.

.

mercredi 9 novembre 2016

Qui occupera l’Oval Room ? Les dernières 48 heures, ou presque…



Dans La dernière ligne droite avant l’élection du 8 novembre 2016, aux côtés de la communauté Du Renseignement, se tiennent quelques ténors des assemblées de la Grande république. Belles embuscades & belle guerre de couloirs en perspective, en cas d’arrivée des Clinton aux affaires bien sûr.
« Quand on voit ce qu’on voit, que l’on entend ce qu’on entend et que l’on sait ce que qu’on sait, on a raison de penser ce qu’on pense ».

Pierre Dac.



| Q. Présidente ou pas, nous verrons. Mais en quoi cette affaire de don du Qatar pose-t-elle tant problèmes à Hillary Clinton ?


Jacques Borde. Oh, pour plusieurs qui s’imbriquent les unes dans les autres comme des matriochka1. Essayons de les prendre dans l’ordre :

1- nommée US Secretary of State, Hillary R. Clinton, s’était engagée, par écrit qui plus est, à informer le Comité d’éthique du Département d’État afin qu’il puisse, le cas échéant, exprimer ses préoccupations en pareil cas ;

2- la Fondation Clinton a bel et bien reçu du Qatar un don d’un million de dollars (900.000 €) ;


3- contactée, la Fondation Clinton a d’abord refusé de confirmer l’existence de ce don. Les faits, par elle, ont ad minimo été occultés ;


4- idem pour l’ambassade qatarie aux États-Unis et le Conseil des ministres de l’émirat qui ont refusé d’en reconnaître la teneur ;


5- cette affaire n’est apparue au grand jour que parce que les 33.000 courriels, soustraits jusqu’alors à la connaissance de tous par Hillary R. Clinton elle-même, y faisaient allusion.


La barque commence a être un peu chargée tout de même.


| Q. Et que peut faire Hillary Clinton pour se sortir de ce guêpier  ?


Jacques Borde. Elle va essayer de botter en touche, de noyer le poisson. Très certainement, comme le pronostique Eber Addad, « On va bientôt voir Hillary Clinton utiliser son état de santé comme excuse pour se soustraire à l’enquête du FBI et aux interrogatoires qui s’en suivront. Elle sera déclarée en conséquences non responsable et pourra ainsi ne pas répondre devant la justice pour les affaires de corruption, de manquement à ses obligations sécuritaires les plus élémentaires, de la disparition de 33.000 e-mails, de l’apparition de dizaines de milliers d’autres ultra-secrets sur les ordinateurs de Huma Abedin et d’Anthony Wiener, de l’oubli de divulguer les cadeaux royaux du Qatar et de l’Arabie Séoudite du temps où elle était Secrétaire d’état, de Benghazi, etc, etc… ».

Le grand guignol habituel.


| Q. Et cela suffira-t-il, selon vous ?


Jacques Borde. Probablement, non. Y compris la décision du FBI de ne pas poursuivre dans l’immédiat. Même si, nous dit dans sa la lettre du directeur du FBI, James Comey que l’équipe du FBI a « passé en revue toutes les communications de ou à destination de Hillary Clinton pendant qu’elle était secrétaire d’État. Sur la base de cette enquête, nous n’avons pas changé les conclusions que nous avions exprimées en juillet en ce qui concerne Mme Clinton ».


| Q. Pourquoi ?


Jacques Borde. Parce qu’il y fort à parier que :

1- les leaks (les fuites en français) se poursuivent, pardi. À commencer par celles à connotation sexuelles, et nul ne sait, à ce stade, ce que ce déballage incessant va donner ;

2- la décision du FBI ne concerne pas ce que dévoileront ces leaks ;


3- Comme l’a souligné le président du Republican National Committee (RNC), Reince Priebus, le FBI « continue d’enquêter sur la Fondation Clinton pour des faits de corruption » liés au passage d’Hillary R. Clinton à la tête du US Department of State ;


4- James Comey le dit lui- même : « Sur la base de cette enquête ». Quid des autres, en cours ou à venir ?


5- le camp républicain n’enterrera pas aussi vite que le rêvent les Démocrates la hache de guerre.


Ainsi, en amont, le très républicain Speaker of the US House of Representatives, Paul D. Ryan2, a rappelé qu’« aucun fonctionnaire public n'[était] au-dessus de la loi ». Et qu’à son humble avis, « Les actions de l’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton étaient plus qu’une simple négligence, elles nuisent gravement à notre sécurité nationale. Le Département d’État doit veiller à ce que tous les employés se conforment strictement à la loi ».

Par ailleurs, à ce jour, mais le temps judiciaire est toujours plus long que le temps médiatique, on attend toujours les retombées définitives de la demande écrite adressée directement au Director of National Intelligence (DNI)3, le lieutenant-général James R. Clapper Jr., par Paul D. Ryan, sur les manquements qu’il reproche à Hillary R. Clinton.

À ce tir groupé est venu s’ajouter cette autre salve tirée en pleine House of Representatives par le Texan Michael Thomas McCaul Sr., qui y préside le House Committee on Homeland Security.
Or que soutient McCaul ?

Qu’« Auparavant, James Comey (directeur du FBI) m’a dit qu’il était très probable que les pays ennemis des États-Unis ont obtenu l’accès à son serveur personnel. C’est pour cela que les protocoles de sécurité existent, afin de protéger l’information secrète. Elle a livré à nos ennemis cette information très sensible et ils en disposent actuellement, ce qui constitue une menace non seulement pour elle (Clinton) et la sécurité nationale (des États-unienne), mais aussi pour les hommes et les femmes (citoyens américains) qui travaillent à l’étranger. Honnêtement parlant, cela relève à mon avis de la haute trahison ».

Le mandat d’Hillary R. Clinton ne s’annonce assurément pas comme un long fleuve tranquille…


| Q. D’autres pièges en perspective ?


Jacques Borde. Oui, l’affaire du Qatar et de son encombrant don (sic) d’un million de dollars étant, à l’origine une question d’éthique, cela pourrait en motiver quelques-uns au sein du US House Committee on Standards of Official Conduct et du US Senate Select Committee on Ethics, chargés de ces questions.


| Q. Vous me disiez avoir été impressionné par Trump, vous l’avez rencontré ?


Jacques Borde. Non pas du tout. Même si l’opportunité d’une telle rencontre m’intéresserait, vous vous en doutez bien…


| Q. À quoi faisiez-vous allusion ?


Jacques Borde. J’ai été impressionné par cette photo, que j’ai aussitôt partagée sur Facebook, de Donald J. Trump évacué par les lourds du Secret Service, dans ce qui apparaissait comme une tentative d’assassinat. Regardez-là et regardez le visage de cet homme. Seul un petit sourire en coin montre la sérénité qu’il garde face à ce qui n’a rien d’anodin : une menace (probable) d’attenter à sa vie.

Intéressant quant au caractère de celui qui pourrait être le commander in chief4 de la nation la plus puissante du monde.
Rappelons, à tous ceux que mon analyse perturberait que les États-Unis sont un des pays au monde où il existe une vraie histoire de retrait (ou de tentatives) de ses hommes politiques par la violence et le meurtre.


| Q. Mais l’attitude des SR, et du FBI, est-elle si innocente que ça ?


Jacques Borde. Non, bien sûr. Quelque-part au Bureau, on ouvre le parapluie. Si le FBI se manifeste autant sur ce(s) dossier(s) c’est aussi pour anticiper et se protéger. À ce stade, le FBI préfère sauver la face en adoptant ce qu’il pense être une posture médiane et éviter, ainsi, une fragilisation plus importante de l’institution qu’il représente pour les Américains après le scrutin.

Or, on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Alors : un coup à droite, un coup à gauche et balle au centre ! Ce d’autant « qu’une bonne partie de la population américaine est désormais convaincue » qu’Hillary R. Clinton « est une menteuse pathologique, une politicienne cynique à qui on ne peut faire confiance », comme le dit Maya Kandel sur son blog5.


| Q. Et pas de changement à attendre au sein des chambres ? 


Jacques Borde. Normalement, non. Comme le souligne Maya Kandel, « Il sera bien difficile pour les Démocrates de reconquérir la Chambre des représentants, l’équivalent de notre Assemblée nationale. La Constitution prévoit de redécouper tous les dix ans ses circonscriptions, en fonction du dernier recensement. Ce découpage est effectué au niveau de chaque État fédéré, en vertu d’un accord entre le gouverneur et le parlement local. Or, la majorité des gouverneurs sont républicains, tout comme la majorité des parlements locaux. Le redécoupage des circonscriptions électorales, de ce fait, leur est favorable, et taillé de sorte à désavantager les Démocrates »6.

Pour le Sénat, « qui est renouvelé par tiers tous les six ans », nous dit Maya Kandel, « Cette année, on compte plus de sénateurs sortants républicains que démocrates. Ces derniers ont donc tout à gagner. L’enjeu est fondamental, car ce sont les sénateurs qui confirment les nominations présidentielles, que ce soit à la Cour suprême ou dans les administrations. Si le Sénat reste aux mains des républicains, ceux-ci pourront poursuivre leur politique d’obstruction systématique qu’ils mènent depuis 2009 face à Barack Obama »7.

Quant au fond, pour reprendre Eber Addad, « La Fondation Clinton a reçu 56 millions de dons des pays les plus liberticides, misogynes, homophobes, racistes, antisémites mais surtout théocratiques et totalitaires pour la plupart. Ils ne l’ont certainement pas fait pour ses beaux yeux ! Qu’auront-ils en échange au cas où elle était élue ? Entre corrupteurs et corrompus on trouve toujours un terrain d’entente ».

C’est sans doute,là, le point le plus embarrassant pour l’avenir.


Notes


1 Poupées russes. 2 En français président de la Chambre des Représentants. 3 Nommé le 5 juin 2010 pour remplacer Dennis C. Blair, décision confirmée par le Sénat le 5 août 2010. 4 Chef suprême des armées. 5 Maya Kandel, 6 Louis Fraysse, 7 Louis Fraysse,

Edward Bernays et les secrets de la propagande américaine



Reparlons un peu des Femen. Si nous en sommes là, c’est un peu grâce à ces crétines. Avec leur comportement abject et provocant, elles ont amené une radicalisation de la situation en Ukraine, une radicalisation de l’intégrisme occidental en matière de tolérance et de sexualité, une radicalisation enfin du traitement médiatique de la cible russe – ou chrétienne, puisque c’est devenu la même chose. La stratégie de gradation a été remarquable depuis six ou sept ans, et il était normal que ce qui n’était au départ qu’une simple « provocation innocente » débouchât sur la crise actuelle.

Pour comprendre le montage Femen, il faut remonter à Edward Bernays, à son livre intitulé Propagande.

Bernays est le technicien du lavage de cerveau et du conditionnement. Dans les années vingt, il crée le le contrôle mental, aidé en cela par les rapides progrès technologiques : radios, journaux, cinéma – car pour lui le cinéma peut tout permettre.
« Dans notre monde contemporain, le cinéma est à son insu la courroie de transmission la plus efficace de la propagande. Il n’a pas son pareil pour propager idées et opinions. Le cinéma a le pouvoir d’uniformiser les pensées et les habitudes de vie de toute la nation. »
Hollywood, imposé comme la nouvelle Église romaine dans toutes les salles de pays mués en colonies culturelles, donne ainsi un énorme avantage aux Américains. Le cinéma est une école de dressage, disait déjà le romancier Francis Ryck.

Ce neveu de Freud, simple journaliste au départ (il n’y a pas de simple journaliste : voyez Clemenceau, Churchill, Lénine ou Goebbels), responsable la propagande du président Wilson, fabrique le « Hun » allemand pour le public américain durant la Première Guerre mondiale, quand les milieux financiers internationaux parient pour les « démocraties » contre les empires centraux qui sont diabolisés du jour au lendemain. Bernays fait après fortune dans le conseil aux entreprises américaines, en leur enseignant à vendre n’importe quoi au public sot et si endetté de l’Amérique. Il publie en 1928 cet étonnant car sincère exposé de ses techniques et de ses idéaux, qui ne manqueront pas d’influencer Goebbels au pouvoir – ou dans l’opposition.

Les formules ici sont même audacieuses. Bernays affirme qu’un quotidien libéral est avant tout un instrument de propagande – sous couvert d’information objective :
« Aujourd’hui, à l’heure où j’écris cette page, la une du New York Times contient huit informations importantes. Quatre d’entre elles, soit la moitié, sont de la propagande. Le lecteur naïf pensera sans doute qu’elles portent sur des faits d’actualité, et pourtant… »
Il se considère comme un général ou un clairon qui doit sonner le rassemblement des troupes. Le capitalisme moderne et massifié est d’essence militaire :
« Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord que la propagande est universelle et permanente ; ensuite, qu’au bout du compte elle revient à enrégimenter l’opinion publique, exactement comme une armée enrégimente les corps de ses soldats. »
Puis Bernays lâche le morceau : nous sommes dirigés déjà par une élite invisible de manipulateurs et de tireurs de ficelles.
« La manipulation des opinions et des habitudes organisées des masses joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. Ce sont eux qui tirent les ficelles. »
C’est d’ailleurs ce que dit l’affiche du Parrain de Coppola. Don Corleone ne veut pas être manipulé.
Et sur le président américain (Coolidge alors), voilà ce que Bernays écrit :
« On reproche également à la propagande d’avoir fait du président des États-Unis un personnage à ce point considérable qu’il apparaît comme une vivante incarnation du héros, pour ne pas dire de la divinité, à qui l’on rend un culte. »
On sait que le succès le plus retentissant de Bernays aura été d’amener les femmes américaines à fumer – et donc les femmes dans le monde à s’empoisonner.  En 1929,  George Washington Hill, président de l’American Tobacco Co., décide de s’attaquer au tabou qui interdit à une femme de fumer en public. Hill embauche Bernays, qui consulte le psychanalyste Abraham Arden Brill. Brill explique à Bernays que la cigarette est un symbole phallique représentant le pouvoir sexuel du mâle (!) : s’il est possible de lier la cigarette à une forme de « contestation » de ce pouvoir sexuel, alors les femmes fumeront.

S’ensuit une opération bien digne d’une révolution orange.
Lors d’une parade, un groupe de Femen fumeuses cachent des cigarettes sous leurs vêtements et, à un signal donné, elles les sortent et les allument devant des journalistes et des photographes prévenus. Les jeunes femmes expliquent que ce qu’elles allument ainsi, c’est les « torches de la liberté ». Roulez cancers !
Fumer étant devenu socialement acceptable pour les femmes, les ventes de cigarettes à cette nouvelle clientèle explosent. Et les cancers de la gorge ou du sein aussi. Les mêmes techniques terroristes et totalitaires censurent aujourd’hui le tabac. Comme on sait elles sont d’inspiration nazie, Hitler détestant la cigarette et ayant poussé Goebbels à la combattre (« fumer tue », c’est un slogan nazi au départ). Idem pour le végétarisme ou l’écologie.
On reprend les mêmes méthodes avec les Femen. Un groupuscule d’excitées bien sélectionnées dans l’ombre, rétribuées et grassement médiatisées ; une condescendance suspecte des médias occidentaux, toujours prêts à partir en croisade ; enfin une cible, la Russie, Vladimir Poutine, le christianisme. Le tour est joué, et peu de temps après, on part en guerre contre l’antéchrist programmé (Trump, Poutine, les pays arabes, le FN, le populisme, la température, tout ce que vous voudrez !).

Il y a hélas un prix à payer dans un monde dominé par des Bernays, des Goebbels, des CNN, des BHL et autres intellos à slogan : le niveau intellectuel baisse et la société végète.

Qui, à Washington, ne veut surtout pas d’Hillary R. Clinton à la Maison-Blanche ?




Confusion & tumulte entre aux États-Unis mêmes ! La dernière ligne droite avant l’élection du 8 novembre 2016 voit interagir sur un enjeu, a priori seulement politique, des acteurs que l’on attendait pas au tournants : ces MM. Du Renseignement, avec en première le… FBI ! Quelques Q&R sur le sujet.


| Q. Présidentielles ou pas : êtes-vous surpris par la descentes aux enfers des Clinton ?


Jacques Borde. Non, pas du tout. Et, sincèrement, comment pourrait-on l’être ?

Comme l’a noté Eber Addad, dont je publie les chroniques sur mon blog : « Depuis des mois plusieurs publications ont affirmé qu’Hillary Clinton était vendue aux monarchies pétrolières et c’était sans cesse démenti par la presse « traditionnelle », maintenant c’est confirmé par la plus traditionnelle de la presse, Reuters qui, de plus, est 100% pro Clinton !!! Un agent du Qatar et de l’Arabie Séoudite à la Maison-Blanche, secondée par un membre des FM ! Et après on s’étonne des désastres en séries! Cette femme est dangereuse… ».

C’est pourtant simple à comprendre. Dommage qu’il a fallu autant de temps pour certains de s’en apercevoir. Mais, il est vrai que les pétrodollars ont parfois un curieux effet sur la mémoire et la déontologie, vous ne trouvez pas ?


| Q. Et que va-t-il se passer si c’est Hillary Clinton qui gagne les élections ?


Jacques Borde. Son mandat est sérieusement compromis avant même de commencer. À terme, et court terme même, je pense que Clinton-présidente va avoir à faire face à une procédure d’impeachment qui plombera toutes ses initiatives.
Après…


| Q. Et, il y a quoi de compromettant dans la corbeille d’Hillary Clinton ?


Jacques Borde. Comme nous n’en sommes qu’au début des vraies investigations, des choses encore éparses, dirai-je. Mais, déjà du lourd…


| Q. Comme quoi ?


Jacques Borde. D’ores et déjà, la Clinton Foundation a dû reconnaître le versement d’un don (sic) d’un million de dollars du Qatar. Avec deux éléments à charge :

1- Hillary R. Clinton était bien, au moment de ce versement, la US Secretary of State ;

2- Là encore, Hillary R. Clinton n’a pas jugé opportun d’en aviser le US State Department. Un de ses nombreux trous de mémoire, sans doute !



| Q. Autre dossier qui enfle : Hillary Clinton & l’affaire de Benghazi ?


Jacques Borde. Celle qui a coûté la vie l’ambassadeur J. Christopher Stevens1 et à un employé du US Department of State, pour être précis.

C’est tout le volet des courriels cachés d’Hillary R. Clinton, alors aux Affaires étrangères. Utilisant un serveur privé non sécurisé, Hillary R. Clinton a, à plusieurs reprises, indiqué ou se trouvait J. Christopher Stevens. Tout ceci avec des éléments plus qu’utiles aux ennemis de l’Amérique et à ces réseaux takfirî pour qui Stevens était une cible légitime. A legitimate target !

De ce fait, la communauté du Renseignement, le FBI étant simplement la juridiction concernée en pareil cas, estime highly probable (hautement probable) que ce sont bien ses courriels qui ont permis aux terroristes takfirî de taper aussi efficacement J. Christopher Stevens.

Pour devancer la question qui vous brûle les lèvres : cette opinion se fonde, en fait, sur cinq courriels :

– 23 mars 2011. Alors, Deputy Chief of Staff d’Hillary Clinton, Jacob Jeremiah Jake Sullivan l’avertit de l’arrivée prochaine de J. Christopher Stevens dans l’Est de la Libye. Cf. Quelqu’un dénommé Bill « was “trying to make sure Chris Stevens gets into E. Libya » »… Était en train de s’efforcer de faire rentrer Chris Stevens en Libye, en français.

– 27 mars 2011. Un courriel du US State Department est expédié à Hillary R. Clinton, sur son serveur privé. Cf. « The current game plan is for Mr. Stevens to move no later than Wednesday from Malta to Benghazi. He will stage off shore initially for a one day visit during which he will have meetings with TNC interlocutors and get a sense of the situation on the ground. The goal of this one day trip is for him to lay the groundwork for a stay of up to 30 days ». Est clairement indiqué quand et où Stevens va se rendre à Benghazi. Ainsi que la mission que celui-ci doit accomplir pour son ministère.


– 8 avril 2011. Autre courriel du US State Department. Cf. « Security situation in Benghazi remains quiet. Chris Stevens & team are in the hotel, moving only for meetings as required ». Précisions mortelles quant au positionnement et aux déplacements de l’ambassadeur J. Christopher Stevens.


– 11 avril 2011. Autre courriel du US State Department. Cf. « The situation in Ajdabiyah has worsened to the point where Stevens is considering departure from Benghazi. The envoy’s delegation is currently doing a phased checkout ». Une situation qui s’aggrave, mais dont les éléments factuels arrivent toujours sur le serveur non sécurisé d’Hillary R. Clinton.


– 24 avril 2011. Dernier courriel du US State Department. Cf. « Stevens will be meeting with MFA in one hour and will make a written request for better security at the hotel and for better security-related coordination. He still feels comfortable in the hotel. They are looking into the idea of moving into a villa, but that is some way off ». Là, la position de Stevens et son escorte est donnée pratiquement en temps réel. La suite, on la connaît…

À se demander, d’ailleurs, comment les tueurs takfirî n’ont pas agi plus tôt. Ajoutez à ça le tropisme interventionniste qui caractérise Hillary R. Clinton. Avouez que nous sommes servis.

À propos de Jacob Sullivan. Il est évident qu’il est aussi dans le collimateur de cette communauté du Renseignement opposée à Clinton. Aligner, Sullivan, donné comme le mieux placé pour occuper le poste de US National Security Advisor dans une administration Clinton à venir, c’est comme le dit le dicton : Killing two birds with one stone. En français : faire d’une pierre deux coups !


| Q. Et Trump les inquiète moins, vos barbouzes ?


Jacques Borde. À se fier à ses déclarations, non. Beaucoup moins, en tout cas. Que nous dit, sur ce sujet, le candidat républicain ?
Que « Nous recourrons à la force militaire seulement en cas de nécessité vitale pour la sécurité nationale des États-Unis. Nous mettrons fin aux tentatives d’imposer la démocratie en dehors des USA et de renverser les régimes, ainsi que de nous impliquer dans des situations dans lesquelles nous n’avons aucun droit de nous ingérer ».

Enfin un homme raisonnable à la tête de ce pays. Il était temps. Surtout avec un hegemon US passablement essoré financièrement.


| Q. Sinon, que pensez-vous des fuites distillées par Julian Assange ?


Jacques Borde. Elles semblent assez intéressantes. Même si je me demande si le tempo est bien le bon.. ?


| Q. Que voulez-vous dire ?


Jacques Borde. Qu’en fait, beaucoup d’Américains ont déjà une idée bien arrêtée de leur vote. Et je ne suis pas certain que des révélations de dernière minute, pour accablantes qu’elles soient, y changeront forcément quelque-chose. Bon, évidemment, il y a les 15%, 20% d’indécis…


| Q. Et sur ce que nous dit Assange ?


Jacques Borde. C’est passionnant. Surtout lorsqu’il nous révèle que « Les Séoudiens, les Qataris, les Marocains, les Bahreïnis, surtout les deux premiers, donnaient tout cet argent à la Fondation Clinton, alors qu’Hillary Clinton était secrétaire d’État et que le Département d’État approuvait des ventes d’armes massives, en particulier à l’Arabie Séoudite ».

Notons que ce sont, pour partie, ces ventes d’armes qui contribuent au massacre de la population civile au Yémen, et plus précisément l’usage indiscriminé qu’en font les troupes de roi d’Arabie Séoudite, Salmān Ibn-ʻAbd al-ʻAzīz Āl-Séʻūd.

Là, encore un intéressant volet judiciaire qui pourrait s’ouvrir pour Hillary R. Clinton.


| Q. Comment cela ?


Jacques Borde. Je vous rappelle que Donald J. Trump nous a déjà assuré que, s’il était élu, il s’offrirait le scalp de Nicolas Sarkozy, pour sa via factis en Libye. Alors, pourquoi pas celui d’HiLIARy pour ses ventes d’armes à Riyad ? Au fond, c’est du même usage immodérée de la géopolitique dont il s’agit.

Notes

1 Stevens est le premier ambassadeur US tué dans l’exercice de ses fonctions depuis 1979.

mardi 8 novembre 2016

Nouveauté: Le Salut par Tolkien


Ce livre n’est pas une reprise du classique de 1998, traduit en plusieurs langues. Il se veut une vision plus décalée, plus libre et plus pessimiste aussi du monde de Tolkien, de ses aspirations, de ses ostentations et de son désespoir. Il traite ainsi des liens de Tolkien et de la tradition, de l’occident et de son eschatologie terminale. Car nous vivons la Fin des Temps la plus grotesque qui se pouvait concevoir. La profanation de la propre œuvre du maître par la culture de masse le démontre à l’envi.

Mais Tolkien est aussi porteur d’un message de guérison, d’un message de thaumaturge et de liturgiste. Sa description de l’amour et de la nature, de la chevalerie et de l’initiation, que l’auteur relie autant au Kalevala qu’à la poésie romaine, sont autant de signaux pour mieux nous aider à affronter un monde à la dérive, et à le traverser.

Car Il y a l’eschatologie du monde occidental d’un côté, dont Tolkien ne cesse de parler dans une correspondance réactionnaire ignorée, et le salut par une œuvre de l’autre, qui repose sur le génie poétique et l’affection cosmologique d’un esprit fabuleux.


L’auteur


Nicolas Bonnal est écrivain et journaliste, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur des sujets ésotériques, métapolitiques et artistiques. Certains ont été traduits en russe, en ukrainien, en brésilien. Il fut jeune rédacteur (1990-1993) à L’Idiot international. En 1997, il publie des articles sur l’exception culturelle dans l’hebdomadaire britannique The European ; et en 2001, il assiste au tournage du film Stalingrad de Jean-Jacques Annaud, à qui il consacre un ouvrage.

Il aussi publié une monographie sur François Mitterrand, éditée par Thierry Pfister chez Albin Michel. Passionné de littérature initiatique, il collabore à des périodiques traditionnels comme Le Libre Journal de la France courtoise, Les 4 Vérités et Contre-littérature. Nicolas Bonnal a travaillé pour la revue Liberté politique et l’hebdomadaire catholique Famille chrétienne. Il vit retiré avec son épouse Tatiana.

Le Salut par Tolkien 

Le Salut par Tolkien
 
Eschatologie Occidentale et Ressourcement Littéraire
Auteur: Nicolas Bonnal
Editeur: AVATAR Editions
Date: 15/10/2016
Collection: Les Inactuels
Pages: 258
Dimensions (cm): 14,85 x 21
ISBN: 9781907847370
Format: Livre Imprimé


Disponible ici: Cliquer

Nouvelle Ecole N°65 : Les Lumières


Depuis maintenant plus de deux siècles, la Révolution française n’a cessé de mobiliser des passions contraires (approbation inconditionnelle ou rejet sans nuances), mais également peu fécondes : bibliothèque rose ou série noire. (…) En dépit de l’historiographie traditionnelle, la Révolution ne se résume pas à l’effondrement des valeurs d’Ancien Régime ou à la suppression des « corps » traditionnels. Comme l’ont bien montré Tocqueville, Taine et Renan, la centralisation révolutionnaire n’a fait qu’accentuer et systématiser la constante volonté de la monarchie administrée de réduire, dans les « pays d’élection » comme dans les « pays d’état », les autonomies locales pour se donner davantage de ressources et de forces. Après 1789, les prérogatives attribuées auparavant au roi ne sont pas supprimées, mais transférées à la nation. Gobineau est allé jusqu’à dire que la Révolution « a seulement développé tout ce qui se faisait avant elle, elle a été l’un des fruits de l’arbre planté par les rois ». Elle a achevé l’État que les rois avaient commencé à bâtir. (…)

La cause principale de la Révolution fut l’Ancien Régime, en l’occurrence une monarchie absolue devenue insupportable depuis au moins 1750, puis tombée entre les mains d’un souverain dépourvu de sens politique. Les Lumières et les sociétés de pensée n’eurent qu’à labourer un terreau déjà préparé. (…)

La Révolution ne se réduit pas non plus à un seul courant de pensée. On y constate au contraire au moins trois grandes influences, et qui ne s’accordent pas spontanément entre elles : celle des Lumières (le progrès, l’économie), celle de Rousseau (le peuple, la volonté générale) et celle de l’Antiquité (le héros, la « vertu »). La pensée des Lumières, associée à l’idéologie du progrès et à son rejet des « superstitions », est l’héritière du rationalisme de Descartes. Elle a conduit à l’instauration d’un régime parlementaire représentatif plus que d’une démocratie, tandis que la pensée de Rousseau a inspiré le nationalisme jacobin. La raison des Lumières, comme outil permettant à la pensée de se dégager de l’emprise de la nature sensible sans pour autant céder à la force du mythe, était en fait une forme de réflexion propre à la modernité capitaliste. Les promesses qu’elle inspirait n’ont pas été tenues : on n’a pas forcément raison quand on parle au nom de la raison. (…)

Au-delà de l’opposition artificielle entre le « moment 1789 » et le « moment 1793 », la Révolution française fut, tout comme la révolution américaine, à la fois une révolution idéologique et un extraordinaire condensé d’événements qui n’ont cessé de produire leurs effets par la suite. Sa nouveauté est à rechercher dans la restructuration volontaire de l’espace et du temps, dans la fête révolutionnaire par exemple, avec son transfert de sacralité (l’unanimisme de la Fête de la Fédération de 1790), dans le regain d’importance donnée à la notion de citoyenneté, dans la relative promotion du peuple. La patrie n’étant plus tant la terre des pères que la communauté politique des citoyens, c’est de la Révolution que nous avons hérité la notion politique de nation. Ce n’est pas à rejeter.


photone31 

Au sommaire du numéro 65 de Nouvelle Ecole

• Attraction, sympathie et « doux commerce » dans la pensée des Lumières (Éric Maulin)
• Les Lumières contre la guerre civile (Marc Muller)
• L’historiographie des guerres de Vendée (Jean-Joël Brégeon)
• L’héritage intellectuel de la Contre-Révolution (Pierre de Meuse)
• Rousseau contre les Lumières (Alain de Benoist)
• La doctrine kantienne de la peine de mort (Francis Moury)
• Max Stirner, critique de la religion et des Lumières (Tanguy L’Aminot)


Et aussi

• Versailles, la grande synthèse de la culture occidentale (Yves Branca)
• Homère dans la Baltique (Felice Vinci)
• Les royaumes thraces – au-delà des légendes (Valeria Fol)
• Deux livres d’Alexander Jacob (Jean Haudry)

Lucien Rebatet et Les Deux Étendards : une déconversion en Dieu



Au sommet de sa montagne, Zarathoustra lance son appel dionysiaque dans le crin du ciel : « Tout homme porte en lui cette double nostalgie de la hauteur intellectuelle et de la pureté morale. En tout esprit deux ailes tendent à s’éployer : le génie et la sainteté. » D’une même manière, Lucien Rebatet propose dans Les Deux Étendards une nouvelle tension spirituelle. À rebours du catholicisme tout en conservant une conception hautement hétérodoxe du christianisme, l’écrivain inguérissable de Dieu entend s’inscrire dans une véritable expédition spirituelle porteuse de son salut esthétique.


Il a le sourire chafouin, les yeux cendrés au fond desquels un feu puissant s’accroche, une blancheur crue qui enchâsse la passion dans le corps. Lucien Rebatet publie Les Deux Étendards en 1952. Du même geste, il met la littérature de son temps à la remorque. Pavillon de mots troué par l’envie et la jeunesse, la musique et la littérature, l’œuvre s’empare dès son titre de la question religieuse comme un bloc épais et total liant l’amour charnel au renoncement chrétien, clouant la nervosité d’une foi véritable à un nietzschéisme libérateur. Car c’est bien un double tableau ignacien entre la Jérusalem promise et la plaine de Babylone qui charpente ce grand roman d’amour dans une tension vitale, « de deux étendards, l’un de Jésus-Christ, notre Chef suprême et Seigneur, l’autre de Lucifer, mortel ennemi de notre naturehumaine ».


Un christianisme incapable d’aimer


Ironie du sort ou cohérence d’un destin, c’est sous les barreaux de Fresnes que Rebatet décrit le « cachot chrétien » qu’il déteste tant. Profondément marqué par Nietzsche, Rebatet présente dans son œuvre une critique du catholicisme par ses origines juives, pétries dans la haine, le ressentiment et les abstractions théologiques. « Les chrétiens ont besoin, pour se maintenir dans leurs croyances, d’une série d’opération insensées, d’acrobaties intellectuelles, de tricheries, d’un grimage spécieux de toutes les évidences », dit nerveusement Michel qui entend démasquer le retournement opéré par saint Paul, « ce Juif génial et terrible, rabbinique et hellénisé, propagandiste autant que prophète, halluciné et réaliste ». Ce qui rend la société décadente et pourrissante, c’est précisément ce judaïsme transmuté dans le christianisme, cette haine rabbinique de l’amour qui se retrouve sous un autre lexique dans le Verbe des chrétiens. « Le christianisme, en dépit de sa morale couchée, s’est toujours ressenti de cette origine-là ». Si le catholicisme prétend aimer, il le fait sur la base du désamour. Il aime dans le sillon d’un rejet qui le canalise encore.

Le roman est avant tout une histoire d’amour qui s’élève comme les anges montent et descendent l’échelle de Jacob. Régis, ami de Michel et épris d’Anne-Marie tout en préparant longuement son entrée dans la Compagnie de Jésus, ne sait pas aimer en dehors du renoncement. Refusant de faire le procès nécessaire de sa religion, il sera incapable de servir l’amour d’Anne-Marie autre que dans une lecture vulgaire du platonisme. Elle le rejettera, en conservant son lumineux souvenir. Si Rebatet a voulu décrire « l’histoire d’une déconversion », il lie irrémédiablement les intermittences de la foi de ses personnages, en particulier Anne-Marie, à un amour scindé entre des instincts charnels et érotiques et un idéal chrétien incapable d’assumer l’Eros. La grande histoire d’amour du roman renvoie donc chaque chrétien à ce constat marqué au fer qui interroge le potentiel des croyants plutôt que la foi elle-même : l’amour sanctifie, et le chrétien est incapable d’aimer en dehors du discours.


Dieu au-delà de Dieu


C’est sur ce refus de « la foi en petite tenue, la foi d’usage courant » que Rebatet entend faire entrer l’amour dans une dimension vitale et corporelle. Mais ce que l’auteur des Décombres reproche au catholicisme est moins porté par une lassitude du divin que par une haute conception de Dieu, un Dieu rabaissé par le Credo et les dogmes, un Dieu que Michel dira nécessairement négatif : « Determinatio est negatio. C’est pourquoi j’ai refusé de me déterminer. Dans déterminer, il y a terme, borne. Les catholiques, en se déterminant pour leur dogme, nient la vie universelle. Moi, l’insurgé, le mécréant, le brûleur de dieux, je suis beaucoup moins qu’eux un négateur. »

Ce constat sur fond de spinozisme est un appel à sa manière, une exigence de dépassement qui cherche un Dieu-autre, un Dieu au-delà de Dieu, un absolu qui a rendu sa dernière peau : « Le véritable dépassement n’a-t-il même pas pour condition d’écarter ce Dieu-là, puisque l’abaissement est le premier des actes que ce Dieu prescrit ? », répète le jeune Michel inlassablement. Rebatet ne cache pas son amour pour un catholicisme ancien et médiéval, assumant un certain respect pour Pascal et Bloy. « Est-il interdit d’imaginer qu’il existe parmi nous au moins un catholique du temps des cathédrales, que sa foi pourrait encore lancer dans une étonnante expédition spirituelle ? », demande encore Michel qui considère la loi de Dieu comme un repos, une sécurité, une soumission encore trop facile. Le frêle étudiant-philosophe est hanté par un Dieu dont il cherche la véritable hauteur. « Ce que j’exige de moi sans Dieu est plus difficile que ce que Dieu exigerait de moi… », affiche finalement le jeune homme face à l’échec de sa conversion.


Entendre la nostalgie : une phénoménologie du religieux


Mais pourquoi vouloir attaquer un Dieu qui, selon la trame nietzschéenne du roman, serait mort ? Voilà la question que pose Mendel Péladeau-Houle dans son étude sur le caractère post-théologique (au sens littéral du terme, au-delà du discours sur Dieu) des personnages du roman. Car l’ombre de Dieu est peut-être plus pesante encore que son ancien règne. Selon Péladeau-Houle, « Rebatet présente au contraire une phénoménologie religieuse où nostalgie et nietzschéisme, plutôt que de ressortir à des états de faits figés, sont, par-delà le clivage croyance/incroyance, des forces en mouvance et instables ». La question est donc moins celle de la construction de Michel comme sujet religieux que la modalité d’apparition du phénomène religieux dans la vie du jeune homme, permettant de statuer sur la nature de son cheminement spirituel. Cette modalité, c’est précisément la nostalgie, celle de la mort de Dieu, de Brouilly, d’une Anne-Marie qui tente de suivre Michel dans son dépassement même du nietzschéisme et retombe inévitablement dans un bain de regrets chrétiens. Il ne s’agit plus de choisir entre les deux étendards, mais de questionner le passage de l’un à l’autre. La mort de Dieu a eu lieu, et elle doit se répéter sans cesse comme un défi, à l’image d’une conversion à l’envers.
Rebatet propose donc une refondation du christianisme sur son nerf premier que seul Nietzsche semble avoir détecté dans l’histoire de la philosophie. L’antichristianisme, inopérant car agissant en dehors du champ de la nostalgie, n’est aucunement un moyen de retrouver la vie réelle. Comme souligne Christophe Chesnot dans Les Deux Étendards de Lucien Rebatet ou l’impossible exigence du sacré (1990), ce mode d’appréhension du phénomène religieux permet à l’auteur de proposer un être en déréliction, séparé, perdu et à l’écoute de la présence divine du monde. La nostalgie religieuse n’est pas une construction négative ou positive du sujet, mais un processus de co-présence envers un sacré qui dérive autant vers Nietzsche que vers le christianisme clérical. La nostalgie guette, oriente, influe. Michel dira à propos des grands mystiques comme Jean de la Croix : « Au moment où ils se disaient définitivement ravis en Dieu, ils étaient réavalés par leur religion. »


La création artistique comme salut et comme dépassement


La thèse de Christophe Chesnot permet de penser le christianisme médiéval et le surhomme nietzschéen comme deux absolus sur lesquels s’élever, deux voies orientées à leur manière vers un Christ à questionner. C’est le constat de tout le livre : l’homme est inguérissable de Dieu et ne peut l’éviter. Pour remplir sa tâche, il doit spiritualiser ses instincts naturels tournés vers Dieu. La troisième voie qui s’installe au milieu des deux étendards et qui clôt l’épisode des chauves-souris, « Ni Dieu, ni Diable, voilà ma foi », est alors celle de l’art. Le jeune Michel conclut sur sa nature d’artiste : « Je ne puis m’accomplir moi-même qu’en créant. » Mais un artiste est toujours seul.

La création artistique permet ainsi un triple mouvement : contourner la nostalgie chrétienne laissée par la mort de Dieu, épancher la soif de spiritualité dont l’homme ne peut se défaire, renvoyer les chrétiens ramollis et les athées systématiques face à la question nucléaire de l’amour. Sans Dieu, pas d’art. Sans art, pas de Dieu. Mais encore faut-il que cet art ne soit pas clérical ou idolâtre. Définitivement et à la manière des Exercices spirituels de saint Ignace, le roman de Lucien Rebatet n’est pas à lire. Il est à pratiquer.

« Je ne retournerai jamais à l’Église, l’Église avec un grand E. Je n’en ai peut-être jamais été… Mais n’est-il pas possible de rester “du Christ” ? »


Source

Le solipsisme hédoniste



La conception du monde que chaque individu se fait ou se laisse imposer n’est jamais qu’un rêve, une illusion à usage personnel, même si, parfois, elle correspond à un schéma accepté collectivement, de gré ou de force, par des millions d’êtres réputés pensants, plus proches de ce troupeau humain dont parlait Nietzsche, que de l’individualisme.

Pourtant, créée par soi-même ou acceptée d’autrui, la conception de l’essence de l’humanité et du but de l’existence reste toujours une affaire individuelle, d’où le mot pompeux de solipsisme, où rêve et individualité sont indissolublement liés.

Chaque religion, la plupart des systèmes politiques modernes (en se souvenant que les institutions antiques et médiévales s’appuyaient sur le phénomène religieux) reposent sur un rêve de bonheur personnel, à la condition de s’intégrer à une collectivité. Tout le monde – ou presque – peut s’accrocher à cette formulation ultra-classique, qui nous a été léguée par l’Antiquité gréco-romaine, proche-orientale, chinoise ou amérindienne… en résumé : une conception ubiquitaire et diachronique.

Que le rêve devienne cauchemar à chaque fois qu’il se réalise pleinement, ce n’est devenu une évidence que par la contemplation des expériences politico-religieuses modernes. Les révolutions française de 1789, bolchevique ou maoïste, le nazisme, l’instauration des régimes islamiques eurent en commun d’être proposés comme des solutions génératrices d’un bonheur sur Terre et qui se sont constamment muées en cataclysmes à l’échelle continentale, voire mondiale.

La société globalo-mondialiste – soit l’économie globale qui fournit à bas coût une énorme quantité de produits d’usage courant, dont la commercialisation mondiale, à l’échelle de quatre ou cinq milliards de consommateurs assez solvables et formatés par une propagande planétaire unique, génère d’énormes profits – offre l’hédonisme pour toutes les bourses et pour la plus grande partie de la population mondiale… un hédonisme à géométrie variable, ayant vocation pour devenir universel, ce qui est une innovation dans l’histoire de l’humanité.

Ne sont exclus (pour l’instant) que ceux qui, par amour de la tradition ou par défaut d’imagination, en sont restés à l’ère du travail néolithique : petit élevage et petite culture tout juste vivrière. D’autres se laissent véhiculer d’un continent à l’autre, étant de simples pions d’une géopolitique visant à noyer l’ennemi par un afflux d’indésirables, en majorité inassimilables, destinés à pourrir une société sottement accueillante.

Ces pions ne jouiront que des miettes de la richesse planétaire, comme les retardataires des économies rurales primitives du Tiers-Monde. Pour eux, la charité publique et privée sera l’unique manifestation de la société libérale, jusqu’à ce que soit constituée une petite minorité active qui s’avèrera peut-être capable de pousser les masses ignares à la révolte… c’est l’un des scénarios possibles, mais assez improbable, de fin de notre monde globalo-mondialiste.

L’éventualité la plus probable est celle de l’extinction de ces minorités, par l’instruction technique permettant leur introduction dans le système globalo-mondialiste, qui – s’il est totalement dépourvu de grandeur spirituelle – n’est pas dépourvu de dynamisme éducatif.

Pour l’heure, en dépit des craquements de façade et des vaticinations des Cassandre de la géopolitique, le système globalo-mondialiste tient bon, d’autant mieux qu’il crée artificiellement ses moyens de paiement, les diversifiant même par l’outil informatique. Et ce monde vend de l’hédonisme.

Au plan métaphysique, cette conception de l’existence revient à faire croire que la valeur de l’individu est indiquée par le niveau de confort et de jouissances matérielles qu’il est capable de se procurer. C’est un système habile, puisqu’il est à la portée de tous les sujets entreprenants, travailleurs ou exploitants le travail d’autrui : en certaines zones de la planète, une banale mobylette joue le rôle de la Porsche ou de la Ferrari des pays riches.
En contrées hautement civilisées à l’américaine, la qualité de l’individu se repère – pour au moins 90% des observateurs – par ses avoirs en argent ou par son pouvoir (qu’ils soient gagnés honnêtement ou non n’est d’aucune importance) qui lui permettent d’obtenir les biens et les services réputés haut-de-gamme.
Les prêtres ont toujours contrôlé et maîtrisé leurs ouailles par des promesses eschatologiques : survie paradisiaque après la mort, existences successives ou simple bénédiction divine pour la postérité. Beaucoup de régimes politiques ont assuré leur pouvoir et leur pérennité par la terreur, soit la certitude de douleurs physiques et morales pour le déviant ou le contestataire.

Très subtilement, le système hédoniste actuel maîtrise la masse solvable des humains – et, à terme, la totalité de l’espèce humaine doit devenir solvable – par la jouissance. Système exaltant, comme chacun peut s’en rendre compte !

Ouvrons le débat – Jihadismes, gauchismes : trajectoires historiques







A priori rien de comparable entre les assassins de Daesh et les organisations d’extrême-gauche. Les premiers tuent indistinctement pour imposer une tyrannie religieuse tandis que les seconds disent se battre pour libérer l’Humanité exploitée par les possédants et les religions. Néanmoins si ces deux courants politiques sont opposés au niveau idéologique (l’un se dit religieux, l’autre est athée…) leurs actes et leur trajectoire historique sont, sur plusieurs points, comparables…


Contre-discours


Premièrement l’islamisme armé (Daesh ou Al Qaïda) produit un contre-discours radical justifiant les pires violences. Ces « arguments » sont rejet global de la majorité apparente, d’où la fascination exercée sur certains jeunes. Il en fut de même du gauchisme toutes tendances confondues ! Car si en Europe l’extrême-gauche resta peu armée d’autres groupes dans le monde furent de véritables forces militaires comme les Khmers Rouges, le Sentier Lumineux péruvien ou les Naxalistes indiens. Comme Daesh ces groupes se présentaient comme des rédempteurs, des agents de l’Histoire en marche et surtout des révolutionnaires voulant faire du passé table rase. Daesh fait-il autre chose ?
Quelle différence réelle entre Daesh et les Khmers Rouges ? Réactions à l’impérialisme, aux injustices coloniales et aux pouvoirs locaux violents ils captent la sympathie de gens victime d’injustices réelles.


Il en va de même de groupes comme le Sentier Lumineux, des maoïstes péruviens qui réunirent des milliers d’hommes armés pour lutter contre un État corrompu et sans pitié pour les Indiens et autres mécontents… Or dès que ces militants prirent le contrôle de hameaux la réalité de leur pouvoir n’eut rien à envier aux excès du gouvernement : pour une victime civile de l’armée les guerilleros tuèrent deux personnes non armées. Aujourd’hui le Sentier Lumineux survit à l’échelle d’une simple bande armée comme les derniers Khmers Rouges dans les années 90.


Si l’idéologie motive les militants comme l’étincelle enflamme la plaine la réalité de la lutte armée forge un habitus où la violence devient la seule règle et surtout la seule culture. Cela explique aussi les désertions : quand l’idéal politique se dissipe au profit de crimes atroces les vocations déclinent dans bien des sectes !
Ces organisations sont donc avant tout des miroirs inversés de la réalité subie par la population : mais l’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ?



Jeunesse(s)


Généralement les militants armés sont des jeunes hommes. Les jeunes femmes aussi s’embrigadent mais bien moins. Guérillas gauchistes ou jihadistes, peu de différences de structures : les jeunes sont le fer de lance de ces groupes combattants et servent à la fois de chair à canons et, par le biais de la sélection naturelle, de petits chefs capables de mener des groupes au combat et à la mort spectaculaire.

Même si les « Tigres Tamouls » (LTTE) furent avant tout une guérilla ethno-nationale en lutte contre une majorité raciste la violence et les techniques des Tigres ont bien des ressemblances avec Daesh. Ainsi avant les islamistes ce groupe fut le premier à utiliser massivement les attentats suicide pour viser militaires et civils adverses. Une femme kamikaze fut même à l’origine de la mort du premier ministre indien Rajiv Gandhi en 1990. Daesh est sans doute tenté par le même genre d’actions contre les pays ennemis.


Dans des sociétés en crise ou la jeunesse est synonyme d’impasse et de souffrance le passage à la violence politique, religieuse ou individuelle est facilitée et plus encore avec les réseaux sociaux qui isolent l’individu dans sa bulle politique et/ou névrotique.



Ingérences


Mais le terrorisme est bien faible quand il n’est pas soutenu de l’extérieur. Les groupes violents d’extrême-gauche européens firent long feu car leur soutien extérieur était faible ou inexistant. De même les cagoulés corses survivent comme bande maffieuse et clientèle politique.

Le prolétariat mondial que les « communistes armés » disaient vouloir libérer ne donna aucun signe de sympathie à leurs actions et les polices vidèrent vite ces groupes de leur substance.
Il en va autrement des mouvements armés islamistes généralement mercenaires de puissances manipulatrices ou opportunistes. Faut-il rappeler l’aide des USA aux islamistes contre l’URSS ? Ou encore actuellement le soutien massif des pétro-monarchies à certains groupes islamistes en Syrie ?


Le 11 septembre ou les atrocités de Daesh montrent actuellement que le monstre manipulé s’est mué en abomination décolliérisée. C’est sans doute le point faible de Daesh qui a perdu son principal soutien régional : la Turquie. Pris entre plusieurs feux l’organisation va sans doute crever faute de soutien.



Survie


Historiquement l’extrême-gauche armée a survécu : éliminée comme force armée et politique importante la mouvance survit ici ou là. Ayant existé dans le continuum historique cette tendance politique a encore une existence culturelle parfois réactivée par une propagande habille ou la répétition d’injustices réelles. Parfois elle a même une existence légale qui poursuit la « lutte » (ETA, FARC, népalais maoïstes…).

Il en ira sans doute de même pour l’islamisme armé. Ici ou là il a déjà cette destinée par exemple en Algérie ou les anciens des maquis du FIS ont pignon sur rue, s’expriment, fondent des entreprises, pactisent avec leur ancien ennemi étatique, ont des élus, etc. En Algérie le discours islamiste pur et dur n’a nullement disparu, seulement il est cantonné au seul discours apolitique. Les Barbus peuvent dire n’importe quoi et menacer de mort qui ils veulent du moment qu’ils épargnent les uniformes. On en est là.
D’autres sont plus modérés et ont évité l’écueil de la violence comme certains Frères Musulmans (Turquie, Algérie, Maroc…) qui ont accédé à un certain pouvoir par et pour les urnes. Un signe de modernité ? L’avenir le dira mais une géopolitique troublée et les problèmes de développement ne sont pas gages de stabilité. Daesh voit dans les Frères Musulmans d’incorrigibles traîtres à abattre. Excusez du peu !


C’est là où l’Etat a disparu brutalement ou lentement que les groupes armés islamistes sont les plus à même de régner. Un certain Abou Bazr Nasri (vraisemblablement un pseudonyme) a théorisé dans un livre la prise du pouvoir dans les zones « barbares », c’est à dire effondrées ou déstabilisées. Le texte aurait été trouvé en Irak par l’armée us qui l’a rendu publique.


C’est le cas en Somalie ou ailleurs dans les zones grises et pauvres où la natalité a décuplé une jeunesse sans ressources : nord-Mali, Libye ou Afghanistan demeurent des zones où les « nomades » sont armés et assiègent les « sédentaires » désarmés. C’est l’analyse classique d’Ibn Khaldoun (mort à Tunis en 1406) qui voyait dans les empires islamiques du Moyen Âge des proies des tribus nomades armées.


Pourquoi le gauchisme a-t-il échoué politiquement partout ? Pour les mêmes raisons que le jihadisme échouera : ces mouvements réactifs aux souffrances structurelles font une révolution si totale et proposent des solutions si terribles qu’ils retournent la société contre eux.

Rappelons que l’islam de Mahomet fut, certes une révolution monothéiste, mais surtout un habille recyclage de réalités tribales et sociales populaires. Même commentaire pour le communisme, en URSS comme ailleurs en Europe il utilisa les valeurs et l’histoire d’un siècle de gauche socialiste… On sait avec quel succès.


Source


La Chute de la Maison Clinton sera-t-elle le point d’orgue des Présidentielles US ?





Autre Confusion & tumulte : ceux des présidentielles US ! L’affaire des courriels d’Hillary R. Clinton est-elle en train d’entraîner par le fonds la Maison Clinton elle-même ? au-delà de sa défaite & de la victoire au poteau de l’atypique Donald J. Trump, des faits & méfaits qui pourraient amener la petite clique de Little Rock jusque derrière les verrous… 


| Q. Au plan juridique : où en est-on pour Hillary Clinton ?


Jacques Borde. Mal, tant mieux. Si l’on en croit les propos tenus par Bret Baier, lors de l’émission On the Record sur Fox News, « À l’exception d’une quelconque obstruction », le FBI va bien lancer un acte d’accusation contre la candidate démocrate. Baier a indiqué que « beaucoup de preuves » ont été récupérées de l’ordinateur portable d’Anthony Wiener, le mari d’Huma Mahmood Abedin, la plus proche collaboratrice d’Hillary R.Clinton.


| Q. Et les élections, ou plutôt leurs résultats, y changeront-ils quelque-chose ?


Jacques Borde. A priori, quelle que soit l’issue, l’enquête suivra son cours. C’est, en tout cas, ce qu’a confirmé la sources de Fox : les agents du FBI pousseront l’affaire jusqu’à la mise en accusation de Clinton, malgré les pressions qu’ils subissent de la direction du FBI et, surtout, du Department of Justice (DoJ).


| Q. Pourquoi parlez-vous d’une fronde de la Communauté du Renseignement à propos de la candidature d’Hillary Clinton ?


Jacques Borde. Parce que j’ai beaucoup de mal à croire que tout ce qui nous arrive actuellement comme infos à charge contre Hillary R. Clinton nous vienne des seuls réseaux parallèles de la Toile comme Wikipédia & co.


| Q. Et qui serait derrière tout ça ?


Jacques Borde. Je pense que la Communauté du Renseignement US ne veut pas de l’arrivée d’Hillary R. Clinton à la Maison-Blanche, ni de son mari l’érotomane William Jefferson comme éminence grise du NSC1. C’est aussi simple que ça !

Sans parler du US State Department écœuré du comportement d’Hillary R. Clinton, lorsqu’elle était US Secretary of State. Trouble jeu qui a coûté à ce ministère la vie d’un de ses meilleurs ambassadeurs lorsque le soir du 11 septembre 2012, des militants nazislamistes ont attaqué l’enceinte diplomatique de Benghazi (Libye), tuant l’ambassadeur J. Christopher Stevens2 ainsi qu’un fonctionnaire du Département d’État, Sean Smith.


| Q. Qui la soutient encore ?


Jacques Borde. Or la direction du Parti démocrate, vous voulez dire ? À part les fonds vautours de Wall Street, quelques hommes liges golfique arrosant tout ce qui peut être acheté et les Hillbillies3 de leur trou d’origine4. Les media, ou du moins, les plus notoires d’entre eux, se cramponnent encore à elle. Mais dans quelques jours HiLIARy sera plutôt seule, je pense.


| Q. Pas les militaires ?


Jacques Borde. Non ! C’est la légende qu’ont réussi à propager un temps les media aux mains des Démocrates. Mais l’establishment militaro-industriel est, comme le reste du pays, partagé. Au point que 88 officiers supérieurs (à partir du rang de général) ont récemment fait part de leur préférence pour Donald J. Trump.


| Q. Bon, et votre fronde des Renseignements, vous sortez ça d’où au juste ?


Jacques Borde. Il est notoire que le FBI a décidé de barrer la route de Clinton. Comme les Carabinieri dans les années de plomb en Italie, le Bureau est une des rares institutions à échapper aux vagues de corruption balayant la Grande république chère à Tocqueville. Par ailleurs, il est vrai que les conclusions de plusieurs procédures visant le clan de Little Rock tombaient juste ces derniers jours. Et, intègre, la direction du Bureau a tout aussi clairement choisi de ne pas se coucher et de ne pas jouer la montre contrairement au Department of Justice, partisan d’enterrer l’affaire au plus profond possible.

Ensuite, au niveau des personnalités du FBI à avoir pris fait et cause contre Hillary R. Clinton, on a vu du lourd. Du très lourd même…


| Q. Et qui donc ?


Jacques Borde. Je pense surtout à James K. Kallstrom, qui fut le chef de bureau du FBI de New York au milieu des années 90, qui n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier  Hillary R. Clinton et les siens. Jugez-en :

« Les Clinton sont une famille du crime. C’est comme du crime organisé. La Fondation Clinton est un cloaque (…). Il est tout simplement scandaleux de voir comment Hillary Clinton a vendu son bureau pour l’argent. C’est une menteuse pathologique ».
Or, pour l’Américain lambda, lorsqu’il entend parler James K. Kallstrom, c’est avant tout la voix de :

1- celui qui a conduit l’enquête sur le Vol TWA 800 (1996), un des plus grosses affaire de terrorisme qu’a connu le pays ;

2- celui qui supervisé l’enquête sur la Cosa Nostra qui aboutira aux vastes procès des années 1985–1986.


Une sorte d’Eliott Ness ayant fait chuter les Capone et Nitti des années 80.

Kallstrom est aussi quelqu’un qui colle parfaitement au personnage du good guy et du good American, c’est un vétéran du Viêt-Nam et un ancien officier des Marines. Corps qui jouit d’un énorme prestige aux yeux de ses concitoyens.

Ensuite, en dépit de la force de caractère du bonhomme, je ne crois pas que James K. Kallstrom se soit lancé dans sa croisade contre les Clinton (et leur fondation) sans biscuits ni alliés. S’opposer au clan Clinton peut vous coûter cher, fort cher.


| Q. Et, à propos de ces biscuits, vous ne pensez pas qu’ils viennent tous du même fournisseur ?


Jacques Borde. Si, par là, vous voulez dire les réseaux sociaux seuls : non je n’y crois guère. Attention je ne dis pas non plus que des gens comme Assange n’abattent pas un travail de Titan, mais je dis aussi que la plus grosse machine à collecter et redistribuer les renseignements à l’échelle de la planète c’est la NSA5 pas Wikipédia !


| Q. Donc vous nous dites que la NSA a fait le choix de Trump ?


Jacques Borde. Non, ce que je vous dis c’est que, très certainement, au sein de cette vaste entité de l’Electronic Intelligence (ELINT), la première au monde même, qu’est la NSA, il y a des gens qui, tout comme au US State Department, au Pentagone et au FBI, jugent Hillary R. Clinton indigne d’occuper le poste de chef suprême des armées.

Et que de ce fait, les fuites d’infos sensibles ne l’épargnent guère. Vous noterez que ces fuites ne sont ni des hoax ni des forgeries invraisemblables de ses ennemis politiques, mais des éléments probants, vérifiables et accablants. Des traits de plus en plus acérés qui, à chaque fois, font mouche.


| Q. Et lorsque les Démocrates incriminent les Russes et le FSB ?


Jacques Borde. (Sourire). Je crois qu’ils se trompent tout simplement d’agence, de Service de Renseignements. Le Federalnaïa Sloujba Bezopasnosti Rossiyskoï Federatsii (FSB)6 n’a rien à voir dans cette affaire. Ce qui est en train de couler la Maison Clinton est 100% made in USA. En quelque sorte, c’est un inside job qui va, en quelque sorte, sonner le glas de cette House of diying Sun qu’est le système Clinton !


| Q. Mais ce que votre Communauté du Renseignement reproche à Hillary Clinton est-il si grave que ça ?


Jacques Borde. Pour les Américains, oui. En 2009, lorsque Hillary R.Clinton accède au poste de US Secretary of State, les Clinton vont mettre en place une messagerie parallèle et privée. Et de fait, pendant ces années, pratiquement tout ce qui va avoir trait à la diplomatie américaine va circuler à travers l’adresse électronique HDR22@ClintonEmail.com.
 
Serveur mail privé établi en parfaite et notoire  violation :
1- du Federal Records Act qui impose copie pour archivage des communications officielles des élus et hauts fonctionnaires pour toutes les activités liées à leur mandat ;

2- du Freedom of Information Act7 qui permet à toute personne en faisant la demande de consulter ces échanges, sauf ceux classés confidentiels ou Secret Défense.


À noter que Clinton savait parfaitement qu’elle violait la loi.
En 2007, alors dans l’opposition, Clinton reprocha à des élus républicains leur utilisation de mails privés dans le cadre de leurs fonctions. En 2011, alors même qu’elle-même utilisait son fameux serveur privé, elle envoya un message enjoignant les ambassadeurs sous ses ordres à ne pas utiliser d’adresses… privées. Et en 2012, elle remonta les bretelles d’un diplomate passant outre avant de le faire licencier.

Lorsque l’existence de ce serveur pirate fut découvert, Hillary Clinton va fournir, contrainte et forcée, au FBI une partie des courriels incriminées. Mais, parmi les 33.000 qui manquaient, étrangement ceux concernant l’attaque du Consulat américain de Benghazi, au cours de laquelle l’ambassadeur J. Christopher Stevens trouva la mort.


| Q. Et à si peu de jours des élections où en est-on ?


Jacques Borde. En un mot comme en cent, la machine électorale Clinton vient d’exploser en plein vol. Le tout est de savoir ce qui va advenir des débris.

Selon toute vraisemblance, le FBI vient de mettre la main sur les fameux 33.000 e-mails manquants, et sans doute de nombreux autres. L’affaire est tellement énorme qu’il est impossible de l’occulter, de la minimiser ou de la détourner. Là, le roi, ou plutôt la reine est nue. La fin de campagne présidentielle vire au cauchemar pour Hillary.

Son serveur était au cœur de toute la communication de la machine de guerre Clinton : ses entorses aux protocoles du Département d’État, mais aussi toutes les affaires ayant trait à la Fondation Clinton et au trafic d’influence entretenu par le couple en préparation de son retour aux affaires. Le FBI a désormais également placé la Fondation sous enquête.


| Q. Et qu’est-on en train de découvrir ?


Jacques Borde. Oh, à peu prés tout ce que Clinton et les siens voulaient garder secret, dans le désordre :

La mise aux enchères de postes de diplomates, donc de la corruption intérieure.

– Une forme d’extorsion visant des Séoudiens des différentes administrations du Royaume.
– Diverses manipulations pour évincer Bernard Bernie Sanders des Primaires démocrates.
– Les débats truqués. Au point de faire débarquer de CNN8 une des plus grosses meneuses de débats du pays, Donna Brazile9, accusée d’avoir fourni les questions d’un débat à Hillary R.Clinton lors des Primaires de son parti.
– La collusion avec l’actuel Attorney General, Loretta Lynch, qui a invoqué depuis le 5ème Amendement lui permettant, certes, de ne pas s’incriminer elle-même, mais qui, en l’espèce, revient à un suicide politique.
– L’implication de Barack H. Obama himself dans l’affaire du serveur privé.
– L’utilisation de nervis soldés pour semer la violence dans les réunions électorales de Donald J. Trump.

Une fin de campagne qui pourrait, au delà du fumet aigre de la défaite, conduire les principales têtes du clan des Hillbillies de Little Rock (Les Clinton, comme on les appelait à leurs débuts) derrière les grilles d’un pénitencier fédéral…


Notes


1 Stevens est le premier ambassadeur US tué dans l’exercice de ses fonctions depuis 1979. 2 National Security Council. 3 Ploucs. 4 Little Rock, Arkansas. 5 Ou National Security Agency (Agence nationale de la sécurité). Structurellement, dépend du US Department of Defense (DoD), en charge du renseignement d’origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d’information et de traitement des données de l’ensemble du gouvernement américain. 6 FSB, Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie, Федеральная служба безопасности Российской Федерации, ФСБ), 7 Loi sur la liberté d’information. 8 Désormais affublé du sobriquet de Clinton News Network. 9 Professeur de Science politique, membre du Parti démocrate. Elle a été la première Afro-Américaine à diriger une grande campagne présidentielle, celle d’ Al Gore en 2000.

Les critiques pleuvent sur le mégafichier du gouvernement




Le Conseil national du numérique – et même Axelle Lemaire – fustigent la nouvelle base de données personnelles et biométriques.


Si le gouvernement voulait éviter de faire des vagues, il a échoué. La polémique enfle après la publication, le 28 octobre dernier, à la veille du week-end prolongé de la Toussaint, d’ un décret autorisant la création du fichier TES (« titres électroniques sécurisés »).
Cette base de données, qui vise à simplifier les demandes de cartes nationales d’identité et de passeports et à lutter contre la fraude documentaire, recensera en effet de nombreuses données personnelles (état civil, filiation, sexe, couleur des yeux, taille, domicile…) et notamment les images numérisées des visages et des empreintes digitales.


Porte ouverte à des dérives


« Nous partageons la finalité, mais créer un fichier unique centralisé pose problème », estime Mounir Mahjoubi, le président du Conseil national du numérique (CNNum). Ses critiques portent à la fois sur le fond – la création d’un « fichier monstre » regroupant les données biométriques de la quasi-totalité de la population française, qui pourrait être piraté ou détourné de son usage – et sur la forme – l’absence de débat parlementaire. « A fichier exceptionnel, il faut une consultation exceptionnelle », plaide Mounir Mahjoubi.

Lundi, l’ organisme consultatif s’est autosaisi pour examiner des solutions alternatives et a appelé le gouvernement à suspendre l’application du décret, tant « l’existence de ce fichier laisse la porte ouverte à des dérives aussi probables qu’inacceptables ».
Le même jour, c’est la secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, qui a rejoint le choeur des critiques, fustigeant dans L’Opinion un décret « pris en douce par le ministère de l’Intérieur », dont elle n’a eu connaissance que le jour de sa publication. « C’est un dysfonctionnement majeur », s’est insurgée la ministre, pour qui « ce genre de fichier était une bonne solution il y a dix ans. »

Lundi soir, Bernard Cazeneuve s’est fendu d’un courrier de quatre pages pour défendre méthode et principe.

Selon le ministre de l’Intérieur, les garde-fous sont en place. Le système ne doit pas permettre d’identifier une personne à partir de sa photographie ou de ses empreintes, mais seulement de vérifier l’identité du détenteur d’un titre. Et le Conseil d’Etat, comme la Cnil, ont donné leur aval.

Sauf que le premier indiquait, dans son avis de février dernier, que, « compte tenu de l’ampleur du fichier envisagé et de la sensibilité des données qu’il contiendrait, il n’est pas interdit au Gouvernement, s’il le croit opportun, d’emprunter la voie législative. » Quant à la seconde, son avis, publié fin octobre , est plus que réservé et appelait clairement le gouvernement à étudier une solution alternative. Le ministre est passé outre. Un premier arrêté a été publié, pour une application dans les Yvelines dès ce mardi.

Source