Rédigé par Adélaïde Pouchol, rédactrice en chef adjointe
Que s’est-il passé ? Le 20 juin
dernier, le cardinal américain Theodore McCarrick, prêtre ordonné pour
l’archidiocèse de New York, évêque de Metuchen, archevêque de Newark
puis de Washington D.C., a été suspendu de l’exercice public de son
ministère sur instruction du Pape. Un mois plus tard, le cardinal
McCarrick démissionnait du collège cardinalice, avec l’approbation du
Saint-Siège et l’ordre de mener une vie de prière et de repentance. Et
pour cause, le prélat est accusé non seulement d’un crime de pédophilie
remontant à une cinquantaine d’années mais également d’abus sur des
séminaristes et des jeunes prêtres, à l’époque où il était évêque.
Nouveau séisme pour les États-Unis, déjà très abîmés au début des années
2000 après une série de scandales du même genre (1).
Le coup de grâce est porté le 14 août
lorsque le Grand Jury de l’État de Pennsylvanie remet les résultats de
son enquête et met en cause quelque 300 prêtres responsables de crimes
sexuels sur plus de 1 000 victimes au cours des soixante-dix dernières
années (2). Cela dit, les accusations concernent des prêtres dont un
grand nombre sont décédés aujourd’hui. Les mesures annoncées par la
Conférence des évêques américains en 2002 n’étaient pas restées lettre
morte puisque les abus sexuels commis par des prêtres ont
considérablement chuté : en 2016 et 2017 les cas allégués n’ont touché
qu’une vingtaine de prêtres sur les 414 000 en ministère ou à la
retraite. Reste que les noms de prélats pleuvent, soupçonnés d’avoir
commis eux-mêmes des abus sexuels ou de les avoir couverts. Sauf qu’un
élément nouveau est mis sur la place publique, lorsque plusieurs évêques
et cardinaux dénoncent la « sous-culture » homosexuelle qui
sévit dans le clergé catholique, notamment le cardinal Raymond Burke,
Mgr Robert Morlino, évêque de Madison (Wisconsin) et le cardinal
sud-africain Wilfrid Napier. Comme si le drame de la pédophilie avait
permis de masquer celui de l’homosexualité au sein de l’Église.
Pourtant, deux enquêtes datées de 2004 et 2011 et menées par la faculté
John Jay concluaient que 81 % des victimes d’abus sur mineurs par des
membres du clergé étaient des garçons et 78 % des garçons post-pubères.
Le 20 août, le Pape adressait une « Lettre au peuple de Dieu », affirmant une fois de plus la nécessité d’une « tolérance zéro ».
Mais des déclarations de ce genre, le peuple de Dieu en a déjà entendu
beaucoup sans que rien ne change, ou si peu. Et l’été n’est pas fini… Le
21 août s’ouvrait à Dublin, en Irlande, la IXe Rencontre Mondiale des
Familles. L’Irlande, un pays gravement blessé lui aussi avec, depuis
2002, pas moins de 14 500 personnes qui ont déclaré avoir été victimes
d’abus par des prêtres. Alors, forcément, quand le Pape s’est rendu à
Dublin pour rencontrer les familles, il était attendu sur la question de
la pédophilie. Le terrain était déjà glissant mais l’organisation de la
Rencontre des Familles avait ajouté au malaise avec la présence
controversée, parmi les intervenants, du Père jésuite James Martin,
nommé par le Pape consultant auprès du secrétariat pour la Communication
et promoteur affirmé de l’homosexualité, qui s’est piqué d’une
intervention de défense de la cause LGBT lors de son passage à
Dublin.?(3)
Le 25 août, tandis que s’achevait la
Rencontre à Dublin, l’ancien nonce apostolique aux États-Unis, Mgr Carlo
Maria Viganò publiait un document de 11?pages portant de lourdes
accusations contre nombre de hauts dignitaires de l’Église et qui
s’achève sur un appel à démissionner adressé au Pape lui-même (4).
Le document détaille la gestion
troublante du dossier McCarrick, connu aux États-Unis depuis l’année
2000 et depuis 2006 par Mgr Viganò lui-même. Et l’ancien nonce
d’énumérer les noms de membres de la Curie ou évêques et cardinaux
américains qui savaient mais n’ont rien dit ou, pire, ont laissé le
cardinal McCarrick prendre des responsabilités au sein de l’Église
jusqu’à devenir cardinal et, selon Mgr Viganò, un proche conseiller du
Pape lui-même.
Aux journalistes qui l’ont interrogé sur
la lettre de Mgr Viganò dans l’avion de retour de Dublin, le Pape a
répondu ou, plutôt, il a répondu qu’il ne répondrait pas : « J’ai lu
ce matin ce communiqué, je l’ai lu et je dirai sincèrement que je dois
vous dire ceci, à vous et à tous ceux d’entre vous qui sont intéressés :
lisez attentivement le communiqué et faites-vous votre propre
jugement. Je ne dirai pas un mot là-dessus. Je pense que le communiqué
parle de lui-même. Et vous avez la capacité journalistique suffisante
pour tirer des conclusions. »
Depuis le 26 août, les informations
pleuvent, multiples, souvent contradictoires, difficiles à vérifier pour
qui n’est pas familier des couloirs du Vatican. Mgr Viganò dit-il la
vérité ?
Très vite, l’affaire a été présentée
comme l’une des batailles de la guerre des conservateurs antipapes
contre les progressistes favorables au Pape François. Et cela, c’est
vrai, y ressemble, entre ceux qui brandissent les témoignages de proches
de Mgr Viganò le décrivant comme un homme de foi et intègre et ceux
qui, au contraire, affirment que l’ancien nonce est carriériste,
rancunier et conservateur. Sauf que la véracité des faits énoncés dans
la lettre ne dépend pas du degré de sainteté de Mgr Viganò car on peut
tout à fait être un sale type et dire parfois des choses vraies ou bien
aimer beaucoup le Pape et dire parfois des âneries. Si bien qu’il serait
bon qu’une enquête soit menée en haut lieu, qui ne se résume pas à se
demander s’il faut être « pour » ou « contre » le Pape. L’Église, ses
fidèles et le monde dans son ensemble ont besoin que la lumière soit
faite sur le bourbier qu’est la Curie pour incriminer les responsables
mais aussi et surtout pour que les horreurs cessent.
La vraie question, donc, est de savoir
comment l’affaire McCarrick a été rendue possible sachant que cela ne
concerne pas uniquement le règne du Pape actuel puisque le cardinal
déchu sévissait déjà au temps de Benoît XVI, qui avait pris des
sanctions contre lui.
1. Voir l’article d’Armelle Signargout paru dans L’HN n° 1669 du 1er?septembre dernier.
2. Cette enquête a été commentée par Daniel Hamiche dans une vidéo publiée sur la page Youtube de L’Homme Nouveau : « Scandale en Pennsylvanie ? Décryptage » avec Daniel Hamiche.
3. Le Père Martin répondait le 3?septembre dernier à une interview pour le magazine homosexuel Têtu.
4. Voir les documents publiés sur le site de L’Homme Nouveau : https://www.hommenouveau.fr/2612/religion/-pour-liberer-l-eglise-du-marais-fetide-dans-lequel-elle-s-enfonce-.htm