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mardi 14 février 2006

OPA et patriotisme économique

Mardi, 14 Février 2006
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OPA et patriotisme économique

Philippe Delbauvre

Politique
OPA et patriotisme économique
L’Opa lancé Par Mittal contre Arcelor a remis au goût du jour une vieille notion qui a la faveur des français, ce que je comprends, et que l’on nomme aujourd’hui « patriotisme économique ». Exprimé clairement, ce concept est facile à comprendre. Dans le grand marché mondial, soumis au principe de la libre concurrence, seules les entreprises françaises bénéficiant de l’aide de l’état se verrait aidée financièrement en vue de pouvoir rivaliser avec des groupes concurrents.

Une première remarque s’impose : c’est illicite commercialement parlant et l’OMC interviendrait bien vite en cas d’intervention de l’état français, comme elle l’a déjà fait de par le passé. A juste titre : dans le monde capitaliste, seul le « laissez faire, laissez passer » a force de loi.

Plus grave, si la France ou les Européens venaient à remettre en cause les principes tabous de la non intervention, des mesures de rétorsion seraient immédiatement prises par d’autres états. En effet, ou la concurrence est l’affaire de tous et c’est auquel cas la règle, ou un des membres déroge plaçant ainsi les autres dans un état d’infériorité qui les contraindra eux aussi à adopter un comportement similaire. Autant prévoir que le mauvais joueur qu’est l’européen risque de perdre nombre de parts de marché sur l’ensemble des continents.

Nos chères entreprises sont à qualifier comme l’on voudra, mais elle ne sont certes pas nationales. Elles disposent d’une association appelée MEDEF dont l’un des objectifs est la libéralisation totale. L’abolition du smic serait ainsi une bonne chose tout comme des contrats à très courtes durées pour les salariés. En pleine période de chômage Nicolas Sarkozy vante les mérites d’une immigration choisie. Des infirmières seraient les bienvenues nous explique t-on. Je ne pense pourtant pas qu’il s’agisse là d’un métier inabordable intellectuellement pour des françaises ou des français motivés. On aurait pu comprendre la recherche de spécialistes scientifiques à très haut niveau, mais ce n’est pas le cas ici. En revanche, cette nouvelle arrivée d’infirmières que pourtant nous savons former et qui donnent toute satisfaction au français, va tirer les salaires vers le bas. Vous avez dit « patriotisme économique » ? Nous entendons depuis nombre d’années parler de délocalisation. Phénomène qui consiste à fermer des entreprises françaises fonctionnant avec des travailleurs français, pour les rouvrir à l’étranger avec des travailleurs autochtones. Le patriotisme économique je suppose là encore ?

L’imbrication des économies, leur interdépendance, rendent caduques l’analyse léniniste voyant dans l’impérialisme le stade suprême du capitalisme. Ce stade suprême c’est la négation même de toute appartenance nationale. Marx lui, l’avait pressenti dès ses manuscrits de 1844. Il n’est qu’à considérer le fonctionnement interne de chaque entreprise d’importance pour constater qu’elle développe son propre patriotisme, sa propre culture, son état d’esprit dont le but n’est que la cohésion interne de sa masse salariale. Qui n’a pas entendu parlé des stages de motivations, du port du badge, voire de l’uniforme. L’objet même de toute entreprise économique est de faire du profit et d’étendre son influence, en remportant d’autres marchés qui ne bénéficieront pas au français.

En revanche, il est une autre alternative. Un bloc puissant, disposant socialement d’une législation harmonieuse, suffisamment étendu afin de pouvoir être autonome dans le domaine des ressources essentielles et ainsi nous rendant autonomes par rapport à l’hydre économique. Ce bloc existe déjà virtuellement : c’est L’Eurasie.