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samedi 4 juin 2016

Les impôts discriminatoires de Valls


Philippe Delbauvre 

Les impôts discriminatoires de Valls
 
Il en est pour continuer de qualifier l'actuel gouvernement de « socialiste », ce malgré les évidences. Peut être est-ce là marque de mauvaise foi ou de jeunesse immature ou inculte. En effet, la gauche, dont les socialistes, ne fut au pouvoir qu'au tout début des années 80. Fut alors ouverte, en 1983, une parenthèse libérale, qui ne s'est jamais refermée depuis.

La mue du parti socialiste ne s'est d'ailleurs nullement limitée à l'économie. C'est ainsi que proposant un service militaire limité à six mois, la gauche finit par inventer le volontariat service long (Vsl) qui permit aux jeunes le souhaitant de doubler leur présence sous les drapeaux. C'est ainsi que l'écologisme initial du parti socialiste se traduisit par l'opération militaire menée à l'encontre du Rainbow warrior.

Que même les militants du parti socialiste ne soient pas tellement de gauche, le fait est avéré et nullement récent. C'est ainsi que pour les présidentielles de 1995, vingt ans déjà, Lionel Jospin, incarnant la droite du parti, écrasa sans difficultés Henri Emmanuelli : 65,83 % contre 34,17 % ! Autrement exprimé, les militants du parti socialiste à l'époque, ne furent qu'un tiers à choisir un réel ancrage à gauche. Lionel Jospin, premier ministre (1997-2002), ne fut-il pas celui qui parvint à maîtriser la dette, ce contrairement à ses prédécesseurs et successeurs ? N'a t-il pas été absent au second tour des présidentielles de 2002 parce que lui fit défaut alors, une part non négligeable de son électorat, déçue d'une politique menée, anormalement située à droite, préférant ainsi accorder son soutien à Chevénement ou aux trotskistes ? Encore une fois, la mue fut bien antérieure et Jacques Delors dès 1985 de déclarer que le parti socialiste avait effectué son « petit Bad Godesberg »....

Plus grave, le fait de continuer à évoquer droite et gauche, de continuer à utiliser les expressions de libéralisme et de socialisme pour qualifier droite et gauche, c'est maintenir pérenne le référentiel droite/gauche, plombant ainsi le travail des esprits lucides d'aujourd'hui comme celui des Anciens, consistant à célébrer le nouveau repère, celui ci opposant centre à périphérie.

Quand bien même la « gauche » célèbre l'immigration au nom de l'humanisme, à des fins de racolage électoral sur des terres réellement à gauche, que sa véritable motivation n'est autre que capitaliste. Autre exemple, politique cette fois, quand bien même défend t-elle le mariage pour tous, que la « gauche » sait pertinemment, suite à ce que furent les conséquences dans les autres pays européens ayant adopté ledit mariage, que cela n'allait pas concerner grand monde. Là encore, on feint la gauche, au même titre que d'autres feignent la droite. Exemple, les ténors de l'Ump que l'on vit jusque dans la rue s'opposer à ce mariage, ne l'avaient-ils pas dans les années précédentes approuvé ?

Se déroule donc devant nos yeux depuis environ trois décennies, un jeu de rôle, chacun endossant un maillot non représentatif de ce qu'il est. Je serais donc surpris, si je ne connaissais la nature humaine, du fait que cette représentation masquée, ne trouve des adeptes jusque dans la mouvance. L'homme politique de valeur, n'est pas celui qui suit benoîtement une situation politique donnée, mais celui qui qui anticipe les grandes révolutions à venir.

Autre exemple, sidérant lui aussi, la contemporaine critique de l'Etat. Le fait est d'autant plus paradoxal que ce dernier a considérablement reculé depuis trente ans. Considérons les nationalisations des grandes industries à l'époque et ce qu'il en reste depuis. Considérons aussi le fait décentralisateur. Cette critique, y compris au sein de la mouvance, est d'origine individualiste, libérale, capitaliste. Les Américains, le fait est pourtant connu, n'ont de cesse de fustiger l'Etat fédéral : phénomène d'importation donc, comme à l'accoutumé quant à son origine, donc...

Bien évidemment, les contribuables rechignent à payer, sous ses différentes formes, l'impôt. On peut comprendre le fait, encore une fois individualiste d'ailleurs. Il n'en reste pas moins que sans argent, l'Etat ne peut agir. Ce n'est pas marque de laisser-aller si une peine de prison sur deux prononcée en France, n'est pas purgée : il n'y a pas assez de place. Si donc, on veut faire reculer délinquance et criminalité, il faut nécessairement commencer par construire prisons et recruter gardiens. Quant à Christiane Taubira et sa tolérance vis à vis du monde des déviants, il ne faut nullement se leurrer : son discours humaniste n'est qu'un masque, charger de cacher une politique libérale économiquement, qui prive l'Etat de recettes : plutôt que de dire la vérité, à savoir que la politique économique menée ne permet pas de construire les nécessaires prisons, on préfère entonner le meli-melo de la tolérance vis à vis de l'intolérable. Voilà comment on se fait passer pour de gauche, alors qu'on ne fait que mener une politique libérale.

Il semblerait que la première tranche de l'impôt finisse par être bientôt supprimée. L'erreur est double.

On a du mal en effet à comprendre sachant que déjà un Français sur deux ne paye pas l'impôt, qu'on ajoute aux non-payeurs, une catégorie supplémentaire : ce sera encore moins d'argent pour l'Etat, lui qui en manque tellement pour résoudre les brûlants d'aujourd'hui, et ceux à venir demain. C'est aussi la meilleure façon de briser l'unité nationale en favorisant certains aux dépens d'autres. Là encore, cette décision n'est nullement franco-française et l'origine reste la même : il ne manque pas de caricatures disponibles sur la toile, fustigeant l'impôt américain sur les classes moyennes. En effet, dans la logique libérale, entendre capitaliste, on ne peut imposer ni les riches, ni les pauvres : les premiers parce qu'ils constituent l'aile marchante du capitalisme donc à épargner, les seconds parce qu'ils n'ont pas assez d'argent pour payer. Reste donc le Français standard, median, pour régler la note. Voilà qui ne peut que déclencher les haines sociales qui n'ont nullement besoin de nos jours d'être encouragées...

La seconde erreur consiste à aller à rebours de ce que je crois nécessaire : imposer tous les Français, propos bien peu démagogique on l'admettra, même si pour certains contribuables ce serait de façon symbolique, ce afin de favoriser l'homogénéité nationale. Il n'est à mes yeux pas décent d'accepter que tant de Français bénéficient de services payés par les autres. Il faut en finir avec cette logique de deux poids, deux mesures. C'est ainsi que tous les Français doivent être membres actifs de la même communauté. C'est ainsi qu'au contraire, on a pris l'habitude de scinder la communauté nationale entre catégories distinctes. On se souvient aussi que le service militaire fut au final très inégalitaire, certains étant conscrits, d'autres, et pour beaucoup, dispensés.

On se trouve donc dans la situation où le Français moyen, « Monsieur tout le monde », ne bénéficie ni des avantages de la richesse, ni des allocations ou des exemptions, dévolues aux pauvres. Et ainsi d'engendrer des haines au sein même de la communauté nationale ...
 
Article daté de septembre 2014