Economiquement, la hausse des prix au-delà de 2 % n'est pas un problème majeur. Mais politiquement, il en va tout autrement. Le gouvernement s'enferme dans un débat sur le pouvoir d'achat qui risque de lui couper les bras.
Depuis près d'une décennie,
l'inflation avait disparu du radar. Les oracles qui ont prédit sa
résurgence à maintes reprises s'étaient tous trompés. Les banquiers
centraux ont vainement acheté des milliers de milliards de dollars ou
d'euros de titres financiers
pour tenter de la faire revenir. Mais le paysage a changé ces derniers
mois. Dans la zone euro, l'inflation dépasse désormais la cible que
s'est assignée la Banque centrale européenne - une hausse des prix
« inférieure à mais proche de 2 % ». E n France, cette hausse est encore plus forte
. Elle atteint 2,6 % selon le mode de calcul européen - et de 2,3 %
selon la norme française. La poussée est forte par rapport aux cinq
années précédentes.
Un poids sur la croissance
Les
causes sont claires. En France, près des deux tiers de l'accélération
viennent de la flambée des cours du pétrole, avec un baril moitié plus
cher qu'il y a un an. Le reste vient des hausses de taxes (carburant et
tabac). La hausse annuelle des prix devrait rester sur une pente de près
de 2 % jusqu'à la fin de l'année avant de revenir autour de 1,5 % à la
mi-2019, sauf en cas de nouveau choc sur le pétrole.
Economiquement,
cette poussée inflationniste n'est donc pas inquiétante, même si elle a
des effets désagréables. Elle pèse sur la croissance, car le
renchérissement du pétrole revient à transférer de l'argent du
consommateur français vers le pays producteur. Elle va aussi tendre à
l'automne les négociations salariales dans les entreprises, alors que la
France a encore des coûts salariaux souvent élevés par rapport à la
concurrence.
Effets positifs rongés
Politiquement,
il en va tout autrement. Car l'accélération des prix se produit au
mauvais moment. Elle amplifie l'effet négatif sur les revenus de la
hausse de CSG en début d'année décidée par le gouvernement. Elle va
ronger les effets positifs des baisses de prélèvements à venir dans les
prochains mois - taxe d'habitation et cotisations sociales salariales.
Et elle va fatalement cogner avec la moindre indexation de certaines
prestations sociales annoncées par un gouvernement qui n'a pas su
trouver d'autres moyens plus intelligents de faire des économies. Les
retraités pas assez pauvres pour toucher le minimum vieillesse et pas
assez riches pour payer la taxe d'habitation et donc profiter de sa
baisse vont être particulièrement pénalisés.
Avec des élections qui se pointent à
l'horizon, Emmanuel Macron et son équipe risquent de se laisser enfermer
dans un débat stérile sur le pouvoir d'achat. Ils vont peut-être devoir
renoncer à mettre en oeuvre l e prélèvement à la source
de l'impôt sur le revenu, qui brouillerait encore plus la situation.
Ce renoncement ne serait pas dramatique en soi. Mais la poussée
d'inflation risque de briser l'élan réformateur.
Jean-Marc Vittori