Alors que les salles françaises ont connu leur pire été depuis dix ans, les productions tricolores ont eu bien du mal à exister face aux blockbusters américains.
Alors que s'ouvre ce vendredi la 44e édition du festival de Deauville, créé en 1975 pour promouvoir le cinéma américain auprès du public français, force est de reconnaître que ce dernier n'a plus vraiment besoin d'une telle publicité : le box-office de cet été a été porté par des productions venues de l'autre côté de l'Atlantique.
« Les Indestructibles 2 »
(5,3 millions d'entrées), « Jurassic World : Fallen Kingdom »
(3,6 millions), « Mission Impossible : Fallout » (2,6 millions)...Les
blockbusters américains tiennent le haut du pavé. Seuls « Neuilly sa
mère, sa mère ! » (proche du million d'entrées), « Ma Reum » (625.000)
et « Les vieux fourneaux », grâce à son bon démarrage, émergent parmi
les films français sortis en salle entre la dernière semaine de juin et
fin août.
Le pire été depuis dix ans
Derrière,
c'est l'hécatombe. « Tamara vol.2 » (425.000 entrées) fait presque
moitié moins bien que le premier opus ; « Christ (off) » ou « L'école
est finie » n'ont pas attiré plus de 100.000 curieux... Avec un peu
moins de 30 millions d'entrées sur la période, l'affluence est en baisse
de près de 20 % par rapport à l'été 2017, selon les chiffres de CBO Box Office . La pire performance depuis 2008.
« Ce n'est pas bon, même la fête du cinéma
a souffert avec 2,8 millions d'entrées contre plus de 3 millions les
années précédentes, reconnaît Marc-Olivier Sebbag, directeur général de la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF). Mais
la Coupe du monde de football, qui a attiré plus de spectateurs que les
compétitions précédentes, ainsi que la canicule sont des facteurs
conjoncturels évidents. »
Les raisons objectives du désintérêt du
public ne manquent pas : outre la chaleur et la victoire des Bleus,
l'offre se réduit en été car les distributeurs veulent éviter la
concurrence des blockbusters américains, dont une bonne partie est
diffusée en juillet et en août à l'international. Le premier trimestre a
de plus été correct, ce qui laisse supposer que l'accalmie n'est que
temporaire. Mais l'industrie n'a pas non plus de quoi se réjouir.
Le prochain trimestre sera déterminant
« La demande risque d'avoir du mal à reprendre en septembre, qui n'est pas non plus un très bon mois de manière générale, note Marc-Olivier Sebbag. Or,
plus les gens vont au cinéma, plus ils y retournent, notamment grâce
aux bandes-annonces. Si cela devait perdurer, nous serions très
inquiets. »
Le prochain trimestre, riche en sorties (on attend un spin-off
de « Spider-man », la suite des « Animaux fantastiques » et les
nouveaux films de Xavier Dolan et Jacques Audiard), sera donc
déterminant pour les exploitants. Leurs homologues américains, eux
jubilent : les ventes de tickets ont bondi de 15 % cet été en Amérique
du Nord, la plus belle progression depuis 1998.
Basile Dekonink