Jean-Pierre Chantin, spécialiste de la question religieuse, nous offre avec De sectes en hérésies. Étapes d’une réflexion sur la dissidence religieuse à travers les âges,
une réflexion percutante et pertinente sur les notions d’hérésie et de
secte. L’auteur adopte une approche chronologique, questionnant ces
concepts depuis leur formulation originelle. L’ouvrage est composé
d’onze chapitres chrono thématiques, encadrés par une « Introduction »
et une « Conclusion » : « Les sectes juives au temps de Jésus » ;
« Quand l’Église n’est plus une secte » ; « À la recherche de la secte
musulmane des Assassins » ; « Le mythe cathare » ; « Le protestantisme :
un entrelacs de sectes » ; « Les convulsionnaires de Saint-Médard : une
dissidence catholique au temps des Lumières » ; « L’apocalypse malgré
Rome au XIXe siècle : l’affaire du prophète Vintras » ; « Les
États-Unis : le pays aux cent sectes » ; « Quand les médias définissent
la secte : l’affaire du Christ de Montfavet » ; « Des sectes définies
en France par des parlementaires laïques » ; et enfin « Chine : une
vision très politique de la secte ».
Chaque chapitre est
accompagné d’une brève bibliographie. L’« Introduction », sous-titrée
« De l’importance des mots », est particulièrement importante car elle
définit les termes.
L’ouvrage est court – il ne
fait que 252 pages en petit format – et très érudit. Il se lit très
bien. L’auteur montre comment les mots « sectes » et « hérésies » ont
évolué dans le temps, en lien avec l’hégémonie grandissante de l’Église
catholique. De termes entérinant un simple constat d’une diversité
religieuse dans l’Antiquité, ils sont devenus péjoratifs et synonymes de
« déviants », puis de « dangereux ».
En effet, être qualifié d’« hérétique », comme le furent les Cathares
au Moyen Âge, provoquait la mort sociale, voire la mort tout court,
tandis que « la secte » – à l’origine mot définissant un courant
minoritaire – renvoie dans l’opinion publique à un groupe dangereux pour
la société. À ce titre, l’auteur revient avec pertinence, dans le
chapitre intitulé « Des sectes définies en France par des parlementaires
laïques » sur le catastrophique premier rapport parlementaire antisecte
de 1995, Les Sectes en France, aux vues partielles et partiales,
associant dans un même mouvement des mouvements ésotériques, des
mouvements alternatifs, etc., et de vraies sectes, comme l’Ordre du
Temple Solaire, sans expliquer comment le choix avait été établi.
Surtout, il montre que le
phénomène sectaire ne touche que 0,53% de la population et que 80 % de
ces 0,53% concernent les Témoins de Jéhovah. Quant aux critères
définissant la secte l’auteur fait remarquer avec une ironie assumée que
certains, comme la rupture avec l’environnement d’origine ou
l’embrigadement des enfants, peuvent concerner l’Église : les ordres
monastiques cloitrés vivent hors du monde et le catéchisme est une sorte
d’embrigadement…
L’opinion publique et
surtout l’ordre politique jouent un rôle important dans la constitution
de la définition de la secte : ce fut le cas des Cathares, terme
générique qui recouvre d’ailleurs des réalités différentes de
contestataires chrétiens ; des mouvements apocalyptiques et prophétiques
catholiques jugés déviants, voire, des protestants lors de l’apparition
de la Réforme. Pourtant, s’il en existe, la secte reste très difficile à
la définir. Ce livre y parvient aisément. Sa parution est salutaire à
un moment où la méconnaissance historique, la confusion et la perte du
sens des mots sont devenus banals, y compris jusqu’au sommet de la
représentation politique et à une époque où un amateur d’astrologie
devient à coup de forceps et de sondage biaisé un
quasi-conspirationniste.
Jean-Pierre Chantin, De sectes en hérésies. Étapes d’une réflexion sur la dissidence religieuse à travers les âges, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2018.
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