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samedi 8 septembre 2018

L’heure du nationalisme européen

Gérard Dussouy ♦
Professeur émérite à l’Université de Bordeaux,
Essayiste.

Emmanuel Macron a raison ; l’heure n’est pas aux nationalismes en Europe. Ils ne feraient que précipiter sa ruine. Elle est au nationalisme européen.

Et c’est tout différent ; pour lui et pour la plupart des populistes qu’il entend combattre. L’heure est au nationalisme européen pour les bonnes raisons géopolitiques et économiques que le président français met en avant, a contrario de ses aprioris universalistes avec lesquels elles ne font pas bon ménage. Et, elle l’est, même s’ils ne l’ont pas encore saisi (bien qu’ils en soient réduits à envisager « une internationale des souverainismes »), pour les populistes qui s’opposent dans toute l’Union européenne, avec le soutien grandissant des autochtones et de leurs électorats, à l’immigration massive extra-européenne.
D’un côté, il va de soi que dans la nouvelle configuration mondiale dominée par le face à face américano-chinois, et pleine de risques, la sauvegarde politique des Européens réside dans la construction de l’État européen, parce que lui seul peut leur permettre de renouer avec la puissance et donc avec la souveraineté. Or cela commence, comme le défend le président français, par la mise en cohérence de la zone euro (ce qui est un vaste chantier économique et social, compte tenu des disparités) et par la réflexion, enfin loyale, sérieuse, déterminée sur la défense européenne.
De l’autre côté, les populistes prennent conscience qu’ils ne peuvent pas agir de façon isolée, et se contenter de chercher à passer aux autres le fardeau des immigrés. Par exemple, sur ce point précis, la divergence entre l’Italie et la Hongrie (la seconde refusant l’accueil de tout immigré, même débarqué sur le sol de la première), toutes deux dirigées par des populistes, montre qu’il n’y a pas d’autre solution qu’européenne, laquelle est une solution de fermeture.
Ces deux axes de controverses, de la souveraineté (de la souveraineté réelle, et non pas sa fiction juridique) et de la politique migratoire, dominent, désormais, le débat européen. Et cela pour longtemps, car ils sont imposés par la structure du système mondial. Alors, ne pourraient-ils pas donner lieu à des convergences, au lieu de générer des oppositions quasi systématiques, tellement, face à lui, les Européens  ont des intérêts communs ? S’il n’y avait les préjugés idéologiques des uns et des autres, il ne serait pas difficile de tomber d’accord pour concilier la défense monétaire et militaire de l’Europe avec l’arrêt de l’immigration et la préservation des identités et des valeurs européennes. Et par conséquent, de mobiliser une large majorité d’Européens attachés à ces enjeux. Mais, dans l’immédiat, ce qui reste encore de l’utopie universaliste occidentale, chez les uns, et de l’illusion souverainiste, chez les autres, malgré tous les démentis que leur inflige à tous le monde réel, rend cette rencontre peu probable.
Cependant, ce que les personnalités politiques d’aujourd’hui ne sont pas mentalement aptes à faire, comme on peut le craindre, et les prochaines élections européennes le confirmeront sans aucun doute, faute de savoir changer leurs visions respectives du monde, d’autres le feront plus tard. Et dans un avenir qui n’est peut-être pas très lointain. Elles le feront par nécessité, comme presque toujours dans l’Histoire, car les contraintes du système mondial (démographiques, écologiques, économiques et stratégiques) ne vont pas cesser de se durcir (elles vont se manifester par des crises que l’on n’ose pas imaginer).

Or, ces contraintes légitiment, d’ores et déjà, l’heure du nationalisme européen, qu’ensemble, les deux axes d’action politique, ici même soulignés, fondent.

Lire aussi :
L’Italie populiste et l’avenir de l’Europe
Pour un État Européen, Interview de Gérard Dussouy
L’européisme (l’idée européenne) comme volonté de puissance

Gérard Dussouy est l’auteur de :  Contre l’Europe de Bruxelles, fonder un État européen” aux éditions Tatamis. 

Une édition italienne est sortie aux éditions Controcorrente.

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