pas de trancher la question de savoir si le hasard pur existe ou non dans notre monde.

Bibliographie

David Z. Albert, Quantum Mechanics and Experience, Cambridge (MA) et London, Harvard University Press, 1992.
Jeffrey Barrett, « Everett’s Relative-State Formulation of Quantum Mechanics », dans dans E. N. Zalta (éd), The Stanford Encyclopedia of Philosophy,, http://plato.stanford.edu/archives/spr2011/entries/qm-everett/, 2011.
John S. Bell, Speakable and Unspeakable in Quantum Mechanics, Cambridge, Cambridge University Press, 1987.
John S. Bell, « Against ‘measurement’», Physics World, août 1990, p. 33-40.
David Bohm, « A Suggested Interpretation of Quantum Theory in terms of ‘Hidden’Variables », Physical Review, 85, 1952, p. 166-193.
Thomas Boyer-Kassem, Qu’est-ce que la mécanique quantique ?, Paris, Vrin, coll. « Chemins Philosophiques », 2015.
Claude Cohen-Tannoudji, Bernard Diu et Franck Laloë, Mécanique Quantique, Tome 1, Paris, Hermann, 1973/1998.
Detlef Dürr et Stefan Teufel, Bohmian Mechanics : The Physics and Mathematics of Quantum Theory, Berlin et Heidelberg, Springer-Verlag, 2009.
Sheldon Goldstein, « Bohmian Mechanics », dans E. N. Zalta (éd), The Stanford Encyclopedia of Philosophy, http://plato.stanford.edu/archives/spr2009/entries/qm-bohm/, 2009
Hugh Everett, « ‘Relative State’Formulation of Quantum Mechanics », Reviews of Modern Physics, 29, 1957, p. 454-462.
Henry Krips, « Measurement in Quantum Theory », dans E. N. Zalta (éd), The Stanford Encyclopedia of Philosophy, http://plato.stanford.edu/archives/fall2013/entries/qt-measurement/, 2013.
Lev Vaidman, « Many-Worlds Interpretation of Quantum Mechanics », dans dans E. N. Zalta (éd), The Stanford Encyclopedia of Philosophy, http://plato.stanford.edu/archives/fall2008/entries/qm-manyworlds/, 2008.
David Wallace, « The Quantum Measurement Problem : State of Play », dans D. Rickles (éd.), The Ashgate Companion to Contemporary Philosophy of Physics, Aldershot, Ashgate Publishing, 2008, p. 16-98, disponible en prépublication à http://arxiv.org/abs/0712.0149.

[1]    Cet article se limite à la mécanique quantique non-relativiste, c’est-à-dire dans laquelle les effets de la relativité ne
sont pas pris en compte. La théorie qui les prend en compte est la théorie quantique des champs.
[2]    En français, on consultera par exemple C. Cohen-Tannoudji et al. 1973.
[3]    Les atomes sont des constituants de la matière, de taille environ un million de fois plus petit qu’un millimètre. On trouve des atomes d’oxygène, de carbone ou d’azote par exemple. L’origine grecque du mot « atome » signifie qu’il ne peut être divisé, mais les physiciens se sont ensuite rendus ce n’est pas exact : un atome se compose d’un noyau et d’électrons, qui peuvent être séparés.
[4]    De tels états quantiques sont différents d’états classiques d’ignorance où le physicien attribue une probabilité de 50 % pour ici et 50 % pour là, car ils permettent par exemple de donner lieu à des interférences. Cf. par exemple Boyer-Kassem (2015, chap. 3).
[5]    La limite entre les parties classique et quantique du monde n’est pas définitive ; par exemple, ce qui était considéré comme un appareil de mesure peut être ensuite traité quantiquement par le physicien, dès lors qu’une autre partie du monde est considérée classiquement, et joue le rôle d’un autre appareil de mesure.
[6]    Les références classiques sur ce sujet incluent Albert (1992, chap. 4), Bell (1990), Krips (2013), Wallace (2008).
[7]    « [IT] is just fine for all practical purposes », J. S. Bell (1990, p. 33).
[8]    Bell (1990, p. 35).
[9]    Bell (1987, p. 188).
[10]  Sur l’interprétation de Bohm, voir notamment Albert (1992, chap. 7),  Bohm (1952), Dürr et Teufel (2009), Goldstein (2009), Wallace (2008, sec. 6).
[11]  Après une mesure, l’état bohmien aura-t-il alors une valeur différente par rapport à l’état orthodoxe ? On montre que, à toutes fins pratiques et calculatoires, on peut considérer que la fonction d’onde bohmienne évolue en fait de la même façon que celle de la mécanique quantique orthodoxe. Cela est à l’origine de l’équivalence empirique entre des deux interprétations.
[12]  Dürr et Teufel (2009, p. v et 7).
[13]  Concernant cette interprétation, voir notamment sur Albert (1992, chap. 6), Barrett (2011), Everett (1957), Vaidman (2008), Wallace (2008, sec. 4).
[14]  Les détails mathématiques de ces états ne sont pas présentés ici, en raison de contraintes d’espace. Nous renvoyons à Boyer-Kassem (2015, chap. 5).
[15]  Elles expriment des contraintes auxquelles sont soumises tous les agents rationnels. Cf. par exemple Wallace (2008,  sec. 4.6).

samedi 24 novembre 2018

Nalini Anantharaman - "Mathématiques et physique - les débuts de la mécanique quantique"


Michel Bitbol, Thibaut Gress et Katia Kanban - Physique quantique et philosophie de la conscience


Terre et Peuple - Table Ronde 2018 : horaires des interventions (le 9 décembre)


Notez les modifications notamment au niveau des intervenants.

Table Ronde 2018 v2

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