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mercredi 9 novembre 2016

Hitler, Raeder et la défaite stratégique en Méditerranée




Ma conviction est qu’Hitler a perdu la guerre en 1940 ; et qu’il l’a perdue en Méditerranée. Dunkerque, Montoire, la prise de décision de Barbarossa (voir Bernard Plouvier), la liberté laissée à Mussolini de saboter le travail, l’abandon de sa flotte et de son empire colonial à la France, tout cela cumule un ensemble de mauvaises décisions, sans doute pas fortuites (la fascination pour le crépuscule des dieux…), qui compromettaient à moyen terme l’avenir. Car dès décembre 41 la guerre est perdue, sauf pour les stratèges amateurs et les propagandistes. Et elle a été perdue en Méditerranée, ce mare Nostrum qui lui eût permis de conquérir l’Afrique et l’occident de l’Asie, si riche en matières premières et pétrole. Il n’y avait de toute manière pas de place pour vingt millions de colons en Ukraine, et pas de cœur non plus chez les colons teutons pour y aller par millions : lisez l’Allemagne national-socialiste et l’Ukraine, publiée en 1986 par l’historien ukrainien Kozyk.
 
Pour bien comprendre les raisons de la défaite allemande en Méditerranée, c’est-à-dire les raisons de la défaite allemande tout court, je m’en remets à deux sources toutes simples : la guerre d’Hitler de David Irving, au moment où cet auteur était au pinacle de sa gloire (téléchargeable gratuitement sur le site de ce généreux et grand bosseur !) ; et le testament d’Adolf Hitler, consigné par Bormann, où le führer inspiré recense de mauvaise humeur les raisons de sa défaite.

Même s’il ne comprend toujours pas la gravité de son absence en Méditerranée, Hitler affirme que ce sont les puissances méditerranéennes européennes, les puissances latines, puissances a priori proches idéologiquement, qui l’ont fait perdre.
  • L’Italie tout d’abord qui déclare la guerre mi-juin à la France et empêche toute entente franco-italienne par la suite, et donc toute décision stratégique allemande dans la zone. Le comportement pitoyable de Mussolini et de ses armées, les défaites italiennes face une Angleterre pourtant très faible sur tous les fronts (Churchill : we are the mockery of the world !), l’incapacité de mener une campagne sérieuse en Libye, pourtant fief de l’Italie, tout cela va nuire considérablement à l’Allemagne. Sans compter la désastreuse campagne grecque du Duce qui fait perdre à l’Allemagne deux précieux mois avant Barbarossa, tout en l’obligeant à envahir des pays qui n’étaient a priori même pas hostiles (la Yougoslavie d’avant le Coup anglais, sans compter la Grèce elle-même).
  • L’Espagne : Franco devait tout à Hitler, et il était prêt à bouger, contrairement à la légende : je cite l’historien germano-américain Gehrard Weinberg. « Dictator General Francisco Franco decided to take advantage of the defeat of France and the widely expected defeat of Britain by entering the war on the Axis side« . Hitler estime pourtant dans son testament qu’en faisant entrer l’Espagne dans la guerre, il en eût fait une cible pour l’Angleterre. Mais l’Angleterre n’a pas attaqué, sinon de manière insignifiante (ou inopportune et inoffensive, comme à Dieppe), les côtes françaises pendant trois ans : En récupérant Gibraltar, il contrôlait définitivement la Méditerranée. Irving estime même qu’au printemps 42, et grâce d’héroïques hommes-torpilles italiens, la flotte anglaise n’a plus la suprématie en Méditerranée. Mais en haut lieu on ne le sait pas. On n’en profite pas.
  • La France : il est clair que là le führer a fait l’inverse de ce qu’il fallait faire, et il le reconnaîtra comme tous les fascistes français : il fallait occuper différemment le pays, installer un gouvernement vraiment ami, prendre la flotte française, tirer parti de l’Empire ou même donner l’indépendance à l’Algérie pour motiver le monde arabe contre l’Angleterre. C’est lui qui le dit en 45… les trahisons de Vichy auront finalement fait perdre à l’Allemagne un temps et surtout un espace formidables : le germanophobe Maurras en saura gré à Vichy d’ailleurs, pas les alliés… Dans son testament, Hitler dit aussi qu’il aurait dû libérer la classe ouvrière française et en finir avec la bourgeoisie anglomane, celle des clubs, du tennis et des cocktails. C’est aussi ce que pense Rebatet dans ses décombres, où il ne cesse de prouver que Vichy trahit l’Allemagne.
Irving m’a permis de comprendre une chose : Hitler avait bien pensé la Méditerranée avec le grand amiral Raeder. Ce grand homme méconnu lui a d’ailleurs recommandé de s’emparer la flotte française dès le 20 juin 40. Je cite dans le texte le passage qui a trait à cette fondamentale question. Je dis fondamentale question, car la démocratie a gagné la guerre et avec elle l’islamisme qui emporte l’Egypte, le Libye, la Tunisie et qui va bientôt nous emporter ici. Nous sommes en septembre 40 :
The impulse toward a peripheral solution was provided by Admiral Raeder. Early in September Raeder had examined with Hitler the strategic options open to Germany; by the twenty-sixth, when he came for a long private talk on the subject, he was convinced there were ways of pacifying Russia more elegant than brute force. Germany should throw the British out of the Mediterranean; it should provide assistance to Italy for the capture of the Suez Canal, and then advance through Palestine to Syria. Turkey would then be at Germany’s mercy. ‘Then the Russian problem would assume a very different aspect. Russia is basically frightened of Germany’ – a point on which Hitler agreed. ‘It is unlikely that any attack on Russia in the north would then be necessary.’

Hitler appeared to like this plan: they could then invite Russia to turn toward Persia and India – again on the British periphery – which were far more important to her than the Baltic. After the admiral left, the Fuehrer mentioned to his naval adjutant, Puttkamer, that the interview had been enlightening, as it had checked with his own views.
Nous étions donc tout près de la bonne décision (chapitre Molotov de l’opus d’Irving). On évitait les trente millions de morts européens du front de l’est et surtout le désastre final. On récupérait Suez et Malte, et Gibraltar. Il est connu qu’après la prise de la Crète (en dépit de l’Oracle, qui ici encore montra sa réduite utilité) Churchill était (presque) prêt à jeter l’éponge. Quelques divisions de plus en Libye et l’affaire était close au Caire, sans que l’Amérique puisse bouger : comme l’a montré Philippe Masson, le soldat anglais ne faisait pas le poids (pour le troupier de Rommel, seules les rations alimentaires britanniques faisaient le poids !). Hitler aurait récupéré le pétrole au Moyen-Orient et laissé la Russie avaler la baleine british en Afghanistan ou en Inde. Franco même était près à entrer dans la danse. Mais les conditions allemandes (on réclamait les îles Canaries, pas l’amiral hélas –sic) lui déplurent. Il paraît incroyable alors que l’on sait que les anglo-saxons sont passés par l’Afrique du Nord et l’Italie, de penser que l’empire colonial français, l’Italie, l’Espagne, même l’équipée allemande aient été incapables d’emporter la décision en méditerranée.
Les dissensions entre puissances latines qu’Hitler estime dégénérées dans son testament suffisent très partiellement à expliquer ce colossal échec ; mais une belle conférence aurait pu les régler. L’échec de Montoire accéléra bien sûr la prise de la mauvaise décision : l’attaque de la Russie pour soi-disant installer des colons en Ukraine (on pensait même, dit Kozyk, aller rechercher des colons parmi les allemands d’Amérique du Sud !!!) ou lutter contre le bolchévisme, qui était pourtant maintenu par un solide cordon sanitaire anticommuniste en Europe centrale. Hitler reconnaît avec Raeder à cette époque qu’il fait peur à la Russie, ce qui infirme quelque peu le prétexte ultérieur de la guerre préventive des soviets, nombreux et très armés, mais tellement moins efficaces…
Allons à la cause psychologique : il y a le crépuscule des dieux bien sûr, mais Goebbels a parlé de l’hydrophobie d’Hitler. Je cite par Irving son journal en anglais : Invasion not planned for the time being. Air supremacy necessary first. Hydrophobia. And he is not one for taking risks if things are possible without them. Devant la mer le führer a toujours été paralysé, comme inhibé, préférant filer dans les steppes glacées de la Russie plutôt que de franchir la Manche, alors qu’il contrôle tous les pays côtiers et dispose d’une aviation encore performante, que ses U-boot sont au top. L’Allemagne a toujours eu son complexe d’infériorité par rapport à l’Angleterre jugée nordique et maritime, impériale une fois pour toutes : Rebatet remarque qu’à Berlin on embellit les prisonniers british pour en faire des surhommes, alors que l’on affame et couvre de guenilles les slaves pour démontrer leur infériorité. Je préfère citer notre fasciste français préféré : Toute corvée, tout maniement d’armes leur sont épargnés. On les conserve amoureusement sans qu’un pli de leurs beaux uniformes neufs, soit dérangé.

Merci au coco Houston Stewart Chamberlain dont le neveu ou cousin déclara la guerre au führer… sur ses théories catastrophiques, Lothrop Stoddard a tout dit en une phrase dans son meilleur opus, et ce en 1920. Thinking of Germany as the Nordic fatherland is both a danger and an absurdity.

L’anglophilie matinée d’hydrophobie a justifié toutes les mauvaises décisions à commencer par Dunkerque. Dans son testament Hitler s’en rend compte, voir en Churchill le fossoyeur de l’Empire et se découvre une vocation paradoxale de leader nationaliste tiers-mondiste, s’appuyant sur les Chinois, les japonais et les Arabes, les arabes dit-il, « qui eussent été pour nous de loyaux partenaires ». Les japonais lui auront d’ailleurs coûté aussi cher que l’Italie : c’est pour eux qu’il déclare la guerre à Roosevelt ; mais que n’ont-ils pris à revers la Russie pour s’emparer de la Sibérie et de ses richesses au lieu d’aller défier anglais et américains dans le Pacifique et l’océan indien, à six mille kilomètres de chez eux ? On croit encore rêver.


Pourquoi ces réflexions ?


Je ne comprendrai jamais cette défaite : c’est notre premier point.
Ensuite : trois quarts de siècle plus tard, alors que l’on voit que la Russie, que voulaient par atavisme envahir les junkers prussiens héritiers des teutoniques mais pas de Bismarck, qui furent d’ailleurs les hommes du 20 juillet, est le seul pays sain de l’Europe (ce qui explique que les russes se soient défendus comme cela – Masson, toujours), et avec la catastrophe qui s’annonce venant du sud méditerranéen, catastrophe certes créée par « nos » soins, nos agents, nos traîtres, notre ineptie totale, je ne peux m’empêcher de revenir sur ces épisodes qui sont encore plus bêtes que douloureux. Depuis Mahomet, la Méditerranée est notre enjeu fatal. Et depuis le dix-septième siècle, le deuxième enjeu est la défaite de l’Angleterre et de son empire méphitique, modèle de l’ordre mondial actuel, ploutocratique, destructif et tartuffe.

Les Situationnistes [2000 ans d’histoire]



LE MOUVEMENT SITUATIONNISTE apparaît à la fois comme une avant-garde artistique, une recherche expérimentale sur la voie d’une construction libre de la vie quotidienne, enfin une contribution à l’édification théorique et pratique d’une nouvelle contestation révolutionnaire. Désormais, toute création fondamentale dans la culture aussi bien que toute transformation qualitative de la société se trouvent suspendues aux progrès d’une telle démarche unitaire.

Une même société de l’aliénation, du contrôle totalitaire, de la consommation spectaculaire passive, règne partout, malgré quelques variétés dans ses déguisements idéologiques et juridiques. On ne peut comprendre la cohérence de cette société sans une critique totale, éclairée par le projet inverse d’une créativité libérée, le projet de la domination de tous les hommes sur leur propre histoire, à tous les niveaux.

Ramener dans notre temps ce projet et cette critique inséparables (chacun des termes faisant voir l’autre), cela signifie immédiatement relever tout le radicalisme dont furent porteurs le mouvement ouvrier, la poésie et l’art modernes, la pensée de l’époque du dépassement de la philosophie, de Hegel à Nietzsche. Pour cela, il faut d’abord reconnaître dans toute son étendue, sans avoir gardé aucune illusion consolante, la défaite de l’ensemble du projet révolutionnaire dans le premier tiers de ce siècle, et son remplacement officiel, en toute région du monde aussi bien qu’en tout domaine, par des pacotilles mensongères qui recouvrent et aménagent le vieil ordre.

Reprendre ainsi le radicalisme implique naturellement aussi un approfondissement considérable de toutes les anciennes tentatives libératrices. L’expérience de leur inachèvement dans l’isolement, ou de leur retournement en mystification globale, conduit à mieux comprendre la cohérence du monde à transformer — et, à partir de la cohérence retrouvée, on peut sauver beaucoup de recherches partielles continuées dans le passé récent, qui accèdent de la sorte à leur vérité. L’appréhension de cette cohérence réversible du monde, tel qu’il est et tel qu’il est possible, dévoile le caractère fallacieux des demi-mesures, et le fait qu’il y a essentiellement demi-mesure chaque fois que le modèle de fonctionnement de la société dominante — avec ses catégories de hiérarchisation et de spécialisation, corollairement ses habitudes ou ses goûts — se reconstitue à l’intérieur des forces de la négation.
En outre, le développement matériel du monde s’est accéléré. Il accumule toujours plus de pouvoirs virtuels ; et les spécialistes de la direction de la société, du fait même de leur rôle de conservateurs de la passivité, sont forcés d’en ignorer l’emploi. Ce développement accumule en même temps une insatisfaction généralisée et de mortels périls objectifs, que ces dirigeants spécialisés sont incapables de contrôler durablement.

Le dépassement de l’art étant placé par les situationnistes dans une telle perspective, on comprendra que lorsque nous parlons d’une vision unifiée de l’art et de la politique, ceci ne veut absolument pas dire que nous recommandons une quelconque subordination de l’art à la politique. Pour nous, et pour tous ceux qui commencent à regarder cette époque d’une manière démystifiée, il n’y avait déjà plus d’art moderne, exactement de la même façon qu’il n’y avait plus de politique révolutionnaire constituée, nulle part, depuis la fin des années trente. Leur retour maintenant ne peut être que leur dépassement, c’est-à-dire justement la réalisation de ce qui a été leur exigence la plus fondamentale.

La nouvelle contestation, dont parlent les situationnistes, se lève déjà partout. Dans les grands espaces de la non-communication et de l’isolement organisés par l’ordre actuel, des signaux surgissent, à travers des scandales d’un genre nouveau, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre ; leur échange est commencé.

Il s’agit pour l’avant-garde, partout où elle se trouve, de relier entre eux ces expériences et ces gens ; d’unifier en même temps que de tels groupes, la base cohérente de leur projet. Nous devons faire connaître, expliquer et développer ces premiers gestes de la prochaine époque révolutionnaire. Ils sont reconnaissables en ceci qu’ils concentrent en eux des formes nouvelles de lutte et un nouveau contenu, manifeste ou latent, de la critique du monde existant. Ainsi la société dominante, qui se flatte tant de sa modernisation permanente, va trouver à qui parler, car elle a enfin produit une négation modernisée.

Autant nous avons été sévères pour refuser que se mêlent au mouvement situationniste des intellectuels ambitieux ou des artistes incapables de nous comprendre vraiment, pour rejeter et dénoncer diverses falsifications dont le prétendu « situationnisme » nashiste est le plus récent exemple, autant nous sommes décidés à reconnaître comme situationnistes, à soutenir, à ne jamais désavouer, les auteurs de ces nouveaux gestes radicaux, même si parmi eux plusieurs ne sont pas encore pleinement conscients mais seulement sur la voie de la cohérence du programme révolutionnaire d’aujourd’hui.

Limitons-nous à quelques exemples de gestes que nous approuvons totalement. Le 16 janvier, des étudiants révolutionnaires de Caracas ont attaqué à main armée l’exposition d’art français, et ont emporté cinq tableaux dont ils ont proposé ensuite la restitution en échange de la libération de prisonniers politiques. Les tableaux ayant été ressaisis par les forces de l’ordre, non sans que Winston Bermudes, Luis Monselve et Gladys Troconis se soient défendus en faisant feu sur elles, d’autres camarades ont jeté quelques jours après sur le camion de la police qui transportait les tableaux récupérés deux bombes qui n’ont malheureusement pas réussi à le détruire. C’est manifestement là une manière exemplaire de traiter l’art du passé, de le remettre en jeu dans la vie, et sur ce qu’elle a de réellement important. Il est probable que depuis la mort de Gauguin (« J’ai voulu établir le droit de tout oser ») et de Van Gogh jamais leur œuvre, récupérée par leurs ennemis, n’avait reçu du monde culturel un hommage qui s’accorde, comme cet acte des Vénézuéliens, à leur esprit. Pendant l’insurrection de Dresde en 1849, Bakounine avait proposé, sans être suivi, de sortir les tableaux du musée et de les mettre sur une barricade à l’entrée de la ville, pour voir si les troupes assaillantes n’en seraient pas gênées pour continuer leur tir. On voit donc à la fois comme cette affaire de Caracas renoue avec un des plus hauts moments de la montée révolutionnaire au siècle dernier, et comme d’emblée elle va plus loin.

Non moins motivée nous paraît l’action des camarades danois qui, dans les dernières semaines, ont plusieurs fois recouru à la bombe incendiaire contre les agences qui organisent les voyages touristiques en Espagne, ainsi qu’à des émissions radiophoniques clandestines pour alerter l’opinion contre l’armement thermonucléaire. Dans le cadre du confortable et ennuyeux capitalisme « socialisé » des pays scandinaves, il est très encourageant que surgissent des hommes qui, par leur violence, font découvrir quelques aspects de l’autre violence qui fonde cet ordre « humanisé », son monopole de l’information par exemple, ou l’aliénation organisée dans les loisirs ou le tourisme. Avec le revers horrible que l’on doit accepter en surplus dès que l’on accepte l’ennui confortable : non seulement cette paix n’est pas la vie, mais elle repose sur la menace de mort atomique ; non seulement le tourisme organisé n’est qu’un spectacle misérable qui recouvre les pays réels traversés, mais encore la réalité du pays que l’on vous transforme ainsi en spectacle neutre, c’est la police de Franco.
Enfin l’action des camarades anglais qui ont divulgué en avril l’emplacement et les plans de l’« Abri gouvernemental de la Sixième Région » a l’immense mérite de révéler le degré déjà atteint par le pouvoir étatique dans son organisation du terrain, la mise en place très avancée d’un fonctionnement totalitaire de l’autorité, qui n’est pas seulement lié à la perspective de la guerre. C’est bien plutôt la menace partout entretenue d’une guerre thermonucléaire qui dès à présent, à l’Est et à l’Ouest, sert à tenir les masses dans l’obéissance et à organiser les abris du pouvoir. À renforcer les défenses psychologiques et matérielles du pouvoir des classes dirigeantes. Le reste de l’urbanisme moderne en surface obéit aux mêmes préoccupations. Nous écrivions déjà en avril 1962, dans le numéro 7 de la revue situationniste de langue française Internationale situationniste, à propos des abris individuels construits aux États-Unis durant l’année précédente : « Comme dans tous les rackets, la protection n’est ici qu’un prétexte. Le véritable usage des abris, c’est la mesure — et par là même le renforcement — de la docilité des gens, et la manipulation de cette docilité dans un sens favorable à la société dominante. Les abris comme création d’une nouvelle denrée consommable dans la société de l’abondance, prouvent plus qu’aucun des produits précédents que l’on peut faire travailler les hommes pour combler des besoins hautement artificiels ; et qui à coup sûr restent besoins sans avoir jamais été désirs. L’habitat nouveau qui prend forme avec les “grands ensembles” n’est pas réellement séparé de l’architecture des abris. Il en représente seulement un degré inférieur ; bien que leur apparentement soit étroit. L’organisation concentrationnaire de la surface est l’état normal d’une société en formation dont le résumé souterrain représente l’excès pathologique. Cette maladie révèle mieux le schéma de cette santé. »

Les Anglais viennent d’apporter une contribution décisive à l’étude de cette maladie, et donc aussi à l’étude de la société « normale ». Cette étude est elle-même inséparable d’une lutte qui n’a pas craint de passer outre aux vieux tabous nationaux de la « trahison », en brisant le secret qui est vital pour la bonne marche du pouvoir dans la société moderne, à tant de propos, derrière l’écran épais de son inflation d’« information ». Le sabotage a été étendu ultérieurement, malgré les efforts de la police et de nombreuses arrestations, en envahissant par surprise des états-majors secrets isolés dans la campagne (où certains responsables ont été photographiés de force) ou en bloquant systématiquement quarante lignes téléphoniques des centres de sécurité britanniques, par l’appel ininterrompu des numéros ultra-secrets également découverts.

C’est cette première attaque contre l’aménagement dominant de l’espace social que nous avons voulu saluer, et étendre, en organisant au Danemark la manifestation « Destruction de RSG 6 ». Ce faisant nous n’envisageons pas seulement l’extension internationaliste de cette lutte, mais également son extension à un autre front, à l’aspect artistique, de la même lutte globale.
La création culturelle que l’on peut appeler situationniste commence avec les projets d’urbanisme unitaire ou de construction des situations dans la vie, et les réalisations n’en sont donc pas séparables de l’histoire du mouvement de la réalisation de l’ensemble des possibilités révolutionnaires contenues dans la société présente. Cependant dans l’action immédiate, qui doit être entreprise dans le cadre que nous voulons détruire, un art critique peut être fait dès maintenant avec les moyens de l’expression culturelle existante, du cinéma aux tableaux. C’est ce que les situationnistes ont résumé par la théorie du détournement. Critique dans son contenu, cet art doit être aussi critique de lui-même dans sa forme. C’est une communication qui, connaissant les limitations de la sphère spécialisée de la communication établie, « va maintenant contenir sa propre critique ».

À propos de « RSG 6 », nous avons aménagé d’abord une atmosphère d’abri anti-atomique, comme premier séjour qui donne à penser, après lequel on rencontre une zone de négation conséquente de ce genre de nécessité. L’art utilisé ici d’une façon critique est la peinture.

Le rôle révolutionnaire de l’art moderne, qui a culminé avec le dadaïsme, a été la destruction de toutes les conventions dans l’art, le langage ou les conduites. Comme évidemment ce qui est détruit dans l’art ou dans la philosophie n’est pas encore pour autant balayé concrètement des journaux ou des églises, et comme la critique des armes n’avait pas suivi alors certaines avances de l’arme de la critique, le dadaïsme lui-même est devenu une mode culturelle classée, et sa forme a été récemment retournée en divertissement réactionnaire par des néo-dadaïstes qui font carrière en reprenant le style inventé avant 1920, exploitant chaque détail démesurément grossi, et faisant servir un tel « style » à l’acceptation et à la décoration du monde actuel.

Cependant la vérité négative qu’a contenu l’art moderne a toujours été une négation justifiée de la société qui l’entourait. En 1937 à Paris, quand l’ambassadeur nazi Otto Abetz demandait à Picasso devant son tableau Guernica : « C’est vous qui avez fait cela ? », Picasso répondait bien justement : « Non. C’est vous. »

La négation, et aussi l’humour noir, qui se sont tant répandus dans la poésie et l’art modernes après l’expérience du premier conflit mondial, méritent sûrement de réapparaître à propos du spectacle du troisième conflit mondial, spectacle dans lequel nous vivons. — Alors que les néo-dadaïstes parlent de charger de positivité (esthétique) le refus plastique de Marcel Duchamp autrefois, nous sommes sûrs que tout ce que le monde nous donne actuellement comme positif ne peut que recharger sans fin la négativité des formes d’expression actuellement permises, et par ce détour constituer le seul art représentatif de ce temps. Les situationnistes savent que la positivité réelle viendra d’ailleurs, et que dès à présent cette négativité y collabore.

Au-delà de toute préoccupation picturale ; et même espérons-nous au-delà de tout ce qui peut rappeler une complaisance à une forme, périmée depuis plus ou moins longtemps, de la beauté plastique, nous avons tracé ici quelques signes parfaitement clairs.
Les « directives » exposées sur des tableaux vides ou sur un tableau abstrait détourné sont à considérer comme des slogans que l’on pourra voir écrits sur des murs. Les titres en forme de proclamation politique de certains tableaux ont bien sûr le même sens de dérision et de retournement du pompiérisme en vogue, qui cherche à s’établir sur une peinture de « signes purs », incommunicables.
Les « cartographies thermonucléaires » dépassent d’emblée toutes les laborieuses recherches de « nouvelle fiiguration » en peinture, puisqu’elles unissent les procédés les plus libérés de l’action-painting à une représentation, qui peut prétendre à la perfection réaliste, de plusieurs régions du monde à différentes heures de la prochaine guerre mondiale.
 
Avec la série des « victoires » il s’agit — mélangeant là encore la plus grande désinvolture ultra-moderne au réalisme minutieux d’un Horace Vernet — de renouer avec la peinture de batailles ; mais à l’inverse de Georges Mathieu et du retournement idéologique rétrograde sur lequel il a fondé ses minimes éclats publicitaires, le renversement auquel nous aboutissons ici corrige l’histoire du passé en mieux, en plus révolutionnaire et en plus réussie qu’elle n’a été. Les « victoires » continuent ce détournement optimiste-absolu par lequel Lautréamont déjà, payant d’audace, s’est inscrit en faux contre toutes les apparences du malheur et de sa logique : « Je n’accepte pas le mal. L’homme est parfait. L’âme ne tombe pas. Le progrès existe… Jusqu’à présent, l’on décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires… Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort. »

Juin 1963
Guy Debord


Les Situationnistes et les nouvelles formes d’action dans la politique ou l’art, Édition originale trilingue (danois, français, anglais) Destruktion af RSG 6 Galerie EXI, Odense (Danemark), juin 1963. Réédition Mille et une nuits (La Petite Collection, n° 300), Paris, septembre 2000.


A l’école de Proudhon



Proudhon, qui, en 1863 déjà, proclamait la nécessité « du principe fédératif », mettait ses disciples en garde contre cette déformation et cet abus. De cet ouvrage fameux, il est de bon ton de répéter une phrase : « Le vingtième siècle ouvrira l’ère des fédérations, ou l’humanité recommencera un purgatoire de mille ans » et d’en citer … implicitement une autre, en négligeant d’en Indiquer la source : « L’Europe serait encore trop grande pour une confédération unique : elle ne pourrait former qu’une confédération de confédérations ». Il semble que ce soit là tout ce qu’on ait retenu de ce traité fondamental. N’oublie-t-on pas un peu trop facilement avec quelle force il s’est lui-même déclaré « républicain, mais irréductiblement hostile au républicanisme tel que l’ont défiguré les jacobins » ? N’oublie-t-on pas qu’aucune insistance ne lui paraissait indiscrète quand il s’agissait de répéter à ses correspondants : « Méfiez-vous des jacobins qui sont les vrais ennemis de toutes les libertés, des unitaristes, des nationalistes, etc … »

Renvoyons au maître incomparable, au maître français du fédéralisme ceux de ses compatriotes qui affectent de se réclamer de sa doctrine :
« Il a été parlé maintes fois, parmi les démocrates de France, d’une confédération européenne, en d’autres termes des « Etats-Unis de l’Europe ». Sous cette désignation, on ne paraît pas avoir jamais compris autre chose qu’une alliance de tous les Etats, grands et petits, existant actuellement en Europe, sous la présidence permanente d’un Congrès. Il est sous-entendu que chaque Etat conserverait la forme de gouvernement qui lui conviendrait le mieux … Une semblable fédération ne serait qu’un piège ou n’aurait aucun sens…

« J’ai entendu d’honorables citoyens des Flandres se plaindre de manquer de notaires et de magistrats qui comprissent leur langue et accuser très haut la malveillance du gouvernement. Une domestique flamande, envoyée à la poste pour retirer ou affranchir une lettre, ne trouvait à qui parler. « Apprenez le français », lui disait brusquement l’employé. MM. les gens de lettres parisiens observeront sans doute que l’extinction du flamand ne serait pas pour l’esprit humain une grande perte ; il en est même qui poussent l’amour de l’unité jusqu’à rêver d’une langue universelle. En tous cas ce n’est pas de la liberté, ce n’est pas de la nationalité, ce n’est pas du droit …

« Est-ce que cette démocratie qui se croit libérale et qui ne sait que jeter l’anathème au fédéralisme et au socialisme, comme en 93 le leur ont jeté ses pères, a seulement l’idée de la liberté ?

« Si demain la France impériale se transformait en Confédération, l’unité serait de fait maintenue. Mais… les influences de race et de climat reprenant leur empire, des différences se feraient peu à peu remarquer dans l’interprétation des lois, puis dans le texte; des coutumes locales acquerraient autorité législative, tant et si bien que les Etats (« les nouveaux Etats confédérés au nombre de vingt ou trente », écrivait quelques lignes plus haut Proudhon) seraient conduits à ajouter à leurs prérogatives celles de la législature elle-même. Alors vous verriez les nationalités dont la fusion plus ou moins arbitraire et violente, compose la France actuelle, reparaître dans leur pureté native et leur développement original, fort différentes de la figure de fantaisie que vous saluez aujourd’hui…

« La nation française est parfaitement bien disposée pour cette réforme … La tradition n’y est pas contraire : ôtez de l’ancienne monarchie la distinction des castes et les droits féodaux. La France avec ses Etats de province, ses droits coutumiers et ses bourgeoisies n’est plus qu’une vaste confédération, le roi de France un président fédéral. Au point de vue géographique, le pays n’offre pas moins de facilités : parfaitement groupé et délimité dans sa circonscription générale, d’une merveilleuse aptitude à l’unité on ne l’a que trop vu, il convient non moins heureusement à la fédération par l’indépendance de ses bassins dont les eaux se versent dans trois mers (1). C’est aux provinces à faire les premières entendre leurs voix» (2).
Une organisation pseudo-fédérale qui négligerait les diversités des « minorités ethniques» ne serait qu’une immense et cruelle duperie. M. Denis De Rougement ne serait pas Suisse s’il n’en avertissait dûment l’opinion française dans « L’Europe en jeu »: « Seul, le fédéralisme ouvre des voies nouvelles. Seul, il peut surmonter – voyez la Suisse – les vieux conflits de races, de langues et de religions sclérosés dans le nationalisme ». Mais est-ce vraiment l’idéal d’une « Europe helvétisée » qui inspire nos fédéralistes officiels de tous plumages ? Qui nous garantira que la formule fédérale, avant de régir les relations entre Etats, s’appliquera à leur constitution interne ? Telle est pourtant la condition préalable de l’aménagement correct et loyal d’un ordre fédéraliste digne de ce nom.

Fabre-Luce l’indique avec sa hauteur de vues coutumière, dans son livre sur « Les Etats-Unis d’Europe » :
« Il faut rompre les anciennes habitudes de penser qui associent impérieusement dans l’esprit public, d’une part Liberté et Nation, d’autre part Organisation et Centralisation. C’est au contraire en « élargissant » l’espace politique qu’on arrivera à « tempérer » certains excès d’autorité et à créer des autonomies provinciales. C’est dans une Europe fortement constituée que l’individu -, aujourd’hui opprimé, dans des cadres trop étroits, par des pouvoirs inefficaces – retrouvera son plein épanouissement. Dans une telle époque on ne peut assumer la liberté des individus qu’en retirant aux Etats la possibilité même de l’arbitraire. L’union de l’Europe consacrerait ce fait d’expérience que, dans le monde moderne, malgré les affirmations contraires de certaines propagandes, la « région » est un élément plus important que la « classe ».
Est-ce vraiment vouloir l’Europe que de refuser d’y réserver une fonction essentielle aux provinces-charnières de la communauté européenne ? Est-on absolument de bonne foi quand on réclame, pour l’amélioration des relations européennes, l’enseignement du français dans le Val d’Aoste et qu’on s’oppose à celui du breton en Bretagne, du flamand en Sud-Flandre, de l’occitan en Occitanie, du catalan en Roussillon, Cerdagne, Vallespir, Conflent, Capcir, du basque en Soule, labourd et Basse-Navarre ? A-t-on des chances sérieuses de paraître de bonne foi quand on propose d’aménager les frontières et qu’on laisse en place d’appareil douanier et policier monstrueux qui semble appartenir à un autre âge et à une autre civilisation et qui tranche dans la chair vive .de populations semblables en tous points de part et d’autre d’artificielles limites d’Etats ?

Tandis que de médiocres politiciens qui se baptisent du nom de « chrétiens » rabâchent, sous prétexte de « civisme », ce que Proudhon (qui décidément avait tout compris et tout prévu) appelait de misérables « paralogismes catholico-jacobiques », le Pape PIE XII ne lasse pas de répéter en chacun de ses messages :
« L’Eglise ne peut penser ni ne pense à attaquer ou à mésestimer les caractéristiques particulières que chaque peuple, avec une piété jalouse et une compréhensible fierté, conserve et considère comme un précieux patrimoine. Toutes les orientations, toutes les sollicitudes, dirigées vers un développement sage et ordonné des forces et tendances particulières, qui ont leur racine dans les fibres les plus profondes de chaque rameau ethnique. L’Eglise les salue avec joie et les accompagne de ses vœux maternels. »
(Octobre 1939),

« Dans le champ d’une nouvelle organisation fondée sur les principes moraux, il n’y a pas place pour l’oppression ouverte ou dissimulée, des particularités culturelles et linguistiques des minorités nationales. »)
(Noël 1941).

« La longue expérience de l’Eglise l’oblige à. conclure que la stabilité du territoire et l’attachement aux traditions ancestrales, indispensables à la saine intégrité de l’homme sont aussi des éléments fondamentaux pour la communauté humaine. »
(20 février 1946).
Recevant dernièrement les congressistes de l’Union Européenne des Fédéralistes, le Souverain Pontife tenait expressément à les mettre en garde contre la plus illogique et la plus pharisaïque des contradictions :
« On ne fera pas l’Europe avec des déracinés. »
Il serait fâcheux, pour le crédit de la France, que le monde reste sur l’impression que la « doctrine » fédéraliste française est réservée à l’usage des peuples de couleur, à l’exclusion des… indigènes de la métropole, ou qu’elle n’est strictement qu’un article d’exportation destiné à la consommation outre-Rhin et, à la rigueur, tra los montes, histoire d’embêter Franco.

Il y va de l’honneur du fédéralisme français, et de l’honneur de la France. Les fédéralistes français authentiques et sincères ont la parole.

PARIS, le 8 décembre 1948.
  Henri DUMESNIL


Notes:


(1) Et même dans quatre mers : corrigeons Proudhon qui semble oublier la mer du Nord et son rivage, naturellement cher à nos amis flamands. (Rédaction des Cahiers).

(2) Pour ne pas allonger outre-mesure ce document, bornons-nous à rappeler que Proudhon, dans ses divers écrits, revient avec prédilection sur ces idées du Principe fédératif : « Les auteurs de la Constitution de 1848 s’imaginaient-ils, par hasard, que les douze ou quinze peuples parfaitement distincts dont la réunion forme ce qu’on appelle vulgairement le peuple français, ne sont pas de vraies nationalistes ? » (Théorie du mouvement constitutionnel) – « La nation française actuelle se compose d’au moins vingt nations distinctes … Le Français est un être de convention» (France et Rhin). Dans le système fédéral, « chaque race, chaque langue est maitresse sur son territoire. L’unité n’est plus marquée dans le droit que par la promesse que se font les uns aux autres les divers groupes souverains. » (De la capacité. politique des classes ouvrières). – « La France périra, à moins qu’elle ne se sauve une seconde fois par le fédéralisme qui, découpant toutes les grandes unités, fera reparaître toutes les nationalités et sauvera de cette manière tout le monde » (Lettre à- M. JOLTRAND, 14 décembre 1863). -« Faites de la France douze républiques confédérées, et vous trouverez la France aussi jeune qu’en 93. » (Lettre à M. DELHASSE, 8 août 1861). – Une pensée familière, en outre, à Proudhon es+ que le fédéralisme détient le secret non seulement de prévenir les luttes entre les Etats, mais d’éviter les conflits à l’intérieur de chacun d’eux.


P.S – Ce texte était rédigé lorsque nous avons pris connaissance d’une note envoyée à la rédaction des « Cahiers » par un de nos amis Lillois et relative aux « Journées d’Etudes Européennes » qui ont eu lieu à Lille les 17, 18 et 19 décembre 1948 à l’instigation du groupe de la « Région Nord » de la « Fédération ». Nous faisons suivre ici cette communication :

« L’objet de ces réunions était, parait-il, de « définir la position de la région du Nord devant les perspectives d’une Fédération Européenne ». Nous avons l’impression que les congressistes auraient pu tenir leurs assises tout aussi bien à Romorantin, à Saint-Jean-d’Angély, à Pampelune ou à Famagouste, sans avoir à changer un mot à leurs exposés et leurs échanges de vues. On y a beaucoup insisté sur « la nécessité de faire participer les communautés naturelles à la construction de l’Europe » : ces communautés seraient-elles seulement la famille, la commune, le syndicat ? La région ne serait-elle pas de ces « communautés naturelles de vie » dont on proclame les droits ? La Flandre n’a-t-elle pas un rôle à jouer dans une Europe honnêtement fédéralisée ? André Therive l’a naguère reconnu : « Sachons bien que flamand a quelques titres à vouloir dire européen ». On aurait pu s’en souvenir à Lille-en-Flandre. Le docteur Carl Burkhardt, ministre de Suisse, en France, recevant récemment le titre de docteur « honoris causa » de l’Université de Lille, dans une promotion comprenant le Professeur Blancquaert, de Gand, et le Professeur De Boer de Leyde, déclarait aux Lillois : « Votre cité me parait l’un des points de l’Europe où peut se forger une renaissance européenne ».

« Le docteur Brugmans aurait-il si peu la notion de ce que les divers cantons des anciens Pays-Bas peuvent apporter à l’élaboration d’un statut européen ? Faut-il lui rappeler, pour nous borner à quelques souvenirs qu’on suppose devoir lui être chers, que l’aumônier de la Cour de Guillaume d’Orange, rédacteur de l’ « Apologie », du « Père de la Patrie », Pierre Loyseleur de Villiers et van Westhove, était un Lillois, et semblablement un Lillois son fidèle médecin, Matthias Delobel ? Ne doute-t-il pas qu’à quelques kilomètres de Lille le néerlandais est la langue courante de la population et qu’il est parlé par une partie des habitants à l’intérieur même des murs de la cité ? N’aurait-il rien aperçu des monuments anciens et modernes de la « Capitale des Flandres », de l’intérieur de la Vieille Bourse, par exemple, et du beffroi de l’Hôtel de Ville ? N’aurait-il pas eu un regard pour le « paysage humain » de cette antique métropole thioise et de son terroir, où Anatole France, Arsène Dumont, Henri Baudrillart, Ludovic Naudeau, Ardouin-Dumazet, Jean Cassou, Georges Blachon, Armand Guillon et tant d’autres visiteurs de marque se sont cru transportés au cœur des Pays-Bas ? Nous conseillerions volontiers à M. Brugmans de trouver le temps de jeter un coup d’œil sur quelques-unes des gravures de l’album, récemment paru du Dr V. Celen : « Frans-Vlaanderen in Woord en Beeld », Où trouvera-t-il à travers les Pays-Bas, des images plus typiquement néerlandaises ? »

On s’étonne d’autant plus, en effet, des silences lillois de M. Brugmans que le précédent Congrès de l’Union Européenne des Fédéralistes qui s’est tenu quelques semaines lus tôt à Nantes, a mis en évidence, grâce surtout à M. Pierre Mocaer et à M. Joseph Martray, le rôle naturellement dévolu au peuple breton et à la culture bretonne dans l’édification d’une communauté européenne libérée de l’oppression étatiste. N’est-ce pas à Nantes que le Dr Brugmans lui-même avait tenu à préciser :

« Nous ne voulons pas faire des Etats-Unis d’Europe, c’est-à-dire une union des nations telles qu’elles sont actuellement constituées, étatisées à outrance ; mais une Fédération de nations profondément changées dans leur structure, dans lesquelles toutes les régions les groupes ethniques dont certains chevauchent les frontières auront un rôle à jouer dans la communauté nationale et Internationale. »
Où donc un rappel de ce langage aurait-il été plus de circonstance qu’en Flandre et à Lille ?

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CoverCahiers du Cercle Proudhon
Auteur: Collectif
Editeur: AVATAR Editions
Date: 1/01/2007
Collection: Les Inactuels
Pages: 352
Dimensions (cm): 14,85 x 21
ISBN: 9780955513206
Format: Livre Imprimé
Autre: De Benoist, Alain (préface)



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La bêtise dangereuse



Pour un État, pour une Nation, la franche bêtise, la sottise crasse installées au Pouvoir, ou dans ses apparences, c’est la ruine assurée pour une génération, voire davantage. C’est ce qui est arrivé à la France depuis 1976.


Durant les années 1960, un certain patronat – celui des travaux publics, du textile et de la métallurgie – avait commencé d’importer des travailleurs extra-européens, en lieux et place ou en concurrence des Italiens et des Portugais, puisque le « rideau de fer » soviétique avait tari l’afflux des travailleurs polonais, si important durant l’entre-deux-guerres.

Lors de ces « golden sixties », tout se passait assez bien : les matières premières étaient bon marché, le plein emploi assuré et les immigrés maghrébins limitaient leur délinquance à des rixes internes, pour des raisons de politique exotique qui n’intéressaient personne. La ville de Roubaix, où l’auteur de ces lignes passait enfance et adolescence, était prospère en plus d’être un havre de paix sociale (sauf durant les chienlits électorales, où les communistes s’ébrouaient pour freiner leur déclin déjà évident).
Vinrent le premier choc pétrolier (1973) et la navrante dénatalité des autochtones, évidente dès la première moitié de la décennie 70. En 1976, deux politiciens-liges du capital industriel et commercial français – le Président Giscard d’Estaing et son très ambitieux premier ministre Jacques Chirac – crurent intelligent de renforcer une consommation intérieure stagnante par le décret sur « le regroupement familial des travailleurs immigrés » (paru au JO le 29 avril), aussitôt comparé, par ceux qui avaient quelques connaissances historiques, au funeste Édit de Caracalla. Le 9 novembre 1994, ce décret fut « consolidé » dans sa capacité de nuisance.

Entretemps, la situation sociale avait bien changé. Dès 1983, le cap des trois millions de chômeurs était franchi, on parlait de « délocaliser » les entreprises en des zones de plus bas salaires et de moindre protection sociale, le pays commençait à voir fleurir de multiples zones de non-droit et les images d’émeutes raciales égayaient ou consternaient régulièrement les téléspectateurs français (et britanniques, d’ailleurs).

L’An 2000, peut-être pour fêter l’approche du 3e millénaire, de merveilleux démagogues, brouillés avec les règles les plus élémentaires de calcul du prix de revient (on peut être sorti de l’ENA et n’être pas capable de passer avec succès le Certificat d’études primaires), abaissèrent à 35 heures la durée de travail hebdomadaire, mais 35 heures payées 40 (l’on était déjà passé de 40 à 39 heures, dans les mêmes conditions, au début de l’ère Mitterrand). Officiellement, cette « loi de progrès social » avait pour but de « favoriser l’emploi »… alors même qu’elle accroissait les coûts salariaux des entreprises de 10% ! Le « peuple de veaux » (appellation d’origine gaullienne contrôlée) applaudit, puis s’étonna de voir grandir les chiffres du chômage.

En 2008, selon les statistiques officielles (volontiers « remodelées » : cela fut toujours considéré comme un privilège régalien), 10% de la population française était immigrée et 20% des « Français » étaient fils ou filles d’immigrés, les Africains – noirs et maghrébins – fournissant plus de la moitié de ces deux lots (mais aussi 80% des hôtes des maisons d’arrêt).

De nos jours, la ville de Roubaix, à très forte majorité maghrébine, est devenue une cité où s’agitent des clans rivaux de narcotrafiquants, où la délinquance est énorme, et où l’on constate des zones de « nettoyage ethnique » (entendre : des quartiers d’où l’on chasse les autochtones blancs pour les remplacer par des musulmans ; pour les initiés, c’est le cas du quartier de l’Épeule). Et l’on pourrait en dire autant de zones entières de Tours-Nord, Joué-lès-Tours, Marseille, Villeurbanne, Rouen-Sotteville etc. etc. etc.).

En 2016, le chômage réel (toutes catégories associées) dépasse le niveau des cinq millions, en France. La Dette de l’État obère les Finances publiques pour deux ou trois générations, les salaires (au moins pour les emplois à faible qualification) sont quasi-bloqués depuis une dizaine d’années alors que les prix alimentaires de détail ont crû depuis l’introduction de l’euro. Quant au terrorisme musulman, l’actualité des années 2014-2016 démontre à l’évidence qu’il est devenu une institution nationale, voire un objet d’exportation… en bref : tout va mal. Et l’on trouve naturel d’accroître encore le nombre d’immigrés d’origine extra-européenne, musulmans pour l’écrasante majorité d’entre eux.
La bêtise (apparente) des gouvernants est rarement gratuite. On peut même affirmer qu’elle est télécommandée par ceux à qui ce crime d’État profite. En revanche, la passivité & l’inertie des peuples sont énormes. Toutefois, il suffit d’une minorité pour faire éclater un monde de pourriture et d’absurdité. Après tout, nos ancêtres se sont lancés dans le mouvement insurrectionnel durant les années 1789-1794, alors que la France se portait infiniment mieux sous le débonnaire Louis XVI qu’en Chiraquie, en Sarkozie ou en Hollando-Vallserie.

Il est vrai qu’en 1789, quand il s’était agi de voter pour désigner les députés aux États-Généraux, seuls les hommes avaient eu le droit d’opiner (quelque fût leur niveau de fortune) : ni les femmes (sauf les veuves devenues chefs de famille, qui eurent droit de vote par l’entremise d’un avoué), ni les vagabonds, ni les non-Français n’avaient alors le droit d’influer directement sur la vie publique. Heureux temps !


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Primaire de la droite : le libéralisme prudent des candidats



Quatre économistes analysent pour « Le Monde » les programmes des sept prétendants de la primaire de la droite et du centre.


Ce ne sont pas les propositions économiques des sept candidats de la primaire de la droite qui permettront de les différencier, tant elles se ressemblent. Tous proposent, en effet, de baisser les charges sociales et fiscales des entreprises, d’augmenter la durée du travail, de réduire les dépenses publiques.

Mais le recours à ces recettes classiques d’apparence libérale masque mal, selon les économistes chez lesquels ces candidats puisent pourtant certaines de leurs propositions, une incapacité à s’attaquer aux véritables problèmes structurels qui entravent la compétitivité des entreprises françaises, le dynamisme du marché du travail et la capacité budgétaire à financer les politiques publiques qui redonneront confiance aux marchés, aux entreprises et aux ménages.


A lire sur le sujet :


– « La compétitivité n’est pas qu’une question de coût du travail », par Patrick Artus, directeur de la recherche et des études à la banque Natixis, pose la question, qui ne semble pas avoir été examinée par les prétendants à la primaire de la droite, des avantages comparatifs de la France dans la spécialisation productive mondiale.

– « Concilier rigueur et relance », par Jean-Paul Betbeze, président de Betbeze Conseil. Pour ce conseiller économique au cabinet Deloitte, les politiques fiscales et budgétaires devraient tenir le rôle principal dans le débat économique. Les candidats de la primaire de la droite qui ne se situent plus dans un contexte libéral vont tenter de combiner diminution de la dépense publique… et soutien budgétaire.

– « Chômage : il manque toujours le discours de la méthode », par Pierre Cahuc et André Zylberberg. Pour les deux économistes, au centre d’une polémique après la sortie de leur pamphlet « Le Négationnisme économique », seule une réforme de fond du paritarisme permettra de modifier substantiellement le fonctionnement du marché du travail.


A lire aussi :


– Le résultat de la primaire sera-t-il respecté ?, par Alexandre Lemarié.
– « Oui à l’Europe debout », par Alain Juppé (Maire de Bordeaux et candidat Les Républicains à la primaire de la droite en vue de la présidentielle).
– « Refermer la blessure du non après le référendum », par Bruno Le Maire (Député de l’Eure et candidat Les Républicains à la primaire de la droite pour l’élection présidentielle).
– Bruno Le Maire : « Mon objectif n’est pas d’infliger une purge aux Français », propos recueillis par Thomas Wieder et Vincent Giret.


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Eléments de musique industrielle




Ses probables fondements sont dans le Futurisme, dans la praxis et les théories que Luigi Russolo énonça dans L’art des bruits : le bruit comme enrichissement de la matière sonore, et concerts joués sur des instruments inventés ; puis, également, dans les musiques expérimentales : de John Cage et du silence considéré comme note à part entière, à Pierre Boulez et aux compositions aléatoires, en passant par les recherches concrètes de Pierre Schaeffer, avec objets sonores et manipulations des supports (bandes, magnétophones…).


Au-delà des avant-gardes, on retrouve l’influence du Punk dont sont amplifiées les caractéristiques premières : violence et bruit ; autant que celle du Krautrock dont sera repris l’électronique, la géométrie.

Dans un rapport plus immédiat, elle désigne la froideur, la brutalité, la violence, la déshumanisation des installations industrielles, de la technique et de son asservissement, dont elle illustrera, reproduira les séquences, l’automation, la répétition, (stakhanovisme, fordisme)… Intégrant ces modalités sonores, elle exténue les mélodies et travaille donc le bruit, opulent et morne des machines, ou chaotique, blanc et parfaitement aléatoire. Antiphonique, diaphonique, disharmonique, la musique industrielle est une anti-musique.

La musique industrielle est un extrémisme et une polysémie. Elle s’entend comme consommation, au sens de société de consommation, de démocratie de marché, ou de culture de masse, dont sera faite la critique radicale. Ainsi, en seront reflétées les aberrations, autant l’aliénation, le contrôle et la propagande que l’uniformisation et la réification des personnes : d’où, régulièrement, la mise en avant d’uniformes, d’imageries militaires et totalitaires. Car, semble-t-on nous dire, et quand le raccourci serait peut-être facile, entre totalitarisme historique et totalitarisme consumériste, s’impose une solution de continuité, dont les différences résideront moins dans les résultats que dans les moyens pour y atteindre, seront moins de nature que de degré.

De même, il s’agira d’en détourner les codes et signes. Un tel détournement opérant soit comme annulation, soit comme démultiplication, puisque la société de consommation est avant tout, déjà, elle-même, détournement et, justement, consommation de signes : un objet vaut moins par sa valeur d’usage que par sa valeur d’échange, laquelle peut s’entendre par la manière dont l’objet est connoté : marque, statut social conféré. – D’où, régulièrement aussi, dans pochettes et livrets, la proposition de logos, de dazibao, d’une esthétique du slogan.

Dans une logique similaire, par simple provocation certes, mais pour interroger aussi le rapport normalité/anormalité, la dialectique des marges et du centre et, jusqu’aux limites, instruire liberté et idéologie libertaire – laquelle n’est sans doute rien plus qu’un moyen d’altérer la cohésion sociale et, par la culture du narcissisme induite, d’atomiser l’individu – la musique industrielle est transgressive. Aussi, investira-t-elle les domaines de la pornographie, de la sexualité, de ses déviances et perversions les plus obscènes et crues (nécrophagie, parthenophagie, amélotation…), de la psychiatrie et de l’antipsychiatrie, des sérials killers… Plus strictement politiquement, et dans une souveraine ambiguïté, il s’agira de convoquer fascisme, nazisme, stalinisme, univers concentrationnaire et terrorisme – lequel sera considéré évidemment comme stratégie de la tension puis, c’est à y réfléchir, comme seule possibilité, dans nos sociétés modernes, de retrouver, au moins formellement, les modalités d’une voie initiatique : la clandestinité, si elle est sociale, est aussi changement radical d’identité, d’être – rupture ontologique.

La scène industrielle se caractérise par son autonomie. Elle affirme maîtrise gestionnaire et contrôle des moyens de (ses) production(s) via des collectifs et des structures indépendantes souvent créés par les artistes, les groupes eux-mêmes. A ce titre, Throbbing Gristle, groupe séminal et paradigmatique, initia précisément, avec Industrial records, le concept de label indépendant
Performatrice, tenante de la culture du happening, elle développe une scénographie extrême par l’utilisation d’éléments extra-musicaux (vidéos, drapeaux, croix enflammées, libations contraires et impies, mutilations, têtes de mouton…) ; tandis que, livrant une véritable guerre de l’information, elle publie divers supports (tracts, affiches, livres, revues, voir Grey Wolves) et fait sienne toutes les techniques de propagande (propagande par le fait, s’il en est), jusqu’à perpétrer (voir l’excellente formation PPF) des attentats sonores, aussi improvisés qu’inattendus, dans les lieux publics.

* * *

Plurielles, les premières formations industrielles sont devenues cultes et classiques. Citons, outre Throbbing Gristle, SPK (décliné en Surgical Penis Klinik, ou SePpuku, ou encore System Planning Korporation et Socialistiches Patienten Kollektik), Cabaret Voltaire, Test Department, Whitehouse, Nocturnal Emissions, Einsturzende Neubaten, Lustmord… Qualifiés désormais d’old school, ces artistes, par leurs travaux, par leurs recherches, en privilégiant telles tessitures, en utilisant tels supports et objets, en créant telles ambiances, chacun ayant sa radicale spécificité, se perpétueront au travers d’épigones et initieront de nombreux sous-genres dont les qualités sont à la fois strictes et poreuses. Ainsi du Power electronics, agressif, abrasif, autoritaire ; du Dark ambient, religieux, cosmique, crowleyien, rituel, ésotérique ; du Death industrial, analogique, vrombissant, opaque, sordide… A quoi s’ajoute, constitutive mais parallèle, la culture dark folk/martiale, qui s’affirme par des ambiances wandervogel, völkisch, néo-classiques, héroïques, évoliennes, révolutionnaires conservatrices.

Quant à conclure, la musique industrielle, intégrée dans l’économie des cycles temporels, est parfois présentée comme une expression de l’âge de fer.

Arnaud Bordes est Auteur et éditeur (Editions Alexipharmaque)
Source: Rébellion 38 (août 2008)


A écouter :

– SPK : Leichenschrei
– Whitehouse : Birthdeath experience
– Throbbing Gristle : The third and final report
– Genocide organ : Leichenlinie
– Lustmord : Paradise disowned
– Brigher death now : Innerwar
– Megaptera : The curse of the scarecrow

Le Sentier de la Guerre



L’immonde Sentier de la guerre du prêt à penser et du prêt-à-porter son body-bag de mort est ouvert. L’histoire de France est tombée entre les mains des soldeurs et des fripiers haineux du sionisme. 
Acculé entre la kippa et le keffieh, entre le mépris et le malheur, je choisis le keffieh et le malheur. Mon crime, c’est d’être allé à Bagdad sous les bombes, de ne pas être mort, et de dire tout haut ce que chaque Français qui pense n’ose que penser tout bas. Comme l’écrivait récemment un quotidien d’Alger : « L’existence en France d’une communauté mulsulmane de près de quatre millions de personnes créera à coup sûr, les bases pour mener un combat légitime de civilisation… » Commençons par défendre et faire respecter l’homme arabe, sa culture, son histoire, sa mémoire et son Dieu. En effet, trente ans après, nous sommes revenus dans les conditions psychiques de la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, les Français sont prêts à se venger des arabes par sionisme interposé— du moins provisoirement… L’ opinion publique est conditionnée par une presse qui connaît parfaitement les mensonges qu’elle profère, aux sources taries et empoisonnées. Les petits-blancs de Bab-el-Oued, qu faisaient jadis suer le burnous, ont perdu le pouvoir de l’autre côté de la Méditerranée, mais ils l’ont pris à Paris. Les exactions coloniales d’antan étaient protégées par la loi Crémieux, qui leur donnait la nationalité française. Pour la plupart, si j’excepte les Espagnols, les Italiens, et la petite bourgeoisie méditerranéenne, portuaire, douanière et boutiquière, ils se considéraient comme des israélites français. Puisqu’ils en avaient les prébendes officielles. Désormais, ils ne reconnaissent plus la France comme patrie, mais Israël et l’Amérique. Ils se comportent à Paris en territoire conquis. Forcément, la propagandstafell sioniste est au pouvoir— sûre d’elle-même et dominatrice, pour reprendre les termes du général de Gaulle. Combien de temps aurons-nous à soutenir cette myopathe de la vérité, Israêl —- qui réussit l’exploit de passer pour la victime de ce qu’elle a fomenté dans les coulisses ? Combien de temps serons-nous obligés de ramasser sa merde dans de petits sacs, et de recuillir respectueusement son urine. Ce n’est pas de l’eau bénite, croyez moi, que cet ammoniac-là.

… Arrogants, haineux, installés bien au chaud parmi les courtiers en morve et en choléra du lobby américain, leur vulgarité haineuse n’est jamais allée aussi loin dans l’histoire de l’abjection humaine. Regardez-les, ils ne songent qu’à nous entraîner dans les ratonnades les plus lugubres de la guerre d’Algérie. Depuis la rue de Turenne où ils sont mes voisins, ils hurlent à la mort des autres comme jadis à Oran ou à Constantine. Ce ne sont même pas des juifs— mais des arabes judaïsés. En leur subconscient raciste, dès qu’ils se reconnaissent eux-mêmes dans les arabes, ils les haïssent parce qu’ils se haïssent eux-mêmes—- arabes, moins la noblesse des arabes. Avant, ce n’ était que du racisme intégré, intériorisé par les tabous. Pas de transfert possible ! Pas de devenir, non plus, c’était un réel hypostasié, chosifié, l’utime pétrification d’un électrochoc épidermique. Parce qu’en dernière instance, tout n’est qu’une affaire de peau. Or l’antisémitisme des sémites est l’abomination métaphisique du complexe d’infériorité .

Maintenant, nous assistons au hideux retour du refoulé. On le voir ressortir de partout, de tous les égoûts, les radios, les télés, les journaux. La main dans la main avec le Front National, ce sont les zombis du lumpen-fascisme. Autrefois, ils étaient bijoutiers, flics, huissiers, usuriers, contrôleurs d’impôts. Par tous les moyens, ils essayaient d’humilier et de voler les arabes. Par leur faute, nous avons perdu l’Algérie française et la France algérienne. Par leur faute encore, ils nous perdent cette fois-ci la France, succursale de l’américano-sionisme. Rejetons, ivres de ressentiment, du petit personnel répressif de l’appareil colonial français, ils ont conquis leur place au soleil, mais ils n’ont réussi à s’introduire ni dans la civilisation, ni dans l’aristocratie réelle de la vie— parce que je suis en train de toucher au plus terrible des tabous,le non-dit SOCIAL. Ils ont réussi à devenir ministres, conseillers à l’Elysée, beaufs de président et journalistes d’Etat, mais ces parvenus se sont constitués d’abord en police des esprits, et ne peuvent guérir de leur inexpiable humiliation de n’être que ce qu’ils sont.

Avec eux, nous sommes entrés dans l’ère du soupçon. Si nous nous mêlons de défendre la République française, l’indépendance nationale, la paix et l’égalité de tous devant la loi. Ils contrôlent tous les medias. Il devient proprement intolérable à la longue de ne plus avoir le droit de dire qu’u chat est un chat Ah si ces gens-là pouvaient jeter à la Seine ou dans le canal Saint Martin les arabes comme il y a trente ans ! Ah s’ils pouvaient leur trancher la gorge ! Quant je les regarde, debouts sur le devant de leurs boutiques, contemplant, les lèvres tordues de ressentiment, les défilés pacifistes, j’ai envie de vomir. Quand je les vois, à Deauville, chez Carette place du Trocadéro, parlant trop fort et de table en table, comme ça ne se fait pas entre gens bien élevés, ou chez Lipp comme dimanche dernier, j’ai l’impression de me retrouver dans un film tourné chez Lucas Carton, au temps de l’occupation allemande. La même ambiance des nantis de la collaboration, de morgue et de perlouzes. Ce n’est même pas la France du fric, qui est secrète et ne s’affiche jamais, c’est la France du toc et de la frime médiatique… O idôlatres ! Ils sentaient tous déjà le cadavre et traitaient entre les eux les arabes de singes. Quelques uns tentèrent de m’agresser, parce que j’avais mis sur la tête ke keffieh—en signe de solidarité pour les humiliés et les offensés de la terre… Je remis en place lourdement, ces effroyables racistes et ils s’écrasèrent—- mélanges de jeunes léotardiens burburysés, de goyim coupables, et de lepénistes de l’ambassade d’Israêl. Parce que le juif n’est même plus dans le juif, hélas.

Je hais le racisme et l’antisémitisme par toutes les fibres de mon corps—- mais rien de plus laid, peut-être, que l’antisémitisme du sionisme… La guerre est haïssable, mais plus haïssables sont encore ceux qui poussent à la guerre sans la faire, les bellicistes du derrière. Or la guerre d’Irak vient de réveiller les instincts les plus bas de la nature humaine— elle est vécue et propagée lamentablement par les medias comme une croisade de l’inconscient raciste de la population. On n’est pas parti en guerre contre l’Irak mais contre Saddam Hussein— parce que s’il y a un peuple israélien, il n’y a pas de peuple irakien. Ou est parti casser de l’arabe parce qu’une femme ou un enfant arabe, ce n’est rien. Ou va en faire de la sauce tomate, comme le déclarait récemment un marine américain à la télévision. Oui, du ketchup de sang de populations civiles ! De la jelly de chair humaine !

Les nouvelles milles et une nuits sont commencées, avec les tapis volants des bombes des B52. Pendant que des centaines de femmes et d’enfants irakiens sont assassinés, on s’attendrit sur un cormoran mazouté—- merci Bush,le plus grand ecolo du monde, Waechter et Lalonde enfoncés…

Rien ne me fait plus peur que la peur. C’est la peur américaine qui massacre la population civile. Quand la société du spectacle se dramatise, la nation fait donner ses clowns, mais si Rambo est un formidable guerrier, Stallone est mort de trouille, et le soldat américain est le plus mauvais du monde. Vous rendez-vous compte, deux cent cinquante millions d’Américains—- plus soixante millions d’anglais, cinquante millions de français, autant d’italiens, plus une centaine d’émirs saoudiens, poussières de princes, et des quarterons de chefs d’Etat pourris, Moubarak, Assad ou Hassan II, dont les comptes en Suisses viennent soudain d’augmenter considérablement… Bref, quatre cent millions de brutes paraît-ils assoiffées de sang— médiatiquement parlant—- et vingt sept nations ont décidé de faire de dix-sept millions d’Irakiens de la chair à pâté.

Cela va même jusqu’au sacrilège des lieux saints chiites— Kerbélà et An Nadjet, le lieu de pèlerinage de ceux qui viennent y vénérer le tombeau d’Ali— le gendre du prophète Mahomet. C’est comme si l’ on avait bombardé Saint Pierre de Rome. Il faut être aussi ignare et absolument inculte qu’un journalistes pour ne pas comprendre les raisons du soutien indigné et discret de l’Iran à l’Irak. Pendant ce temps-là, mon pauvre ami Patrick Poivre d’Arvor, les yeux scellés de larmes comme Michel Strogoff, continue à prendre le faux capitaine Karim pour autre chose qu’un agent sous influence—et tous les autres valets de presse se découvrent tels qu’ils sont, une gestapo de médiocres et de racistes.

Peuples arabes, réveillez-vous ! Empêchons énergiquement les ratonnades qui se préparent— et qui sont déjà dans les têtes. Pour l’honneur de la civilisation contre la barbarie américano-sioniste, et de la France, nous sommes encore quelques-uns à être à vos côtés.

Éditorial de Jean-Edern Hallier (In Memoriam) paru dans l’Idiot International
  Source:  Syndicat des Justiciables



Régulièrement sous le feu des projecteurs pour sa supposée influence sur le Kremlin, Alexandre Douguine a repris et développé le concept géopolitique d’Eurasie. À travers cette notion, il prône le recours à la géographie sacrée et à la tradition dans la géopolitique contemporaine.

Pour Douguine, la géopolitique n’est pas une science comme les autres. Si l’alchimie et la magie ont disparu au profit de leurs formes modernes et séculières que sont la chimie et la physique, la géographie sacrée des Anciens reste vivante à travers la géopolitique. Rappelant la théorie du Heartland du géopoliticien britannique Mackinder, Douguine fait de l’Eurasie la pièce maîtresse de la géographie sacrée. Avec la Russie en son centre, l’Eurasie incarnerait le dernier bastion de la tradition dans l’hémisphère nord, seul capable de lutter efficacement contre la modernité.

Le penseur russe prétend que la géographie façonne les idéologies, les cultures et les religions. Les civilisations des plaines, des steppes ou des déserts, propices à l’expansion et à la conquête, diffèrent par exemple des civilisations des montagnes et des forêts, lesquelles sont plus enclines à conserver les traditions des peuples. Douguine défend également la pertinence de l’opposition traditionnelle thalassocratie – tellurocratie, utilisée pour qualifier deux types distincts de puissances. Celles qui dominent par la maîtrise de la mer et celles qui dominent par la maîtrise de la terre, étant précisé que ces modes de domination ne seraient pas anodins sur le plan idéologique.

Selon Douguine, la tellurocratie incarnerait la stabilité, la pesanteur, la fixité et le politique, tandis que la thalassocratie promouvrait la mobilité, la fluidité, la dynamique et l’économie. Alors que les empires terrestres, souvent militaires, seraient de forme tellurocratique, les empires coloniaux, plus commerciaux, seraient davantage thalassocratiques. Cependant, le géopoliticien remarque que cette typologie ne se résume pas à une simple opposition eau/terre et à un déterminisme géographique strict. Il existerait ainsi des terres maritimes (les îles) et des eaux terrestres (les fleuves et les mers intérieurs). De même, Douguine remarque que la géopolitique japonaise est de type tellurocratique malgré son caractère insulaire, tandis qu’il voit dans la puissance du continent nord américain une thalassocratie qui repose sur le dynamisme de ses interfaces maritimes et commerciales. En appliquant cette grille de lecture, le penseur russe considère que l’Eurasie, continent terrestre allant de l’Europe à l’Asie et dont le centre de gravité se situe en Russie, pourrait constituer le modèle tellurocratique opposé aux atlantistes États-Unis d’Amérique.


Géographie sacrée et religions


Dépassant le strict cadre de la géographie, ce dualisme se retrouverait au sein des systèmes religieux. Les valeurs de la terre transposées au religieux se manifesteraient par la profondeur, la tradition, la contemplation et le mysticisme. Le principe atlantiste serait au contraire plus superficiel et matérialiste, accordant la primauté au rite, à l’organisation de la vie quotidienne et pouvant aller jusqu’à méconnaître la part de divin dans l’homme. Douguine voit ainsi dans l’orthodoxie l’aspect terrestre du christianisme, tandis que le catholicisme et le protestantisme en constitueraient la face atlantiste. De même, au sein de l’islam, le principe terrestre se retrouverait davantage dans certaines branches du chiisme et dans le soufisme. Au contraire, le salafisme et le wahhabisme seraient davantage atlantistes par l’importance accordée au rite et par leur dogmatisme religieux désireux d’éradiquer les spiritualités traditionnelles des peuples convertis. Face au protestantisme américain et au salafisme saoudien, dont Douguine fait remarquer les alliances géopolitiques depuis 1945, le monde russe réunit au contraire des religions de type tellurique avec l’orthodoxie russe mais aussi l’islam caucasien et d’Asie centrale.

Quant au judaïsme, non seulement il n’échapperait pas à cette opposition interne, mais celle-ci se retrouverait aussi dans les formes séculières de la pensée juive. Douguine analyse les branches mystiques du judaïsme (hassidisme, sabbataïsme, kabbalisme) comme l’expression de l’aspect terrestre de cette religion. Au contraire, le talmudisme en représenterait l’aspect atlantiste notamment par l’accent mis sur la rigueur dogmatique et le rationalisme. Par ailleurs, rappelant l’influence du messianisme juif sur le développement du marxisme et du bolchevisme, Douguine voit dans ces derniers des formes séculières du judaïsme terrestre. Au contraire, le judaïsme atlantiste sécularisé aurait contribué à l’essor du capitalisme et de l’esprit bourgeois. Le géopoliticien russe voit dans cette tension interne au judaïsme l’explication d’un récurrent « antisémitisme juif ». Les propos de Karl Marx, affirmant notamment que l’argent serait le Dieu profane du judaïsme (La question juive), seraient l’incarnation empirique du juif mystique s’attaquant au juif talmudiste, soit une émanation de la tradition contre une forme de la modernité.

Actualisation de l’éternelle lutte entre tellurocratie et thalassocratie, mais aussi fondement sous-jacent de la guerre entre tradition et modernité, l’opposition entre eurasisme et atlantisme ne résume pas la vision de la géographie sacrée selon Alexandre Douguine. Celui-ci s’appuie également sur les dualismes Orient – Occident et Nord – Sud. Pour le chantre de l’eurasisme, l’Orient incarne l’archaïsme, la tradition et la primauté du supra-individuel sur l’individu. L’Occident représente au contraire le progrès matériel, la modernité et l’individualisme. Fidèle aux représentations géographiques de nombreuses traditions (biblique, égyptienne, iranienne ou encore chinoise), cette opposition est également corroborée par les représentations contemporaines fréquentes du « monde occidental » et de l’Orient. Cependant, dans la géographie sacrée, ce sont les valeurs orientales qui sont supérieures aux valeurs occidentales. On peut observer l’exact inverse dans la géopolitique moderne pour laquelle les valeurs occidentales de la démocratie libérale et des individualistes droits de l’homme associées à une stricte économie de marché sont érigées en modèle.


La tradition du Nord


Aux yeux de Douguine, le couple Orient – Occident ne serait cependant qu’une transposition horizontale tardive du couple géographique primordial opposant le Nord au Sud. Terre divine par excellence, le Nord serait la terre de l’esprit et de l’être. S’il refuse l’idée d’un Nord purement objectif qui désignerait uniquement un pôle géographique, le philosophe russe écarte toutefois la définition d’un Nord réduit à une idée. Certes, la tradition primordiale serait issue du nord géographique, mais cette époque serait révolue. L’homme du Nord, presque divin, aurait aujourd’hui disparu en tant que tel mais serait toujours présent de façon diffuse et dans des proportions variables au sein de tous les peuples. Il en est de même de l’homme du Sud, celui-ci incarnant la tendance au matérialisme et à l’idolâtrie. Si l’homme du Sud vénère le cosmos, souvent sous la forme de la Terre – Mère, il ne l’appréhende que par son instinct et se montre incapable d’en saisir la part spirituelle. Ces deux types d’homme ne s’opposeraient plus aujourd’hui frontalement mais à l’intérieur même des peuples et des civilisations. En aucun cas, cette opposition ne peut être comparée à un combat manichéen du bien contre le mal. Le Nord et le Sud sont complémentaires, le premier s’incarnant dans le second. Néanmoins, Douguine estime que le respect de l’ordre divin nécessite la supériorité du principe spirituel du Nord sur le principe matériel du Sud.

Bien que l’opposition entre le Nord et le Sud prime pour lui sur celle entre l’Est et l’Ouest, le stratège russe remarque que le premier couple prend une coloration différente selon les transpositions géographiques qui s’opèrent. Diverses combinaisons peuvent être formées par la spiritualité du Nord, le matérialisme du Sud, le holisme de l’Est et l’individualisme de l’Ouest. Douguine établit ainsi que les valeurs sacrées du Nord sont conservées stérilement par le Sud, mises en valeur par l’Est et fragmentées par l’Ouest. Quant aux valeurs du Sud, selon leur milieu d’immersion elles opacifient l’esprit du Nord, transforment le holisme oriental en négation pure de l’individu, et génèrent un matérialisme individualiste en Occident. C’est sous cette dernière forme que la modernité occidentale apparaît aux yeux du philosophe eurasiste. Fruit de la combinaison la plus négative de la géographie sacrée, la réussite supposée des pays occidentaux pourtant essentiellement situés au nord géographique prône des valeurs opposées à la tradition. Cette inversion des pôles constituerait une caractéristique de l’âge sombre, ou Kali Yuga, dans lequel le monde se trouverait aujourd’hui.

Néanmoins, Alexandre Douguine ne considère pas que le salut doive venir du Sud. Stérile par essence, celui-ci serait uniquement apte à conserver des fragments de tradition nordiste que le mystique russe perçoit dans le monde islamique, dans l’Inde hindouiste, voire dans la Chine malgré sa conversion partielle à la modernité. Le salut viendrait donc de l’alliance entre ce sud conservateur et les îlots de tradition authentique encore présent au nord, et particulièrement au nord-est. Douguine situe donc dans le monde russe le cœur actuel de la tradition et de la lutte contre la modernité. Incluant la Russie mais également ses diverses périphéries, le monde russe réunirait des qualités géographiques (être situé au nord-est au sens de la géographie sacrée), religieuses (orthodoxie, islam eurasiste, judaïsme russe) et les caractéristiques d’une puissance tellurique qui lui permettraient de jouer un rôle déterminant dans la lutte contre la modernité atlantiste, occidentale et opposée à l’esprit du Nord.


Philitt