Après Évian, Marrakech, Vienne et Cannes, l’édition 2013 de la World Policy Conference (WPC)
se tiendra à Monaco du 13 au 15 décembre prochains. Fondée en 2008 par
Thierry de Montbrial, fondateur et directeur général de l’Institut
Français des Relations Internationales (Ifri), la WPC est la seule réunion internationale dédiée exclusivement à l’amélioration de la gouvernance mondiale à tous les niveaux.
Depuis sa création, ce forum entend donner la parole non seulement aux
grandes puissances, mais aussi et surtout aux moyennes et même aux
petites, et donc aux pays émergents, en réunissant une diversité
d’acteurs politiques et autres.
Les thèmes principaux des débats de cette 6e édition de la WPC seront : l’état de l’économie mondiale et la gouvernance mondiale, les dernières évolutions au Moyen-Orient et l’accord avec l’Iran, les forces et les faiblesses de l’Asie, le modèle social européen ainsi que les défis du cyberespace. Les discussions porteront également sur le
dialogue interreligieux, la finance européenne et internationale,
l’énergie et l’environnement, le futur de la diplomatie, la destruction /
métamorphose de l’ordre juridique, la santé et les risques émergents et
la sécurité alimentaire.
Plus de 300 hautes personnalités et décideurs politiques, économiques et académiques d’environ 40 pays sont attendus dans la Principauté de Monaco pour débattre des grands enjeux internationaux.
Parmi les nombreux invités des cinq continents, on notera la présence de Herman Van Rompuy, président du Conseil européen ; Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères ; Mohammad Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères d’Iran ; le Prince Turki Al Faisal, président du King Faisal Center for Research and Islamic Studies (KFCRIS),Arabie Saoudite ; Yu Myung-Hwan, envoyé du Président de la République de Corée ; Mayankote Kelath Narayanan, gouverneur de l’État du Bengale Occidental, Carl Bildt, ministre suédois des Affaires étrangères ; ancien Premier ministre suédois ;Joaquin Almunia, vice-président de la Commission européenne ; Maria van der Hoeven, directrice exécutive de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ; Yves Leterme, secrétaire général adjoint de l’OCDE ; Hasan Murat Mercan, vice-ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles de Turquie, Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque Centrale Européenne (BCE) ; Carlos Pérez Verdía, directeur de cabinet au ministère des Affaires étrangères du Mexique; Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne ainsi que de nombreuses personnalités africaines parmi lesquelles et Mahama Zoungrana, ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire du Burkina Faso.
Sont également attendus Pascal Lamy, président d’honneur de Notre Europe, ancien directeur général de l’OMC ; Yang Jiemian, Chairman, Council of Academic Affairs, Shanghai Institutes for International Studies ; Stephen Breyer, juge à la Cour suprême des États-Unis, Sergey Karaganov, président du Présidium du conseil en charge de la politique extérieure et de défense ; Elisabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
Le Prince Albert II de Monaco participera à la séance d’ouverture de la WPC en même temps que Ali Babacan, vice-Premier ministre de la République de Turquie.
Cette réunion bénéficiera également de la présence de très hautes personnalités religieuses, et particulièrement de celle de Bartholomée 1er, Archevêque
de Constantinople, Nouvelle Rome et Patriarche Œcuménique et aussi de
représentants des religions catholique, musulmane et juive, pour une
discussion sur le thème « Politique et religions ».
Parmi les nombreux décideurs économiques et dirigeants d’entreprises présents au forum, on citera notamment Henri de Castries, PDG d’AXA ; Jin Roy Ryu, président du Poongsan Group, République de Corée ; Jacob Frenkel, président de JPMorgan Chase International et président du conseil du Groupe des Trente (G-30), Masood Ahmed, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI, David de Rothschild, président, Rothschild ; Chang Dae Whan,président de Maekyung Media Group, Paul Hermelin, PDG de Capgemini ; Christophe de Margerie, PDG de Total ; Bruno Lafont, PDG de Lafarge, Marwan Lahoud, directeur de la stratégie et du marketing d’EADS.
Les débats de la World Policy Conference feront l’objet d’une très large diffusion par le biais des médias présents et de la WPC TV.
La guerre navale américaine et la fin de l’isolationnisme
décembre 12, 2013 | 0 Commentaires
La guerre navale occupe une place
centrale dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Dès l’année 1775,
les treize colonies décident de constituer une marine. Six année plus
tard, cette marine en voie de constitution ne dispose en tout et pour
tout que de trois « croiseurs ».
Pour subvenir aux besoins de la guerre
d’Indépendance, les insurgés pratiquèrent la guerre de course. Plus de
mille corsaires (peut être même deux milles selon d’autres historiens)
sillonnaient les mers. L’un de leurs commandants, John Paul Jones,
est resté célèbre ; de sa base de Brest il semait la terreur jusqu’en
Ecosse. Six cents navires anglaires furent capturés, ce qui n’empêcha
nullement la Royal Navy de conserver la maîtrise des mers.
A partir de l’année 1778 les colonies
reçurent ce qui leur manquait le plus : une aide financière et le
concours d’une flotte. La Marine Royale, c’est-à-dire la Marine du
royaume de France, apporta ce soutien décisif.
Première chose, c’est le stratégiste naval anglais Sir Julian S. Corbett qui eu raison avant l’amiral Alfred Tayor Mahan
: la bataille décisive n’est pas vérifiée dans ce conflit tandis que
l’impérative protection des communications maritimes l’est. De cet
effort pour la maîtrise des flux découle, dans la pensée corbettienne,
la mobilité nécessaire pour projeter une force (aéro)terrestre et la
débarquer sur le point faible du dispositif adverse grâce à une maîtrise
locale de la Mer.
Non pas que la bataille de la baie de Chesapeake (5
septembre 1781) n’ait pas été décisive dans l’issue du conflit, au
contraire. Cependant, la victoire de la Marine royale ne permet pas de
vaincre la Royal Navy tout entière. A l’opposé du théâtre
principal, Suffren combat les anglais au large des Indes et y forge sa
légende. Les corsaires américains permettent de disperser la marine
anglaise à défaut d’apporter une contribution décisive. C’est ce combat à
l’échelle de l’Océan qui forge les conditions de la victoire dans la
baie de Cheseapake : la Royal Navy est dispersée, la France peut compter sur un avantage local déterminant qui débouche directement sur la Victoire de Yorktown (28 septembre – 17 octobre 1781).
Les Etats-Unis retiendront des aspects
navals de ce conflit la nécessité de fonder et entretenir une marine
hauturière capable de défendre leur commerce avec l’Europe, vital à leur
développement. La quasi guerre avec la France (1798 – 1800) et la
seconde guerre d’Indépendance (1812-1814) ne contredisent pas cette
analyse dans la construction de la puissance navale étasunienne.
Même la guerre de Sécession (1861 –
1865) est dans la droite lignée de cette pensée. Le Nord parviendra à
écraser le Sud et son commerce par sa supériorité navale.
La Confédération perd la guerre. Mais
c’est bien un fait d’arme sous la mer qui contient peut être une
inflexion majeure de la politique américaine. Le CSS Hunley, un
des premiers submersibles de l’Histoire est au service de la marine
confédérée. Le 18 février 1864, l’engin, bien que rudimentaire,
« torpille » et coule l’USS Housatronic. Le prix à payer de cette petite révolution est lourd car navire et équipage sont perdus alors qu’ils dérobent.
Plus loin, la conquête de l’Ouest se
poursuit. A la fin du XIXe siècle, l’étendue territoriale des Etats-Unis
ressemble à ce nous connaissons aujourd’hui en Amérique du Nord. L’Etat
américan touche les deux océans Pacifique et Atlantique.
La fin du XIXe siècle concorde avec le
lancement de la construction du canal de Panama (1880, Ferdinand de
Lesseps), il sera achevé en 1914. Cet outil permettait autant de diviser
par deux la longueur de la route pour joindre les deux façades
maritimes que de permettre la concentration navale américaine.
Peut être est-ce là une certaine apogée de l’hémisphère américain. Dès la Farewell adress du président George Washington (1793-1796), l’isolationnisme américain est en germe. Par la suite, la doctrine Monroe
(1823) proclame que les Etats-Unis n’accepteront ni nouvelle
colonisation ni nouvelle intervention européenne dans cet hémisphère
américain. En échange de quoi, Washington ne se mêlera pas des affaires
européennes. Les bases de l’isolationnisme sont posées et cette
politique concerne pour l’essentiel les rapports entre Ancien et Nouveau
monde. Le corollaire Roosevelt (6 décembre 1904) durci cette
politique : les Etats-Unis se réservent le droit d’intervenir dans les
affaires de l’hémisphère américain, en particulier en Amérique latine.
Justement, la présidence de Theodore Roosevelt
est aussi celle d’un navaliste qui a dirigé le secrétariat d’Etat à la
Marine (force armée permanente depuis 1775, à la différence de l’Armée
américaine). Il est acquis au projet thalassocratique défendu par Alfred Tayor Mahan pour les Etats-Unis. Aux environs de l’incident de Fachoda (1898) entre la France et l’Angleterre, l’US Navy
est la seconde marine du monde. La Grande croisière blanche (16
décembre 1907 – 22 février 1909) qu’effectue les cuirassés américains le
long de la route de circumnavigation est une grande opération de
diplomatie navale pour faire connaître la chose.
©
Wikipédia. L’USS Kansas navigue devant l’USS Vermont lors du départ de
la flotte d’Hampton Roads en Virginie le 16 décembre 1907.
Le parallèle est saisissant entre cette
grande croisière et l’année 1775 : les Etats-Unis parviennent à lancer
une grande marine amène de défendre leur commerce dans l’Atlantique et
partout où cela sera nécessaire dans le Monde. Faut-il rappeler que le
plus vieil allié des Etats-Unis n’est pas la France mais le Maroc (1777)
? Cette alliance est l’arbre qui cache la forêt naissante des
engagements américain en Méditerranée. Ceux-ci remontent aux premières
années du XIXe siècle, à une époque où la marine américaine était
engagée dans des opérations contre les pirates barbaresques et les Etats
Nord-Africains pour défendre le commerce et les citoyens de l’Amérique.
La première guerre mondiale a peut être
été porteuse, sur le plan naval, de deux données navales d’une
importance vitale pour les Etats-Unis.
Premièrement, la décision allemande de
lancer la guerre sous-marine à outrance dans la première bataille de
l’Atlantique fait apparaître l’importance du lien transatlantique pour
les deux rives de l’Atlantique. Le sous-marin bouleverse totalement la
stratégie navale classique, c’était une révolution que contenait, déjà,
le CSS Hunley en 1824. Il est vital pour la France et
l’Angleterre mais aussi pour les Etats-Unis dont l’économie ne pourrait
pas se remettre de la perte de l’accès aux marchés européens.
C’est toute la conséquence : les forces
navales construites pour la bataille décisive ne sont d’aucune utilité
contre les sous-marins. Au contraire, c’est une guerre des flux
maritimes qui est lancée par les allemands et il faut tout reconsidérer
l’effort naval.
Deuxièmement, la bataille du Jutland (31 mai – 1er juin 1916) devait être La bataille navale décisive et il n’en fut rien. La mer n’en resta pas moins salée.
Que se passa-t-il dans les esprits de la
classe dirigeante américaine à cet instant ? La plus grande puissance
navale de tous les temps, la Grande-Bretagne, n’est pas capable de
vaincre la rivale allemande. Celle-ci tente de se hisser au niveau de
l’hégémon britannique pour le contester et le ravir. Là où la Royal navy
bat la marine française à Trafalgar (21 octobre 1805) en état
d’infériorité numérique, elle ne parvient pas à vaincre en situation de
supériorité numérique.
Cela ne peut qu’intéresser à Washington qui hisse aussi sa marine au niveau de la Royal Navy. Le traité de Washington (1922) est le début de la parité puis du dépassement naval entre Londres et Washington.
Mais cette bataille du Jutland
veut dire aussi qu’à force plus ou moins égale cela n’amène nullement
une des puissances à prendre décisivement l’ascendant sur les mers.
Pire, la « vraie » bataille est celle de
l’Atlantique et le calcul allemand est savant : la guerre sous-marine à
outrance est capable de découpler les deux rives de l’Atlantique.
Si nous revenons à la théorie du Heartland de Harold J. Mackinder (The geographical pivot of History,
1904), la chose est encore plus compréhensible. A cette époque, le
pivot pour l’auteur britannique est l’Europe de l’Est (qui permettra le
contrôle du Heartland, puis de l’Ile monde et enfin du monde).
La flotte de surface américaine pourrait être incapable d’empêcher une
Allemagne hégémonique de conquérir le Heartland mais, et surtout, d’interdire l’accès à l’Europe aux Etats-Unis.
Washington en reviendrait à la situation
de 1775 : le monde pré-colombien, c’est-à-dire avant les grandes
découvertes. Le continent étasunien aurait été totalement marginalisé
dans pareille situation. Les sous-marins ont remplacé les vaisseaux de
la Royal Navy.
A la lecture de l’histoire navale américaine et de la théorie de Mackinder,
nous pouvons lancer cette hypothèse : les Etats-Unis ont peut être
rompu avec l’isolationnisme, notamment, au regard de cette histoire. La
capitale américaine commence à s’ingérer dans les affaires du continent
européen à partir du traité de Versailles (28 juin 1919). La seconde
bataille de l’Atlantique achève de confirmer que le lien transatlantique
peut être rompu sans que la flotte de surface américaine, seule, puisse
riposter décisivement. Dans cette perspective, la sécurité nationale
américaine impliquait aussi de rompre avec l’isolationnisme pour
empêcher une puissance européenne de découpler croissants interne et
externe.
La guerre navale américaine et la fin de l’isolationnisme
décembre 12, 2013 | 0 Commentaires
La guerre navale occupe une place
centrale dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Dès l’année 1775,
les treize colonies décident de constituer une marine. Six année plus
tard, cette marine en voie de constitution ne dispose en tout et pour
tout que de trois « croiseurs ».
Pour subvenir aux besoins de la guerre
d’Indépendance, les insurgés pratiquèrent la guerre de course. Plus de
mille corsaires (peut être même deux milles selon d’autres historiens)
sillonnaient les mers. L’un de leurs commandants, John Paul Jones,
est resté célèbre ; de sa base de Brest il semait la terreur jusqu’en
Ecosse. Six cents navires anglaires furent capturés, ce qui n’empêcha
nullement la Royal Navy de conserver la maîtrise des mers.
A partir de l’année 1778 les colonies
reçurent ce qui leur manquait le plus : une aide financière et le
concours d’une flotte. La Marine Royale, c’est-à-dire la Marine du
royaume de France, apporta ce soutien décisif.
Première chose, c’est le stratégiste naval anglais Sir Julian S. Corbett qui eu raison avant l’amiral Alfred Tayor Mahan
: la bataille décisive n’est pas vérifiée dans ce conflit tandis que
l’impérative protection des communications maritimes l’est. De cet
effort pour la maîtrise des flux découle, dans la pensée corbettienne,
la mobilité nécessaire pour projeter une force (aéro)terrestre et la
débarquer sur le point faible du dispositif adverse grâce à une maîtrise
locale de la Mer.
Non pas que la bataille de la baie de Chesapeake (5
septembre 1781) n’ait pas été décisive dans l’issue du conflit, au
contraire. Cependant, la victoire de la Marine royale ne permet pas de
vaincre la Royal Navy tout entière. A l’opposé du théâtre
principal, Suffren combat les anglais au large des Indes et y forge sa
légende. Les corsaires américains permettent de disperser la marine
anglaise à défaut d’apporter une contribution décisive. C’est ce combat à
l’échelle de l’Océan qui forge les conditions de la victoire dans la
baie de Cheseapake : la Royal Navy est dispersée, la France peut compter sur un avantage local déterminant qui débouche directement sur la Victoire de Yorktown (28 septembre – 17 octobre 1781).
Les Etats-Unis retiendront des aspects
navals de ce conflit la nécessité de fonder et entretenir une marine
hauturière capable de défendre leur commerce avec l’Europe, vital à leur
développement. La quasi guerre avec la France (1798 – 1800) et la
seconde guerre d’Indépendance (1812-1814) ne contredisent pas cette
analyse dans la construction de la puissance navale étasunienne.
Même la guerre de Sécession (1861 –
1865) est dans la droite lignée de cette pensée. Le Nord parviendra à
écraser le Sud et son commerce par sa supériorité navale.
La Confédération perd la guerre. Mais
c’est bien un fait d’arme sous la mer qui contient peut être une
inflexion majeure de la politique américaine. Le CSS Hunley, un
des premiers submersibles de l’Histoire est au service de la marine
confédérée. Le 18 février 1864, l’engin, bien que rudimentaire,
« torpille » et coule l’USS Housatronic. Le prix à payer de cette petite révolution est lourd car navire et équipage sont perdus alors qu’ils dérobent.
Plus loin, la conquête de l’Ouest se
poursuit. A la fin du XIXe siècle, l’étendue territoriale des Etats-Unis
ressemble à ce nous connaissons aujourd’hui en Amérique du Nord. L’Etat
américan touche les deux océans Pacifique et Atlantique.
La fin du XIXe siècle concorde avec le
lancement de la construction du canal de Panama (1880, Ferdinand de
Lesseps), il sera achevé en 1914. Cet outil permettait autant de diviser
par deux la longueur de la route pour joindre les deux façades
maritimes que de permettre la concentration navale américaine.
Peut être est-ce là une certaine apogée de l’hémisphère américain. Dès la Farewell adress du président George Washington (1793-1796), l’isolationnisme américain est en germe. Par la suite, la doctrine Monroe
(1823) proclame que les Etats-Unis n’accepteront ni nouvelle
colonisation ni nouvelle intervention européenne dans cet hémisphère
américain. En échange de quoi, Washington ne se mêlera pas des affaires
européennes. Les bases de l’isolationnisme sont posées et cette
politique concerne pour l’essentiel les rapports entre Ancien et Nouveau
monde. Le corollaire Roosevelt (6 décembre 1904) durci cette
politique : les Etats-Unis se réservent le droit d’intervenir dans les
affaires de l’hémisphère américain, en particulier en Amérique latine.
Justement, la présidence de Theodore Roosevelt
est aussi celle d’un navaliste qui a dirigé le secrétariat d’Etat à la
Marine (force armée permanente depuis 1775, à la différence de l’Armée
américaine). Il est acquis au projet thalassocratique défendu par Alfred Tayor Mahan pour les Etats-Unis. Aux environs de l’incident de Fachoda (1898) entre la France et l’Angleterre, l’US Navy
est la seconde marine du monde. La Grande croisière blanche (16
décembre 1907 – 22 février 1909) qu’effectue les cuirassés américains le
long de la route de circumnavigation est une grande opération de
diplomatie navale pour faire connaître la chose.
©
Wikipédia. L’USS Kansas navigue devant l’USS Vermont lors du départ de
la flotte d’Hampton Roads en Virginie le 16 décembre 1907.
Le parallèle est saisissant entre cette
grande croisière et l’année 1775 : les Etats-Unis parviennent à lancer
une grande marine amène de défendre leur commerce dans l’Atlantique et
partout où cela sera nécessaire dans le Monde. Faut-il rappeler que le
plus vieil allié des Etats-Unis n’est pas la France mais le Maroc (1777)
? Cette alliance est l’arbre qui cache la forêt naissante des
engagements américain en Méditerranée. Ceux-ci remontent aux premières
années du XIXe siècle, à une époque où la marine américaine était
engagée dans des opérations contre les pirates barbaresques et les Etats
Nord-Africains pour défendre le commerce et les citoyens de l’Amérique.
La première guerre mondiale a peut être
été porteuse, sur le plan naval, de deux données navales d’une
importance vitale pour les Etats-Unis.
Premièrement, la décision allemande de
lancer la guerre sous-marine à outrance dans la première bataille de
l’Atlantique fait apparaître l’importance du lien transatlantique pour
les deux rives de l’Atlantique. Le sous-marin bouleverse totalement la
stratégie navale classique, c’était une révolution que contenait, déjà,
le CSS Hunley en 1824. Il est vital pour la France et
l’Angleterre mais aussi pour les Etats-Unis dont l’économie ne pourrait
pas se remettre de la perte de l’accès aux marchés européens.
C’est toute la conséquence : les forces
navales construites pour la bataille décisive ne sont d’aucune utilité
contre les sous-marins. Au contraire, c’est une guerre des flux
maritimes qui est lancée par les allemands et il faut tout reconsidérer
l’effort naval.
Deuxièmement, la bataille du Jutland (31 mai – 1er juin 1916) devait être La bataille navale décisive et il n’en fut rien. La mer n’en resta pas moins salée.
Que se passa-t-il dans les esprits de la
classe dirigeante américaine à cet instant ? La plus grande puissance
navale de tous les temps, la Grande-Bretagne, n’est pas capable de
vaincre la rivale allemande. Celle-ci tente de se hisser au niveau de
l’hégémon britannique pour le contester et le ravir. Là où la Royal navy
bat la marine française à Trafalgar (21 octobre 1805) en état
d’infériorité numérique, elle ne parvient pas à vaincre en situation de
supériorité numérique.
Cela ne peut qu’intéresser à Washington qui hisse aussi sa marine au niveau de la Royal Navy. Le traité de Washington (1922) est le début de la parité puis du dépassement naval entre Londres et Washington.
Mais cette bataille du Jutland
veut dire aussi qu’à force plus ou moins égale cela n’amène nullement
une des puissances à prendre décisivement l’ascendant sur les mers.
Pire, la « vraie » bataille est celle de
l’Atlantique et le calcul allemand est savant : la guerre sous-marine à
outrance est capable de découpler les deux rives de l’Atlantique.
Si nous revenons à la théorie du Heartland de Harold J. Mackinder (The geographical pivot of History,
1904), la chose est encore plus compréhensible. A cette époque, le
pivot pour l’auteur britannique est l’Europe de l’Est (qui permettra le
contrôle du Heartland, puis de l’Ile monde et enfin du monde).
La flotte de surface américaine pourrait être incapable d’empêcher une
Allemagne hégémonique de conquérir le Heartland mais, et surtout, d’interdire l’accès à l’Europe aux Etats-Unis.
Washington en reviendrait à la situation
de 1775 : le monde pré-colombien, c’est-à-dire avant les grandes
découvertes. Le continent étasunien aurait été totalement marginalisé
dans pareille situation. Les sous-marins ont remplacé les vaisseaux de
la Royal Navy.
A la lecture de l’histoire navale américaine et de la théorie de Mackinder,
nous pouvons lancer cette hypothèse : les Etats-Unis ont peut être
rompu avec l’isolationnisme, notamment, au regard de cette histoire. La
capitale américaine commence à s’ingérer dans les affaires du continent
européen à partir du traité de Versailles (28 juin 1919). La seconde
bataille de l’Atlantique achève de confirmer que le lien transatlantique
peut être rompu sans que la flotte de surface américaine, seule, puisse
riposter décisivement. Dans cette perspective, la sécurité nationale
américaine impliquait aussi de rompre avec l’isolationnisme pour
empêcher une puissance européenne de découpler croissants interne et
externe.
La guerre navale américaine et la fin de l’isolationnisme
décembre 12, 2013 | 0 Commentaires
La guerre navale occupe une place
centrale dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique. Dès l’année 1775,
les treize colonies décident de constituer une marine. Six année plus
tard, cette marine en voie de constitution ne dispose en tout et pour
tout que de trois « croiseurs ».
Pour subvenir aux besoins de la guerre
d’Indépendance, les insurgés pratiquèrent la guerre de course. Plus de
mille corsaires (peut être même deux milles selon d’autres historiens)
sillonnaient les mers. L’un de leurs commandants, John Paul Jones,
est resté célèbre ; de sa base de Brest il semait la terreur jusqu’en
Ecosse. Six cents navires anglaires furent capturés, ce qui n’empêcha
nullement la Royal Navy de conserver la maîtrise des mers.
A partir de l’année 1778 les colonies
reçurent ce qui leur manquait le plus : une aide financière et le
concours d’une flotte. La Marine Royale, c’est-à-dire la Marine du
royaume de France, apporta ce soutien décisif.
Première chose, c’est le stratégiste naval anglais Sir Julian S. Corbett qui eu raison avant l’amiral Alfred Tayor Mahan
: la bataille décisive n’est pas vérifiée dans ce conflit tandis que
l’impérative protection des communications maritimes l’est. De cet
effort pour la maîtrise des flux découle, dans la pensée corbettienne,
la mobilité nécessaire pour projeter une force (aéro)terrestre et la
débarquer sur le point faible du dispositif adverse grâce à une maîtrise
locale de la Mer.
Non pas que la bataille de la baie de Chesapeake (5
septembre 1781) n’ait pas été décisive dans l’issue du conflit, au
contraire. Cependant, la victoire de la Marine royale ne permet pas de
vaincre la Royal Navy tout entière. A l’opposé du théâtre
principal, Suffren combat les anglais au large des Indes et y forge sa
légende. Les corsaires américains permettent de disperser la marine
anglaise à défaut d’apporter une contribution décisive. C’est ce combat à
l’échelle de l’Océan qui forge les conditions de la victoire dans la
baie de Cheseapake : la Royal Navy est dispersée, la France peut compter sur un avantage local déterminant qui débouche directement sur la Victoire de Yorktown (28 septembre – 17 octobre 1781).
Les Etats-Unis retiendront des aspects
navals de ce conflit la nécessité de fonder et entretenir une marine
hauturière capable de défendre leur commerce avec l’Europe, vital à leur
développement. La quasi guerre avec la France (1798 – 1800) et la
seconde guerre d’Indépendance (1812-1814) ne contredisent pas cette
analyse dans la construction de la puissance navale étasunienne.
Même la guerre de Sécession (1861 –
1865) est dans la droite lignée de cette pensée. Le Nord parviendra à
écraser le Sud et son commerce par sa supériorité navale.
La Confédération perd la guerre. Mais
c’est bien un fait d’arme sous la mer qui contient peut être une
inflexion majeure de la politique américaine. Le CSS Hunley, un
des premiers submersibles de l’Histoire est au service de la marine
confédérée. Le 18 février 1864, l’engin, bien que rudimentaire,
« torpille » et coule l’USS Housatronic. Le prix à payer de cette petite révolution est lourd car navire et équipage sont perdus alors qu’ils dérobent.
Plus loin, la conquête de l’Ouest se
poursuit. A la fin du XIXe siècle, l’étendue territoriale des Etats-Unis
ressemble à ce nous connaissons aujourd’hui en Amérique du Nord. L’Etat
américan touche les deux océans Pacifique et Atlantique.
La fin du XIXe siècle concorde avec le
lancement de la construction du canal de Panama (1880, Ferdinand de
Lesseps), il sera achevé en 1914. Cet outil permettait autant de diviser
par deux la longueur de la route pour joindre les deux façades
maritimes que de permettre la concentration navale américaine.
Peut être est-ce là une certaine apogée de l’hémisphère américain. Dès la Farewell adress du président George Washington (1793-1796), l’isolationnisme américain est en germe. Par la suite, la doctrine Monroe
(1823) proclame que les Etats-Unis n’accepteront ni nouvelle
colonisation ni nouvelle intervention européenne dans cet hémisphère
américain. En échange de quoi, Washington ne se mêlera pas des affaires
européennes. Les bases de l’isolationnisme sont posées et cette
politique concerne pour l’essentiel les rapports entre Ancien et Nouveau
monde. Le corollaire Roosevelt (6 décembre 1904) durci cette
politique : les Etats-Unis se réservent le droit d’intervenir dans les
affaires de l’hémisphère américain, en particulier en Amérique latine.
Justement, la présidence de Theodore Roosevelt
est aussi celle d’un navaliste qui a dirigé le secrétariat d’Etat à la
Marine (force armée permanente depuis 1775, à la différence de l’Armée
américaine). Il est acquis au projet thalassocratique défendu par Alfred Tayor Mahan pour les Etats-Unis. Aux environs de l’incident de Fachoda (1898) entre la France et l’Angleterre, l’US Navy
est la seconde marine du monde. La Grande croisière blanche (16
décembre 1907 – 22 février 1909) qu’effectue les cuirassés américains le
long de la route de circumnavigation est une grande opération de
diplomatie navale pour faire connaître la chose.
©
Wikipédia. L’USS Kansas navigue devant l’USS Vermont lors du départ de
la flotte d’Hampton Roads en Virginie le 16 décembre 1907.
Le parallèle est saisissant entre cette
grande croisière et l’année 1775 : les Etats-Unis parviennent à lancer
une grande marine amène de défendre leur commerce dans l’Atlantique et
partout où cela sera nécessaire dans le Monde. Faut-il rappeler que le
plus vieil allié des Etats-Unis n’est pas la France mais le Maroc (1777)
? Cette alliance est l’arbre qui cache la forêt naissante des
engagements américain en Méditerranée. Ceux-ci remontent aux premières
années du XIXe siècle, à une époque où la marine américaine était
engagée dans des opérations contre les pirates barbaresques et les Etats
Nord-Africains pour défendre le commerce et les citoyens de l’Amérique.
La première guerre mondiale a peut être
été porteuse, sur le plan naval, de deux données navales d’une
importance vitale pour les Etats-Unis.
Premièrement, la décision allemande de
lancer la guerre sous-marine à outrance dans la première bataille de
l’Atlantique fait apparaître l’importance du lien transatlantique pour
les deux rives de l’Atlantique. Le sous-marin bouleverse totalement la
stratégie navale classique, c’était une révolution que contenait, déjà,
le CSS Hunley en 1824. Il est vital pour la France et
l’Angleterre mais aussi pour les Etats-Unis dont l’économie ne pourrait
pas se remettre de la perte de l’accès aux marchés européens.
C’est toute la conséquence : les forces
navales construites pour la bataille décisive ne sont d’aucune utilité
contre les sous-marins. Au contraire, c’est une guerre des flux
maritimes qui est lancée par les allemands et il faut tout reconsidérer
l’effort naval.
Deuxièmement, la bataille du Jutland (31 mai – 1er juin 1916) devait être La bataille navale décisive et il n’en fut rien. La mer n’en resta pas moins salée.
Que se passa-t-il dans les esprits de la
classe dirigeante américaine à cet instant ? La plus grande puissance
navale de tous les temps, la Grande-Bretagne, n’est pas capable de
vaincre la rivale allemande. Celle-ci tente de se hisser au niveau de
l’hégémon britannique pour le contester et le ravir. Là où la Royal navy
bat la marine française à Trafalgar (21 octobre 1805) en état
d’infériorité numérique, elle ne parvient pas à vaincre en situation de
supériorité numérique.
Cela ne peut qu’intéresser à Washington qui hisse aussi sa marine au niveau de la Royal Navy. Le traité de Washington (1922) est le début de la parité puis du dépassement naval entre Londres et Washington.
Mais cette bataille du Jutland
veut dire aussi qu’à force plus ou moins égale cela n’amène nullement
une des puissances à prendre décisivement l’ascendant sur les mers.
Pire, la « vraie » bataille est celle de
l’Atlantique et le calcul allemand est savant : la guerre sous-marine à
outrance est capable de découpler les deux rives de l’Atlantique.
Si nous revenons à la théorie du Heartland de Harold J. Mackinder (The geographical pivot of History,
1904), la chose est encore plus compréhensible. A cette époque, le
pivot pour l’auteur britannique est l’Europe de l’Est (qui permettra le
contrôle du Heartland, puis de l’Ile monde et enfin du monde).
La flotte de surface américaine pourrait être incapable d’empêcher une
Allemagne hégémonique de conquérir le Heartland mais, et surtout, d’interdire l’accès à l’Europe aux Etats-Unis.
Washington en reviendrait à la situation
de 1775 : le monde pré-colombien, c’est-à-dire avant les grandes
découvertes. Le continent étasunien aurait été totalement marginalisé
dans pareille situation. Les sous-marins ont remplacé les vaisseaux de
la Royal Navy.
A la lecture de l’histoire navale américaine et de la théorie de Mackinder,
nous pouvons lancer cette hypothèse : les Etats-Unis ont peut être
rompu avec l’isolationnisme, notamment, au regard de cette histoire. La
capitale américaine commence à s’ingérer dans les affaires du continent
européen à partir du traité de Versailles (28 juin 1919). La seconde
bataille de l’Atlantique achève de confirmer que le lien transatlantique
peut être rompu sans que la flotte de surface américaine, seule, puisse
riposter décisivement. Dans cette perspective, la sécurité nationale
américaine impliquait aussi de rompre avec l’isolationnisme pour
empêcher une puissance européenne de découpler croissants interne et
externe.




