L‘actualité de ces derniers jours a orienté nos regards
vers l’Afrique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le bilan est
mauvais, très mauvais. Alors que l’Afrique est, probablement, le
continent le plus riche en matières premières, il est aussi le plus
pauvre et le plus ravagé.
Mais voyons ces actualités de plus près.
La première actualité était liée à la mort de Nelson Mandela. Cette
mort était attendue depuis des mois, d’une part, parce que l’intéressé
avait atteint un âge respectable (il avait dépassé 95 ans) et, d’autre
part, parce qu’il était hospitalisé dans un état critique depuis
longtemps.
Le chœur planétaire à l’occasion de la mort de « l’icône de la nation
arc-en-ciel » était, lui aussi, prévisible, mais j’avoue qu’il m’a
surpris par son ampleur. La mise en berne des drapeaux dans nombre de
pays occidentaux, dont la France, était peut-être un tantinet exagérée. À
moins que la mort de Mandela soit, pour nous, Français, un deuil
national ?
Mais, surtout, ce qui m’a frappé, c’est la parfaite absence de mesure – et même de cohérence – dans les commentaires.
De toute évidence, Mandela était un homme courageux, qui avait mis sa
vie au service de ses convictions. En particulier, passer 27 ans en
prison pour motif politique force évidemment le respect.
Il n’en reste pas moins que les convictions, les méthodes et les résultats étaient fort discutables.
Les convictions étaient celles d’un révolutionnaire marxiste, ce qui,
à l’époque, était sans doute à la mode, mais ce qui reste l’un des
pires totalitarismes de l’histoire. On me dira que l’apartheid n’était
pas défendable. Certes. Mais il me semble hautement contestable de
combattre un mal par un mal pire encore.
Les méthodes furent tout aussi révolutionnaires. On oublie trop
souvent (et il faut remercier le grand africaniste Bernard Lugan pour sa
magistrale mise au point qui a beaucoup circulé sur internet) que
Mandela a coordonné plus de 200 attentats et sabotages.
Quant aux résultats, ils sont catastrophiques. J’ignore s’il était
possible de faire mieux que n’a fait Mandela à la tête de l’Afrique du
Sud. Mais, enfin, il n’y a tout de même pas de quoi vanter la magnifique
« réconciliation de la nation arc-en-ciel », comme l’ont fait mes
excellents confrères. Depuis l’arrivée au pouvoir du « pacificateur »,
en 1994, 2 000 fermiers blancs ont été assassinés. En moyenne, l’Afrique
du Sud compte 43 meurtres chaque jour. Comme pacification, on peut
rêver mieux !
Il était d’ailleurs frappant de constater, en écoutant les médias
bien-pensants, qu’après l’éloge obligatoire de
l’icône-planétaire-du-camp-du-bien, pratiquement tous les reportages sur
l’héritage de Mandela parlaient, en réalité, du désastre de la société
sud-africaine contemporaine.
Car la cohérence n’est pas le fort de mes chers confrères. Il faut d’ailleurs avouer que la franchise non plus.
En ce domaine, les commentaires sur l’autre actualité africaine, la
situation en République centrafricaine, brillent par le refus
systématique de désigner le mal. Tout le monde sait que le problème
tient à l’existence de milices islamistes armées. Pourtant, cela n’est
pratiquement jamais évoqué. J’ai même entendu une radio d’État dénoncer
vigoureusement des massacres perpétrés par des milices chrétiennes, sans
qu’il soit possible, en écoutant le reportage, de comprendre à quoi
réagissaient lesdites milices. Tout se passe comme si ce conflit
sanglant était une génération spontanée !
Le politiquement correct n’est pas simplement un tic de langage. On
voit à quel point il peut obscurcir l’esprit et occulter la vérité.
En tout cas, ce que je constate, c’est que la décolonisation et la
fin de l’apartheid, qui devaient être, dans le discours bien-pensant, le
début d’une ère radieuse de paix et de prospérité, sont des échecs
sanglants. À tel point que l’on vient demander à l’ancien colonisateur
de s’interposer pour imposer la paix par la force !
Mais je constate aussi – on le voit mieux quand on regarde loin que
lorsqu’on regarde chez soi – le poids considérable de la politique dans
la vie quotidienne.
Encore une fois, l’Afrique a tout pour être prospère. Tout, sauf une
vie politique digne de ce nom : la corruption, la démagogie, les guerres
civiles pourrissent tout.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il me semble évident
qu’à brève échéance, la démagogie et l’incompétence de « nos »
dirigeants politiques vont entraîner pour nous le même chaos qu’en
Afrique. À moins de nous débarrasser rapidement de ces politiciens et de
reprendre en main notre destin commun.