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samedi 4 juin 2016

Retour de Sarkozy et d'Aubry, mauvaise nouvelle !


Philippe Delbauvre 

Retour de Sarkozy et d'Aubry, mauvaise nouvelle !
 
Très longtemps, la droite, de façon presque consensuelle, considéra qu'une élection se gagnait, dans le cadre du second tour, au centre. Il y avait de façon sous-jacente, cette idée que les électorats de droite comme de gauche étaient fidèles, alors qu'en revanche l'électorat centriste oscillait d'une élection à l'autre, tantôt vers la droite ou vers la gauche, d'où l'intérêt pour les uns comme pour les autres, de séduire ce mince mais décisif segment.

Autre aspect de la problématique, la gauche exerça un magistère intellectuel qui se traduisit par ce que l'on avait coutume d'appeler à l'époque, le terrorisme intellectuel. En clair, responsable ou pas, la droite était nécessairement coupable. D'où le fait qu'on se gardait bien à l'époque chez les hommes de droite, d'évoquer des termes comme « droite » et « capitalisme » et à fortiori s'en réclamer.

On comprend dès lors pourquoi la droite du milieu des années 80 fit profil bas face aux attaques lancées sous la forme de culpabilisation, de la part de structures attenantes à la gauche, comme par exemple sos racisme. Et les ténors de la droite de l'époque de ramper dans leur démarche canossienne, jurant qu'en aucun cas, ils ne prendraient pas le moindre contact avec le Front National. Cela au point d'affirmer, sincèrement d'ailleurs, qu'ils préféraient la victoire de la gauche plutôt qu'une alliance jugée obscène. Et d'aller au second tour jusqu'à voter pour les candidats de gauche.

Aussi bien Juppé que Chirac appartinrent à cette smala. Mais aussi les militants du Rpr comme de l'Udf, bien peu courageux à l'époque. Si on exclut des personnalités comme Jacques Médecin ou Claude Labbé, c'est presque la totalité des hommes de droite qui ainsi rampèrent et par voie de conséquence, se soumirent.

Le renouveau de la droite passa par la montée en puissance de Nicolas Sarkozy. C'est ainsi que celui-ci osa le premier parmi les ténors se réclamer de la droite, sans aucun complexe, attaquant frontalement la gauche et ses bilans. Que l'on se souvienne, à titre d'exemple, ses attaques à l'encontre de la pensée 68.

A cela doit être ajouté l'involution psychologique des militants Udf et Rpr, désormais réunis sous le label Ump, qui aujourd'hui plaident au trois quart pour l'alliance avec le Front National : la proportion s'est donc depuis les trois décennies écoulées, totalement inversée.

Alain Juppé, quant à lui, mais aussi François Fillon sont restés de la vieille école, lorgnant vers le centre. N'allons pas croire qu'il s'agisse là de convictions sincères. Chacun des deux hommes cherchent à gagner, indépendamment des compromissions à accepter. Simplement, l'un et l'autre croient fermement que la victoire en 2017 passera par l'alliance de la droite et du centre. Voilà qui au demeurant les disqualifie en partie quant à une nouvelle donne politique : le parti socialiste n'ayant jamais été aussi à droite, on ne voit pas comment une alliance entre Ump et le centre (François Bayrou vient récemment d'apporter sn soutien à Juppé) puisse apparaître comme une rupture d'avec une gauche très recentrée.

Concernant le Front National, les candidatures de Juppé ou Fillon, sont pain béni : en se positionnant non loin du centre, les deux hommes laissent ouvert un grand boulevard sur leur droite dont bénéficiera le Front mais aussi n'apparaîtront pas radicalement différents du candidat de la gauche, lui même très recentré. Une chose m'apparaît presque certaine, c'est que les Français, on ne peut plus critiques concernant le magistère actuel, choisiront un positionnement très à gauche (Aubry ?), très à droite (Sarkozy), ou autre (Front National), mais très éloigné de la politique menée actuellement.

La dernière prestation de Nadine Morano (1) dont il n'est pas inutile de rappeler qu'elle est un hussard de Sarkozy n'est pas le fait du hasard. L'Ump façon Sarkozy va tenter de rejouer la même pièce qu'en 2007, dont le but est de ratisser une partie des voix naturellement acquise, tout au moins de prime abord, au Front National.

L'une des erreurs à ne pas faire serait de croire que Nicolas Sarkozy, au motif des affaires ou d'une mauvais bilan présidentiel, serait de facto disqualifié. Les Français ont pour beaucoup, et bien malheureusement, la mémoire courte. L'élection facile de François Mitterrand en 1988 après une impopularité record en 1986 nous le montre. Nicolas Sarkozy, quant à lui, ne bénéficia que de 40 % d'intentions de vote au début de la campagne électorale de 2012, mais sut finir à 49 %.

En ce sens, et conformément à une analyse mise en ligne ici dans le cadre d'un précédent article (2), et Sarkozy et Aubry, même si pour cette dernière c'est à un degré moindre, constituent les adversaires majeurs du Front National pour la grande alternative que souhaitent, conséquence de la politique franchement impopulaire menée actuellement, les Français.

C'est donc vers ces deux personnalités que doivent se focaliser nos attaques.
 
Notes

(1) Nadine Morano dénonce une femme voilée : http://www.lessentiel.lu/fr/news/story/25924959

(2) Dans le cadre des élections c'est – presque – toujours l'opposition qui gagne : http://www.voxnr.com/cc/politique/EFZpAylAZubPdNkvLU.shtml


Article rédigé en octobre 2014