Propos recueillis par Jean PIERINOT
Jean Pierinot : Vous préparez un nouveau livre. Sur quoi portera-t-il ?
Pierre le Vigan :
Sur la pensée politique en Europe depuis le XVème siècle donc sur la
constitution de la philosophie politique moderne. Il y sera beaucoup
question de la naissance de la forme nation, de l’Etat, de son rôle, de
la question de la médiation. L’homme peut-il être présent au monde
directement, immédiatement? Je ne le pense pas. Je pense que l’homme est
au monde en tant que membre d’une collectivité politique et populaire.
L’Etat est l’aspect premier du politique mais il ne résume pas tout le
politique. Tout le peuple n’est pas dans l’Etat. L’Etat peut même se
retourner contre le peuple. Or l’homme appartient toujours à un peuple
et existe en tant qu’acteur politique. L’Etat devrait donc, idéalement,
être l’Etat des citoyens.
Vous écrivez beaucoup et sur beaucoup de sujets. Pourquoi et comment ?
Beaucoup
de sujets m’intéressent. Beaucoup de sujets sont liés. Difficile de
réfléchir sur la guerre sans s’intéresser, parmi des milliers d’autres
exemples possibles, à la théorie des trois cerveaux – qui doit
d’ailleurs être discutée et non acceptée sans nuances. Difficile de
s’intéresser à la pensée politique sans s’intéresser à la littérature,
et bien sûr à l’histoire. Difficile de s’intéresser à la philosophie
sans être attentif aux questions de la religion et des religions. En
outre, toutes ces questions sont intéressantes par elles-mêmes.
Il
se trouve en outre que je suis par tempérament un intellectuel en
chemin. J’ai le goût d’arpenter le territoire des idées. Je n’ai jamais
été un homme de chapelle, ni un doctrinaire, pas même un théoricien (et
pourtant il en faut car les théories sont des appuis pour la réflexion).
Je suis un homme de points de vue. C’est assez normal car quand on
chemine, on multiplie les points de vue. C’est bien entendu une limite
mais les limites sont faites pour être éventuellement déplacées mais pas
niées.
Vos thèmes ont-il un rapport avec votre formation ?
J’ai
une formation d’économie, urbanisme et droit public (que j’ai enseigné
un temps). Je l’ai complétée en histoire, géographie, et, plus tard, –
ce qui est assez éloigné des domaines précédents – en psychopathologie.
Ce dernier domaine a bien entendu un lien avec la philosophie, qui est
un de mes centres d’intérêts depuis les années 80, n’ayant par ailleurs
pas le moindre diplôme en ce domaine.
Comment trouvez-vous le temps de lire et d’écrire ?
Il
se trouve que je travaille dans le domaine du logement social. Je ne
suis donc pas un « intellectuel à temps plein ». Je m’occupe notamment
de travaux de bâtiment, toutes choses qui ne sont pas très
philosophiques (quoi que… je renvoie à l’excellent livre Eloge du carburateur de Matthew B Crawford, sous-titré Essai sur le sens et la valeur du travail. Ed La découverte). Plus jeune, j’ai été, entre autres activités, chargé de cours dans quelques universités et formateur.
Pour
écrire et publier, il n’y a pas d’autres recettes que de travailler
énormément. Lire, décrire, écrire, se réécrire. Je consacre une bonne
partie de mes congés au travail et prends des vacances courtes voire
studieuses. Si on n’aime pas le travail on ne produit pas. Je lis
surtout en annotant. J’ai quelques milliers de livres tous lus et
annotés depuis les années 1970. Les notes servent de support. Elles
obligent à une lecture attentive. Il faut user des livres mais ne pas se
laisser user par eux. J’écoute aussi des conférences à la radio ou en
téléchargement. L’oralité est en fait d’une exigence souvent supérieure à
l’écrit. Lire à haute voix un de ses textes est souvent un test
redoutable.
Un conseil à donner en matière d’écriture ?
J’estime
avoir encore beaucoup à apprendre. Vous me demandez un conseil, le
voilà. : il faut se lancer. Il faut écrire sur des sujets qui vous
portent. Il faut à la fois se forcer à écrire assez vite (c’est comme le
vélo, si on va trop lentement, on tombe) et s’obliger à se relire
maintes fois, à vérifier ses sources, à se faire relire par autrui, à
s’assurer qu’on est clair et fluide. Facile à dire, moins facile à faire
!
Les livres de Pierre Le Vigan se commandent à « La barque d’or »