La
guerre au Donbass dans l’Est de l’Ukraine ne fait plus les gros titres
de l’information hexagonale. Les médiats officiels préfèrent se
focaliser sur le sort de la Ghouta et l’avenir de ces malheureux
rebelles islamistes déchiquetés par les redoutables bombes
russo-syriennes. Faisant fi de toute complexité inhérente au contexte,
les journalistes enrégimentés gardent leurs œillères manichéennes. Le
conflit dans le Donbass ne correspond pas à leur vision binaire «
Gentils contre Méchants ».
Ces
professionnels le comprendraient s’ils prenaient la peine de lire le
nouvel ouvrage de Zakhar Prilepine, préfacé par Monique Slodzian et
postfacé par Daria Sinichkina, Ceux du Donbass. Chroniques d’une guerre en cours
(Éditions des Syrtes, 2018, 409 p., 22 €). Vétéran des guerres de
Tchétchénie dans les forces spéciales, Prilepine est devenu l’« enfant
terrible » des Lettres russes. Cet ancien adhérent du Parti national-bolchevique de l’écrivain Édouard Limonov vit à Donetsk et combat aux côtés des « séparatistes ».
Son
livre rassemble des témoignages d’habitants pro-russes de la région
parmi lesquels le célèbre Motorola et l’actuel président monarchiste de
la République populaire de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko. On saisit
mieux maintenant le caractère syncrétique des sécessionnistes qui
amalgament passé soviétique et héritage tsariste, nostalgie de l’URSS et
désir de rejoindre un grand-espace eurasiste, défense des acquis
sociaux et préservation des traditions populaires.
Certes,
si au fil des pages, on rencontre des personnages attachants et
sincères comme la poétesse Ania ou le Géorgien Teïmouraz, les chroniques
de Prilepine demeurent subjectives et engagées. Ayant grandi
dans la patrie des soviets et connu jeune adulte la déflagration de
l’Union Soviétique, l’auteur n’est pas loin de penser que les
affrontements sur les lieux mêmes de la Grande Guerre patriotique de
1941 – 1945 répètent la lutte tragique entre le monde russe représenté
par les républiques de la Novorossia, et un Occident brutal et
revanchard incarné pour la circonstance par les nationalistes
ukrainiens.
On
ne peut que regretter le sang versé dans cette terrible guerre
fratricide qui a pourtant donné une grande œuvre à la littérature
contemporaine russe.
Bonjour chez vous !
• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n°72, diffusée sur Radio-Libertés, le 30 mars 2018.
