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jeudi 1 novembre 2012

Actualité du national-bolchévisme





 Par Philippe DELBAUVRE






L'histoire comme fardeau
Si l’histoire nous apprend beaucoup sur notre présent, la nature humaine étant un invariant, elle devient un fardeau lorsque l’on tente, toujours avec échec, de vouloir appliquer un modèle politique issu d’un passé le plus souvent dépassé à un présent qui signifie que l’histoire, parce qu’elle est un processus dynamique ainsi que l’a bien montré Hegel,est presque toujours une célébration de l’avenir.

Le site Voxnr a déjà consacré au national-bolchévisme toute une série d’articles particulièrement riches rappelant ce que fut, à l’époque, ce courant de pensée vieux d’environ un siècle, dont Ernst Niekisch fut la figure emblématique (1).

Il y aurait bien évidemment un paradoxe à célébrer un courant de pensée vieux d’environ un siècle sachant ce qui fut écrit dans l’introduction si le national-bolchévisme n’était d’une si brûlante actualité, plus encore aujourd’hui que naguère.

Le national-bolchévisme n’est autre que la haine de l’occident, non tel qu’il exista durant l’intégralité de son développement, mais de ce qu’il fut devenu, particulièrement au début du vingtième siècle.

Cette haine prend pour cible principale les Etats Unis dont l’intervention durant la première guerre mondiale fut décisive quant à l’issue du conflit. On comprendra bien facilement que les Etats Unis furent à l’époque autrement moins puissants, autrement moins impérialistes qu’ils ne le sont aujourd’hui. Chacun sait que les States constituent aujourd’hui le fer de lance du nouvel ordre mondial et que, par voie de conséquence, ils sont l’ennemi majeur pour tous ceux qui se revendiquent d’une pensée alternative. Voilà qui fait du national-bolchévisme, en terme de désignation de l’adversaire majeur, un mouvement de pensée d’actualité. D’ailleurs personne ne peut aujourd’hui contester que dans le cadre européen, le seul grand pays sur lequel fonder nos espoirs n’est autre que la Russie qui elle, s’oppose aux volontés hégémoniques des Etats-Unis : c’est ce que naguère on appelait Est-orientierung ; continuité donc…

Outre l’impérialisme américain, c’est aussi le système politique prôné, et le plus souvent imposé à de nombreux endroits du globe malgré les traditions nationales par les Etats-Unis, savoir la démocratie libérale, qui est mise en cause par les zélateurs du national-bolchévisme. Cette forme de gouvernement, peut être valable pour les américains, même si leurs dirigeants ne leur demandent jamais, et pour cause, leur avis sur la question, n’a nullement besoin d’être explicitée puisque Français, nous en subissons au quotidien les néfastes conséquences, surtout depuis que la démocratie libérale a remplacé dans les faits la République. Dans son opposition à la démocratie libérale, le national-bolchévisme conserve, là encore, toute sa pertinence.

Le national-bolchévisme ne serait pas une théorie complète si elle ne développait pas toute une analyse du spectre économique. Là encore, se définissant négativement, le national-bolchévisme se définit comme anticapitalisme. On sait que le capitalisme est autrement plus puissant aujourd’hui qu’à l’époque et qu’il désagrège progressivement les différentes coutumes des nations. Croire qu’un système économique n’a d’influence que sur le monde de l’argent est une grave, et malheureusement fréquente erreur : les modifications de comportement sont légion suivant le paradigme du moment. On peut d’ailleurs noter que l’idée de capitalisme apatride est d’autant plus ridicule que le capitalisme a vocation planétaire au grand dam des particularismes ; qui méconnait le phénomène des délocalisations ? Qui méconnait la faible imposition des entreprises du cac 40 alors que les entreprises locales sont matraquées fiscalement ? Je crains qu’il ne faille que le peuple français ne soit contraint de goûter à la catastrophe économique à venir avant de réaliser la nocivité d’un tel système économique. Après tout, il a fallu des décennies avant que chacun ne comprenne enfin, malgré les calamités répétées du communisme partout où il s’est implanté, que ce système ne résistait pas à l’épreuve des faits. Une remarque ayant trait à l’actualité, lorsque je lis les tenants de l’extrême droite rantanplan vantant la diminution drastique du nombre de fonctionnaires, je me demande s’ils ont conscience ou pas, de faire le jeu des partisans du nouvel ordre mondial en ajoutant leurs récriminations au ricanements des hyenes estampillées de gauche ou de droite. Quoiqu’il en soit, on ne peut que constater que la concurrence tant célébrée par Rantanplan and cie, s’est traduite dans les faits par la disparition de notre tissu industriel (mines, sidérurgie, textile, électroménager, chantier naval, ameublement,construction automobile,…). Un esprit lucide ne peut donc, à l’aune des charettes de licenciés qui ont défilé depuis les quarante dernières années, que condamner un système économique issu du parti de l’étranger. Quitte à rappeler une évidence historique, la tradition colbertiste est bien française et le national-bolchévisme, en tant qu’il est national, apparaît comme beaucoup plus idoine, sachant les faits, qu’une théorie en vogue dont les esprits détachés des réalités font l’apologie, comme le libertarisme.

L’erreur, dénoncée dans l’introduction, consisterait à vouloir replaquer aujourd’hui les recettes prônées par le national-bolchévisme il y a maintenant près d’un siècle. Il doit donc y avoir révision et adaptation.

Pour autant, les principes généraux du national-bolchévisme, comme on vient de le voir, sont d’une brûlante actualité.
notes:

Article publié sur Voxnr

samedi 1 septembre 2012

Capitalisme et communisme: de proches cousins ?

 Par Philippe DELBAUVRE


Une réponse sur facebook à un thuriféraire du capitalisme qui considère que la politique économique de la présidence sarközyste ne fut pas assez capitaliste... Son identité a été masquée et n'apparaît dans le texte que sous la forme (***).



Si j’ai commencé dans ma longue réponse en précisant que ce qui pouvait être écrit sur ce fil n’aurait pas de répercussions nationales, c’était en vue, sachant votre caractère connu suite à la lecture de nombre de vos messages, de dépassionner le débat. Vous n’avez pas compris et avez sombré dans la subjectivité et l’idéologie, conformément à votre caractère impulsif. Plus grave, le relatif anonymat, puisque nos échanges n’auront pas de publicité nationale, vous conduit à ne pas vous modérer, vous l’écrivez vous même. Pas difficile de constater qu’avec un tel état d’esprit, l’Etat est pour vous nécessaire afin que vous soyez le plus souvent surveillé, de façon à ce que vous ne vous laissiez aller à vos penchants naturels. Voilà qui remet en cause dès l’origine les faveurs que vous accordez à la loi naturelle : relisez la critique de la raison pratique.

Vous qualifiez mon long message de « tartines ». Le terme est bien évidemment péjoratif et subjectif. On en revient à l’absence d’objectivité qui caractérise une position idéologique dont il sera question par la suite. Il n’a pas échappé au lectorat le pourquoi de l’utilisation de ce terme ; vous eussiez du faire silence, cela vous eut évité d’apparaître comme embarrassé. Quant au refus de répondre en détail au motif de l’emploi du temps de ministre qui serait celui de (***), il a probablement fait sourire le lectorat qui n’a pas du s’interroger très longtemps sur le motif de cette fuite.

Vous écrivez dans une réponse à (identité masquée) que la France contemporaine est gauchiste : comment voulez vous que le lectorat prenne au sérieux (***) ? Est-il vraiment nécessaire d’argumenter sachant que vous-même, vous vous tirez une balle dans le pied aux yeux de tous ? Vous me rappelez une femme qui se réclamait du bouddhisme et qui de manière contradictoire disposait d’une conception nietzschéenne de la vie. Je lui envoyais donc un texte rappelant les fondamentaux de cette sagesse orientale qu’elle ne trouva pas « rigolo » (je cite). S’il est une plaie dans le monde contemporain c’est par exemple justement ce choix de donner aux mots des sens qu’ils n’ont pas ; ainsi vous pour le gauchisme, ainsi les gauchistes (cette fois ci stricto sensu) fustigeant un fascisme sarkozyste qui, bien entendu, n’existe pas. Et « gauchisme » et « fascisme » ne sont pas ici utilisés de façon objective : bêtise des uns et des autres…

Vous avez écrit que le capitalisme n’était pas une idéologie alors que le communisme l’était. Vous omettez que vous vous présentez comme zélateur du capitalisme et que vous êtes vous-même idéologue : j’y reviendrai. On peut appeler idéologie une doctrine qui fait la part belle aux idées et ce quelles que soient leurs conséquences sur le réel. Rappelons que philosophiquement, ce n’est pas le matérialisme mais le réalisme qui s’oppose à l’idéalisme.

Vous trouvez moyen de disposer d’une double inspiration politique : d’une part le gauchisme et de l’autre le communisme. Je vais développer par la suite.

Votre perception de mai 68 est celle qui prévalait à l’époque dans les milieux gouvernementaux ; c’était de bonne guerre et l’on peut comprendre le pouvoir de l’époque d’avoir cherché à susciter la peur en raison d’un coup d’état à venir issu des rangs communistes. La manœuvre a assez bien fonctionné et même les classes moyennes inférieures ont suivi. Vous nous voyez surpris, vous qui vous réclamez de la jeunesse et du refus de la sénilité, de continuer à interpréter ce que l’on a coutume d’appeler les événements de mai, à l’aide d’une théorie construite ex nihilo à des fins politiciennes et qui de surcroît a bientôt trente cinq ans, ce qui ne vous rajeunit pas. Cela d’autant plus que depuis cette époque, de nombreuses études ont été publiées qui renouvellent considérablement l’idée que l’on se faisait à l’origine du phénomène. Aujourd’hui, on considère que mai 68 constitue un des fondements de notre postmodernité nationale qui ne verra vraiment le jour que dans le cadre de la seconde partie des années soixante dix. On sait la détestation du gaullisme chez les manifestants de 68 ; on minimise la haine que portaient ces mêmes hommes au Pcf. Rien de bien surprenant puisque les deux structures étaient paternalistes, dirigistes, autoritaires. De surcroît, ces deux mouvements trouvaient leur légitimité suite à la libération, période bien lointaine pour un manifestant de 68. C’est donc une opposition à l’autorité dont le corollaire en matière d’économie n’est autre que le capitalisme qui se fait jour à l’époque. Peut-on imaginer d’ailleurs dans un pays communiste en 1968 la libre utilisation des stupéfiants ? Peut-on imaginer de même une opposition au service militaire ou une apologie de l’antimilitarisme telles qu’elles existèrent chez les soixante-huitards ? A quoi fait référence l’autogestion si ce n’est au refus de l’Etat à une époque une le secteur nationalisé dispose encore d’autant d’importance ? Et certains de mal comprendre la trajectoire effectuée depuis 68 des acteurs de l’époque. Ce n’est pas pourtant bien difficile à élucider… Dans les faits, le gauchisme des années soixante ne pouvait conduire qu’au libertarisme des décennies à venir. Je me souviens d’une expression issue de la pensée de l’époque : « Veuillez laisser l’Etat dans les wc où vous l’avez trouvé en entrant » ; après avoir lu la prose de (***), on ne doute pas qu’il eut signé la phrase, lui qui fustige la mainmise de l’Etat aujourd’hui alors qu’il était beaucoup plus massif à l’époque. Le subjectivisme de (***) se trouvait déjà contenu dans les interprétations toutes personnelles que faisaient les gauchistes d’alors des écrits communistes, au grand dam des orthodoxes marxistes pour qui la doctrine du grand Karl est unique parce que scientifique et n’a donc nullement besoin d’être interprétée.

La parenté entre capitalisme et communisme est, si l’on veut s’y consacrer, flagrante même si de prime abord elle apparaît paradoxale. Je ne prétends nullement être exhaustif puisque la problématique mériterait un – gros – ouvrage.
N’oublions pas d’abord que Karl Marx n’avait de cesse de répéter que le communisme était – tout comme le capitalisme – un économisme. Il n’est qu’à lire « Le capital » pour ceux qui viendraient à douter. Aussi bien Karl Marx que les penseurs capitalistes réifient l’homme en l’étudiant majoritairement comme agent économique. Bien évidemment, cette prise de position intellectuelle traduit une rupture dans la pensée européenne : que l’on se souvienne de Socrate indifférent aux marchandises exposées devant lui dans un marché, d’Aristote fustigeant la rémunération des prêts, des inquiétudes aussi bien de Saint Augustin que de Saint Thomas d’Aquin. Ne constate t-on pas aujourd’hui une omniprésence de l’économie dans les media, cela justement aux dépens de la pensée qui n’a probablement jamais été aussi pauvre ? Ne qualifions t-on pas la pensée actuelle de pensée molle (je cite) tout en s’en vantant ?

Si le communisme a incarné la fin d’une certaine forme de pensée souveraine (n’oublions pas que pour Marx le temps n’était plus à la pensée mais à l’action), on ne doit pas oublier que cette théorie est issue de la matrice du capitalisme. En effet, quand bien même les idées de Marx pouvaient sembler intéressantes à certains intellectuels de l’époque, cela n’explique pas son succès auprès des masses. Il va de soi que si le capitalisme n’avait pas au XIX ème siècle commit tant d’infamies poussant au travail infantil ou aux salaires de misère, le communisme n’eut pas bénéficié du même succès : l’un a engendré l’autre et on retrouve le lien.

Je me souviens qu’il y a une trentaine d’années j’avais parce anticommuniste, cela en raison de l’existence du pacte de Varsovie, placardé une carte du monde dont j’avais feutré en rouge les pays communistes ; le résultat était assez inquiétant au milieu des années quatre-vingt. On sait que le communisme avait une vocation planétaire et se trouvait, par conséquent, être impérialiste. On constate que, malgré la disparition du communisme, le capitalisme, que cela soit par l’intermédiaire des armes ou économiquement, fait de même. Rien de bien surprenant : pourquoi un entrepreneur s’arrêterait-il à l’échelle départementale alors que le segment national l’attend ? Et pourquoi s’arrêtait-il à l’échelle nationale ? Le capitalisme a donc naturellement une vocation totalisante. Cela est-il si surprenant sachant que chaque acteur à vocation à faire disparaître la concurrence ? Pratiqué à l’échelle planétaire, le capitalisme tendrait à devenir monolithique : point de différences avec le communisme au final. Il n’est qu’à voir la façon avec laquelle les vendeurs traitent leurs producteurs pour imaginer le destin dans un univers exclusivement capitaliste donc en situation finale de monopole.

Toujours au sujet des années quatre-vingt, je me souviens des discussions avec des militants communistes. A bout d’arguments permettant d’expliquer l’échec des pays frappés de l’étoile rouge, ils finissaient toujours par me ressortir alors la même idée : les pays communistes ont échoué parce qu’ils n’étaient pas communistes ou ne l’étaient pas assez : voilà un raisonnement que l’on trouve aussi chez les capitalistes tel Mitt Rooney fustigeant le socialisme d’Obama ou tels des doctrinaires libéraux nous expliquant que la présidence de Sarkozy n’est pas allé assez suffisamment loin dans la libéralisation ; c’est le point de vue de (***) ; les communistes utilisent la même corde…

Il y a chez Karl Marx une idée de loi naturelle à laquelle fait d’ailleurs référence (***). Cette idée qu’à l’état de nature le capitalisme se fait naturellement jour. L’idée existait déjà chez Karl Marx et était dénommée communisme primitif. Que cela soit vrai ou non, on constate que dans chacun des deux cas tous les apports de la civilisation sont niés au profit de la défense de l’idéologie des uns et des autres.

Les communistes voient fascistes et capitalistes partout. Notre personnalité fait de même avec socialistes et communistes. Avec comme point commun dans les deux cas que les personnes incriminées n’existent le plus souvent pas.

Le communiste n’a pas de nationalité ; le capitaliste non plus puisqu’il est mu par son intérêt personnel que cela soit favorable ou non à son pays d’origine.

Sthakanov, héros communiste ou capitaliste ? De manière plus générale, le productivisme, théorie communiste ou capitaliste ?

Il ne s’agit pas, bien évidemment, de mettre un signe d’égalité entre communisme et capitalisme, puisque les deux structures sont distinctes. Pour autant, ce qui me semblait intéressant était de montrer que le capitalisme n’était pas l’exact opposé du communisme comme on a tendance à nous le faire accroire ; il existe trop de points de convergence susnommés pour qu’on cesse de vanter le libéralisme comme juste milieu entre national-socialisme et communisme, nous plaçant ainsi devant la résignation, condamné que nous serions à accepter les fondements de la société contemporaine ainsi que ses développements. Si l’Union Soviétique communiste et les Etats Unis capitalistes fustigèrent après guerre le national-socialisme, force est de constater que document à l’appui, ils furent nombreux les cadres ss à être recyclés dans un camp comme dans l’autre. Des usines d’armement allemand qui construisaient donc du matériel permettant de tuer des soldats américains ne furent jamais bombardées durant toute la seconde guerre mondiale parce que justement elles fonctionnaient avec des capitaux américains ; ainsi que le faisait justement remarquer Karl Marx, la morale de l’économie politique consiste à faire l’économie de la morale. Et en matière d’absence de morale, il est bon de rappeler la faillite du communisme sachant que pour cette idéologie l’idée même de morale est bourgeoise et que, en vertu de la prose hegelienne caricaturée, l’histoire trace son sillon, indifférente du nombre de morts présents en son sein.

Pour un Français d’aujourd’hui, fidèle aux idéaux gréco-romain, ni le communisme, ni le capitalisme ne peuvent être des ambitions légitimes. Ne peut satisfaire aux exigences éthiques que la modération des anciens, sublimée par la quête du Vrai, du Bien, du Beau.

mercredi 13 juin 2012

Théorie d'un monde multipolaire
 
Claudio Mutti 

Théorie d'un monde multipolaire
Natella Speranskaya a questionné le rédacteur en chef d'"Eurasia. Rivista di studi geopolitici", Claudio Mutti, sur le thème "Théorie d'un monde multipolaire", auquel a été dédiée la conférence internationale organisée par le Mouvement Eurasien à l'Université d'État de Moscou, les 25-26 Avril 2012. Les questions et réponses sont rapportées ci-dessous.

Q. – Quel est votre point de vue sur l'ordre actuel du monde et le système international ? Considérez-vous comme "juste" l'ordre actuel du monde ? Si oui, pourquoi ? Si non, comment pensez-vous qu'il pourrait changer ? Est-il déjà en train de changer ?

R. – Si, nous reconnaissant comme héritiers des Grecs, nous acceptons la conception aristotélicienne selon laquelle l'ordre est cette disposition harmonique (táxis) qui, conjointement avec le monde, a pour principe l'Intellect universel (noûs) – alors nous sommes forcés de reconnaître que le système international actuel n'est pas un ordre, et qu'il est encore moins juste. Il n'est pas un ordre, puisqu'il n'est pas fondé sur le noûs mais sur l'epithymía, soit l'appétit immodéré qui s'est historiquement manifesté au sein de la ploutocratie usurocratique et dans l'impérialisme, qui est aujourd'hui représenté au plus haut degré par les États-Unis d'Amérique. Il n'est pas juste, puisque la justice consiste à attribuer à chacun ce qui lui est dû (suum cuique tribuere), tandis que le système international actuel refuse non seulement aux peuples ce qui leur revient, mais confisque également leurs terres et leur eau, comme c'est le cas par exemple dans la Palestine occupée par les sionistes. Le système unipolaire apparaît donc comme une forme de tyrannie mondiale. Mais cette tyrannie commence à vaciller, puisque l'émergence d'autres puissances continentales présage la transition vers un monde moins injuste que le monde actuel.

Q. – Quelle est votre opinion sur les théories de l'hégémonie états-unienne, c'est-à-dire de l'unipolarité ? Comment la mondialisation s'y associe-t-elle ? Est-ce un bien ou un mal pour la population de la planète ? Quel est, selon vous, l'aspect principal de cette hégémonie ? L'aspect militaire ? Culturel ? Économique ? Ou bien un autre facteur ou une combinaison de facteurs ?

R. – Il est évident que le projet américain d'une hégémonie unipolaire est fondé sur une combinaison de facteurs de natures diverses. Certes, il y a le facteur militaire, qui consiste en un contrôle exercé par le biais d'un réseau mondial de bases militaires situées dans des points stratégiques. Il y a le facteur économique, par lequel le travail et la richesse des peuples sont expropriés par le biais de mécanismes usurocratiques mis en place par les États-Unis. Il y a le facteur culturel : Une véritable colonisation de l'imaginaire, de la pensée et de la vie quotidienne qui s'exprime non seulement sur le plan des symboles, de l'art, de la musique, du spectacle, de la gastronomie, des divertissements, mais surtout dans la "maison de l'Être" heideggérienne, c'est-à-dire sur le plan linguistique, tant et si bien que même lorsque nous sommes contraints de communiquer en anglais, nous introduisons dans nos discours des emprunts et des calques de l'anglais. Mais il y a également un facteur puissant de type "religieux" : Un messianisme laïque fondé sur une prétendue investiture divine de type vétérotestamentaire, une véritable inversion parodique dans laquelle mes amis russes n'auront aucune peine à reconnaître la marque caractéristique de l'Antéchrist.

Q. – Quels pays, groupes de pays ou forces sociales et politiques pourraient être en mesure de défier l'hégémonie nord-américaine, et comment ?

R. – L'hégémonie états-unienne ne peut être défaite que par une puissance ou un bloc de puissances disposant des mêmes conditions qui ont permis aux États-Unis de prendre le contrôle du monde : les dimensions continentales, la force démographique, le progrès technologique et industriel, l'armement nucléaire, le prestige culturel, un système politique fort, la volonté de pouvoir. Seules l'Union Eurasiatique et la Chine peuvent ainsi constituer le noyau d'un bloc continental qui soit en mesure d'expulser les États-Unis hors de notre hémisphère.

Q. – Que pensez-vous des idées du mondialisme et du gouvernement mondial ? Sont-elles possibles ? Sont-elles souhaitables ?

R. – Il y a déjà un demi-siècle, Ernst Jünger avait annoncé l'avènement du Weltstaat comme le couronnement final de la mondialisation, comme le résultat politique inévitable de l'action exercée par des forces mondiales telles que celles de la technologie et de l'économie. Mais Jünger, tout en reconnaissant que la spécificité humaine consiste en la liberté de la volonté, considérait l'homme comme "fils de la terre" et impliqué dans un processus cosmique déterminé par des forces supérieures à la liberté humaine. Il serait aisé d'y opposer les termes de la doctrine taoïste selon laquelle l'"Homme Vrai" est par excellence "Fils du Ciel et de la Terre", si bien que sa volonté, coopérant consciemment avec le Ciel, peut contrebalancer la destinée terrestre et la neutraliser.

Q. – Un ordre multipolaire mondial est-il possible ? A l'heure actuelle, à quoi pourrait-il ressembler ? Un ordre multipolaire mondial serait-il préférable à un ordre unipolaire ou bipolaire ? Pourquoi ?

R. – L'ordre multipolaire est sans aucun doute préférable au monopolarisme et au bipolarisme, puisqu'il garantit une distribution plus équitable du pouvoir géopolitique. A quoi ressemblerait-il ? Bien qu'étant conscient du fait qu'omnis comparatio claudicat, je pense toutefois au multipolarisme comme à une projection à l'échelle eurasiatique du dessein du Tsar Alexandre Ier : une sorte de Sainte Alliance qui substituerait les pôles émergeant dans le Continent aux anciens empires européens. L'unité continentale indo-latine complèterait le panorama du monde multipolaire, dans lequel les États-Unis d'Amérique, dans l'hypothèse qui leur serait la plus favorable, redeviendraient une entité exclusivement nord-américaine.

Q. – Qu'est-ce qui définit un "pôle" dans la théorie des relations internationales ? Comment mettez-vous en corrélation le concept de "pôle" avec d'autres concepts structurels d'analyse des relations internationales comme ceux d'"État souverain", d'"Empire" et de "Civilisation" ? La souveraineté, en tant que concept, est-elle remise en question par la mondialisation et la possibilité d'un gouvernent mondial ? La "théorie de la civilisation" est-elle valable en tant qu'outil conceptuel dans l'étude des relations internationales ?

R. – Géopolitiquement parlant, un "pôle" est un État souverain à la tête d'un embranchement de lignes de forces, capable d'attirer et d'agréger des territoires contigus. En d'autres termes, un "pôle" est un centre catalyseur qui assure l'intégration d'une aire géopolitique dans laquelle prévalent les éléments communs de la civilisation. Quant au concept d'"empire", il est actuellement totalement incompris, tant et si bien que de nombreuses personnes, confondant la réalité avec sa caricature sinistre, parlent même d'"Empire américain" ! Pour parler proprement et correctement de l'empire, il est nécessaire qu'il y ait au moins une construction politique de grandes dimensions territoriales, dont le principe constitutif n'est pas d'ordre national et au sein duquel cohabitent divers peuples, nations et communautés religieuses. Ces conditions correspondent à la formule romaine : “fecisti patriam diversis gentibus unam”.

Q. – Comment concevez-vous le rôle de votre pays dans un système multipolaire envisageable ?

R. – Étant occupé militairement par les États-Unis, puis forcé d'exécuter le rôle de porte-avions américain dans la mer Méditerranée, l'Italie n'est aujourd'hui pas libre d'exécuter la fonction naturelle qui lui est assignée par sa position géographique, en direction de l'Afrique du Nord et de l'aire balkanico-danubienne. Ainsi, seule la désarticulation du système occidental et la transition conséquente vers un ordre du monde multipolaire permettra à l'Italie, intégrée dans une Europe unie et souveraine, d'exploiter son potentiel géopolitique.

Q. – Quelles sont les tendances du développement du monde moderne que vous considérez être positives ? Et négatives ? D'après vous, qu'est-ce qui pourrait être fait pour réduire celles qui sont négatives et renforcer les positives ?

R. – Les plus graves maladies de l'esprit contemporain sont celles représentées au plus haut degré de la civilisation occidentale : individualisme, rationalisme, matérialisme, hédonisme. Toutes ces tendances se réduisent à une racine unique : la négation du Principe métaphysique et, de ce fait, d'une finalité ultime qui oriente le cours de la vie. Le remède adapté pour traiter ces maladies "occidentales" peut être fourni par les enseignements spirituels, qui sont le patrimoine traditionnel du continent eurasiatique.

Q. – Existe-t-il une menace réelle de Troisième Guerre mondiale ?

R. – Bien sûr qu'elle existe. La guerre contre l'Iran, déjà commencée avec l'attaque terroriste sur la Syrie, est une partie du plan stratégique des États-Unis visant à reprendre le contrôle du "territoire côtier", contrôle fondamental pour emprisonner la Russie et pour éviter que la "Terre centrale" devienne le centre du pouvoir mondial. Je voudrais me tromper, mais je suis porté à croire que la crise économique impose aux États-Unis d'avoir recours à la force militaire, accélérant les temps du choc.

samedi 9 juin 2012

Une réflexion sur l'extrême droite



 Par Philippe DELBAUVRE

On ne rappellera jamais assez que l’extrême droite ne mérite pas son appellation. On pourrait en effet de sa part s’attendre à des prises de position qui heurteraient de front le modèle ambiant ; force est pourtant de constater que ni le suffrage universel, ni l’organisation constitutionnelle, ne sont remis en cause. Le moteur de l’extrême droite n’est autre que le racisme, principalement arabophobe, qui est intellectuellement justifié par des théories ad hoc, non seulement nullement opposées à l’ordre existant, mais le plus souvent sujettes à l’affermir. S’opposer au nouvel ordre mondial et donc à ses émanations, ce serait justement prendre le contrepied des dogmes officiels. Or, d’un point de vue économique par exemple, l’extrême droite pratique l’apologie du marché libéré ainsi que la haine du fonctionnaire : rien de plus conforme à l’esprit du temps… En matière de diplomatie, on ne peut que constater l’opposition de l’extrême droite, aussi bien à la Perse – parce que musulmane - qu’à la Chine souvent qualifiée de communiste. Tout comme pour le volet économique, l’extrême droite se situe donc géopolitiquement dans le camp de la pensée dominante. D’ailleurs, on ne peut pas dire que l’extrême droite se soit vraiment intéressée au phénomène Chavez, pourtant thuriféraire de l’opposition au nouvel ordre mondial. Dans les faits, l’extrême droite est avant tout raciste, ce qui n’est nullement incompatible avec la structure dominante dont la caractéristique majeure n’est autre que la mise en exergue du capitalisme et de l’argent. Le racisme n’est aucunement incompatible, d’une part avec l’apologie du monde de l’argent, d’autre part avec l’acceptation de la postmodernité. L’homme d’extrême droite souhaite simplement que la société dans laquelle il vit, dont il devrait être pourtant l’opposant majeur, reste la même, simplement purgée de l’immigration : l’extrême droite n’est pas d’opposition…

vendredi 1 juin 2012

Obsolescence du référentiel gauche/droite



Par Philippe DELBAUVRE


1982 : Je suis alors en Terminale et n’ai pas été mécontent de la défaite l’année précédente de Valéry Giscard d’Estaing, ainsi que, à un degré moindre de l’élection de François Mitterrand dont je n’ignorais pas, grâce à la lecture d’un hebdomadaire bien connu, ce que l’on appellera par la suite, la jeunesse française. L’orientation consumériste et matérialiste du giscardisme, bien décrite dans l’ouvrage « Démocratie française » ne pouvait alors séduire le jeune homme idéaliste et assez naïf d’ailleurs que j’étais alors. Elève dans une classe majoritairement constituée de ce qu’il faut bien appeler des petits bourgeois et participant à ce que l’on appelle des rallyes où la fine et jeune fleur bourgeoise aimait à se rencontrer, je faisais alors l’apologie d’un mouvement alors inconnu du grand public, qui ne connaitrait la notoriété que deux ans plus tard. Haineux de la gauche pour des raisons très intéressées, mon jeune public n’en était pas moins réceptif à une alternative plus radicale au chiraquisme alors triomphant, jugé trop mou par beaucoup.

Dans ce contexte, le Front National du milieu des années quatre vingt, puisque c’était ce mouvement dont je me faisais le thuriféraire, aspirait via les déclarations de son chef, à devenir la quatrième composante de l’opposition dont le Front souhaitait être la pointe. Le succès des élections législatives de 1986 permis d’envoyer à l’assemblée nationale des députés qui, très majoritairement, entonnaient un catéchisme particulièrement libéral qui s’opposait frontalement à une gauche nationalisatrice depuis 1981.

Le hiatus, dès cette époque, c’est que la gauche depuis quelques années déjà, avait abandonné ses dogmes, confrontée qu’elle fut aux exigences de l’intégrisme économique qui s’était déjà fait jour et que l’on n’appelait pas encore le nouvel ordre mondial. La chute du mur de Berlin et la désagrégation du pacte de Varsovie, symboles de l’univers soviétique, consacrèrent la fin d’un siècle et d’une époque dont nous sommes désormais bien éloignés. Paradoxalement pourtant, il en reste encore pour bégayer en répétant le logiciel frontiste de l’époque dont je viens d’écrire, et de justifier via la mise en exergue de la mutation d’alors de la gauche, qu’il était déjà en ces temps, obsolète.

L’un des problèmes majeurs de notre univers politique national, et d’ailleurs européen, n’est autre que la survie du référentiel droite-gauche dans une configuration qui, elle, a radicalement changé. Non seulement la gauche, comme indiqué précédemment, a mu, mais de surcroît, la droite, elle aussi ne mérite plus son nom : entendons nous ! C’est un ancien anticommuniste obsessionnel qui s’exprime, grand pourfendeur de la gauche durant les années quatre vingt. Il n’en reste pas moins que je fais parti de ceux qui ont réinitialisé le logiciel, conscient qu’aujourd’hui, si un choix devait être fait, ce serait vers la gauche profonde que nous devrions nous diriger et trouver nos sources d’inspiration sachant que le nouvel ordre mondial est lui, d’origine droitière. A titre d’exemple, le parti de la France, aussi bien via Carl Lang ou Thomas Joly, qui continue inlassablement à se réclamer de la droite et à fustiger la gauche, comme si l’une et l’autre existaient encore, n’ont pas saisi et intégré les évolutions majeures de ces dernières décennies.

En conséquence, la compréhension du monde contemporain doit nous pousser à instruire les foules en leur montrant l’obsolescence du référentiel droite/gauche, sachant que l’une et l’autre se sont soumises, le centre aussi d’ailleurs, aux mêmes desiderata, principalement issus du monde économique.

samedi 17 décembre 2011

Pourquoi je ne crois pas en l'homme



"Son pays est rempli d'argent et d'or et il n'y a pas de limite à ses trésors ; son pays est rempli de chevaux et il n'y a pas de limite à ses chars. Son pays est rempli d'idoles : ils se prosterneront devant l'oeuvre de leurs mains. Les humains seront humiliés, l'homme sera abaissé" (Isaïe 2, 7-9). Pourquoi cet abaissement de l'homme ? Est-ce la haine de l'humain qui dirige le prophète ?

Ces textes sont-ils audibles, sont-ils lisibles aujourd'hui ? il est clair en tout cas que les prophètes ne sont pas des humanistes. Ils ne croient pas aux réalisations historiques des grandes puissances qui parviendraient à un statut enviable et indépassable, avec leur argent, leurs armes et leurs fausses croyances ou leurs idéologies. Les prophètes ne croient pas en l'homme tout simplement.

Lors du débat avec Riposte laïque au Centre Saint Paul, bientôt disponible ici, Christine Tasin a eu ce mot admirable de naïveté : Je crois... en l'homme. Elle n'a d'ailleurs aucune hostilité envers le christianisme, mais elle ne partage pas la foi en Dieu des chrétiens. Elle croit en l'homme. Cela m'a fait penser au Discours de Paul VI à l'Unesco : "Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l'homme".

Je ne veux surtout pas refaire le match ici, mais j'ai été à la fois touché et navré de cette affirmation que personne ne lui demandait. Touché parce que cette foi en l'homme marque bien l'universalité de la vertu de foi (je parle de foi au sens le plus large, au sens naturel du terme, au sens où il me semble que l'on peut aussi bien parler d'une foi athée). Navré, parce que la foi en l'homme, cela vous a un petit air "années 60", un peu passé de mode. Paul VI avait des excuses, étant donné le progressisme ambiant. Nous n'en aurions plus aujourd'hui, nous chrétiens, à parler de foi en l'homme. Les Trente glorieuses sont bien finies ! Et de telles propositions sont datées.

En même temps, dans la bouche de Christine Tasin, ce culte de l'homme ne remonte pas à Emmanuel Mounier, au Père Teilhard de Chardin et aux progressiste de ce temps-là... Pour comprendre une telle assertion il faut, je crois, remonter à Rousseau (Jean-Jacques), car la formule, initialement est de lui, dans L'Emile. Ce sont d'abord les pédagogues et les pédagocrates qui croient en l'homme, comme nous le rappelle Jean de Viguerie dans un petit ouvrage paru tout récemment aux éditions du Cerf. C'est qu'au siècle des Lumières, on ne lisait pas les Prophètes. A la Bible, on préférait les philosophes (ceux qui s'autoproclamaient tels). Plus tard, le romantisme (le romantisme à travers les âges comme dit Philippe Muray) abonde lui aussi dans la religion du Bien. "Tout est bien", voilà la foi du XIXème siècle en trois mots.

Aujourd'hui, bien forcés, on a pris un peu de recul avec la production du siècle des Lumières et on ne croit plus aux foucades romantiques. la littérature contemporaine est marquée par la rémanence du problème du Mal. En 1948, Emmanuel Mounier, du haut de son progressisme dogmatique, traitait Auschwitz de "petite peur du XXème siècle" (qui n'entraverait pas le progrès inéluctable de l'humanité). Aujourd'hui, on revient à Auschwitz comme à une sorte d'apothéose d'un Mal qui existe toujours. C'est le sens des Bienveillantes de Jonathan Littell, prix Goncourt il y a trois ans. Mais Les âmes grises de Philippe Claudel (qui ont pour cadre non la Deuxième mais la première Guerre mondiale) ne constitue pas un roman moins pessimiste, sur l'homme et sa faculté de faire le bien. Tout le monde s'accorde à reconnaître "l'insoutenable légèreté de l'être" détectée par Milan Kundera, entre autres dans le roman qui porte ce titre. Encore l'écrivain franco-tchèque avait-il le courage de reconnaître que l'amour était le seul remède à cette insoutenable légèreté. l'idylle entre tomas et teresa qui clôt le livre, indique l'échappée belle encore possible. Ni Littell, ni même vraiment Philippe Claudel, malgré quelques bluettes cinématographiques, ne croient au remède.

Si je parle de littérature, c'est parce que je crois que ces oeuvres représentent un symptôme de l'air du temps. L'air du temps n'est pas à l'optimisme, sur fond de crise structurelle et de tsunamis radioactifs. Non, nous ne croyons plus en l'homme. Certains trouveront cela dommage et s'essaieront à réactiver le vieil optimisme progressiste (ou conciliaire). Mais la saison des cerises est bien finie. Faut-il s'en affliger ?

Revenons aux prophètes ! Ils n'ont pas cessé d'annoncer le malheur et de stigmatiser les péchés d'Israël. Je viens de vous citer Isaïe, dénonçant l'orgueil humain, le péché biblique par excellence. Mais Jérémie n'est pas plus optimiste : "Le péché de Judas est écrit avec un stylet de fer, gravé avec une pointe de diamant sur la tablette de leurs coeur et sur les cornes de leurs autels. Ainsi parle Yahvé : Malheur à l'homme qui se confie dans l'homme, qui met sa force dans la chair et qui s'écarte de Yahvé. Le coeur est compliqué plus que tout, il est incurable, qui peut le connaître" (Jer. 17, 1, 5 et 9).

La doctrine augustinienne (pascalienne) du péché originel est exposée ici plusieurs siècles avant le Christ de façon saisissante. Elle est toujours d'actualité ! On ne peut pas dire que c'est Isaïe qui serait pessimiste : Jérémie paraît encore plus précis : il envisage le mal comme quelque chose d'universel : "les mauvais penchants de leur coeur" (3, 17) ; "l'obstination de leur coeur mauvais les fait aller en arrière non en avant" (7, 24) ; "ils sont bêtes et insensés" (11, 8) ; "coeurs obstinés pour ne pas m'écouter" [dit Dieu] (16, 12). "Nous agirons chacun selon l'obstination de notre coeur mauvais" (18, 12). "Si le mal est invétéré, c'est que le centre des facultés spirituelles est perverti" commente le Père Ligier, après avoir donné cette liste impressionnante de textes (Péché d'Adam et péché du monde p. 107).

Mais reconnaître la prégnance du péché sur le coeur de l'homme, c'est déjà chercher d'où peut venir son salut. Si l'homme ne se sauve pas lui-même, qu'est-ce qui peut le sauver ? Pour conclure sa charge antihumaniste, Isaïe écrit : "Séparez-vous des hommes qui n'ont qu'un souffle dans les narines. Car combien peut-on les estimer ?" (2, 22). Le salut viendra à l'homme, non pas de l'homme mais de Dieu. C'est l'abc de la foi chrétienne et l'on n'ose plus le dire ou l'écrire de cette façon. Ce que j'aime entre autres dans les prophètes, c'est qu'ils n'avaient pas peur des mots !

Quand le marinisme avec Frédéric Chatillon nous séduit


VIA LE BLOG DROITES EXTREMES


vendredi 16 décembre 2011

En voyage en Israël, Louis Aliot est allé dans deux colonies


VIA LE BLOG DROITES EXTREMES

Le voile se lève peu à peu sur le voyage de Louis Aliot en Israël, lundi 12 et mardi 13 décembre. Le n° 2 du FN est ainsi allé à Shilo et Eli, deux colonies en Cisjordanie. "On est allés dans un village en Judée-Samarie [appellation de la Cisjordanie utilisée par les autorités israéliennes mais aussi par les milieux nationalistes du pays] où on est passés d'une colonie à l'autre", raconte M. Aliot. A noter que, le 30 novembre, la France a condamné officiellement la  construction de 100 nouveaux logements illégaux dans la colonie de Shilo.
Selon son récit, Louis Aliot dit aussi être allé dans la ville palestinienne de Ramallah qu'il définit comme "la ville de la bourgeoisie palestinienne".
La ligne du FN en ce qui concerne la question palestinienne est pourtant claire : deux peuples, deux Etats. "On peut être contre les colonies et cette politique, et vouloir aller voir de quoi il retourne", continue le vice-président du FN. Il avoue tout de même qu'il n'avait pas "cette image" des colonies. Mais maintient qu'il faut "deux Etats à partir de la ligne de partage de 1967. Et que les tribunaux décident du démantèlement ou non des colonies".
M. Aliot a fait ce déplacement de deux jours dans l'Etat juif avec Michel Thooris. Ce dernier, qui entretient des rapports avec le parti d'extrême droite Israel Beitenou, est très lié aux militants pro-sionistes israéliens. Il sera le candidat soutenu par le FN dans la 8e circonscription des Français de l'étranger (qui couvre, outre Israël, l'Italie, la Turquie, la Grèce, Malte et Chypre) pour les élections législatives de 2012. Et c'est peu dire que son positionnement détonne."Il fallait montrer aux Franco-israéliens que le FN a évolué. Que le parti de Marine Le Pen n'est plus de la génération de son père", avance M. Thooris qui souligne qu'il n'a pas sa carte du FN mais qu'il est "candidat mariniste".
"Colonies légitimes"
"L'accueil dans les colonies a été plus que positif. On a rencontré nos compatriotes qui ont fait leur Alyah [émigration en Israël des juifs de la diaspora] par idéal et par nécessité: l'insécurité des quartiers ne leur permettait plus de vivre ensemble", ajoute M. Thooris.
"Je soutiens de manière totalement inconditionnelle Israël, continue le "M. Sécurité" de la candidate à la présidentielle.Il y a une désinformation énorme en France de la part des médias. Les gens des implantations sont légitimes sur leur terre, sur celles de leurs ancêtres." Et s'il assure qu'il n'est pas "opposé à la création d'un Etat palestinien", les conditions doivent être "strictes". "Reconnaissance de l'Etat d'Israël, renoncement au discours hostile à Israël, désarmement total et complet de la population et des factions palestiniennes". Et surtout: "Des accords qui puissent répartir de manière équitable le territoire." Comprendre le maintien des "colonies légitimes". Rappelons qu'au regard du droit international, toutes les colonies sont illégales.
"Il y a un point de convergence sur la montée de l'islam radical. Aujourd'hui, la France est menacée par la montée des intégrismes. Je ne vise pas les musulmans modérés, intégrés qui sont des français à part entière", veut encore croire M. Thooris. Il continue : "Israël, les juifs, font partie de notre civilisation. (...) La France a un idéal judéo-chrétien, l'islam radical n'a pas sa place sur le territoire français, sur le territoire de la République."
Communauté
Ces prises de positions de M. Thooris ne vont pas manquer de créer des remous au sein du Front et dans l'entourage de Mme Le Pen. Il y demeure un courant important hostile à Israël. De même, Mme Le Pen s'est prononcée en faveur de la reconnaissance de l'Etat palestinien par l'ONU. "Je pense que cette reconnaissance, loin d'être une provocation, peut être une chance", avait-elle déclaré le 20 septembre.
Avec ce déplacement, la tentative de séduction de la communauté juive - par le contournement du CRIF -  continue. En France, une association proche du FN vient aussi d'être créée. C'est l'Union des Français juifs qui soutient ouvertement Marine Le Pen: "Ceux qui prétendent parler 'au nom des juifs' comme le CRIF, ou ceux qui n’existent que par les grasses subventions qu’ils touchent d’un Etat lâche et faible, comme l’UEJF, la Licra, la soi-disant 'Ligue des droits de l’homme', le MRAP, SOS Racisme, et toutes ces officines qui font régner la terreur 'antiraciste' et mémorielle, ne représentent qu’eux-mêmes", peut-on notamment lire sur le site de l'association, dont les dirigeants restent à ce jour anonymes.
Une initiative qui rappelle le Cercle national des français juifs, que le FN avait lancé dans les années 1980 et que M. Aliot voulait ranimer.

jeudi 15 décembre 2011

Le Christianisme de Daniel Cologne : méditations sur les fins des temps


VIA VOXNR
           
  

Le Christianisme de Daniel Cologne : méditations sur les fins des temps  Par Claude Bourinet

Certains livres viennent à point. Tout amoureux de la chose écrite a pu en faire l’expérience, comme une sorte de prédestination, qui livre à propos aux interrogations une réponse juste, ajustées dirait-on aux besoins les plus profonds. Tel est l’ouvrage de Daniel Cologne, « Julius Evola, René Guénon et le christianisme », qui vient d’être réédité dans la collection « Orientation » des éditions avataréditions (mai 2011, 14,50€), et qui avait été publié en 1978.

Si l’on met de côté quelques coups de pattes contre la Nouvelle Droite, débat rendu caduc par l’évolution de certains des membres de ce courant métapolitique, il faut convenir que le texte n’a pas pris de ride, et que, par un sort bienvenu, il apparaît même singulièrement actuel.

En effet, parmi les livres dignes d’intérêt, on distinguera ceux qui éclairent l’actualité de façon brillante, et permettent de se reconnaître dans le chaos du présent, mais au rythme du pas, à la hauteur du terrain cahoteux, et il y a ceux qui jettent une lumière plus large, plus enveloppante, provenant d’une source plus lointaine, mais non moins puissante que le chatoiement événementiel. La période devient alors intelligible, non seulement parce qu’on y reconnaît des effets de causes solides, mais aussi parce ce phare couvre de clarté les profondeurs, voilées communément par des connaissances partielles ou une ignorance engendrée par l’âge de fer, et rend tangibles des enjeux cruciaux, d’une importance extrême, concernant le destin du monde et des êtres.

Je m’avoue singulièrement étonné d’avoir découvert un texte aussi dense, mais aussi clair, aussi sobrement disposé pour permettre à tout honnête homme de comprendre les notions, pourtant parfois assez ardues, approfondies et développées par ces deux géants de la Tradition que furent Evola et Guénon. La matière est immense, d’innombrables études ont déjà glosé sur ces deux maîtres. Daniel Cologne a, pour sa part, comparé les analyses qu’ils ont faites à propos du christianisme.

On ne pouvait mieux choisir un angle d’attaque aussi vital, car, que l’on envisage les racines de notre civilisation, au sens plein du mot, c’est-à-dire comme système de valeurs provenant d’un principe originel donnant sens à l’existant vécu pleinement comme engagement, ou que l’on s’interroge sur ce qu’elle est devenue, sa décadence, son rabattement sur des facteurs biopsychiques, son oubli radical de la Tradition, on en vient inévitablement à la question brûlante du christianisme, tantôt perçu comme l’un des responsables majeurs du nihilisme, tantôt comme un continuateur, voire un transmetteur d’une longue mémoire symbolique et rituelle.

Le défaut de la plupart des interprétations modernes de cet événement historial considérable que fut l’adoption de la religion du Christ par l’Empire romain provient de ce que les postulats qui les guident appartiennent, peu ou prou, au substrat mental et conceptuel de la décadence. Qu’on juge l’emprise de l’Eglise selon la théorie freudienne, en fonction des réquisits de la puissance, ou bien par rapport à une orthodoxie exclusiviste, chauvine et dogmatique, au sens exotérique du terme, on se condamne à des vues partiales, donc fausses, et même dangereuses. Il faut trouver, pour éveiller la connaissance à la vérité d’une évolution qui possède sa logique, un metron, une mesure. Et cet étalon, ce paradigme qui permet de jauger les expressions du sacré, qui se sont succédé depuis l’aube des temps, c’est la Tradition primordiale, dont elles sont des déclinaisons, des répliques plus ou moins éloignées de leur épicentre. Le critère de validation d’une religion réside dans la présence d’un legs ésotérique et d’un héritage initiatique, dont les variations se perçoivent dans toutes les sacralités encore enracinées de l’Histoire.

A la suite de Guénon, notamment lorsqu’il évoque la Querelle du Sacerdoce et de l’Empire, mais aussi quand il souligne l’importance du christianisme primitif, dont les prémisses, cohérents avec la Tradition la plus assurée, se retrouvent chez les Templiers, qui unissent de la façon la plus harmonieuse pouvoir spirituel et pouvoir temporel, Daniel Cologne rehausse une religion qui n’avait eu que l’infortune d’adapter à un monde qui perdait la mémoire de la religio vera, et qui sombrait dans le scepticisme, le souci de la transcendance, le besoin d’une réalité supraterrestre. La foi remplaça la certitude sans faille, et le sentiment la sérénité de la connaissance. Les inévitables compromis ne pouvaient éviter la compromission qu’à la condition que l’approche intellectuelle, la nécessité de la gnose, fissent contre poids à la manifestation exotérique d’une Eglise actrice de l’Histoire. Avec la destruction de l’Ordre des Templiers, cet équilibre fut rompu, et, sous le prétexte de s’ouvrir au Monde, la religion perdit ses liens métaphysiques qui la rendaient signifiante pour que tout eût un sens.

On voit combien on s’éloigne de la conception « païenne », qui décèle dans l’esprit guerrier, chevaleresque, le geste encore vivant des traditions antéchrétiennes des celtes et des Germains. Au contraire, et il faut insister sur cette approche antithétique avec celle d’Evola : le glaive est, dans le christianisme, allié, dès l’origine, avec l’esprit, comme la paix supérieure, la Contemplation supraterrestre, inspirée par le Centre de monde, l’est avec l’Action.

L’auteur, dans plusieurs études particulières, qui se complètent avec profit, évalue les différents domaines où s’exercent la présence de la transcendance dans un contexte encore accueillant à la Tradition, ou bien la perte progressive ou brutale de celle-ci. Après avoir évoqué la doctrine des quatre âge, schéma heuristique indispensable à l’appréhension des situations historiales, et, par la même occasion, identifié la nature du christianisme comme courant ambigu, il se livre à une étude riche et nuancée des positions d’Evola et de Guénon vis-à-vis du moyen-âge chrétien, puis pousse plus avant son enquête en analysant l’ésotérisme chrétien. Enfin, explorant la longue dégradation de l’idée de Tradition à partir de l’action gibeline, qui est comme l’antichambre de la révolte du guerrier face à la tentation théocratique, il décrit les pseudo réactions utopistes, les tentatives de révolutions involutives, qui sont des parodies de retour à l’Unité primordiale, pour s’attarder particulièrement sur la métaphysique du sexe, et les différentes conceptions de cette relation fondamentale entre l’homme et la femme en quête de l’androgyne originel, options qui recouvrent chacune un degré d’être.
Autant dire que cet ouvrage, qui pourrait se lire comme une propédeutique aux œuvres de Guénon et d’Evola, est aussi un essai au sens montanien, c’est-à-dire une mise en demeure d’assumer ce que l’on est. Et ce n’est pas l’une des moindres vertus de cette écriture claire et serrée, savante, au bon sens du terme, et simple, judicieuse et patiente, qu’elle soit aussi ce qu’étaient les traités des sages antiques, ces « exercices » de philosophie pérenne qui, en même temps qu’ils touchaient la pointe de l’intelligence, exerçaient une influence psychagogique sur l’auditeur ou le lecteur. Car c’est bien de métanoïa qu’il s’agit là, et de rien d’autre. A ce titre, l’intégration dans la seule religion qui reste en Occident se pose, sous couvert d’inventaire. Non seulement il n’est pas certain que le legs traditionnel y soit encore agissant, mais il n’est pas sûr non plus que, dût-il s’y trouver, même à l’état résiduel, l’homme actuel parvienne à le reconnaître.