Julien Leclercq est directeur de la rédaction de la revue numérique Le Nouveau Cénacle. Il raconte sa conversion tardive dans son dernier livre, Catholique débutant (éd. Tallandier, février 2018). Il explique au Figarovox :
"J'ai
effectivement été fier de ne pas entrer dans une église, y compris
lorsque j'étais invité pour une communion ou pour un mariage.
Je restais à la porte et j'attendais que tout le monde sorte. Mais Jésus
m'a attendu, et moi je l'ai entendu. Tout simplement. Il s'agit d'une
histoire d'amour, et cela ne prévient pas. Lorsque j'ai demandé le
baptême à l'aube de mes trente ans, mes proches étaient surpris, voire
déconcertés, mais ils ont compris que ma conversion était le fruit d'un
long cheminement spirituel, affectif et intellectuel. Face au Christ, j'ai rendu les armes. Face à Lui, tout m'a semblé évident.
Adolescent, vous avez même été jusqu'à cracher sur le Christ. Pourquoi cette violence à l'égard de la religion?
Parce que j'étais avant tout le produit d'une époque et - bien plus encore - celui d'une génération. À la télévision comme à l'école, nous avons appris que la religion était synonyme d'obscurantisme.
De rétrécissement de la pensée. De fanatisme. J'ai malgré moi véhiculé
ces préjugés et mon tempérament volontiers provocateur a fait le reste… Je pensais être rebelle en rejetant le sacré, alors que je ne faisais qu'obéir au conformisme ambiant.
Je pensais répondre à une violence par une autre violence, jusqu'à la
prise de conscience. J'ai ensuite compris qu'il s'agissait d'une peur de
l'amour. J'ai eu peur d'aimer le Christ. Son amour est si gratuit, si
grand, que je ne me sentais pas capable de l'aimer en retour.
Est-ce l'épreuve du deuil qui vous a conduit à Dieu?
J'ai cru en Dieu avant l'épreuve du
deuil, mais le calvaire vécu par ma grand-mère a précipité ma décision
de recevoir le baptême. Elle était la seule catholique pratiquante de la
famille. Une femme de rien qui a travaillé dans les champs alors
qu'elle n'était qu'une enfant, qui a connu l'exode durant la guerre puis
la perte de son mari à l'issue d'une terrible agonie alors qu'il
n'avait même pas cinquante ans. Et pourtant, elle a toujours cru en
Dieu, même si ses petits enfants s'en moquaient. Aller la voir dans son
EHPAD pendant deux ans m'a ouvert les yeux sur la réalité vivante de la
foi chrétienne: elle a aimé jusqu'au bout. Jusqu'à son dernier souffle.
Après ses funérailles, la décision était prise: je voulais marcher à ses
côtés et suivre les pas du Christ. [...]
Concernant la laïcisation, nous marchons
sur des braises. La laïcité est en quelque sorte promue par le Christ
lorsqu'il nous invite à «rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu». Mais
la laïcité n'implique pas la négation du fait religieux que nous vivons
dans nos sociétés, et là se situe l'écueil majeur de notre temps. La
distinction du temporel et du spirituel est heureuse, mais l'un ne doit
pas ignorer l'autre. Le sacré et le politique doivent demeurer
en tension. Nous devons garder à l'esprit que quelque chose de plus
grand nous dépasse, que ce soit en politique ou sur le plan spirituel,
comme le sacrifice du colonel Beltrame nous l'a montré. À nous d'agir en
fonction de cela.
Vous avez reçu le baptême quelques
jours après les attentats de janvier 2015. Vous vous en défendez, mais
votre conception du catholicisme n'est-elle pas également tout
culturelle et identitaire?
Je me suis converti avant tout par amour
du Christ. Je ne suis pas devenu catholique par détestation de l'islam
car la haine est - par principe - étrangère à Jésus. Durant ma
conversion, je n'ai obéi à aucun impératif idéologique. J'ai des
réserves à l'encontre de la «dimension» identitaire du catholicisme
étant donné que ce dernier est, étymologiquement, «universel». Le
message du Christ s'adresse à toutes les nations. Je maintiens
cependant que les racines de la France sont catholiques, car l'Église a
en partie construit notre pays (tant historiquement que
géographiquement: chaque village s'est bâti autour de son église). Cet
héritage chrétien nous oblige. Non pas à mettre des crèches
dans les mairies pour signifier au musulman qui vient refaire ses
papiers qu'il n'est pas le bienvenu, mais plutôt à nous affirmer comme des chrétiens au sein d'une nation façonnée par le christianisme
et prête à accueillir une diversité de pensées et de croyances. La
nuance est subtile, mais les musulmans radicaux d'aujourd'hui profitent
de ce vide spirituel afin de prospérer. Et la nature a horreur du vide!
Réapprenons à nous définir à travers la grandeur des Évangiles.
Vous expliquez qu'au collège, vous avez été insulté parce que vous étiez le seul blanc de votre classe. «Même si je ne voulais pas entrer dans une église, j'étais, malgré tout, le catholique», écrivez-vous. Cela a-t-il compté, même inconsciemment, dans votre itinéraire?
Cela a en effet été perturbant. Je pensais être athée et, malgré tout, j'étais assimilé à une culture chrétienne que je rejetais!
Le Christ sème plusieurs graines dans nos vies, et, avec du recul, ce
renvoi à ma chrétienté «culturelle» était peut-être un signe
avant-coureur. Dans plusieurs quartiers de France, il en est de même
pour les enfants juifs qui - même sans croire - sont assignés à
résidence en raison de leur «religion supposée». Inconsciemment, je vous
l'accorde, cela peut compter dans un itinéraire car cela implique cette
question redoutable: qui suis-je et, surtout, de quelle culture suis-je
l'héritier? Je rends finalement grâce à ceux qui m'enfermaient dans la
caricature du «petit blanc catho» que je récusais. Cela m'a permis de
prendre ma Croix quinze ans après pour grandir et m'épanouir avec Jésus.
[...]
Vous avez des convictions politiques
assez engagées. Celles-ci n'entrent-elles pas parfois en contradiction
avec vos convictions religieuses? Malgré votre «histoire d'amour avec le
pape», vous arrive-t-il d'être agacé par ses positions, sur
l'immigration ou l'islam notamment ?
Cette question m'invite à poursuivre ma
réponse précédente: catholique, je ne peux pas condamner autrui et
encore moins lui jeter l'anathème. Si je considère qu'un musulman se
retranche dans une culture qui est aux antipodes de la mienne, je ne
peux me résoudre à l'enfermer dans un paradigme. J'ai lu le
Coran - deux fois - et comme je le reconnais dans mon livre, plusieurs
passages m'ont horrifié. Mais, comme le dit souvent le pape François,
derrière un catholique, un musulman, un bouddhiste ou un athée, j'essaie
de voir un homme avant tout. Je crois, comme Paul Rigueur, en
«l'homme capable» du bien, ce qui est une philosophie on ne peut plus
chrétienne. Lorsque le pape François a condamné à la fois les violences
au nom de l'islam et au nom du catholicisme à la suite du massacre du
père Hamel, j'ai été décontenancé. Pourquoi le nier? Mais il a appelé à
la paix. Soyons plus grands que ces lâches. Si nous condamnons une
partie de l'islam en raison de ses appels à la violence, nous ne pouvons
regretter que le pape récuse toute logique de représailles. [...]
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