Le gouvernement a dévoilé, jeudi, les premières mesures de la réforme des études de santé. Les examens classant avant l'internat de médecine vont être supprimés.
Le lancement du plan de
transformation du système de santé a été reporté à septembre. Mais le
gouvernement en a dévoilé un fragment ce jeudi. La ministre de
l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, et la ministre de la Santé,
Agnès Buzyn, ont annoncé les premières mesures de leur réforme des
études de santé. Le concours infirmier sera supprimé l'an prochain, et
les examens classants nationaux (ECN) préalables à l'internat de
médecine, disparaîtront eux aussi en 2019 pour les nouveaux externes.
Chaque
année, 31.000 étudiants se pressent aux concours organisés par 326
instituts de formation en soins infirmiers, qui recrutent des
bacheliers, des étudiants en prépa, et des professionnels en
reconversion. Le coût de l'organisation de ces concours s'élève à
25 millions d'euros par an. Leur suppression permettra aux étudiants de
formuler leurs voeux directement sur Parcoursup, aides-soignants et
auxiliaires de puériculture conservant une voie d'accès spécifique. Ils
seront donc sélectionnés sur dossier, avec un meilleur accompagnement
dans leur projet d'orientation dès le lycée, ont promis les ministres.
La résistance des prépas
Tout
le monde ne voit pas cette réforme d'un bon oeil, à commencer par les
instituts de formation, qui tirent des revenus non-négligeables de leurs
prépas internes. La Fédération nationale de l'enseignement privé (FNEP)
dénonce « un sinistre économique et social inédit et brutal ».
Cela risque de provoquer la fermeture de la moitié des établissements
de formation aux métiers paramédicaux, soit 3.000 licenciements dont
1.000 pour la filière infirmière, affirme-t-elle. Le gouvernement
affirme au contraire que les prépas pourront s'adapter en ciblant les
étudiants qui n'ont pas les attendus nécessaires en fin de terminale.
Dans
un entretien à l'AFP, les ministres expliquent qu'au bout de trois ans
de formation en institut, les infirmiers obtiendront un diplôme de grade
licence. Dès septembre, 10 universités proposeront des masters pour
devenir infirmiers de pratique avancée (IPA), avec une spécialisation en
trois ans en cancérologie, néphrologie, maladies chroniques.
Plus tard, un cycle de doctorat sera créé pour former « un petit noyau d'enseignants-chercheurs ». Ce
processus d'universitarisation des formations pourra être étendu à
d'autres disciplines paramédicales, comme les kinésithérapeutes.
Plus de stages pour les médecins
Par
ailleurs, espère le gouvernement, grâce à la suppression des ECN, les
externes en médecine (de la 4e à la 6e année d'études) vont pouvoir
cesser le bachotage et se concentrer sur les stages
cliniques. L'ex-concours de l'internat va être remplacé par deux
examens. Le premier évaluera les acquis théoriques en 5e année, le
deuxième sera centré sur les « compétences cliniques et relationnelles » l'année suivante. S'y ajoute une prise en compte du parcours et des stages.
Le
stress ne va pas disparaître, puisque le classement perdurera. Il faut
être bien classé pour choisir sa spécialisation et son affectation
géographique. De plus, les étudiants pourront être recalés s'ils
n'obtiennent pas la moyenne, alors que cela n'est pas prévu avec les
ECN. L'un des objectifs est d'inciter les jeunes médecins à aller sur le
terrain, notamment en médecine générale, voire de favoriser l'éclosion
de vocations dans les déserts médicaux.
Solveig Godeluck