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mercredi 30 avril 2014

Européennes 2014 : les grandes ambitions du Front national



Européennes 2014 : les grandes ambitions du Front national
 Benjamin Hue
 
DÉCRYPTAGE - Le Front national nourrit l'espoir d'être le premier parti de France au soir du 25 mai prochain et de constituer un groupe d'eurosceptiques au Parlement européen de Strasbourg.

Objectif premier parti de France. Après un scrutin municipal réussi, qui l'a vu ravir plusieurs villes symboliques à l'UMP et au PS, le Front national nourrit de solides ambitions pour les élections européennes, le 25 mai prochain. Marine Le Pen ne s'en cache pas. L'objectif du parti d'extrême-droite est "d'arriver en tête au niveau national".

Si l'hypothèse venait à prendre corps, nul doute que le poids du parti en serait renforcé au niveau national. "Valls et Hollande ne pourront pas faire comme si de rien n'était devant un Front national en tête dans les urnes, devant une volonté aussi massive de renoncer aux errements de l'UMPS. La dissolution de l'Assemblée nationale sera leur seule porte de sortie", prophétise déjà Marine Le Pen dans Le Figaro.

Obtenir une vingtaine de sièges à Strasbourg

Pour parvenir à ses fins, la présidente du Front national a centré la campagne de son parti sur deux axes forts : l'opposition à l'accord de libre-échange transatlantique, actuellement en négociation entre l'Union européenne et les Etats-Unis, et la lutte contre la Politique agricole commune (PAC). Un euroscepticisme sur lequel elle compte capitaliser à l'aune d'une élection défouloir. La défiance à l'égard de l'Europe a rarement été aussi forte et de nombreux électeurs pourraient profiter du scrutin pour exprimer leur mécontentement.

Plusieurs sondages récents placent d'ailleurs le FN juste derrière l'UMP et devant le Parti socialiste, voire en première position. Surtout, le parti d'extrême-droite s'est stabilisé autour de 22-24% d'intentions de vote. Un score qui permettrait au FN de doubler son meilleur résultat obtenu dans cette élection - 11.72% en 1989 - et lui assurerait une vingtaine de sièges au Parlement européen de Strasbourg, contre trois il y a cinq ans.

Créer un groupe parlementaire eurosceptique

Avec un quart du contingent tricolore à Strasbourg, Marine Le Pen serait en bonne posture pour parasiter l'institution de l'intérieur, en bloquant notamment le vote des lois au Parlement. "L'objectif est de peser un maximum dans cette enceinte pour limiter la casse, en utilisant toutes les armes qui sont à notre disposition", énonçait-elle dans Le Figaro.

Pour mener à bien ce dessein, la numéro un du FN mise également sur la progression des partis populistes en Europe. Une lame de fond continentale qui pourrait aboutir à la création d'un groupe parlementaire eurosceptique, prompt à déposer des motions de résolution et des amendements soumis au vote de l'institution.

Une union anti-européenne compliquée

Pour cela, les eurosceptiques doivent réunir 25 élus européens issus de sept pays différents. Si les motifs de contestation des mouvements d'extrême-droite du Vieux continent sont différents, la plupart se retrouvent cependant sur les thèmes du rejet de l'immigration et de l'institution européenne.

Le PVV néerlandais de Gert Wilders, le Parti pour la liberté (FPÖ) autrichien, le Vlaams Belang belge et la Ligue du Nord italienne ont ainsi été approchés par Marine Le Pen. Selon les prévisions de l'institut Pollwatch2014, une telle union pourrait obtenir 38 sièges au Parlement.

Mais tous les alliés potentiels n'accueillent pas le FN, et son histoire émaillée de polémiques, à bras ouvert. Le Parti populaire danois et le parti des Vrais Finlandais ont ainsi refusé la main tendue. Une fin de non-recevoir a aussi été opposée par le Ukip, le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni, qui juge que "l'antisémitisme est dans l'ADN du Front", selon son leader Nigel Farage. La dédiabolisation a encore du chemin à parcourir.
 
Notes