Si
Ernest Renan (1823-1892) était encore de ce monde, son discours sur
l’islamisme et la science lui aurait valu un procès retentissant bien
médiatisé.
Ernest Renan, L’islamisme et la science, 1883 – EXTRAITS
Texte complet : https://archive.org/details/lislamismeetlas00renagoog
Source
Toute
personne un peu instruite des choses de notre temps voit clairement
l’infériorité actuelle des pays musulmans, la décadence des États
gouvernés par l’islam, la nullité intellectuelle des races qui tiennent
uniquement de cette religion leur culture et leur éducation. Tous
ceux qui ont été en Orient ou en Afrique sont frappés de ce qu’a de
fatalement borné l’esprit d’un vrai croyant, de cette espèce de cercle
de fer qui entoure sa tête, la rend absolument fermée à la science,
incapable de rien apprendre ni de s’ouvrir à aucune idée nouvelle. A
partir de son initiation religieuse, vers l’âge de dix ou douze ans,
l’enfant musulman, jusque-là quelquefois assez éveillé, devient tout à
coup fanatique, plein d’une sotte fierté de posséder ce qu’il croit la
vérité absolue, heureux comme d’un privilège de ce qui fait son
infériorité. Ce fol orgueil est le vice radical du musulman. L’apparente
simplicité de son culte lui inspire un mépris peu justifié pour les
autres religions. Persuadé que Dieu donne la fortune et le pouvoir à qui
bon lui semble, sans tenir compte de l’instruction ni du mérite
personnel, le musulman a le plus profond mépris pour l’instruction, pour la science, pour tout ce qui constitue l’esprit européen.
Ce pli inculqué par la foi musulmane est si fort que toutes les
différences de race et de nationalité disparaissent par le fait de la
conversion à l’islam. Le Berber, le Soudanien, le Circassien, l’Afghan,
le Malais, l’Égyptien, le Nubien, devenus musulmans, ne sont plus des
Berbers, des Soudaniens, des Égyptiens, etc. ; ce sont des musulmans.
…………Entre la disparition de la
civilisation antique, au sixième siècle, et la naissance du génie
européen au douzième et au treizième, il y a eu ce qu’on peut appeler la
période arabe, durant laquelle la tradition de l’esprit humain s’est
faite par les régions conquises à l’islam.
……..Ce qu’il y a de bien remarquable, en
effet, c’est que, parmi les philosophes et les savants dits arabes, il
n’y en a guère qu’un seul, Alkindi, qui soit d’origine arabe ; tous les
autres sont des Persans, des Transoxiens, des Espagnols, des gens de
Bokhara, de Samarkande, de Cordoue, de Séville. Non seulement, ce ne
sont pas des Arabes de sang ; mais ils n’ont rien d’arabe d’esprit. Ils
se servent de l’arabe ; mais ils en sont gênés, comme les penseurs du
moyen âge sont gênés par le latin et le brisent à leur usage. L’arabe,
qui se prête si bien à la poésie et à une certaine éloquence, est un
instrument fort incommode pour la métaphysique. Les philosophes et les
savants arabes sont en général d’assez mauvais écrivains.
Cette science n’est pas arabe. Est-elle
du moins musulmane ? L’islamisme a-t-il offert à ces recherches
rationnelles quelque secours tutélaire ? Oh ! en aucune façon ! Ce
beau mouvement d’études est tout entier l’œuvre de parsis, de
chrétiens, de juifs, de harraniens, d’ismaéliens, de musulmans
intérieurement révoltés contre leur propre religion. …….. Mamoun,
celui des califes qui montra le plus de zèle pour l’introduction de la
philosophie grecque, fut damné sans pitié par les théologiens ; les
malheurs qui affligèrent son règne furent présentés comme des punitions
de sa tolérance pour des doctrines étrangères à l’islam. Il n’était pas
rare que, pour plaire à la multitude ameutée par les imans, on brûlât
sur les places publiques, on jetât dans les puits et les citernes les
livres de philosophie, d’astronomie. Ceux qui cultivaient ces études
étaient appelés zendiks (mécréants) ; on les frappait dans les rues, on
brûlait leurs maisons, et souvent l’autorité, pour complaire à la foule,
les faisait mettre à mort.
L’islamisme, en réalité, a donc toujours persécuté la science et la philosophie. Il a fini par les étouffer.
……… L’islamisme offre cette particularité qu’il a obtenu de ses adeptes
une foi toujours de plus en plus forte. …….. La liberté n’est jamais
plus profondément blessée que par une organisation sociale où le dogme
règne et domine absolument la vie civile. Dans les temps modernes, nous
n’avons vu que deux exemples d’un tel régime : d’une part, les États
musulmans ; de l’autre, l’ancien État pontifical du temps du pouvoir
temporel. Et il faut dire que la papauté temporelle n’a pesé que sur un
bien petit pays, tandis que l’islamisme écrase de vastes portions de
notre globe et y maintient l’idée la plus opposée au progrès : l’État
fondé sur une prétendue révélation, le dogme gouvernant la société.
Les
libéraux qui défendent l’islam ne le connaissent pas. L’islam, c’est
l’union indiscernable du spirituel et du temporel, c’est le règne d’un
dogme, c’est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée.
……………. La théologie occidentale n’a pas été moins persécutrice que
celle de l’islamisme. Seulement, elle n’a pas réussi, elle n’a pas
écrasé l’esprit moderne, comme l’islamisme a écrasé l’esprit des pays
qu’il a conquis. ………… Dans les pays musulmans, il s’est passé ce qui
serait arrivé en Europe si l’Inquisition, Philippe II et Pie V avaient
réussi dans leur plan d’arrêter l’esprit humain……….
……..Ce
qui distingue, en effet, essentiellement le musulman, c’est la haine de
la science, c’est la persuasion que la recherche est inutile, frivole,
presque impie: la science de la nature, parce qu’elle est une
concurrence faite à Dieu ; la science historique, parce que,
s’appliquant à des temps antérieurs à l’islam, elle pourrait raviver
d’anciennes erreurs. …………. Un dogme révélé est toujours opposé à la
recherche libre, qui peut le contredire. Le résultat de la science est
non pas d’expulser, mais d’éloigner toujours le divin, de l’éloigner,
dis-je, du monde des faits particuliers où l’on croyait le voir.
L’expérience fait reculer le surnaturel et restreint son domaine. Or le
surnaturel est la base de toute théologie. L’islam, en traitant la
science comme son ennemie, n’est que conséquent ; …….. L’islam
a réussi pour son malheur. En tuant la science, il s’est tué lui-même,
et s’est condamné dans le monde à une complète infériorité.
Quand
on part de cette idée que la recherche est une chose attentatoire aux
droits de Dieu, on arrive inévitablement à la paresse d’esprit, au
manque de précision, à l’incapacité d’être exact. Allah aalam, « Dieu
sait mieux ce qui en est », est le dernier mot de toute discussion
musulmane.
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