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samedi 1 décembre 2007

De deux élections présidentielles


Vendredi, 30 Novembre 2007





De deux élections présidentielles

Philippe Delbauvre



Politique
C’est commettre une erreur que de vouloir comparer deux élections dès lors où il n’est pas tenu compte de leurs spécificités politiques. C’est ainsi que l’élection présidentielle de 2007, si elle est comparable à celle de 2002, s’est déroulée dans un contexte tout à fait différent. Il est donc judicieux de se concentrer et d’analyser les particularités de chacun des deux premiers tours puisque pour chacune de ces deux échéances électorales, la messe était dite avant le second.

La première différence réside dans la présence au premier tour en 2002 des deux têtes de l’exécutif qui ne furent ni l’un ni l’autre des grands séducteurs devant les urnes. On sait que si l’ancien président flirta avec les 20 % des suffrages, il ne sut jamais les atteindre. De même, Lionel Jospin, en chef de gouvernement qu’il fut à cette époque avec l’austérité comportementale qui le caractérisait, connut l’usure du pouvoir ainsi que l’insatisfaction de son aile gauche, ce qui se traduisit dans les urnes par une poussée de son extrême. Au final, c’est un peu moins de 20 % pour le chef de l’Etat et un peu plus de 16 % pour son premier ministre. Donc il s’agissait de deux personnalités fades aux yeux de l’opinion et victimes de l’usure du pouvoir.

Tel ne fut pas le cas en 2007 puisque ni le président, ni le premier ministre ne se présentèrent : on pouvait déjà pronostiquer que les partis qu’ils représentaient en sortiraient grandis numériquement : c’est ce qu’il advint puisque l’on passa de 19.88 à 31.18 % d’un côté et de 16.18 à 25.87 % de l’autre.

Voici donc 20 % de voix supplémentaires apportées au Système sans que beaucoup aient pris conscience des conséquences sur le long terme.

De plus, François Bayrou, quasiment absent en 2002, atteint en 2007 le score inespéré de 18.57 % ce qui représente une augmentation en chiffre de 12 % qui sont à rajouter au 20 % précédemment cités. Nous voici ainsi parvenus aux fatidiques 33 % de voix nouvelles et s’exprimant dans le cadre du Système au bénéfice d’hommes que l’on peut considérer comme neufs, c’est à dire comme non usés par la pratique du pouvoir.

En conséquence, l’élection présidentielle de 2002 apparaît comme un mouvement de révolte dans les urnes qui s’est traduit par :
- une poussée du Front National.
- une poussée de l’extrême gauche.
- un mauvais score des hommes du Système.
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Schème inverse en 2007 où le corps électoral réintègre le Système dans la mesure où il croit ses représentants capables de changer la donne.
- bon score socialiste
- bon score ump
- effondrement de l’extrême gauche
- effondrement du Front national
- rejet des petits candidats
- advenue d’une troisième tête membre du système (Bayrou)

Dans de telles conditions le Front National ne pouvait qu’obtenir qu’un mauvais score et ceci indépendamment de la nature ou des orientations de la campagne.

En quoi d’ailleurs la campagne d’Arlette Laguiller fut-elle mauvaise ? Et celle des écologistes ? Et toutes les autres ?

Les électeurs ont considéré tout simplement qu’il suffisait de changer les hommes du Système et non le Système en lui même. Voilà pourquoi les partis radicaux ont subi un revers lors de cette présidentielle.

En conséquence, le salut ne passe ni par un soutien à la gauche ou à la droite mais au rejet en bloc du Système. Conjointement, une campagne d’informations à des fins de sensibilisation du grand public doit être menée afin de montrer que l’espoir ne passe pas par l’adhésion au Système.

Il va de soi que dans de telles conditions la critique des orientations des campagnes des candidats des différents partis hors Système – à commencer par celle du Front National - apparaît ridicule.
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Article publié sur http://www.voxnr.com/



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