Le Pape Pie V et la bataille navale de Lépante
Lorsque Chypre fut attaquée et conquise
par les Ottomans (20 000 morts), personne en Europe ne semblait décidé à
relever le gant et chacun excipait d’excellents arguments pour ne rien
faire …
Pourtant, les chrétiens de l’ile s’étaient défendus, avec, à leur tête, l’évêque de Nicosie qui « durant le siège n’avait cessé d’assister les combattants » et « fut tué dans la mêlée ».
Un exemple à suivre. A coté de cet évêque qui défendait sa patrie et
sa religion, les femmes aussi entendaient rester maîtresses de leur
sexe : « Déjà les vaisseaux s’éloignaient du port quand la plus
belle et la plus courageuse de cette misérable troupe, considérant
derrière soi sa liberté, son honneur et sa patrie captive et à demi
brulée, et devant soi la servitude, l’infamie et la prison déshonnête où
elle était portée par le vent, résolut de mourir plutôt que servir
dans un sérail. Comme elle était pleine de cette pensée, elle aperçut
un soldat qui entrait dans le magasin de poudre. Elle y entra
adroitement derrière lui et ayant trouvé du feu à propos, assistée de
son bon ange et inspirée du dieu jaloux de l’honneur des vierges, elle
se saisit de ce feu et le jeta dans un tonneau de poudre. Au même moment
l’embrasement se produit sur ce vaisseau et les autres ».
Maître de Nicosie, Mustapha se dirigea vers Famagouste. « Il se fit précéder par un esclave chargé de présenter devant la place la tête de Dandolo ».
A la suite de quoi après une querelle de préséance très classique, les
forces coalisées levèrent l’ancre, sans avoir seulement combattu.
Seul le pape Pie V semblait
contrarié par ces événements, seul, il accepta de voir la misère et le
drame des chrétiens soumis à la barbarie des Turcs, seul, il considéra
que cela était inacceptable, mais, seul, il ne pouvait vaincre le Turc.
Formation de la ligue
Le pape se tourna alors vers Charles
IX, roi de France, qui venait de signer un traité avec la porte
ottomane et répondit donc que, non, ce n’était pas le moment. Ce à quoi
Pie V répliqua : « Quant à cette amitié formée par les rois vos
ancêtres d’illustre mémoire et que votre Majesté nous écrit vouloir
conserver, dans l’intérêt même des chrétiens, en général, nous pensons
qu’elle se trompe grandement ». « Pourquoi en effet une amitié avec ceux haïssent le Seigneur ? »
Le pape se tourna ensuite vers Vienne et
Sa Majesté Impériale (SMI) Maximilien, devant qui le cardinal
Commendon fit valoir que « SMI profiterait beaucoup plus qu’aucun
autre de la destruction des Ottomans ; aucun état n’est aussi intéressé
que le sien à conjurer le fléau »et insista sur le fait que « jamais,
enfin, l’occasion fut elle plus opportune pour prévenir le retour de
semblable invasions, et pour effacer tant d’insultes dont je m’abstiens
d’éveiller le souvenir devant SMI ». SMI décide de demander d’abord son avis au roi de Pologne… Ce à quoi le légat pontifical répliqua « que
l’empereur devait donner l’exemple et non le prendre sur la démarche
des princes au dessus desquels la couronne impériale était placée ».
Maximilien hésita pendant trois jours puis souscrivit à tout ce que Sa
Sainteté demandait de lui. Il ne fallait rien attendre de la Pologne en
plein interrègne entre le roi Sigismond et l’élection du duc d’Anjou,
Henri III. La nonciature auprès de Moscou ne fut pas plus heureuse.
Philippe II d’Espagne était lui aussi dans l’expectative. Mais devant
la perspective de voir la République de Venise être assez forte pour
s’engager dans le combat sans l’Espagne, Philippe II finit donc par
écrire à sa sainteté que, malgré les innombrables difficultés qu’il
rencontrait, il « préférait la cause de la chrétienté à la sienne propre ». Le
grand Maître de l’ordre de Malte qui excipait de son grand âge pour
organiser l’élection de son successeur fut vivement tancé par le pape
et finit par se rallier : « vous devez vous sentir d’autant plus vivement animé que ce qui vous reste de ce pèlerinage sera de courte durée ».
Apres cet assaut de fourberies politiques qui ne nous sont pas si
étrangères, le pape finit par rallier l’Espagne, Venise, Vienne, et les
cours italiennes à sa cause. Restait à désigner le commandant en chef
de terre et de mer, qui échut à Don Juan d’Autriche, non sans peine…
Le traité finit par être signé, le 25 mai 1571. Il stipulait art 1 : « Que
le pape Pie V, Philippe II roi d’Espagne et la république de Venise
déclareraient la guerre offensive et défensive aux Trucs pour recouvrer
toutes les places qu’ils ont usurpées sur les chrétiens même celles de
Tunis d’Alger et de Tripoli ». On notera qu’il s’agit de
reconquérir les territoires perdus de la chrétienté et non pas d’une
volonté de conquête de type colonial.
La bataille de Lépante, le 7 octobre 1571
L’étendard de la ligue représentait d’un
côté le Christ en croix et de l’autre les armes de l’Eglise, entre les
armes du roi d’Espagne et celles de Venise. Après avoir beaucoup jeûné
et prié du côté chrétien, les flottes se présentèrent l’une en face de
l’autre le 7 octobre. A cinq heures de l’après-midi, Pie V quitta
précipitamment une réunion à Rome, ouvrit la fenêtre contempla l’horizon
et affirma « Courez rendre grâce à Dieu dans son église, notre armée remporte la victoire ». Cette révélation s’avéra être vraie.
Il faut reconnaître que les meilleurs
amiraux et généraux turcs s’étaient absentés et qu’un retournement de
vent fut favorable aux chrétiens. Il n’empêche, la motivation était
forte du côté chrétien.
« L’usage existait encore à cette
époque de n’employer que des forçats à tenir la rame des galères et don
Juan leur avait promis la liberté s’il remportait la victoire. Il fit
rompre leur chaine dès que les vaisseaux furent assez rapprochés pour
rendre inutile toute autre manœuvre que l’abordage ; et ceux-ci dans la
première ivresse de l’affranchissement sautèrent sans rien redouter dans
les galères ennemies. Ils y portèrent un tel ravage que don Juan à
l’accomplissement de sa parole, joignit ensuite de généreuses
récompenses. Les Ottomans recourent au même expédient mais leurs
esclaves étaient entremêlés de chrétiens qui regardant les auteurs de
leur servitude comme leurs seuls ennemis, ne se saisissent des armes
qu’on leur présentait que pour les décharger contre leurs maitres ». « La guerre intestine mêlait encore sa fureur au carnage universel ».
« La perte des Infidèles ne s’éleva
pas à moins de trente mille hommes parmi lesquels on comptait à peine
mille prisonniers. Cent trente galères tombèrent au pouvoir des
confédérés quatre vingt dix se brisèrent sur terre ou furent coulées à
fond ou consumées par le feu ».
A Saint-Raphaël la basilique « Notre
Dame de la victoire » est dédiée à cette bataille dont le succès fut
attribué à la récitation du rosaire. Le pouvoir politique des papes
n’a pas toujours été très heureux pour la paix en Europe. Mais, ce jour
là, la détermination d’un vieux pape a donné un solide répit à la
civilisation face à la barbarie, malgré la pusillanimité des chefs
politiques, déjà….
Référence : « Saint Pie V » du vicomte de Falloux.