
La Turquie, possible détonateur d'une crise prochaine de la dette
Marc Rousset
Ex: http://synthesenationale.hautetfort.com
Les
raisons à venir d’un krach financier sont malheureusement très
nombreuses et pourraient concerner de nombreux pays. La Turquie, dont on
ne parle jamais, pourrait bien être le canari dans la mine de
l’explosion de la dette. Comme la France médiatique de Macron, la
Turquie est censée bien se porter mais, en fait, son économie très
fragile est au bord du gouffre.
Les
entreprises turques sont trop endettées en dollars et la réaction du
dirigeant autocratique Erdoğan face aux Kurdes, au coup d’État manqué de
Fethullah Gülen avec la bénédiction des États-Unis, aggrave la
situation. Suite à l’arrestation de 60.000 personnes, au licenciement de
150.000 autres, les intellectuels et les possédants, et non plus
seulement les classes populaires, quittent aujourd’hui le pays.
La corruption est omniprésente ; le niveau de l’éducation baisse et les tribunaux sont ultra-politisés.
L’inflation
est de 11,9 % en 2017, tandis que la livre turque, de 0,5 euro en 2011,
n’en finit pas de s’effondrer à 0,22 euro en février 2018, ce qui
renchérit la dette de 450 milliards de dollars aux créanciers étrangers,
dont 276 milliards en euros et dollars. Les taux d’intérêt, en Turquie,
sont passés de 6 %, en 2013, à 12 %, en 2018. Les taux américains ainsi
qu’européens pour les dettes des entreprises libellées en devises
étrangères sont, eux aussi, en augmentation rapide. 170 milliards de
dollars doivent être remboursés en 2018. La dette extérieure, qui
représentait 39 % du PIB en 2012, s’élève aujourd’hui à 58 % du PIB.
La
bulle immobilière est en train d’exploser, avec une augmentation des
faillites de 120 % dans le bâtiment et les travaux publics. Des
constructions immobilières sont déjà à l’arrêt au milieu de tours
gigantesques, de bureaux et de logements en surnombre. On sent la
démesure avec le nouvel aéroport d’Istanbul, le plus grand du monde (200
millions de passagers), les appels d’offres pour un deuxième Bosphore,
le « Grand Canal Istanbul », ainsi que pour le plus grand tunnel au
monde « Eurasia » devant relier l’Europe et l’Asie avec un tunnel à
trois voies superposées en étages.
La
bulle boursière est aussi sur le point de crever, suite à la hausse des
taux d’intérêt et à la fuite des capitaux. Depuis la tentative de coup
d’État en 2016, les actions turques ont quasiment triplé.

La Turquie, hors Union européenne et Suisse, est le 4e
partenaire commercial de la France, ce qui pourrait avoir des
conséquences, en cas de défaut turc, pour des ventes de missiles
antiaériens, pour les 400 entreprises françaises implantées, dont
Renault et Peugeot. BNP Paribas a déjà déprécié la valeur de sa filiale
dans son bilan. Quant au flux des migrants afghans, syriens et irakiens,
momentanément tari contre le versement d’une honteuse et stupide rançon
annuelle, à Erdoğan, de trois milliards d’euros, alors que nos pères
européens auraient déjà depuis longtemps envoyé des navires de guerre au
large des côtes turques pour régler le problème, il pourrait
reprendre !
Si
Erdoğan devait mettre en place un contrôle des capitaux,
l’impossibilité pour les investisseurs étrangers de vendre des
obligations et des actions contre des devises fortes aurait pour effet
de déclencher un krach financier.
La
crise des liquidités en Turquie pourrait, alors, ressembler à celle de
la Thaïlande en 1997 et à celle de la Russie en 1998, mais au-delà de la
crise ponctuelle d’un pays, cela pourrait bien être, dans le contexte
mondial actuel, l’étincelle imprévue qui met le feu aux poudres dans les
pays émergents, en Europe, à Wall Street, Shanghai et Tokyo.