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dimanche 20 novembre 2016

Pourquoi encore l’idéalisme ?





À propos de : Olivier Tinland, L’idéalisme hégélien, CNRS-éditions

Olivier Tinland revisite le continent hégélien en se concentrant sur le thème de « l’idéalité ». Une exposition rigoureuse de l’idéalisme de Hegel qui laisse cependant en suspens la question de son éventuelle actualité.

Recensé : Olivier Tinland, L’idéalisme hégélien, Paris, CNRS-éditions, 2013, 250 p., 25 €.


Une mauvaise réputation


Vers 1800, des étudiants berlinois auraient canardé de pierres les fenêtres de Fichte afin de lui démontrer l’existence des choses extérieures. Une fois les fenêtres brisées, preuve était faite de l’existence réelle des choses face à ce Moi que le philosophe avait prétendu absolu. Hormis le caractère injuste de cette critique de facto envers la doctrine de Fichte, l’anecdote témoigne de la mauvaise réputation, parmi les milieux philosophiques de l’époque et même auprès du grand public, dont souffrait l’« idéalisme ». Dans sa Critique de la raison pure et dans ses Prolégomènes, Kant s’était déjà attelé à une réfutation en règle de « l’idéalisme au sens traditionnel qui consiste à mettre en doute l’existence des choses » pour lui opposer un « idéalisme critique » d’après lequel « il n’y a de vérité que dans l’expérience ». Après lui, nombreux furent ceux, de Marx à Adorno en passant par Nietzsche et Heidegger, qui, chacun à leur manière, soulignèrent les impasses conceptuelles auxquelles mène une doctrine de pensée, « l’idéalisme », dont l’appellation est pourtant très loin d’être contrôlée.

À observer les débats contemporains, fortement influencés par les « maîtres du soupçon » précités, il n’est pas sûr que l’idéalisme ait depuis lors gagné en légitimité philosophique. Au contraire, il semble aujourd’hui totalement discrédité en raison de sa prétention, jugée péremptoire, de fournir grâce à « l’idée » un principe ultime de vérité. C’est l’un des grands mérites de l’ouvrage publié par Olivier Tinland que de réhabiliter un idéalisme bien compris : l’idéalisme hégélien. On doit à la plume de Hegel la sentence lapidaire : « toute vraie philosophie est un idéalisme ». Tinland nuance d’entrée de jeu en remarquant qu’à l’inverse tout idéalisme ne satisfait pas forcément au principe de la vérité philosophique. L’objet de sa recherche est alors de déterminer le sens précis de « l’idée » (ou encore de « l’idéalité ») que Hegel a été amené à introduire au sein du discours philosophique dans le but d’« accomplir » la métaphysique occidentale qui va de Platon à Kant.

Tinland nous rappelle que, pour Hegel, il n’y a de philosophie qu’idéaliste. Il nous fait ainsi comprendre toute l’importance de son objet d’étude non seulement pour les commentateurs hégélianisants mais aussi, plus généralement, pour les philosophes soucieux du bien-fondé de leur démarche. Si l’on admet avec Hegel qu’« une philosophie est idéaliste, consciemment ou non, pour peu qu’elle s’engage dans l’explication du réel et la soumission de celui-ci à un principe explicatif » (p. 167), reste cependant à démarquer la « vraie philosophie » de ses autres succédanés. Hegel avait pris soin de distinguer, à des fins pédagogiques (puisque la distinction est posée dans ses Leçonssur l’histoire de la philosophie) entre trois types d’idéalisme : « l’idéalisme objectif », « l’idéalisme subjectif » et « l’idéalisme absolu ». Chacun de ces idéalismes fournit un « principe explicatif » de la réalité. Tandis que le premier s’appuie sur le principe naïf et dogmatique d’une idée-chose immédiatement présente dans la réalité, « l’idéalisme subjectif » avance le principe critique d’une idée-sujet constitutive de la réalité dans les rapports réflexifs qu’elle entretient avec cette dernière. L’« idéalisme absolu » – dont se réclame (à demi-mot) l’hégélianisme – consistera à démontrer le caractère unilatéral et inadéquat de ces deux principes. Le principe de « l’idéalité » que Hegel leur oppose correspondra au mouvement propre à la « vraie philosophie » en ce que celle-ci « entend rendre compte, d’un même geste, du statut de la réalité, de la manière dont nous nous rapportons à elle et de la manière dont le savoir se rapporte à la question de sa propre possibilité et validité » (p. 9). Plutôt que d’un « principe explicatif » sur lequel l’ensemble de la réalité viendrait se fonder ou se réfléchir, mieux vaudrait alors parler d’un principe d’« explicitation » (ibid.) du discours philosophique dans ses rapports de vérité au réel. Principe de « l’idée absolue » qui suppose en outre que la réflexivité du savoir philosophique est celle, progressive, de la réalité en cours de vérification, et non pas d’un Moi.

L’enquête menée par Tinland autour du sens inédit de « l’idéalité » chez Hegel se déroule elle aussi en trois temps (ce qui, même de la part de quelqu’un de récalcitrant à l’image trompeuse mais néanmoins tenace de l’hégélianisme comme pensée synthétique de la triplicité, ne doit pas surprendre). « Ontologie », « réflexion », « idéalisme », tels sont les philosophèmes que Tinland soumet à des analyses aussi minutieuses que fécondes, en s’appuyant sur les textes parfois les plus ardus du corpus hégélien (y compris celui, particulièrement retors, de la Science de la logique dont la mobilisation se justifie amplement au regard de sa section finale intitulée « l’idée »). En forçant quelque peu le trait et en prenant au mot la thèse selon laquelle toute philosophie est idéaliste, on pourrait affirmer que les trois étapes qui scandent son ouvrage répondent aux trois idéalismes ‘pédagogiquement’ distingués par Hegel. L’idéalisme objectif deviendrait alors « idéalisme ontologique », l’idéalisme subjectif « idéalisme réflexif » et l’idéalisme absolu « idéalisme (véritablement) idéaliste ».


Une enfance métaphysique


Dans la première partie, la question est soulevée de savoir si l’hégélianisme, en substituant sa « logique objective » à « la métaphysique d’antan », ne ferait pas que prolonger l’ontologie classique de l’Ecole allemande (Leibniz et Wolff) sans prendre acte de sa condamnation par Kant au nom du « tribunal de l’expérience ». À l’encontre de certains commentateurs peu « charitables », Tinland nous convainc du contraire : non, Hegel n’incarne pas « une régression dogmatique en deçà des avancées du criticisme kantien » (p. 51). Face à la radicalité du jugement porté par Kant sur le réalisme naïf de la metaphysica generalis (réalisme dogmatique qui s’apparente en fait à un idéalisme réifié), Hegel a voulu apporter « une réponse proprement postkantienne aux objections du criticisme à l’endroit de l’ancienne métaphysique » (p. 52). Une réponse de ce type passe certes, dans le sillage de Kant, par une « autocritique immanente des concepts » (p. 88) véhiculés par la métaphysique traditionnelle, mais tout autant par une contestation du partage, lui-même « dogmatique », de l’empirique et du transcendantal d’où était parti le sage de Königsberg.

Tinland suggère un parallèle intéressant (indiqué par Hegel lui-même) entre les « engagements ontologiques » sous-jacents à « l’ontologie » traditionnelle, à la « réflexion » critique et à « l’idéalisme » véritable, et les différents âges de la vie : à l’enfance de la métaphysique classique succéderait la crise d’adolescence provoquée par le scepticisme humien et le criticisme kantien, que seule la maturité de l’identification spéculative de la pensée et de l’effectif aura permis de dépasser. Abstraction faite de son caractère grossièrement schématique, le parallèle nous présente, par une image simple, la manière dont « l’ontologie » et la « réflexion » constituent autant de moments et d’étapes nécessaires à la progressive maturation du discours philosophique. Avant d’accéder à l’âge mûr, la « vraie philosophie » idéaliste aura d’abord dû mettre en question les catégories naïvement réalistes héritées de son enfance. Et s’il est vrai, comme nous l’apprend un autre type de discours (psychanalytique), que nous ne sortons jamais complètement de l’enfance, il ne sert à rien de vouloir radicalement la critiquer. En faisant en sorte que sa logique spéculative « prenne la place » de la métaphysique d’autrefois, il s’agit bien pour Hegel de liquider avec toute la patience requise du concept l’ontologie classique, au lieu de la refouler brutalement et d’encourir le risque de son retour.


Impasse de « l’idéalisme subjectif »


Au cœur de la deuxième partie se trouve une discussion serrée du rapport, mêlé d’admiration et de réticence, qu’entretient l’hégélianisme avec le projet fichtéen d’une « doctrine de la science ». Hegel a clairement fait sien l’appel lancé par Fichte en vue d’une « autoréflexion » du kantisme. Là où Kant, dans les limites imparties par son analytique transcendantale, en restait au niveau d’une réflexion qui mettait au jour les catégories de l’entendement susceptibles d’être appliquées dans notre connaissance du monde, Fichte franchit le pas supplémentaire d’une « ‘réflexion au carré’ qui caractérise en propre le projet de l’idéalisme allemand » (p. 104). Pour Tinland, plus qu’au statut problématique de la « chose en soi » chez Kant, c’est en effet au déficit de réflexivité de la Critique de la raison pure que les « idéalistes allemands » voulurent en premier lieu s’attaquer.
Bien que Hegel ait directement hérité, selon ses propres termes, de cette « révolution philosophique opérée en Allemagne », il entend aussi, comme Fichte avant lui vis-à-vis de Kant, se détacher de la « lettre doctrinale » du fichtéanisme pour mieux s’inspirer de son « esprit spéculatif ». En accord sur ce point avec le jeune Schelling, il objecte que la « doctrine de la science » pourrait bien en bout de course s’achopper sur un « dogmatisme subjectif » ayant pour seul principe « l’assurance » (Versicherung) vide et indémontrable d’un Moi absolu. Le « dogmatisme subjectif » de la philosophie idéaliste moderne et le « dogmatisme objectif » de l’ancienne métaphysique seraient alors renvoyés dos à dos. Or c’est justement sur fond de soupçon à l’encontre d’un Moi « haïssable » (pour reprendre la formule pascalienne citée par l’auteur) que Hegel a été en mesure de devenir véritablement hégélien. L’une de ses innovations philosophiques majeures, comme le montre Tinland, réside dans l’hypothèse, paradoxale, d’un « soi immanent au contenu », c’est-à-dire d’une réflexivité au travail en deçà de la conscience subjective. Le glorieux sujet moderne, tombant de son piédestal, se trouve ainsi « finitisé » ou encore « hétéronomisé ». Tinland rappelle à ce propos la place charnière qu’occupe la Phénoménologie de l’esprit dans la trajectoire de Hegel. En écho critique à la doctrine fichtéenne de la science, la « science de l’expérience de la conscience » en laquelle consiste la Phénoménologie a notamment pour effet de « décentrer » la conscience idéaliste vis-à-vis de ses certitudes soi-disant absolues. Lors du parcours phénoménologique, la raison idéaliste apprend à ses dépens que « ce qu’ prend pour une position absolue n’est en réalité que la résultante déterminée d’une négativité à l’œuvre dans les strates enfouies de la conscience s’affirmant abstraitement comme raison » (p. 146).

En traitant des objections adressées par Hegel à « l’idéalisme subjectif » de Fichte, Tinland nous donne un premier aperçu de ce que le philosophe souabe entend par « l’idéalité ». Comprise en son sens spécifiquement hégélien, l’idéalité désigne la « non-réalité de tout point de vue fini en regard de la totalité du processus dialectique qui le sous-tend » (p. 135). L’idéalité conçue comme finité du fini, l’idée dont l’absoluité est le parfait synonyme de la réflexivité du relatif, du relatif qui se relativise en se pensant comme tel, contient en elle une critique puissante parce qu’immanente du couple de frères ennemis que forment malgré eux le « dogmatisme subjectif » et le « dogmatisme objectif » (ou encore : « l’idéalisme subjectif » et « l’idéalisme objectif »). L’un et l’autre élèvent indûment au rang de principes tantôt la conscience subjective, tantôt la réalité objective, alors que ces principes prétendument infinis ne sont en vérité que des « moments » relatifs et finis d’un même processus « idéel » plus large qui prend chez Hegel le nom (trop bien connu pour être véritablement connu) de « dialectique ». Toutefois, la relativisation du fini ne désigne encore que le « côté négativement-rationnel » de la dialectique, côté sur lequel Tinland peut s’appuyer quand il qualifie l’hégélianisme d’« ambitieuse critique autoréflexive de la métaphysique » (p. 9). À cela s’ajoute le « côté rationnellement-positif » [1] de l’idée dialectique, auquel la dernière partie de l’ouvrage est consacrée. L’exercice relève de la gageure quand on sait que Hegel lui-même y voyait la part de la « vraie philosophie » la plus « mystérieuse » et la plus difficile d’accès à notre pensée trop humaine d’entendement.


L’« idéalisme absolu »


Tinland surmonte la difficulté en revenant sur la polémique avec Schelling. Les deux camarades de Tübingen ont très tôt partagé une définition commune de l’absolu (qui seul est vrai !) comme « indifférence totale du subjectif et de l’objectif ». Rien d’étonnant donc à ce que Hegel perçoive en la philosophie schellingienne un « idéalisme absolu ». Mais la louange s’avère, comme souvent chez lui, à double tranchant. Car Schelling représente la « dernière philosophie » … avant la sienne, dans la mesure où, par défaut de méthode, sa conception de l’absolu ne fait encore qu’abstraitement « juxtaposer » l’un à côté de l’autre les termes pourtant constitutifs et vivants de la contradiction qu’est fondamentalement l’idée absolue. Là contre, Hegel maintient que la dialectique de l’idée n’est pas une méthode quelconque en vue de s’acheminer vers une science encore à faire, mais bien la méthode de la science en train de se faire. Il peut alors développer, en guise de substitut à la traditionnelle « théodicée », une « épistémodicée » (dixit Tinland). Le but de cette dernière, but ancré à même sa démarche, est de patiemment expliciter l’ensemble des conditions de possibilité d’un discours philosophique vrai sur le monde tant naturel qu’historique. Ce discours, Hegel le déroule tout au long de sa Realphilosophie, c’est-à-dire de sa philosophie de la nature et de sa philosophie de l’esprit. Ainsi l’idée logique, qui servait de point d’amorce au système encyclopédique, fournit en même temps « la clé spéculative d’une autoréflexion conséquente de la rationalité à l’œuvre dans l’activité philosophique » (p. 224) en ses différents domaines (philosophie de la nature, anthropologie, psychologie, théorie sociale et politique, esthétique, philosophie de la religion).


L’idéalisme hégélien aujourd’hui


Que faire alors aujourd’hui, sur une scène philosophique où les principaux acteurs se disent volontiers « non-métaphysiciens », voire « post-métaphysiciens », de l’« idéalisme hégélien » ? Tinland n’aborde pas de front la question, réservant sa réponse à un ouvrage ultérieur, mais les résultats qu’il nous livre creusent d’ores et déjà des pistes prometteuses. Sur le versant « négatif » de la dialectique, l’hégélianisme offre une formidable machine de guerre contre les dogmatismes métaphysiques, qu’ils soient d’obédience objectiviste ou subjectiviste, et contre leurs prétentions respectives à fonder le réel sur un seul et même principe (l’idée-chose ou l’idée-sujet). À ce titre, sa critique immanente de la métaphysique n’a rien à envier à la destruction heideggerienne, ni à la déconstruction derridienne ni même à la dialectique adornienne du non-identique.

Sur le versant « positif » de l’idée dialectique, les choses – comme tend à le suggérer Tinland – paraissent plus compliquées. Mais il suffit par exemple de se rappeler l’opération de dépouillement, rendue possible par l’hégélianisme, d’un Moi qui, sous ses habits d’absoluité, parade en fait nu, pour se convaincre également de ses apports positifs. Le thème spéculatif d’une « pensée objective » [2], qu’entrouvre la Science de la logique, s’écarte de l’ontologie classique et de son réalisme enfantin, sans pour cela basculer dans une capricieuse « métaphysique de la subjectivité ». Il annonce sur bien des points les tentatives contemporaines (néo-freudienne, post-wittgensteinienne) de saisir, à revers du « je pense » de la tradition cartésienne et kantienne, la complexité autrement plus fructueuse du « ça pense ».

Dans un passage de la troisième partie, Tinland signale l’hypothèse, en apparence farfelue, d’un « idéalisme animal » chez Hegel qui vient en fait corroborer le motif spéculatif d’une « pensée objective » : si les êtres vivants n’ont pas des idées (au sens de représentations mentales), ils sont par contre la manifestation en acte de l’idée (en son sens typiquement hégélien). Autrement dit, avec Hegel, la conscience de soi, l’homme, l’esprit perdent le monopole de l’idée, qui, en tant que structure logique, trouve dès lors à se manifester dans d’autres formes de vie (naturelle et socio-historique) que celle de la subjectivité. En cela, comme l’écrit Tinland, « l’idéalisme absolu n’est pas d’abord un style de pensée, mais une manière d’être caractéristique des étants finis, une certaine façon de se tenir dans la réalité – ou plutôt comme réalité – sur le mode de la présence ‘idéelle’ » (p. 176).

À mille lieux donc du reproche de « spiritualisme » qui lui a si souvent et si injustement été adressé, l’hégélianisme pourrait bien avoir quelque air de famille avec, par exemple, « l’humanisme naturaliste » d’un John Dewey ou du jeune Marx. On peut d’ailleurs regretter que Tinland, en se focalisant surtout sur sa dimension théorétique, néglige l’aspect pratique (pour ne pas dire pragmatiste avant la lettre) de l’idéalisme hégélien [3]. Hegel avait pourtant fait dépendre la vérité de son idéalisme de formes même inchoatives d’« activité » et de « volonté libre », par opposition à la fausseté non-philosophique de la position réaliste qu’induit subrepticement la conscience théorique [4]. Il pouvait ainsi déclarer que « l’animal, déjà, n’a plus cette philosophie réaliste car il consomme les choses et démontre par là qu’elles ne sont pas absolument subsistantes par soi » [5]. Au demeurant, c’est de cette part de vérité contenue dans l’insistance propre à l’idéalisme sur « l’aspect actif » – que se réclameront, à leur manière, tant Marx (dans la première des Thèses sur Feuerbach) que Dewey (en développant contre celle du spectateur une théorie épistémologique de l’acteur-participant).
Que l’animal pratique une philosophie idéaliste, voilà qui rend plus net encore le tour de force effectué par Hegel lorsqu’il identifie la « vraie philosophie » à son idéalisme. Non pas au sens où la philosophie aurait d’abord affaire à des idées qui, une fois appliquées à la diversité du réel, correspondrait ensuite comme par miracle avec lui, mais au sens où l’idée dont le système philosophique se veut l’auto-exposition méthodique à travers la diversité de ses manifestations désigne le processus de vérification (ou d’effectuation) au travail dans le réel. Tinland mentionne en note que « l’idéalisme absolu » de Hegel mériterait pour cette raison, en la compagnie prestigieuse de Platon, l’appellation (non encore officialisée) d’« hyperréaliste » (p. 202). Avec la particularité notoire que cet « hyperréalisme » évacue d’emblée toute philosophie réaliste. Sous une perspective hégélienne, cette dernière relève en effet du même oxymore qu’une peinture réaliste. Au nom d’une réalité prétendument pure, la philosophie réaliste et la peinture réaliste tendent à nier, de manière contradictoire, leur propre activité qui consiste à expliquer philosophiquement et à peindre artistiquement le réel. Il ne peut en toute rigueur y avoir de philosophie ni de peinture réaliste, dans la mesure où la ‘réalité’ visée par le réalisme renverrait à des faits bruts, immédiatement donnés, que l’activité philosophique et picturale laisse tout sauf intacts. Pour Hegel, tout réalisme est un « idéalisme objectif » inconséquent (inconséquent parce qu’il s’ignore en tant qu’idéalisme), de la même façon que l’« idéalisme subjectif » ne fait en définitive qu’établir un dogme nouveau, celui d’un « réalisme de la subjectivité » (p. 193).


Nos proches origines hégéliennes


L’auteur reste pourtant moins enthousiaste (ou plus prudent) que son lecteur. Dans le bref épilogue qui clôt l’ouvrage, Tinland demande, parmi une série d’autres questions : « Peut-on encore tirer des bénéfices spéculatifs substantiels du paradigme autoréflexif tel que Hegel l’a défini, sans avoir à assumer, de manière plus ou moins explicite, le lourd fardeau de sa métaphysique de l’idée absolue ? » (p. 236). La question taraude l’esprit de celles et ceux qui, aujourd’hui, souhaitent prolonger le geste hégélien. À suivre les débats récents sur « l’actualisation » de l’hégélianisme, il semble que le problème ait au départ été mal posé sous la forme d’une alternative tranchée : Hegel avec ou sans la métaphysique, comme s’il s’agissait tout bonnement de séparer le bon grain de sa pensée dialectique de son ivraie métaphysique [6]. Face à cette alternative stérile, la recherche de Tinland marque une claire avancée en nous montrant en quoi l’idéalisme hégélien ne signifie pas une rechute dans « l’ancienne métaphysique » pré-kantienne et comment sa méthode « explicitative » réussit à prendre définitivement congé des tentatives de « fonder » ultimement le réel sur un quelconque principe.

Sans préjuger de ses prochaines publications [7], l’étude de Tinland laisse cependant en suspens la question essentielle de savoir si nous partageons encore les enjeux du « champ de bataille » sur les ruines duquel s’édifia le système hégélien. Sommes-nous toujours intéressés par la querelle entre objectivisme et subjectivisme ? On peut en douter [8]. Ce doute n’implique cela dit pas de cantonner Hegel aux grimoires d’histoire de la philosophie. Par sa manière proprement dialectique de conserver et de surmonter tout à la fois les termes de la querelle qui tirailla la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, l’hégélianisme en est venu à endosser un rôle de transition entre la pensée moderne et la pensée contemporaine. Transition qui est intimement liée à l’« accomplissement » qu’il a voulu produire en critiquant et transformant à la fois les métaphysiques (« métaphysique de l’objectivité » et « métaphysique de la subjectivité ») qui le précèdent [9]. Pour le dire succinctement, Hegel aura, d’une part, rendu possible un « apaisement » du discours philosophique jusqu’alors pris dans une « oscillation intenable » [10] entre l’idée-chose et l’idée-sujet, entre ontologie et réflexion, entre réalisme et criticisme. Mais, d’autre part, il aura dans un même élan ouvert la philosophie à des problématiques nouvelles, encore à explorer, parmi lesquelles le thème d’une « pensée objective », avec ses multiples répercussions, apparaît comme l’un des plus saillants.

On connaît le mot fameux de Merleau-Ponty : « Hegel est à l’origine de tout ce qui s’est fait de grand en philosophie depuis un siècle ». On oublie trop souvent de relever le motif pour lequel, selon lui, la pensée contemporaine s’origine dans l’hégélianisme. C’est que, ajoutait Merleau-Ponty, « Hegel inaugure la tentative d’explorer l’irrationnel et l’intégrer à une raison élargie qui reste la tâche de notre siècle » [11]. Plutôt que sur l’axe strictement épistémologique du sujet et de l’objet, ne serait-ce pas sur celui plus vaste d’une raison philosophique qui, sans rien sacrifier de la rigueur méthodique de son discours, s’élargit en se confrontant à ses autres – que se jouerait depuis deux siècles la contemporanéité de l’hégélianisme ? La raison philosophique face à ses autres, que cette altérité soit celle de la nature, de l’histoire ou d’autres types de discours (l’art, la religion, les sciences), a en effet acquis un statut de leitmotiv dans la pensée contemporaine. Or, ce leitmotiv, Hegel aura été l’un des premiers à l’orchestrer. Quoi qu’aient pu en dire certains de ses héritiers ingrats [12], son système n’a rien d’une totalité close, hermétique, fermée sur elle-même. L’image d’un « cercle des cercles », dont le philosophe berlinois fait parfois usage pour représenter l’idée dialectique, n’équivaut pas à un impossible encerclement de la pensée, mais au mouvement immanent à la pensée. Le mouvement dialectique de l’idée est ce par quoi la pensée est sans cesse poussée à entamer de nouvelles circonvolutions autour de ses objets, qui, à leur tour, pris par cette dynamique, sont tout sauf des points fixes et immobiles. Un extrait de l’Encyclopédie cité par Tinland confirme cette dynamique indissociable de la pensée et de ses objets : « l’idée est elle-même la dialectique qui éternellement sépare et différencie l’identique à soi du différent » (p. 200).

Notre désintérêt contemporain, en grande partie dû à Hegel, pour les débats autour du sujet et de l’objet n’enlève cependant rien à la pertinence des résultats obtenus par Tinland dans son étude. Ces résultats demeurent salutaires face aux résurgences toujours possibles des vieilles querelles métaphysiques. L’idéalisme hégélien garde de précieux effets thérapeutiques en réponse au faux problème que continuent de poser, ici et là, dans des formulations nouvelles, les liens de l’esprit et du monde [13]. Mais l’efficacité du remède hégélien doit surtout nous inciter à en rechercher plus profondément, plus positivement, la composition. Elle résiderait, en somme, dans son abandon de la conception classique de la vérité en termes de correspondance entre la connaissance et l’objet (que cette correspondance soit du ressort du sujet connaissant ou de l’objet de la connaissance), au profit de « l’idée vraie » comme congruence immanente de l’idéel et du réel. Où « l’idée vraie », conformément au thème spéculatif de la « pensée objective », n’est pas une « idée du vrai », une simple représentation subjective que nous apposerions sur une réalité extérieure, mais « le vrai comme tel », le travail de vérification dont le réel est animé. Dans son livre, Tinland n’insiste pas plus longuement sur la radicale nouveauté que représentent les notions d’ « idée vraie » et de « congruence » chez Hegel, même s’il en offre, au passage, un commentaire éclairant et stimulant : « L’idée hégélienne ne ‘correspond’ à rien, puisque c’est en elle que se définissent les coordonnées conceptuelles présidant à l’établissement [de] toute correspondance : aussi la vérité qu’elle incarne ne saurait-elle être définie communément comme ‘l’accord d’un objet avec notre représentation’, mais plus énigmatiquement, comme ‘accord d’un contenu avec lui-même’ » (p. 201).

Le caractère « énigmatique » d’un contenu réel qui, sous couvert de « l’idée vraie », s’avère en accord avec lui-même ouvre le discours philosophique à une « philosophie du réel » (Realphilosophie), à une enquête méthodique sur la « vérité » des différentes formes d’existence [14]. La « vraie philosophie » à laquelle nous invite Hegel après nous avoir « apaisés » des querelles métaphysiques d’antan n’est autre qu’un discours mettant systématiquement à l’épreuve les diverses façons pour l’idéel et le réel de « congruer ». Une telle investigation philosophique porterait, parmi d’autres choses (la liste, non-exhaustive, de ces objets de pensée est à retrouver dans les différentes parties du système), sur les manières dont un animal parvient à se maintenir en vie, sur les liens qui se tissent entre des amis leur permettant de « se connaître soi-même dans l’autre », sur les rapports que la constitution politique d’un État entretient avec les citoyens qui en animent les structures institutionnelles … Ces modes multiples de « congruence » se caractérisent en outre par leur structure « contradictoire », par leur conflictualité constitutive (qui s’exprime dans la mort de l’animal, les disputes entre amis, la crise de légitimité de l’État). Le fait de « congruer » n’a rien d’une belle unité immédiate ou préétablie entre l’idéel et le réel, mais témoigne au contraire de l’écart, de la faille, du manquement, bref de la « négativité », qui conditionne tout processus de vérification. C’est sans doute par son attention portée au « négatif » que l’idéalisme hégélien, malgré son « hyperréalisme », échappe à un certain platonisme. Et c’est en tout cas d’elle que partiront les « jeunes hégéliens » et d’autres après eux pour développer à leur tour un discours critique sur ce qui existe (ou plutôt : sur ce qui prétend exister mais ne parvient pas à se maintenir dans sa propre contradiction). En ce sens, les « jeunes hégéliens » sont plus « métaphysiciens » qu’on ne le croit d’habitude [15]. Marx, par exemple, contestait moins l’idéalisme de Hegel que l’abstraction de son idéalisme, par quoi il visait la difficulté de sa logique spéculative à se convertir en « philosophie du réel ».

Les partisans actuels de ce type de philosophie devraient-ils pour autant arborer fièrement la bannière de « l’idéalisme », avec le risque de raviver chez leurs adversaires les vieilles querelles associées à ce mot lui aussi devenu vieux ? Pas nécessairement. Peut-être le temps est-il venu d’assumer résolument nos origines hégéliennes et d’entériner la nouvelle expression d’« hyperréalisme critique » dans notre vocabulaire philosophique.

Notes

[1Sur le double versant, négatif et positif, de la dialectique, voir Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé, Paris, Vrin, 2012, § 79, p. 167.
[2Ibid., remarque au § 24, p. 115 : « Qu’il y a de l’entendement, de la raison dans le monde, cela veut dire la même chose que ce que contient l’expression : ‘pensée objective’. Mais cette expression n’est pas commode, précisément parce que le terme de ‘pensée’ n’est employé trop couramment que comme renvoyant à l’esprit, à la conscience, et que celui d’ ‘objectif’, de même, n’est employé avant tout qu’à propos de ce qui ne relève pas de l’esprit ».
[3La chose est d’autant plus regrettable que Tinland a co-dirigé un passionnant numéro de revue consacré à Hegel pragmatiste ? (Philosophie, n° 99, 2008).
[4Hegel, Principes de la philosophie du droit, Paris, PUF, 2013, remarque au § 44, p. 191-192 : « Si pour la conscience, pour l’intuition et la représentation, les prétendues choses extérieures ont l’apparence de la subsistance par soi, la volonté libre est en revanche l’idéalisme, la vérité d’une telle effectivité ».
[5Ibid., addition au § 44, p. 617.
[6Voir à ce sujet l’utile mise au point que constitue l’ouvrage collectif J.-F. Kervégan et B. Mabille (dir.), Hegel au présent. Une relève de la métaphysique ?, Paris, CNRS-éditions, 2012.
[7Signalons déjà son article « Hegel et l’épuisement du réalisme », in J.-F. Kervégan et B. Mabille (dir.), Hegel au présent, op. cit., p. 423-436, où Tinland examine, de manière encore programmatique, la possibilité d’un « réalisme post-hégélien ».
[8C’est ce doute qu’a exprimé notamment Richard Rorty dans L’homme spéculaire (Paris, Seuil, 1990) et qui l’a conduit à abandonner tout projet néo-kantien de « théorie de la reconnaissance ».
[9Dans sa contribution à l’ouvrage collectif précité (J.-F. Kervégan et B. Mabille (dir.), Hegel au présent, p. 51-64), Franco Chiereghin évoque la « mort » et la « transfiguration » de la métaphysique chez Hegel. Expressions à connotation théologique que ce dernier n’aurait d’ailleurs nullement reniée.
[10Les formulations sont empruntées à John McDowell et à son programme, à bien des égards « néo-hégélien », en philosophie de l’esprit et de la connaissance, exposé dans L’esprit et le monde (Paris, Vrin, 2007).
[11M. Merleau-Ponty, Sens et non-sens, Paris, Nagel, 1966, p. 109.
[12Ibid., p. 110 : « il n’y a pas, dans l’ordre de la culture, de tâche plus urgente que de relier à leur origine hégélienne les doctrines ingrates qui cherchent à l’oublier ».c
[13Voir par exemple la manière dont McDowell, dans L’esprit et le monde, retraduit la querelle de l’objectivisme et du subjectivisme sur le terrain de la philosophie analytique contemporaine.
[14Tinland résume très justement l’idéalisme hégélien à « l’étude génétique du partage multiple qui s’instaure entre l’idéel et le réel et de leur identification au sein d’un unique processus d’auto-engendrement de la vérité » (p. 205).
[15Voir la démonstration livrée par Jean-Francçois Kervégan pour le « jeune hégélien » que demeure Habermas dans « Une pensée non-métaphysique de l’action », in J.-F. Kervégan et B. Mabille, Hegel au présent ?, op. cit., 283-309.
Louis Carré, « Pourquoi encore l’idéalisme ? », La Vie des idées , 12 décembre 2013. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Pourquoi-encore-l-idealisme.html 
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Chrétiens d’Orient & Arméniens : la Clé des élections US & françaises !




Nouvelle passée pour ainsi dire inaperçue : Deux chrétiens d’Orient ont été nommés conseillers de Trump chargés du Proche-Orient. À quoi est dû ce choix ? & si cela était dû au fait que c’est autant des communautés chrétiennes d’Orient que du vote afro-américain qu’est venu la bascule en faveur de Trump. Un exemple à méditer, en France, pour 2017…


La nouvelle aura surpris plus d’un observateur : au moins deux chrétiens appartenant à des Églises orientales et membre du Trump American Middle East Advisory Committee (AMCT, la Commission de conseillers chargée du Proche-Orient nommée par Donald J. Trump), viennent d’être nommés conseillers du président pour les questions du Levant & du Proche-Orient : le Pr. Gabriel Sawma et David William Lazar.

Comment analyser un choix qui, évidemment, ne doit rien au hasard ?

Un petit retour en arrière s’impose.

Le Trump American Middle East Advisory Committee (AMCT) bénéficie du soutien de l’American Middle East Coalition for Trump, qui a été créé au cours de la campagne électorale afin de recueillir le soutien des électeurs appartenant à des groupes ethniques et/ou religieux ayant leurs racines au Proche-Orient (arméniens, arabes, chî’îtes, sunnites, kurdes, coptes, maronites, syriaques, assyriens, chaldéens, melkites et juifs).

L’AMCT a donc patiemment et durablement fait campagne pour Trump appelant les communautés énumérées ci-dessus à faire le choix du candidat républicain.

D’ores et déjà, on peut affirmer que cette stratégie  a réussi à toucher et faire basculer un nombre important des membres des communautés arabo-américaines, comme les media les désignent1, et des communautés chrétiennes d’Orient. Soit plus deux millions de citoyens américains de plein droit, pour ce qui est du public visé.
À titre indicatif, pour ne parler que d’eux, on notera que sur les 1.697.570 Arabo-Américains recensés en 2010, 501.907 sont des Libano-Américains.

À savoir également que sur l’ensemble de ces Arabo-Américains, 25% sont catholiques, 18% orthodoxes et 10% protestants. Que donc 63% de ces personnes répertoriées comme Arabo-Américaines ont en commun la foi en Jésus-Christ, notre sauveur.
Si nous prenons l’autre grande communauté de Chrétiens originaires d’Orient installée aux États-Unis, les Amerikahayer, ou Américano-Arméniens, l’American Community Survey de 2011 estimait leur nombre à 483.366. Chiffre considéré comme peu sérieux par la plupart des analystes et estimé entre 800.000 et 1.500.000 Armenian-Americans par d’autres observateurs.
L’AMCT a également des liens avec le lobby East Africans for Trump de Seyoum Laban de Ibrahim Beja.

D’ores et déjà, il a été clairement établi qu’un nombré élevé d’Afro-Américains et d’Hispaniques n’ont pas suivi le Trump bashing mis en place par le staff Clinton et ont reporté leurs voix sur le candidat républicain.

Mais, ne convient-il pas de s’interroger : ne seraient-ce pas davantage les votes venant des communautés (dites) arabo-américaines et chrétiennes d’Orient, extrêmement organisées et motivées, qui ont assuré la bascule ce 8 novembre 2016 ?
Car, en terme de lobbying et de poids électoral, l’AMCT ça n’est pas rien !

Composé de 14 personnes (dont également Eblan Y. Farris, John Hajjar, Paul El-hindi, William Youmaran, Vedat Gurtan, Sal Saygin Simsek, Mike Korbey, Hossein Khorram, Tariq I. Ismail, Hooshang Nematzadeh, Nahid M. Hyde, Karim T. Hindi et Philip Abirached) figurent parmi elles :

le Pr. Gabriel Sawma, né à Beyrouth, enseignant d’Études moyen-orientales à la Fairleigh Dickinson University,
le chrétien assyrien David William Lazar, né en Irak2.


Hommes que le président américain nouvellement élu, Donald J. Trump, vient de sélectionner (parmi une foultitude d’autres possibilités, on s’en doute) pour qu’ils l’éclairent dans sa gestion des Affaires du Levant et d’Orient. Questions pour lesquelles le nouveau président, entendant réparer les décennies d’erreur de ces prédécesseurs, n’a pas fait ses choix sans avoir mûrement pesé le pour et le contre…

Ce choix (les chiens ne font pas des chats) confirment donc l’extrême fiabilité et fidélité de communautés parfaitement intégrés – et aussi américaines que les descendants des Pères fondateurs des 13 colonies – Trump qui a, par ailleurs à longuement rencontré la communauté arménienne, ne s’y est pas trompé.

Beaucoup s’interrogent sur ce qui, parmi les éléments de la victoire de Trump est duplicable dans la perspective de 2017.
Notre avis est que, sans doute, possible, le choix de s’appuyer sur nos communautés chrétiennes d’Orient – qu’elles soient arménienne, assyro-chaldéennes – est :

1- ce levier qui fera basculer le pays vers sa renaissance.
2- ce levain d’où sortira, aux côtés d’autres Français tout aussi intensément patriotes, la génération de ceux qui feront la France libre de demain.


À condition bien sûr que, du côté des dirigeants politiques à qui ces décisions incombent, on sache s’organiser en direction des ces communautés.

Précisons que l’une des grandes particularités de la France est qu’elle a su accueillir les Arméniens, au lendemain du génocide arménien de 1915-1920, et que ces derniers, indo-européens, ont eu la « reconnaissance du ventre » en s’intégrant et en devenant des français patriotes de premier ordre, constituant également la communauté de chrétiens d’Orient la plus importante sur le plan démographique.

Aujourd’hui, les Franco-Arméniens représentent une élite de premier ordre, comptant parmi ses membres des chefs d’entreprises, expert-comptables, avocats, magistrats, médecins, journalistes, artistes, et bien entendu des politiques.

Bien que se réclamant français avant tout autre chose, voilà une communauté parfaitement intégrée à la société française, mais qui a su, avec la discrétion qui la caractérise, préserver sa culture et ses traditions, la partageant dans un esprit de convivialité sans en imposer les diktats.

Viscéralement attachés à leur pays d’accueil, choisi principalement en raison de ses racines judéo-chrétiennes, l’on peut légitimement penser et croire que la communauté arménienne de France, comme tous les chrétiens d’Orient soucieux de préserver leur foi, sauront s’allier au parti de la rose bleue sans épine, afin que le rouge cesse de couler dans les rives de l’Euphrate d’hier, pour la Seine d’aujourd’hui.

Quant à nous, nous saurons les compter parmi nos rangs comme de loyaux patriotes et leur apporter la protection qu’ils méritent et dont nos gouvernements d’antan, les ont lâchement et délibérément privés, pour ne pas voir se fermer la Sublime Porte, qui n’en est plus une : aujourd’hui la Turquie ne saurait faire ce chantage odieux pour éteindre à nouveau nos fidèles compatriotes, et nous nous érigerons contre toute tentative d’extermination des Arméniens, et des chrétiens d’Orient d’Occident de manière générale.

Les chrétiens d’Orient seront probablement les acteurs incontournables de la paix dans le monde, car seuls eux plus que les catholiques de Rome, connaissent nos ennemis communs, et savent les combattre, dans une lutte armée si nécessaire.

Chrétiens d’Orient, Arméniens de France, nous comptons sur vous, comme vous pourrez compter sur nous, unis dans la même foi, dans le même combat, et dans une France que nous aimons et qui nous ressemble. Amen.

Notes

1 Terme relativement arbitraire : beaucoup n’étant pas ethniquement arabes et certaines n’étant même pas arabophones… 2 Préside l’American Mesopotamian Organization (AMO), ayant son siège en Californie.

Le Hizb Allah montre ses muscles à Qussayr




La guerre est aussi une question de communication, de tension dialectique. Que déduire du déploiement de matériels roulants par le Hizb Allah, dans la bonne ville de Qussayr ? Probablement, moins et plus qu’on le croit. Même si les spécialistes auront scruté tout ça à la loupe

Comme disait un homme politiques de droite : « On est toujours plus efficace, en mettant de la dynamite dans une boite de chocolat, qu’en mettant des chocolats dans un caisse de dynamite ! ».

D’une certaine manière, les dirigeants du Hizb – qu’il s’agisse de secrétaire général du Hizb Allah, Sayyed Hassan Nasrallâh, ou du secrétaire général adjoint, Cheikh Na’ïm Qâssem – auront choisi la voie médiane. Autrement dit : en montrer pas mal, en ne montrant pas tout.

Autre message Hizbi et orbi : le show se tenait sur sol syrien. Soit dit en passant la première parade militaire organisée hors du sol national libanais. Pas un hasard non plus.
Une manière de rappeler :

1- la présence massive du Hizb Allah, aux cotés de l’ Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)1;
2- le fait que l’alliance Hizb-Téhéran-Damas, ne comptait pas pour du beurre ;
3- que Trump ou pas Trump (faisant ami-ami avec Poutine ou pas) : ce qui comptait c’était bien la présence de l’Iran et de ses forces liges aux côtés du président syrien, le Dr. Bachar el-Assad.
4- last but not least, le message s’adressait aussi au voisin israélien (plus à sa population qu’à son establishment militaire d’ailleurs qui sait mieux à quoi s’en tenir).

Sinon, que nous ont montré les paramilitaires chî’îtes ?
  • des chars T-72 avec blindages réactifs. Donc à même de tenir le choc face à une partie des armes antichars mises à disposition de Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)2, Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām3, et Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête)4, pour être complet.
  • Des affûts mobiles KS-12A.
  • Des M113. La plupart remis à niveau avec des bitubes de 23 mm. Mais dépourvus en revanche de blindages réactifs ou autres.
  • Des antichars russe 9M133 Kornet (code OTAN AT-14 Spriggan). En veux-tu : en voilà. Montés sur une variétés de matériels roulants.
  • Du BMP, dans plusieurs versions.
  • Des 4×4 légers, souvent armés de Kornet.
Que déduire de ce déploiement ?

Primo qu’il était massif, ce qui a fait dire au Cheikh Na’ïm Qâssem, auteur rappelons-le de : Hizb Allah : La voie, l’expérience, l’avenir, Beyrouth5, notamment dans lequel il a théorisé le discours polémologique de son parti, interrogé par As-Safir, que le Hizb n’était « plus seulement une milice », mais une force militaire à prendre en considération ?

À bon entendeur, salut.

Quant à la nature des matériels, le plus alarmant pour tout adversaire potentiel du Hizb Allah reste la profusion d’antichars Kornet, véritables ouvre-boites à blindés sur roues ou à chenilles.
Idem pour les T-72. En revanche pas de T-90 à l’horizon. Ce alors qu’une partie de ceux fournis à l’AAS restent opérés par des Pâsdâran, ou des militaires iraniens, formés de longtemps à ce type de matériel.

L’origine des M113 laisse perplexe beaucoup d’analystes.
À tort, en fait.

Ce type d’engins est omniprésent dans la région depuis les années 1980 : Tsahal, armée libanaise, armée irakienne et même Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām, qui en aurait perdu un certain nombre, en août 2014, du coté d’Arsal.

En fait, la plupart de ceux en dotation au sein du Hizb, sont des prises de guerre auprès de l’Armée du Liban Sud (ALS, ou Al-Jayš al-Lubnān al-Janūbiyy/Tzva Drom Levanon, Tzadal), fortement équipés en M113 par Israël, du temps où cette milice servait de force-tampon au nord d’Israël.

Donc une fois encore, toute allégation de matériels fournis par Jérusalem au… Hizb Allah pour lutter contre les vaillants soldats de l’Islam (sic)que l’on rencontrera éventuellement sur des sites pro DA’ECH ne tiennent évidemment pas la route.

Notes

1 Armée arabe syrienne.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
4 Coalition articulée autour d’an-Nusrah li-Ahl ach-Chām (Front Al-Nosra), le bras armé d’Al-Qaïda en Syrie. Se compose, pour être complet, de : Ahrār ach-Chām (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), Jund al-Aqsa (Les soldats de Jérusalem), Liwāʾ al-Haqq, Jayš al-Sunna, Ajnad ach-Chām et de la Légion de Cham.
5 Albouraq, 2008, 376 p. Titre original : Hizbullah. Al-Manhaj, al-Tajriba, al-Mustaqbal, paru chez Dār al-Hādī, 2008, 423 p.

Palestine : le peuple oublié commémore la mort d’Arafat




11 novembre 2004 le président Arafat disparaissait. 11 novembre 2016, une commémoration sans épaisseur a été faite par le président Abou Maizen qui a déclaré à cette occasion qu’il connaissait l’assassin de Arafat, mais qu’il ne donnerait pas le nom car «une commission d’enquête est en train d’approfondir les choses, mais vous serez informés à la première occasion et serez surpris quand vous saurez qui l’a fait»! On peut se demander pourquoi il a fallu 12 ans pour confirmer qu’Arafat aurait été empoisonné et pourquoi le meurtrier ou le donneur d’ordres ne soit pas nommément désigné !!!

Pendant ce temps, les dirigeants palestiniens passent leur temps à commémorer. Les représentants du Front démocratique de libération de la Palestine (Fdlp) et du Front populaire de libération de la Palestine (Fplp) ont affirmé samedi 12 novembre à Alger, à l’occasion du 68e anniversaire de la «Nakba» (Catastrophe) que le droit du peuple palestinien au retour était «sacré». Les Palestiniens ont célébré aussi le mardi 15 novembre le 28e anniversaire de la proclamation de l’État de Palestine qui date du 15 novembre 1988 à Alger. A défaut d’une direction capable d’inverser le cours de l’histoire actuelle dans le sens de la légalité internationale, de jeunes Palestiniens traités de terroristes continuent de mourir et d’être emprisonnés pour avoir voulu être libres.


Des négociations de paix à l’arrêt


On aura tout dit des négociations sans conviction menées ça et là et qui échouent lamentablement. Déjà le 23 mars 2016 l’ONU avait annoncé une nouvelle initiative pour sortir les négociations de l’impasse. En juin ce sera l’initiative française de convoquer une conférence ignorée par Israël même. La Russie a proposé ses services en août; l’initiative a finalement été déclinée en bloc par Israël, qui préfère mener des négociations directes avec les Palestiniens, loin de toute pression internationale.

Le président Mahmoud Abbas n’a pas caché son souhait que la nouvelle administration américaine fasse quelque chose pour faire progresser le processus de paix. Le président élu des États-Unis, Donald Trump, avait déclaré: «Je pense que mon administration peut jouer un rôle important en aidant les parties à parvenir à une paix juste et durable, qui doit être négociée entre les parties elles-mêmes, et pas imposée par d’autres».

Netanyahu a félicité Trump, l’appelant un «véritable ami d’Israël». «Je suis certain que le nouveau président Trump et moi-même continuerons à renforcer l’alliance entre nos deux pays». Naftali Bennett, ministre israélien de l’Éducation qui s’est vanté d’avoir tué des Arabes, a salué l’arrivée de l’ère Trump. «La victoire de Trump est une opportunité pour Israël de retirer l’idée d’un État palestinien qui nuirait à notre sécurité et notre juste cause
En dépit de la malveillance israélienne, et malgré sa politique expansionniste et la vague de judaïsation visant El Qods, les Palestiniens résistent et finalement ont pu renforcer leur présence dans les structures internationales. Le pays devient membre de l’Organisation de coopération islamique depuis 1969, de la Ligue arabe depuis 1976 et de l’Unesco depuis 2011. Dans le cadre de sa stratégie de reconnaissance internationale, il acquiert également, en 2012, le statut d’observateur à l’ONU. En 2015, la Palestine devient le 123e membre de la Cour pénale internationale». Maigre consolation !


État des lieux du désespoir: la colonisation rouleau compresseur


Rien ne semble arrêter la détermination israélienne de judaïser Jérusalem et de récupérer la totalité de la cis Jordanie (ce qu’ils appellent la Judée Samarie ) ; Seules les organisations internationales essaient d’en appeler à la Justice pour freiner au moins la coopération avec l’État d’Israël. Ainsi la conférence de presse de lancement de la campagne pour la suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël aura lieu le mercredi 16 novembre. Elle est lancée conjointement par le Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens (qui regroupe 52 organisations), «Trop, c’est trop!».
Il faut saluer la prise de conscience de certaines composantes de la société israélienne qui dénoncent cette occupation. Le pouvoir israélien fait tout son possible pour les étouffer, les traduire en justice, voire même de les traiter de traitres . On apprend que plusieurs associations et ONG israéliennes qui sont contre la colonisation connaissent aussi des représailles de la part du pouvoir: «Ainsi, les interventions de l’ONG Breaking the Silence dans les écoles et les casernes ont été interdites. La seule manière d’obliger Israël à se conformer au droit international, d’imposer le respect des droits des Palestiniens, et de soutenir efficacement les courageux dissidents israéliens, est d’exercer des pressions internationales. «Trop, c’est trop!», lance une campagne pour la suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël. (…) Or il stipule que «toutes [ses] dispositions […] se fondent sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques» (…) En s’en tenant au droit international, l’Union européenne doit donc, par sa suspension, se conformer aux règles qu’elle a elle-même fixées».


La Palestine condamne la légalisation par Israël des colonies sauvages


Il ne se passe pas de mois sans que le gouvernement israélien mette en œuvre une initiative qui inexorablement grignote ce qui reste de la Palestine originelle. Encore une fois les Israéliens font ce qu’ils veulent et encore une fois l’Autorité nationale palestinienne fait le minimum syndical en condamnant du bout des lèvres . Cette fois le 14 novembre, c’est la décision du gouvernement de légaliser les colonies sauvages et d’interdire les appels à la prière par haut-parleur en Cisjordanie. Nabil Abu Rudeineh, conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas a également exprimé le «rejet total» de ces mesures par la Palestine et averti que l’ANP (Autorité Nationale Palestinienne) appellerait le Conseil de sécurité de l’ONU et tous les organismes internationaux à empêcher la mise en oeuvre de ces mesures israéliennes.


L’armée israélienne et son tableau de chasse nocturne,

La façon de briser la résistance à l’occupation est devenue une science L’objectif de faire de la prévention, de mater les jeunes Palestiniens de les repérer avant l’acte est devenue un savoir-faire d’Israël auquel se vantent de venir se ressourcer les services de police français qui veulent appliquer ces méthodes pour les territoires perdues de la république dans le jargon des hommes politiques français qu’ils soient de droite ou de gauche .

Gidéon Levy résume magistralement le mode opératoire de l’armée la plus morale du monde. «Tous les matins, sur son compte Twitter, l’armée israélienne décrit ses méfaits de la nuit précédente, avec une bonne dose de fierté. Décryptage: comment appelle-t-on un régime qui, chaque nuit, tire des personnes de leur lit? Comment qualifier les détentions de masse sans mandat? Comment définir les fouilles brutales de maisons en pleine nuit, dont certaines n’ont pour seul but que de faire des exercices d’entraînement? Comment appeler de telles actions perpétrées chaque nuit par l’armée, la police des frontières et le Shin Beth, service de sécurité intérieure israélien? Comment appeler un État au nom duquel ils agissent – une démocratie, la seule du Moyen-Orient? Se rappelle-t-on les sombres régimes, pense-t-on aux juntes latino-américaines? Bienvenue à l’occupation israélienne de la Cisjordanie, nuit après nuit, à quelques kilomètres de chez vous!».


La judaïsation rampante de Jérusalem : l’État israélien a un problème avec l’histoire et l’archéologie.


D’une façon têtue, l’État israélien veut faire dire à l’archéologie ce qu’elle ne peut pas dire. Il y a une différence capitale entre l’archéologie biblique qui participe avant tout d’une conviction qui veut que ce que ne confirment pas les récits de la Bible est due à une science incomplète qui doit forcément évoluer vers la confirmation des récits bibliques ; De ce fait, on creuse à titre d’exemple sous la mosquée d’El Aqsa pour retrouver des vestiges des royaumes juifs décrits dans la Bible en vain ! Beaucoup d’archéologues pour la plupart israéliens à l’instar des rédacteurs de la Bible dévoilée de l’archéologue Israël Finkelstein et de l’historien et archéologue Neil Asher Silberman ont tenu à s’écarter de l’archéologie biblique.


Aperçu sur le sionisme et son illustration : quel en est le moteur ?


En fait, tout est partie de la condition infra-humaine qui fut celle des Juifs en Europe globalement pendant deux millénaires . L’Église qui martèle qu’il n’y a pas de pitié à avoir avec les déicides ( les assassins du Christ) , a trouvé des bras vengeurs auprès de tous les pouvoirs. Rappelons-nous la Reconquista, les pogroms russes. Les juifs n’avaient pas le droit d’enterrer leurs morts à Paris, ils le faisaient de nuit extra –muros .

La seule époque où les Juifs s’épanouirent et donnèrent la mesure de leur talent fut celle vécue à l’ombre de la civilisation musulmane du 8e au 18e siècle. Graduellement en Europe on trouva d’autres griefs contre les Juifs, accusés d’accaparer l’argent et partant les rouages du pouvoir Des idéologues européens éclairés mirent en musique cela . Ce fut le credo des races supérieures, des Renan, Gobineau, Chamberlain … Et comme l’écrit si bien Sophie Bessis auteur d’un ouvrage L’Occident et les autres : «le Nazisme ne fut pas une singularité mais une filiation».

C’est dans cette atmosphère que naquit le sionisme et l’un de ses pères Théodore Herzl, journaliste autrichien eut une révélation en assistant en 1898 au procès du capitaine Dreyfus, juif accusé d’intelligence avec l’Allemagne. La grande intelligence du sionisme est d’avoir instrumenté la religion pour en faire une doctrine profane : le sionisme. .Une vingtaine d’années plus tard, Lord Balfour promettait une Terre aux Juifs pour la deuxième fois après Dieu. !!!

Par la suite la tragédie vécue par les juifs durant la seconde guerre mondiale donna du grain à moudre au sionisme. Ainsi Abba Eban ministre des Affaires étrangères israélien déclarait après 1967, que « les frontières d’Israël étaient celles d’Auschwitz » . Tout est dit, les Occidentaux tétanisés par la faute de l’un des leurs font payer aux Arabes la faute et rien ne doit être refusé aux israéliens. On voit comment les organisations juives dans les pays européens tétanisent les pouvoirs, obligés de promulguer des lois qui interdisent de discuter de l’histoire réelle de la seconde guerre mondiale. Cette idéologie du sionisme est parfaitement illustrée par le message de Vladimir Jabotinski à savoir qu’il est impossible de faire entendre raison à des sionistes qu’ils sont dans leur tort en s’appropriant une Terre tout en se basant sur des vérités qui n’en sont pas !

A sa façon Aline de Dieguez nous donne un autre angle d’attaque de ce que c’est que le sionisme. Pour celle elle analyse les fondements du sionisme en s’appuyant sur le dernier ouvrage de Cherif Abdedaïm De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne (Editions ANEP, 2e Semestre 2016, 405 pages) Elle écrit: «C’est l’histoire de cette tragédie que le monde regarde d’un oeil vide et morne et que, courageusement, Chérif Abdedaïm décrit avec une précision chirurgicale (…) C’est bien dans le toboggan en forme d’entonnoir que glisse inexorablement le peuple palestinien poussé par le Lucifer sioniste. Jusqu’à quelle profondeur lui faudra-t-il sombrer dans les abysses de l’humiliation et de la souffrance avant que ses pieds se posent sur un sol assez dur pour lui permettre de rebondir et de remonter à la lumière? (…) » .

D’année en année on comptabilise les avanies des Palestiniens qui naissent et meurent en ne connaissant que l’ordre colonial. Dans l’impunité la plus totale, le pouvoir israélien fait fi de toutes les résolutions votées et avance d’une façon inexorable. Maigre consolation qui n’apporte rien de nouveau au calvaire des Palestiniens dont les dirigeants semblent s’accoutumer à la situation et dans un partage de rôles invisibles ; l’Autorité Palestinienne qui est de fait l’allié d’Israël en ce sens qu’elle condamne les actes de bravoure et ras le bol des Palestiniens, et dans le même mouvement elle condamne du bout des lèvres les exactions israéliennes et la politique de judaïsation rampante s’en remettant au bon vouloir des occidentaux pour faire entendre raison à Israël, en vain. Cependant tout n’est pas noir pour les dirigeants palestiniens bien intégré, bien acceptés par l’occupant israélien qui les gâte. Ces dirigeants vivent à des années lumière des conditions sociales et matérielles des citoyens lambda condamnés à sur-vivre.

J’avais dans un ouvrage paru en 2014, fait l’inventaire de ce que fut le calvaire palestinien et avait pointé du doigt la responsabilité des Occidentaux qui pensent qu’ils doivent expier une faute que l’un des leurs a faite.

Force est de constater que nous sommes toujours au même point s’agissant des Palestiniens. Par contre, l’État israélien continue sur sa lancée de judaïsation de la Palestine et l’enfer pour un peuple qui souhaite vivre en paix sur moins de 20% de sa Terre.

Faut-il croire que la nation palestinienne est définitivement condamnée à disparaître ?

Chems Eddine Chitour est Professeur à l’École Polytechnique d’Alger


Source

La francophonie une nouvelle forme d’Empire




Parler d’empire au 21ème siècle est chose presque impossible, tant l’idéologie démo libérale se sera employée au cours des dernières décennies à culpabiliser les états européens du fait de leurs conquêtes passées. Empire est devenu synonyme d’expansionnisme criminel, d’oppression des populations, de suprémacisme et enfin de « racisme », accusation que l’on retrouve de manière systématique dans le vocabulaire des tenants du mondialisme – idéologie pour sa part réellement destructrice et négatrice des peuples et traditions.
Des générations entières de français apprennent ainsi à avoir honte de leur passé, à se sentir coupable de l’œuvre de leurs ancêtres en France et sur l’ensemble de la planète. Politiques, médias, système éducatif et pseudo philosophes agissent de concert pour stigmatiser le « colonialisme » de la France impériale, qui n’est aujourd’hui qu’un vague souvenir ou un concept historique pour la grande majorité des citoyens. L’enseignement d’une histoire révisée par les dogmes libéraux et gauchisants a largement contribué à l’imaginaire des nouvelles générations issues de l’immigration, pour lesquelles les français tyrannisaient les populations de l’empire qui ont finalement conquis héroïquement leur indépendance….


Pour notre part nous estimons au contraire que c’est le phénomène de « décolonisation » qui fut en tous points catastrophique aussi bien pour la France que pour ses anciens territoires aujourd’hui faussement indépendants. Le retrait de l’état français et sa dégradation progressive au fil des années auront en effet été source de chaos aussi bien à l’intérieur des frontières nationales, que dans les pays du Maghreb et d’Afrique où la pauvreté l’instabilité ou encore le terrorisme selon les zones considérées, se sont installé durablement depuis la chute de la France impériale.

La vague de décolonisation des années 60 appuyée par l’ONU au nom du fameux droit des peuples à disposer d’eux mêmes, aujourd’hui un principe fondamental du droit international, n’aura en fait été qu’un outil au service des grandes puissances américaines et russes pour affaiblir l’Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale. Seule la bourgeoisie de gauche et les utopistes universitaires auront été assez stupides pour considérer l’appui communiste aux états dits non alignés et aux mouvements indépendantistes comme un élan altruiste ou une forme de « solidarité internationale » ; l’URSS, tout en construisant déjà à l’époque son propre empire eurasiatique en poussant jusqu’à l’Allemagne de l’est et l’Afghanistan, s’assurait ainsi que les vieux états d’Europe demeurent privés de leur rayonnement planétaire et restent à genoux économiquement.

Les états-unis pour leur part s’affirmaient alors comme première puissance mondiale grâce à un territoire riche et vaste et en s’assurant un rôle de créancier à l’égard des pays d’Europe en ruine qui, coupés de leurs empires, ne pouvaient désormais plus prétendre à l’auto-suffisance économique.


L’exemple du pétrole illustre en quoi le démantèlement de son empire aura été pour la France un coup fatal pour porté à son économie. Celle ci comptait en effet plusieurs territoires producteurs parmi lesquels :
  • Algérie : plus de 66 millions de tonnes en 2014
  • Tunisie : 5 millions de tonnes en 2016
  • Mauritanie : 4950 barils/jour en janvier 2016
  • Congo: 350 000 barils/jours prévus en 2017
  • Gabon: 10 millions de tonnes en 2015
  • Côte d’ivoire : 29 000 barils/jours en 2015
Alors que ce qui reste de l’état français néglige totalement le levier diplomatique et économique que constitue l’espace francophone mondial et renonce à assurer sa présence au sein de l’ancien empire, les états-unis pour leur part, après avoir contribué à déloger la France, n’ont de cesse d’accentuer leur présence en Afrique ; ainsi la côte d’ivoire qui entend pousser sa production à 200 000 barils/jours d’ici 2020 a-t-elle signé un contrat d’exploitation avec le géant exxon.

La Chine non plus n’aura pas manqué de jouer la même carte, le pétrole n’étant pas d’ailleurs la seule denrée convoitée.
Quoi qu’il en soit et au delà des opinions politiques de chacun il est incontestable que la destruction programmée de l’ex empire français, dissimulée sous le concept de « décolonisation », aura eu pour effet presque immédiat de priver la France de toute indépendance énergétique et économique, de la précipiter dans le giron des régimes pétroliers du Golfe, alliés objectifs de l’Amérique néo-libérale de wall street, et de créer des conditions propices à de multiples vagues migratoires.


Il faut également souligner qu’au delà des anciens territoires de l’empire, la francophonie représente encore aujourd’hui un vaste ensemble de territoires et départements d’outre mer, pour un espace maritime dont la surface représente 11 millions de km : il s’agit donc du deuxième domaine maritime mondial juste derrière celui des états-unis.

« Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a fait un point sur les ressources potentielles du plateau continental. Il pourrait recéler des hydrocarbures, des sulfures hydrothermaux riches en cuivre, zinc, plomb, cobalt, argent et or, des encroûtements cobaltifères, des nodules polymétalliques contenant du fer, du manganèse, du cuivre, du nickel et du cobalt., des terres rares comme l’erbium et le lutetium, indispensables à la production d’appareils électroniques courants (téléphones mobiles, ordinateurs…), des ressources biologiques et des organismes vivants. L’accès à ces richesses potentielles est  » un atout considérable pour notre pays s’il contribue à un nouveau modèle de développement durable, en particulier dans les territoires ultramarins, « considère le CESE »1


Là encore la France moderne prisonnière des dogmes euromondialistes, du carcan économique et juridique des institutions supra-nationales de l’Union Européenne s’avère totalement incapable d’exploiter ce potentiel pourtant susceptible de lui rendre sa place parmi les états les plus puissants de la planète.
Cette volonté de puissance fait aujourd’hui totalement défaut à ce qui reste d’un état français qui préfère renoncer à son rang pour poursuivre des objectifs délirants, profitant uniquement à l’entité tentaculaire dite « union européenne » et à la finance transnationale. Traduire en acte la puissance que représentent l’espace francophone et le domaine maritime français exige de notre état une reprise en main de son destin économique et financier, en abrogeant notamment le diktat bancaire entériné par la loi de 1973 obligeant la France à s’endetter auprès des institutions financières pour ses dépenses souveraines. Cette « loi » absurde qui consiste à traiter un état millénaire comme une entreprise ou un particulier est la cause majeure de l’effondrement économique de la France, lui ôtant toute liberté d’action et possibilité de redressement. L’entité marchande de Bruxelles agit de même en confisquant à l’état sa souveraineté dans des domaines clefs, sans que cela ne profite à la France en aucune façon; au contraire chacun peut constater la paupérisation croissante de la nation à mesure que progresse la « construction » européenne.
Agir en direction de la francophonie n’est pas seulement un impératif économique, mais également humain et civilisationnel.
Parmi les enjeux du 21ème siècle, la démographie mondiale et les flux migratoires sans sans doute pour la France et l’Europe les plus fondamentaux, dans la mesure où ils sont susceptibles de faire basculer le destin des nations. L’immigration à laquelle la France fait face depuis des décennies est lourde de conséquences là encore sur le plan économique, mais également en matière de délinquance/criminalité, de terrorisme et également sur le terrain culturel. C’est aujourd’hui l’essence même du peuple français qui est menacée par la submersion démographique liée à l’immigration extra-européenne.


Hors il est impossible, alors que germent des théories plus ou moins irréalistes telles que la « remigration », d’assurer une régulation des flux migratoires – a fortiori leur inversion – sans un réel rapprochement politique avec les pays d’origines des populations récemment installées.


Pourtant le reprise en main par l’état français des questions migratoires et démographiques est une nécessité si nous désirons préserver durablement notre peuple.


Mettre un terme à l’immigration de masse passe nécessairement par un rétablissement de l’équilibre économique entre les pays du Nord et du Sud. Dans la mesure où il est évident pour chacun que la pauvreté, l’instabilité et les guerres génèrent des déplacements de populations, il incombe à la France – non sans un ensemble de contreparties – de mettre un terme à ces phénomènes au sein de son ancien empire ; délivrée du vampirisme de la finance et de l’euromondialisme, l’état français a en effet les moyens d’une telle politique.

Dans une perspective de véritable coopération et de codéveloppement, les investissements et aides accordés par la France pourront être assortis de conditions et mesures que les pays concernés devront impérativement respecter, mesures qui contribueront au retour de l’ordre en France.
De telles mesures peuvent inclure notamment :

  • une obligation pour l’état partenaire de contrôler ses frontières
  • une obligation d’accueil des individus originaires du pays concerné, que la France aura expulsé ou déchu de la nationalité
  • la construction de grands centres pénitentiaires sous contrôle conjoint de l’état français et de l’état partenaire
  • le rétablissement des travaux forcés et la mise en place de grands chantiers de travaux publics sur le territoire des états partenaires
L’état français de son côté contribuera à la formation sur place d’élites issues des états partenaires, assurera un transfert de connaissances et de technologies, et veillera à ce que l’exploitation des ressources considérables du sol africain se fasse dans une perspective mutuellement avantageuse, avec à terme un enrichissement progressif des anciens territoires de l’empire, seul moyen de mettre un terme aux déplacements de populations – c’est comme chacun sait l’inverse qui se produit dans le cadre d’un capitalisme financier et d’une dérégulation programmés pour assurer le monopole des géants économiques privés et leur émancipation vis à vis du pouvoir politique.

Nous le voyons il s’agit ici d’engagements de type synallagmatiques nécessitant donc un changement profond de paradigme. La vague dite de « décolonisation » n’aura en effet créé que des indépendances de façade ; certes l’état français aura perdu sa souveraineté et son contrôle sur les territoires de l’empire, mais ceux ci ont tout simplement été transférés aux intérêts privés des multinationales et de la grande bourgeoisie. Le rôle joué par un homme d’affaire tel que Boloré, l’importance des grandes multinationales sont des faits parlant et la Côte d’Ivoire évoquée précédemment fournit un exemple probant des luttes d’intérêts privés sur le sol africain, les grands perdant étant systématiquement les états et leur population : le renversement en 2011 de Gbagbo et son remplacement par un ancien employé du FMI n’ont eu là encore d’autres buts que ceux de garantir une pérennité aux intérêts privés occidentaux, et de veiller à ce que le régime en place ne devienne pas plus souverain que ne sauraient le tolérer les véritables maîtres de l’Afrique francophone moderne.
Un changement de paradigme est nécessaire donc puisque la puissance et l’indépendance de la France, tout comme sa sauvegarde face à la pression démographique des populations issues de l’immigration, nécessitent un rapprochement et une coopération à long terme entre l’état français – et plus généralement les pays européens – et les pays de l’ex empire. Il nous faut ici raisonner en termes de realpolitik et de géopolitique et mettre un terme aux réactions basées sur l’affect, sur fond de dogmes absurdes ; de ce point de vue l’hostilité plus ou moins déclarée des régimes européens et des partis parlementaires – incluant le Front National – à l’égard de l’Islam est une erreur stratégique, d’autant plus qu’elle s’accompagne le plus souvent d’une complaisance suspecte à l’égard des pays wahhabites ou salafistes du Golfe ainsi qu’envers une certaine « élite » communautaire et suprémaciste qui tend à s’approprier la « démocratie » française.

Il en est de même pour le racisme populacier et épidermique d’une certaine extrême droite tribaliste qui stérilise toute réflexion sérieuse en matière d’immigration et de rapports Nord/Sud

La France tout particulièrement doit ici s’inspirer de la Russie actuelle ; tout en maintenant l’ordre et en œuvrant au rétablissement de principes traditionnels, le président Vladimir Poutine a progressivement consolidé l’emprise russe sur ses diverses zones d’influence. De la Tchétchénie à la Crimée, la Russie de Poutine mène un travail de pacification tout en s’assurant le contrôle de régions stratégiques. Sur le plan économique l’union eurasiatique se construit patiemment, réunissant autour de la Russie la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et le Kazakhstan. L’Ukraine devait d’ailleurs être le prochain membre de cette union, ce qui explique très probablement ce soudain réveil d’un « nationalisme » ukrainien travaillant aux intérêts de l’occident. Pour l’heure le Tadjikistan demeure seul candidat en attente. S’il est évident que les pays membres de l’union eurasiatique ne sont pas pour l’heure des zones économiquement développées, c’est leur potentiel – en terme de ressources mais également de surface territoriale – que la Russie entend mettre en avant dans le cadre d’une véritable coopération comportant, entre autre volets, la mise en place d’une zone de libre échange et d’une union douanière. Loin de se limiter aux pays de l’ex union soviétique, l’Union Eurasiatique pourrait à terme intégrer d’autres états tels que l’Iran, la Chine, l’Inde ou la Turquie qui sont dores et déjà candidats à la zone de libre échange.

Cette volonté que l’on peut qualifier sans complexe de quasi impériale s’accompagne en Russie d’un rapprochement entre l’état et l’église Orthodoxe et s’appuie également sur la langue russe comme facteur d’unification, tout du moins en ce qui concerne les anciens membres de l’union soviétique.


Pourtant la Russie n’est pas empoisonnée par les dogmes néo-libéraux de l’union européenne, par les principes castrateurs des démocraties libérales – refus de l’enracinement, laïcité utilisée contre toute forme de spiritualité notamment – et n’est pas menacée de submersion du fait de l’immigration kirghiz ou biélorusse…. et ce même si l’empire eurasiatique est par nature pluri ethnique/confessionnel. De surcroît l’union économique eurasiatique envisage un degré d’intégration économique des plus poussés avec des états tels que la Mongolie, le Viet Nam ou encore le Venezuela !


La création d’une structure eurafricaine par la France diffère certes de l’union eurasiatique ; la seconde repose en effet sur un bloc continental et un élan non seulement économique, mais aussi et avant tout civilisationnel dans la mesure où le cœur de l’Eurasie demeure l’identité orthodoxe et slave. L’empire que représente l’espace francophone est dans une large mesure maritime et se situe bien au delà de l’espace européen et eurasiatique, auxquels la France doit pourtant participer tant sur le plan géopolitique que civilisationnel.

Néanmoins nous retrouvons deux éléments unificateurs à même de cimenter une union ayant la France pour centre de gravité : le catholicisme et la langue.
Si l’on excepte le Maghreb, les anciens territoires de l’empire français sont en effet essentiellement catholiques. Les populations d’Afrique noire attachent encore une importance fondamentale à la religion et à la culture chrétienne, et seuls les rejetons de l’occident démo libéral sous-estiment encore l’importance d’un tel facteur dans l’orientation d’un pays et le comportement de son peuple ; il suffit pour s’en convaincre d’étudier comment l’évangélisme protestant en Afrique contribue largement à l’américanisation des modes de vie.


En dépit de la déchéance de l’état Français et de ses conséquences dramatiques sur la vie des populations francophones d’Afrique, celles ci continuent pourtant de tenir notre pays en estime et restent désireuses de travailler avec la France. Cet état de fait rend d’autant moins pardonnable la lâcheté française consistant à quitter l’Afrique et faire place nette pour les états-unis et la Chine qui se partagent désormais la domination du continent.


Religion et langue sont les deux facteurs qui garantissent encore à la France un accès au sein de son ancien empire, et un levier considérable pour rétablir une communication et une coopération avec les pays concernés. Pour ce qui est des pays musulmans, rappelons une fois encore l’exemple russe qui démontre que l’Islam n’est pas un obstacle à la coopération, l’Eurasie comportant des populations musulmanes, parfois pénétrées d’influence chamaniques ou soufies.


Mais un tel projet ne peut voir le jour que dans la mesure où la France reprend conscience de son identité spirituelle et ethnoculturelle, de son histoire et de la communauté de destin qu’elle doit constituer. Lorsqu’une telle conscience de soi reste présente au sein d’une nation et est exaltée par l’état – c’est là au demeurant l’une des fonctions essentielles de celui ci, qui doit jouer un rôle actif et façonneur à l’égard de son peuple comme l’âme à l’égard du corps – tout danger de subversion est écarté, que ce soit en termes de principes et valeurs ou de choix politiques. L’argument racialiste gaulliste-identitaire justifiant l’éloignement de la France vis à vis de son ancien empire par une nécessité de la préserver des mélanges et de la submersion par les « indigènes » est en réalité un raisonnement de démocrate : un état véritable, c’est à dire régalien autoritaire et Romain affirme clairement son identité civilisationnelle et c’est pourquoi il est capable de se projeter au delà de ses frontières. Maître de lui même un tel état maintient la conscience, la mémoire et l’intégrité de sa population sans jamais subir le phénomène politique et économique, qu’il va au contraire créer et contrôler.

Fait ironique, c’est la « décolonisation » qui aura déclenché les premières vagues migratoires et les lois néo libérales organisant une immigration de peuplement sur le sol français, quand l’empire garantissait à ses populations un accès local aux richesses générées. De Rome à l’Eurasie jamais un empire n’aura été menacé par la démographie de ses territoires.


L’ancien empire français, on l’oublie trop souvent, ne se limite pas au Maghreb et à l’Afrique noire ; la France fut longtemps présente en Asie notamment en Inde et au Viet Nam, ainsi qu’en Amérique.
Nous avons abordé brièvement le rôle tenus par certains pays d’Asie dans la construction eurasiatique entreprise par la Russie : l’Inde et le Viet Nam en font partie. Combien de français savent que l’on parle encore beaucoup notre langue dans certaines villes indiennes comme Pondichéry, et que le français est encore largement enseigné au Viet Nam ?


Renouer avec les territoires de l’ancien empire c’est donc renforcer la position de l’état français à l’intérieur de l’espace eurasiatique en construction et y jouer un rôle moteur. Le démo-libéralisme, ses dogmes castrateurs et ses choix financiers suicidaires nous maintiennent au contraire dans un rôle passif, nous condamnant à une disparition progressive de l’échiquier politique des grandes puissances. Nous devons également rejeter le micro-patriotisme des partisans de « l’état-nation », qui nie l’essence impériale de la civilisation gréco-romaine dont la France est issue, et qui nuit à tout projet eurasiatique ou eurafricain au nom d’une « Europe des nations souveraines » dont on aurait bien du mal à saisir l’unité profonde.


La volonté de puissance n’est pas un simple axiome philosophie, mais une réalité flagrante en ce qui concerne la politique. La francophonie nous le voyons représente un espace considérable réparti sur l’ensemble du globe : c’est là un facteur puissance par excellence.

Plus que jamais il est urgent d’agir en faveur de cet espace francophone susceptible de devenir une forme moderne d’empire. Il s’agit là d’un impératif tant pour la France qui retrouvera son indépendance et sa puissance économique, sa grandeur territoriale et son rayonnement culturel, que pour les pays autrefois membres de l’empire qui se voient aujourd’hui dépecés par les multinationales et les intérêts financiers.


Mais le travail sera long dans la mesure où il exige un véritable travail de refondation susceptible de faire émerger une vision du monde « néo impériale » que nous appelons de nos vœux, laquelle aura pour préalable nécessaire une renaissance du peuple français sous la conduite d’un état à même de lui faire reprendre conscience de ses racines.