Rédigé par Pierre Durrande
© Marcel Hartman.
Voilà une comédie profondément récréative, pleine de
vitalité, sans lourdeur, faisant la part la plus belle au jeu des
acteurs autour d’une Catherine Frot pétillante et toute en finesse !
Un régal ! Le vaudeville est construit sur une situation classique en
la matière : l’assistante médicale d’un chirurgien dentiste, secrètement
amoureuse de son patron, va accepter de jouer pour le tirer d’un fort
mauvais pas le rôle de son épouse pour duper une maîtresse qui le croit
marié et père de trois enfants. Nous naviguons évidemment dans les
méandres d’un fleuve aux eaux troubles où les effets de grossissement
font apparaître des personnages engoncés à l’extrême du ridicule dans
les contradictions de leur égoïsme. Quand il s’agit de faire semblant
d’aimer, les singes ont de nombreuses grimaces. Mais la force de la
pièce est précisément de ne pas réduire à une truculence grossière ce
jeu de dupes, mais de laisser apparaître au fond que l’amour est le seul
lieu où le mot tricher sonne totalement faux. Cette comédie de
boulevard réussit ce tour de force d’allier à la fois les grosses
ficelles de la bassesse ordinaire dont le boulevard fait ses choux gras à
l’extrême finesse et l’authenticité du jeu des personnages orchestré à
la perfection par une Catherine Frot impressionnante. Rien d’étonnant
que cette « Fleur de cactus » n’en finisse pas de refleurir…
Théâtre Antoine, 14, Bd de Strasbourg, Paris Xe. Du mardi au samedi à 21 h ; samedi et dimanche à 16 h. Rés. : 01 42 08 77 71. Jusqu’au 1er juillet.