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mercredi 27 juillet 2016

Michel Sardou – Le France


Quête du juste milieu : contre les barbaries


Philippe Delbauvre

Ce serait une grave erreur, conséquence de la méconnaissance de la nature humaine, que d’accorder dans la vie de l’homme, d’hier comme d’aujourd’hui, une trop grande importance à la rationalité.
Outre que le cerveau reptilien constitue le fondement de nos comportements primaires, le néo-cortex, bien loin de canaliser nos pulsions animales, sert le plus souvent à davantage les satisfaire. D’où les comportements de prédation et de domination que nous pouvons constater au quotidien. Voilà qui fait de l’homme, suite justement à l’existence de ce néo-cortex, le plus grand des prédateurs.
En matière de politique, et plus spécifiquement d’économie, la rationalité est ainsi en berne. La révolution bolchévique en 1917, s’est traduite, très rapidement par de nombreuses catastrophes. Léon Blum (congrès de Tours) l’avait prévu. Il faut l’un des seuls à gauche à faire fonctionner sa raison, chez les autres, en panne. Quand bien même le plan quinquennal échouait partout (« il n’a jamais fonctionné déclarait Gorbatchev alors ministre de l’agriculture devant François Mitterrand ».), que beaucoup continuait à le célébrer, considérant que l’intervention majeure de l’Etat dans l’économie, ne pouvait être que la solution optimale.
Le temps passa et il fallut que la catastrophe soit véritablement patente pour que les peuples, enfin, décidèrent d’en finir avec le communisme mortifère et économiquement désastreux. On pourrait y voir, influence hegelienne, une victoire de la raison, prémisse de la victoire sur terre, du règne de l’Esprit.
9782738115881
Las, il n’en a rien été. Nul besoin de poursuivre longtemps des études en philosophie pour constater que la vérité ne fait pas bon ménage avec l’extrémisme. Pourtant, les individus constituant le peuple, à distinguer des personnalités différenciées, basculent à nouveau dans l’excès : après la célébration imbécile de l’Etat omnipotent, les voici fustigeant toute intervention de ce même Etat dans l’économie. Comme de par le passé, les vents de la mode gonflent les voiles de navires nous menant vers de dangereux récifs. Il est à craindre que, là encore, tant que la catastrophe ne soit pas encore avérée totalement, les peuples se laissent duper par une mode prônée par des politiques inféodés, aujourd’hui comme hier à l’idéologie, mort de la pensée souveraine.
Celui qui fustigea en son temps le plan quinquennal soviétique, les nationalisations à 100 %, cria dans le vide. Il en est de même pour celui qui aujourd’hui, tente en vain, de mettre un frein au tout libéral. Pourtant les catastrophes, notamment dans le domaine social, s’accumulent. Entre le malheureux succès croissant des restos du cœur, l’augmentation des bénéficiaires de minima sociaux, les sdf qui n’existaient pas voici 35 ans, les Français qui renoncent aux soins médicaux faute d’argent, les exemples ne manquent pas.
On nous présente le fait libéral comme incontournable comme on nous avait imposé l’Etat Behemoth. Pas impossible que la solution, en matière d’économie se situe dans le cadre de l’économie mixte, décriée hier (pas assez d’Etat) comme aujourd’hui (trop d’Etat).
Qu’importe les pays capitalistes, même l’Allemagne excellent élève capitaliste, est désormais sur une mauvaise pente, fait reconnu par les économistes capitalistes. Avec une nuance : c’est dans les pays scandinaves, qui justement disposent d’une forte tradition d’interventionnisme d’Etat, que la situation est la moins mauvaise en matière de qualité de vie.
Une piste en matière d’économie ?

Les réactions de Voltaire et Dostoïevski aux attentats




Evitons de commenter le golpe d’Erdogan ou les attentats (les tueries plutôt non ?) ; félicitons le Figaro, qui explique que les terrasses (ces terrasses qui exaspéraient tant Ortega Y Gasset) sont à nouveau pleines à Nice ; et François Hollande, qui remonte déjà dans les sondages.
Et lisons Voltaire sur la Turquie :
« Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. Pangloss, Candide et Martin, en retournant à la petite métairie, rencontrèrent un bon vieillard qui prenait le frais à sa porte sous un berceau d’orangers. Pangloss, qui était aussi curieux que raisonneur, lui demanda comment se nommait le muphti qu’on venait d’étrangler. « Je n’en sais rien, répondit le bonhomme, et je n’ai jamais su le nom d’aucun muphti ni d’aucun vizir. J’ignore absolument l’aventure dont vous me parlez ; je présume qu’en général ceux qui se mêlent des affaires publiques périssent quelquefois misérablement, et qu’ils le méritent ; mais je ne m’informe jamais de ce qu’on fait à Constantinople ; je me contente d’y envoyer vendre les fruits du jardin que je cultive. »
Et je citerai après Voltaire le brillant contributeur anonyme d’un site ami (les crises-fr). Voici ce qu’il écrit, plus malin que ceux qui gueulent contre le terroriste de service ce soir-là:
« Mais plus choquant encore, il expliquait qu’on s’y “habitue”, et que si aujourd’hui tout le monde met un petit mot touchant sur profil Facebook, même si c’est parfaitement inutile voire contre-productif, au fur et à mesure du tempsles gens “intègrent” ces faits comme faisant partie du paysage quotidien, et élèvent leur niveau de tolérance.
Après tout, si ce n’était pas le cas, on aurait des manifestations plus importantes que pour la loi travail pour sortir de l’Otan, arrêter de soutenir Daesch etc…et pourtant, tout le monde s’en contrefout Donc, demain, ce sera un attentat par mois au lieu d’un tous les six mois et un par an auparavant. »
En attendant un par semaine.
Je voulais aussi citer Dostoïevski après ce lecteur moins hébété que la moyenne, qui a compris que les Français se laissent tuer parce que les Français sont déjà morts, pour reprendre le titre d’un film célèbre ; 80% d’entre eux environ sont morts en tant que Français et en tant qu’individus ; et c’est pour cela qu’ils rééliront Hollande ou qu’il éliront le vieux Juppé, qui fera la guerre à la Russie, à la Syrie et à l’Irak – en attendant la Chine – pour plaire à son sponsor américain.
C’est dans la maison des morts (Dostoïevski) :
« L’homme est un animal vivace ! on pourrait le définir : un être qui s’habitue à tout, et ce serait peut-être là la meilleure définition qu’on en ait donnée ».
Car on peut vivre en enfer et s’y habituer ; on en fera même payer l’entrée au bourgeois, a dit Léon Bloy.

De la programmation des Français par les attentats



La France républicaine fait mine de s’initier à la « culture » du terrorisme. Le gouvernement de la Terreur était pourtant composé de « terroristes » (relisez un bon dictionnaire, celui d’Oxford). Les socialistes gouvernent par la Terreur, comme les ancêtres jacobins.
L’ennemi de ces bourgeois est toujours le peuple français. Je ne céderai pas au « populisme », a dit l’autre. Populisme chez eux cela veut dire « le peuple français ». Plutôt le dissoudre ? Déjà qu’on l’écrase…
Evitons de commenter le golpe d’Erdogan ou ces sauvages tueries ; félicitons le Figaro, qui explique que les terrasses des cafés (elles exaspéraient Ortega Y Gasset) sont pleines de gens à Nice ; et François Hollande, qui remonte dans les sondages de ses copains. Quelques gêneurs sont venus siffler une petite troupe de ministres à Nice ; on est dans une ville extrémiste où le FN fait de bons scores, et on les eût sifflés de toute manière !
Commençons par célébrer les exploits du sultan Erdogan en relisant Voltaire et son Candide qui finit en Turquie :
« Pendant cette conversation, la nouvelle s’était répandue qu’on venait d’étrangler à Constantinople deux vizirs du banc et le muphti, et qu’on avait empalé plusieurs de leurs amis. Cette catastrophe faisait partout un grand bruit pendant quelques heures. »
Ben oui, pourquoi cela en ferait plus ?
Ici c’est pareil. On abat les Français en masse, et régulièrement encore, et à part la petite minorité vite taxée par la presse de conspirationniste ils s’en foutent, ils partent en vacances, et ils commandent des pizzas, ils braillent après le Brexit…
Oui, tout va bien, tant qu’on ne tombe sous les griffes turbo du camion Volvo conduit par un chauffeur aussi homo que notre pauvre mitrailleur d’Orlando !
Ergo, comme dirait Descartes, il faut aller plus loin que Voltaire.
Et je citerai le contributeur d’un site ami (les crises-fr). Voici ce qu’il écrit dans son commentaire, ce hardi lecteur, plus malin que ceux qui gueulent contre l’islamiste de service ce soir-là. Il dit que c’est un certain acteur du web nommé Aldo Stérone (mélange de Sylvester Stallone, d’Aldo M. et de testostérone ?) qui l’inspire :
« Mais plus choquant encore, il expliquait qu’on s’y “habitue”, et que si aujourd’hui tout le monde met un petit mot touchant sur profil Facebook, même si c’est parfaitement inutile voire contre-productif, au fur et à mesure du tempsles gens “intègrent” ces faits comme faisant partie du paysage quotidien, et élèvent leur niveau de tolérance.
Après tout, si ce n’était pas le cas, on aurait des manifestations plus importantes que pour la loi travail pour sortir de l’Otan, arrêter de soutenir Daesch etc…et pourtant, tout le monde s’en contrefout. Donc, demain, ce sera un attentat par mois au lieu d’un tous les six mois et un par an auparavant. »
Tout cela est en réalité vieux comme leur monde moderne : le républicanisme, le communisme, le fascisme, le socialisme se sont imposé par la raison, c’est-à-dire par la terreur. Alors pourquoi pas le mondialisme ? Tout cela parce qu’on s’y habitue. Rappelez-vous Dostoïevski dans la Maison des Morts : l’homme est l’animal qui s’habitue à tout.
N’a-t-il pas réélu Bush ou Obama ? Ce même Bush, reborn christian, ami du dalaï-lama et plus démentiel que jamais, et qui est arrivé ivre à la cérémonie de Dallas ? Là encore, personne pour réagir en haut lieu…
La télé ce n’est pas le très haut lieu…
Hippolyte Taine écrit, dans ses origines de la France contemporaine :
« La déclaration de la patrie en danger, disent des témoins oculaires , n’a rien changé à la physionomie de Paris. Mêmes amusements, mêmes bruits… Les spectacles sont pleins, comme de coutume ; les cabarets, les lieux de divertissement, regorgent de peuple, de gardes nationales, de soldats… Le beau monde fait des parties de plaisir. »
Ici c’est pareil ; et le Figaro de féliciter le gras du bide qui se gratte le nombril sur la plage de Nice au lieu de venir siffler notre infortuné ministre.
Mais n’en restons pas là. Car il se passe en France une belle manifestation de social engineering. On gouverne par la Terreur et par le Chaos. Il reste un effondrement financier à venir, avec la confiscation des avoirs de tout le monde pour renflouer leur banque !
Il y a une belle bibliothèque sur la question maintenant. Mais nous avons fait un choix.
C’est Alexandre Lebreton qui dans son bel opus sur les programmations MK ultra explique comment on s’y prend pour formater les esprits à coups d’attentats. Quelques citations du début du livre :
‘‘Si la terreur peut être induite sur une base largement disséminée dans une société, alors la société retourne à une ‘tabula rasa’, une ardoise blanche, une situation où le contrôle peut facilement être instauré…
Lewin soutenait que par la création d’un chaos contrôlé, la population pouvait être amenée à un point où elle se soumettrait volontairement à un plus grand contrôle…
Une fois le peuple privé de ses points de repères, mis en état de choc et infantilisé, il se retrouve sans défense et devient facilement manipulable et spoliable. »
Attendez-vous à des hausses d’impôt au passage.
Rien de nouveau sous le soleil, surtout avec nos bourgeois jacobins aux affaires.
Taine dit à propos des massacres de septembre 1792 :
« Sous une pareille vision, les courages s’affaissent ; tous les journaux approuvent, pallient ou se taisent ; personne n’ose résister à rien. Les biens comme les vies appartiennent à qui veut les prendre. »
Tout cela pour expliquer pourquoi nous en sommes arrivés là, et pourquoi nous voterons Juppé s’il y a des élections en 2017 en Hollande… Les mêmes naïfs qui se plaignent des attentats, ces attentats qui deviennent une boucherie rituelle, voteront pour ce fantastique aventurier néo-gaulliste qui a lancé les opérations sur la Libye et la Syrie, le tout sur ordre de sa consoeur et patronne Clinton.
C’est bien la Boétie, cet anti-béotien, qui parlait de servitude volontaire.
Et Louis-Ferdinand Céline, lyrique :
« Une telle connerie dépasse l’homme. Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s’accomplit… »
Bibliographie
  • Dictionnaire d’Oxford : article « terrorist »
  • Voltaire : Candide, ch.30
  • Taine : les origines de la France contemporaine, tome III
  • Dostoïevski ; Souvenirs de la maison des morts, p. 34
  • Alexandre Lebreton : MK Abus Rituels & Contrôle Mental (Editions Omnia Veritas)
  • La Boétie : De la servitude volontaire (voyez en anglais la préface de Rothbard)
  • Céline : Les beaux draps
Emprise 

Alep, Raqqa, Nice, qui est l’ennemi ? Pas Damas de toute évidence…




Damas & Moscou ont tenu à partager notre deuil suite au drame de Nice. Merci à eux. Au-delà, n’est-il pas temps de nous réveiller & de revoir nos erreurs & nos alliances au Levant. Le Caire, Damas & Beyrouth avant Doha & Riyad…
« Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu’une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, peu importe ce qu’il en coûtera, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines; nous ne nous rendrons jamais, et même si, bien que je n’y crois pas un seul instant, cette Île ou une grande partie de cette Île serait asservie et affamée, alors notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la flotte britannique, continuera de lutter, jusqu’à ce que, quand Dieu le voudra, le Nouveau Monde, avec tout son pouvoir et sa puissance, viendra à la rescousse libérer l’Ancien »[1].
Winston Churchill, 4 juin 1940
| Q. Visiblement, à Nice, rien n’a fonctionné. Pourquoi ?
Jacques Borde. Pourquoi « à Nice » ? À Charlie-Heddo, au Bataclan, à l’Hyper Casher non plus rien n’a vraiment bien fonctionné. Voire pas du tout.
| Q. Et pourquoi ?
Jacques Borde. Pour plein de raisons : une clé d’explication unique ne saurait satisfaire l’historien de formation que je suis. Alors, dans le désordre :
1- parce que nous avons perdu depuis belle lurette notre expertise et notre sens critique. Remontons jusqu’à 1994, la prise d’otages du Vol Air France AF 8969 Alger-Paris par un commando du Groupe islamique armé (GIA), les 24 et 26 décembre, n’a pas fait l’objet d’un RetEx suffisant. Or, cette opération, dont nous nous faisons des gorges chaudes, n’a pas été si exemplaire que ça. Loin de là.
Et, depuis, à citer des titres de film, plus que Fast & Furious ça a été le Grand sommeil…
2- parce que, de manière tout aussi erronée, nous nous sommes par trop auto-satisfaits des opérations réalisées à Toulouse (Merah), à l’Hyper-Casher, etc.
3- parce que même conscients du plantage quasi-général du Bataclan, nous refusons désespérément de nous remettre en cause.
| Q. De quelle manière ?
Jacques Borde. Jusqu’à quand va-t-on trouver normal que pour liquider Merah, qui n’avait sur lui que deux armes de poing (des .45) approvisionnés à 8 coups maximum chacune, on a été jusqu’à cribler les murs mais aussi le… plafond d’impacts ? Merah ou Spiderman : qui était au juste dans la pièce ?
Idem au Bataclan où le RAID s’est tiré dessus et aurait abattu son son propre chien ?
Pourquoi en sommes-nous là, avec des membres du GIGN qui traitent leur patron de… mauviette ?
Plus généralement, et comme l’a fait Vincent Hervouet, il faut se demander si « faire la guerre non pas pour le roi de Prusse mais pour l’émir du Qatar est si malin que ça ». Alep, Raqqa, Nice, qui est l’ennemi ? Pas Damas de toute évidence… [2].
Parce qu’à défaut de pouvoirs publics à la hauteur, nous ne sommes toujours pas en guerrecontre le véritable ennemi du genre humain qu’est Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) [3]. Et pire de voir contre qui, sommes nous sûrs de voir aux côtés de  qui nous la faisons ! Comme le dit encore Vincent Hervouet, « quand on explique comme l’ancien ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, que le Front Al Nosra [4] fait du bon boulot . Si le Front Norsa fait du bon boulot en égorgeant les Alaouites et les Chrétiens en Syrie, pourquoi pas le faire ici, aussi ? » [5].
| Q. Que faire ?
Jacques Borde. Chto dielat ? Comme disait Lénine. Ouvrage sous-titré : Questions brûlantes de notre mouvement. Nous, les remises en cause ont été tièdes, voire carrément mises dans un congélateur dont on aurait jeté la clé.
Que faire, donc ? Techniquement, il faut d’abord réécrire le logiciel, et inverser quelques-uns de nos critères et, ensuite, passer à une stratégie d’éliminations préventives. Sinon, désolé, nous n’arriverons à rien…
| Q. Comment cela ?
Jacques Borde. En premier lieu – et je sens que je vais en faire hurler plus d’un – le premier critère de sélection en termes de Renseignements doit être, non pas l’Islam (trop vaste et imprécis) mais ceux de violence armée, de passage derrière les barreaux (et avec qui) et demulti-récidive, puis celui de consultation de sites djihâdistes takfirî. Les critère de religiosité(lesquels d’ailleurs) à proprement parler arrivant derrière ceux-là, voire quelques-autres.
Côté positif de la chose : rien que la police ne sache bien faire.
| Q. Donc, si je vous suis : le critère de radicalisme islamique n’est pas le plus important ?
Jacques Borde. Oui et non. Non : parce que passés les Fichés S, il n’existe pas ! Et, je vous le répète, en termes d’efficacité, le critère de religiosité est trop flou.
Trois choses d’abord :
1- beaucoup des taupes takfirî sont des Français de souche (sic) fraîchement convertis. Donc pas scanables (sic) et repérables comme musulmans.
2- la pratique de la taqîya – ou dissimulation quoique je préfère le terme d’occultation – permet à des agents dormants d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām, de passer au travers des mailles du filet.
3- sur les nombreux témoignages remontant de Nice, nous avons des hommes et des femmes de toute évidence de religiosité et/ou de culture musulmanes tout aussi frappés de sidération et d’horreur que d’autres de nos compatriotes [6].
4- la majorité des musulmans ne se reconnaissent pas des ces crimes ; le critère est donc trop flou, s’il n’est pas associé à d’autres. Se focalise-t-on sur le marqueur chrétien, pour d’autres crimes ? Non. On pourra certes marquer une recherche dans une enquête d’un critère chrétien fondamentaliste [7], mais chrétien seul est trop vague. Même cause, même effet ! Le marqueur musulman ou Islam est, lui aussi, trop vague..
| Q. Quel marqueur utilise-ton aujourd’hui  ?
Jacques Borde. En fait, et soyons franc, actuellement : aucun de suffisamment rigoureux ! Le seul qui aurait sens est celui de takfirî, mais que quasiment personne n’utilise. Une pléthore de termes servent à à peu près tout le monde. Remarquez, aux États-Unis, il fut un temps ou la CIA, le FBI, Pentagone et le US Department of State n’avaient pas la même définition du terrorisme !
Ce que je veux dire est que, là aussi, nous souffrons de notre pusillanimité à nommer les choses, l’ennemi notamment. De fait, il n’existe aucune définition claire du marqueur islamiste-radical. Quelques exemples, si vous le voulez bien :
Primo, le terme As-Salafiyya est couramment utilisé mais il est impropre car, encore une fois, pas assez précis. Quelque part la Salafiyya, c’est une sorte de Réforme appliquée à la religion musulmane. Que sommairement, on divisera en trois courants :
1- la Salafiyya al-Da’wa, ou quiétiste, dite aussi Salafiyya littéraliste. C’est tout simplement un Islam du retour aux sources, celui des compagnons du prophète (et des deux générations derrière). Les As-Salaf al-Salih : les pieux prédécesseurs.
2- la Salafiyya dite réformiste, qui se retrouve dans de nombreux mouvements politiques. Et, là, c’est un peu l’auberge espagnole.
3- la Salafiyya al-jihâdiyya, ou salafisme révolutionnaire, qui est apparu (et n’a pas été créé, ce n’est pas la même chose) lors de la Guerre d’Afghanistan dans les années 1980. prône une action armée pour imposer l’Islam des origines.
Quelque part, le wahhabisme, officiellement en vigueur en Arabie Séoudite et au Qatar se situe entre le  »1 » et le  »2 ».
| Q. Mais pourquoi a-t-on autant de mal à s’y retrouver, ou, pour rester dans le champ religieux, séparer le bon grain de l’ivraie ?
Jacques Borde. Ah, la parabole de Matthieu [8]. Là encore pour plusieurs raisons :
1- les Kamiz brunes takfirî comme je les nomme, y font elles-mêmes référence. Ainsi le groupe fondé par Iyad Ag Ghaly (cheikh Abou Elfade) a pour nom : Jum’a Ansar al-Dîn al-Salafiyya (Ansar Dîn) [9]. Donc, in fine, pourquoi pas des Occidentaux ?
2- beaucoup de nos sources et référents sont des universitaires, souvent le nez collé sur leur sujet, totalement profanes dans les questions de Renseignements. Très souvent, trop souvent, de ce simple fait leur bavardage n’a aucun intérêt…
| Q. Vous êtes sans concession ?
Jacques Borde. Parfaitement. Je vais vous donner un exemple : sur une chaîne d’info, un universitaire, probablement incollable sur ses sujets de thèse et au demeurant fort sympathique, s’en est allé à comparer les Takfirî aux Amish [10] nord-américains. C’est totalement inapproprié. Pourquoi ?
1- les Amish sont résolument no-violents.
2- la plupart d’entre eux n’ont pas de véhicules à moteur. À Nice, un Amish n’aurait sans doute pas su démarrer le camion !
À la limite la communauté la plus comparable aux Wahhabî [11] serait les… Mormons qui ont eux, au milieu des années 1800, leurs pics de violence.
Donc :
1- cessons de dire n’importe quoi.
2- décidons-nous à comprendre qu’à Alep, Raqqa et Nice, l’ennemi n’est, de toute évidence, pas Damas…
Notes
[1] «We shall go on to the end, we shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our Island, whatever the cost may be, we shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and even if, which I do not for a moment believe, this Island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God’s good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old».
 
[2] LCI (15 juillet 2016).

 
[3] Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 
[4] Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām.

 
[5] LCI (15 juillet 2016).

 
[6] Et de nombreuses victimes, elles aussi, de culture et de religion musulmane.

 
[7] Ceux que font les SR intérieurs américains en cas de crimes visant les cliniques et praticiens de l’avortement par exemple.

 
[8] « Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ. Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla. Lorsque l’herbe eut poussé et donné du fruit, l’ivraie parut aussi. Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l’arracher ? Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier ». Évangile selon Matthieu, Chapitre 13, versets 24-30.

 
[9] Groupe des défenseurs salafistes de la religion.

 
[10] Communauté anabaptiste, fondée en 1693 en… Alsace par Jakob Amman. La communauté Amish est aujourd’hui présente surtout en Amérique du Nord. Avec quelques éléments en Amérique du Sud.

 
[11] Mais pas aux Takfirî.


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