QUI A DIT que la solution pouvait sortir des urnes ?
Au lendemain d’élections législatives et sénatoriales où étaient invités
à se prononcer 46 millions d’Italiens, la situation politique est très
confuse chez nos voisins, aucune majorité ne se dégageant. Alors que le
pays connaît une situation catastrophique, non seulement à cause de son
chômage de masse et de son endettement, mais surtout à cause d’une
submersion migratoire foudroyante depuis quelques années, l’Italie
risque de s’enfoncer encore un peu plus dans la crise, dans
l’immobilisme et dans l’impasse politique, aucun parti ni aucun bloc
n’obtenant la majorité absolue ni à la chambre des députés, ni au Sénat.
L’extrême complexité du système électoral italien qui repose sur un
mixte de scrutin proportionnel et de majoritaire, auquel s’ajoute le
régime dit des apparentements, tel qu’on l’a connu en France sous la
IVe République et qui avait permis aux partis aux affaires de faire
échec au RPF de De Gaulle, explique en partie cette situation de
blocage. Mais en partie seulement, l’autre raison étant
l’impressionnante atomisation de l’offre politique chez nos voisins
transalpins.
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L’Italie connaît un nombre considérable de partis
politiques jouant la carte électorale, les Italiens restant malgré tout
un peuple plus politique que les Français, même si c’est beaucoup moins
vrai qu’avant. Pensez que les mouvements se réclamant de la droite
nationale ou que l’on assimile à cette mouvance et qui étaient présents à
ces élections générales du dimanche 4 mars, le plus souvent séparément,
approchent la dizaine entre la Ligue, Fratelli d’Italia, les Frères
d’Italie, une scission droitière de l’ex-Alliance nationale de
Gianfranco Fini qui a conservé la flamme tricolore du MSI, le Mouvement
social Flamme tricolore qui, lui, représente le MSI canal historique
puisqu’il a refusé le “postfascisme” de Fini et a fait scission à la
suite du congrès de Fiuggi en 1995 lorsque Fini transforma le MSI en
Alliance nationale — devançant Marine Le Pen qui, vingt-trois ans plus
tard, enterre le Front national pour lui donner un nouveau nom car,
a-t-elle dit au Figaro, « le FN a changé de nature », les fascistes de
Forza Nuova et le mouvement Casapound. Qui dit mieux ?
Tout n’est certes pas négatif dans les résultats du
scrutin. La gauche immigrationniste représentée essentiellement par le
Parti démocrate subit une sévère défaite, même si son échec est aussi dû
à l’usure du pouvoir. Dans le contexte actuel, il est difficile pour
les gouvernants d’être réélus car appliquer la politique de l’Union
européenne et les directives mondialistes n’est pas de nature à
satisfaire et enthousiasmer les populations qui voient leurs conditions
de vie et de travail se dégrader, à l’exception d’une petite minorité
qui profite de la mondialisation. Les Italiens, comme les Français, sont
majoritairement opposés à l’invasion de leurs pays qu’ils subissent
impuissants et souffrent de moins en moins les contraintes de plus en
plus lourdes imposées par Bruxelles.
Malheureusement, chez eux comme chez nous, le
recouvrement de l’indépendance nationale et le règlement de la question
des flux migratoires ne peuvent se faire par les urnes car quasiment
tous les partis s’accommodent plus ou moins des millions d’immigrés
extra-européens présents sur le territoire et aucun, en tout cas parmi
ceux qui comptent électoralement, ne propose la sortie de l’euro et de
l’Union européenne, l’adoption de la monnaie unique ayant pourtant été
désastreuse pour l’Italie. Tout au plus promet-on des deux côtés des
Alpes de freiner ou d’arrêter l’immigration massive, mais sans proposer
aucune mesure concrète et efficace qui permette de tenir cet engagement
et de réformer l’Union européenne de l’intérieur. Ce qui est une vaste
plaisanterie : voilà trente ans qu’on nous promet ces évolutions. C’est
un mensonge car il faut l’accord des vingt-huit pays de l’Union pour
prendre une décision, ce qui est une garantie de blocage.
Certes les Italiens ont accordé majoritairement leurs
suffrages au Mouvement 5 étoiles crédité à l’heure où nous bouclons (les
résultats définitifs en nombre de sièges ne seront connus que dans le
courant de la semaine) de quelque 32 % des suffrages et à la Ligue, qui
récolte environ 17 %. Ces deux partis sont indubitablement critiques sur
l’Union européenne et ont tenu tout au long de la campagne électorale
un discours hostile à l’immigration totalement libre. Mais outre que ces
deux partis qui, à eux deux, détiennent la majorité absolue dans les
deux chambres, refusent pour le moment catégoriquement de travailler et
de gouverner ensemble, la Ligue s’inscrivant dans la coalition dite de
droite avec Berlusconi tandis que le Mouvement 5 étoiles fondé par le
clown (c’est son métier) Beppe Grillo, un homme de gauche assez
inclassable, cultive jalousement son indépendance, il n’est pas sûr que
leur arrivée au pouvoir, très hypothétique pour l’heure, changerait
radicalement la situation. En Autriche le FPÖ et l’OVP, les populistes
et les conservateurs, se sont fait élire récemment sur des positions
hostiles à l’ouverture des frontières et à l’accueil massif des migrants
mais, pour l’heure, force est de constater que l’on n’a pas observé de
changement véritable dans la politique de Vienne à l’égard de la
question migratoire. De même le FPÖ a accepté, pour entrer dans le
gouvernement de coalition avec l’OVP, de renoncer à l’organisation d’un
référendum sur l’éventuelle sortie de l’Autriche de l’Union européenne.
Il est bien beau de tenir un discours eurosceptique et
anti-immigrationniste pour se faire élire mais si, une fois au pouvoir,
on conduit globalement la même politique que les autres, ce n’est
d’aucune utilité. Et c’est même une imposture. On peut craindre que dans
ce domaine l’Italie ne soit comparable à la France, l’électoralisme
étant là-bas comme ici à la fois la tare et la sauvegarde du régime. Là
où il faudrait des solutions claires, énergiques et radicales, l’on ne
propose au mieux que des mesurettes. Il ne faut donc pas s’étonner si la
gangrène progresse et si tout va toujours de mal en pis. La démocratie
qui est le régime de la médiocrité, de l’impuissance organisée et de la
malfaisance en action ne permet hélas aucune solution de redressement.
Les scrutins se multiplient, les majorités et les équipes changent et au
fond tout est toujours pire. Les masses sont incapables de se redresser
par elles-mêmes. Elles sont toujours majoritairement constituées d’un
vaste ventre mou. Elles peuvent parfois avoir des intuitions justes,
comme par exemple sur les dangers d’une immigration massive et
incontrôlée, mais elles sont incapables de comprendre en profondeur les
raisons de ce phénomène et d’accepter les efforts, les risques et les
sacrifices que nécessiterait le règlement du problème.
LES MASSES sont fondamentalement suivistes et
conformistes. C’est pourquoi celui qui tient les leviers de commande
d’une organisation, d’une structure peut facilement la faire dévier de
sa route, tromper et manipuler la base car il n’est pas donné à la
majorité des hommes d’avoir la lucidité, le courage et la force d’âme de
résister. On l’a vu sur le plan religieux avec Jean XXIII et ses
successeurs qui, en dix ans, ont réussi à tout détruire et à changer le
culte, la doctrine, les rites, la discipline mais aussi les mentalités
des baptisés catholiques. On l’a vu en politique avec De Gaulle qui a
réussi, en quatre ans, à force de ruses, de duplicité et de mensonges, à
retourner une opinion qui était très majoritairement en faveur du
maintien d’une présence française en Algérie. On le voit avec le Front
national où, en moins de dix ans, Marine Le Pen a réussi à changer le
programme, les fondamentaux, l’âme et l’esprit du mouvement, et
désormais jusqu’à son nom, sans rencontrer une résistance forte,
constante et organisée. On le voit avec les mouvements traditionalistes
qui affirmaient combattre vigoureusement Vatican II et ses réformes
détestables et qui, en quelques années seulement, finissent par se
taire, ou en tout cas par tellement édulcorer, attiédir leur message
qu’on ne l’entend plus, et vont jusqu’à négocier des accords avec les
pires des modernistes, ceux qui promeuvent les unions homosexuelles,
détruisent l’indissolubilité du mariage, appellent à l’invasion du Vieux
Continent par des migrants mahométans.
Si l’on regarde ce qui s’est passé en Europe depuis un
demi-siècle, on constate une décadence continue et le triomphe chaque
jour plus insolent de l’inversion des valeurs et des priorités,
l’inversion aussi du sens des mots. On s’étonne qu’il y ait encore
autant de gens pour croire qu’enfin le prochain gouvernement sera le
bon, autant de personnes pour aller consciencieusement déposer leur
bulletin dans l’urne (funéraire). Ce n’est pas d’une bonne élection que
l’on a besoin, c’est d’une vraie révolution, celle des méthodes, des
réflexes, des cerveaux, des modes de vie et de pensée, celle des
esprits, des cœurs et des âmes. Et cette révolution, disons-le
franchement, on ne la voit toujours pas poindre à l’horizon.
Jérôme BOURBON,
Editorial du numéro 3319 de RIVAROL daté du 28 février 2018.
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