Quelle union bancaire
nous sert-on ? Celle qui implique un processus de décision d'une rare
complexité ? Celle qui ne peut être efficiente qu'après consultation de
toute une série d'organismes, de gouvernements et d'officiels ? Celle
qui ne dispose même pas de fonds suffisants ?
Celle qui ne saurait
être financée par les marchés, tout simplement du fait d'un mécanisme
d'une rare opacité ? Ou celle qui ne sera réellement en place qu'en
2025, alors même que la fréquence des crises bancaires et financières
aurait exigé une action immédiate ? A moins que cette union bancaire
dont nos responsables politiques se montrent si fiers ait finalement
rompu le nœud gordien entre banques et Etats ?
Un cagnotte de sauvetage insuffisante
Pourtant, jugez-en par
vous-même : c'est bel et bien les fonds publics qui seront sollicités -
et qui ne manqueront évidemment pas de l'être ! - dès lors que la
cagnotte prévue à cet effet s'avèrera insuffisante. Car, dans le
meilleur des cas, l'accord prévoit que les gouvernements européens
respectifs auront la possibilité - pour soutenir leurs banques - de
contracter des emprunts au Mécanisme Européen de Stabilité (MES).
C'est donc ainsi que nos
dirigeants comptent opérer une ligne de démarcation entre risque
bancaire et risque souverain. La priorité des priorités - qui est
d'éviter que le contribuable fasse toujours les frais des crises
financières - serait donc atteinte en forçant les Etats - c'est-à-dire
nous ! - à contracter de nouveaux emprunts pour sauver les banques…
L'Allemagne continue d'imposer le chacun pour soi
Union bancaire de toutes
les ambiguïtés et de tous les non-dits car, à des années lumière du
mécanisme automatisé de transferts en vigueur aux Etats-Unis par
exemple, l'Allemagne continue d'imposer le chacun pour soi dont on sait
pertinemment bien qu'il exacerbe la vulnérabilité des banques fragiles
de l'Union.
Hormis le processus
lourd du déclenchement de ces fonds mis à disposition des banques en
péril, les sommes elles mêmes dédiées à cet effet seraient tout juste
suffisantes pour secourir une, voire deux, banques de taille moyenne de
l'Union. Comment s'y prendra-t-on dès lors qu'une banque majeure aux
activités transfrontalières sera sur la sellette ? Comment se fait-il,
par ailleurs, que rien ne soit prévu pour recapitaliser celles des
banques qui en auront besoin à l'issue des stress tests qui seront
entrepris en 2014 ?
Un sabotage permanent
En outre, comment les
6000 banques de la zone euro seront-elles supervisées au niveau
européen, quand il est prévu que la BCE et que le nouveau mécanisme créé
par l'union bancaire aient sous leur tutelle tout au plus 330
établissements ?
Pourtant, telle est
l'illusion qui berce encore les officiels européens, qui ne parviennent
décidément pas à reconnaître publiquement que l'Allemagne sabote
systématiquement toutes les velléités de plan prévoyant la moindre
mutualisation des risques et des engagements au sein de cette Union
européenne dont elle fait pourtant partie intégrante.
Pourtant, nos voisins d'outre-rhin sont des spécialistes de la crise bancaire
Alors que c'est les
banques allemandes qui ont le plus bénéficié avant 2008 des subsides
européens, exactement comme c'est les banques allemandes qui seront
certainement les premières en ligne à montrer des défaillances à
l'avenir. L'Allemagne n'est-elle pas en effet une sorte de spécialiste
des crises bancaires, distançant en cela de très loin tout à la fois
l'Espagne, l'Italie et l'Irlande ?
L'Allemagne ne nous
a-t-elle effectivement pas habitué à ses secousses bancaires à
répétition comme à ses banques sous capitalisées et, ce, dès 1974 et
l'effondrement de la Herstatt
Bank? Ironie du sort : n'est-ce pas la maladie chronique du système
bancaire allemand qui a nécessité la mise en place du Comité de Bâle
censé préserver l'ensemble de l'édifice, notamment des carences
germaniques ? En outre, la majorité des aides gouvernementales
européennes - depuis les années 2008 et 2009 - n'a-t-elle pas été
destinée aux banques allemandes, tant et si bien qu'il est possible
d'affirmer que les contribuables de cette Europe périphérique tant
discréditée ont sensiblement participé au sauvetage des banques
allemandes ?
L'année 2014 s'annonce mal
L'opposition farouche de
ce pays à une union bancaire digne de ce nom semble dès lors hypocrite,
mais il est vrai que - pour l'Allemagne - les enjeux dépassent
largement le cadre de ce simulacre d'union bancaire qui la laisse de
marbre. Mais qui lui permet néanmoins de sauver la face et surtout de
retarder - voire d'enterrer ? - l'union fiscale…
S'il est vrai que 2012 et que 2013 furent indiscutablement les "années BCE", s'il
est vrai que l'habileté florentine de Mario Draghi autorisèrent le
sauvetage - au moins dans la forme - de l'euro. L'année 2014 s'annonce
mal car c'est les Etats qui doivent à présent prendre le relais d'une
banque centrale totalement bridée et qui a d'ores et déjà dépassé les
limites formelles de son mandat. Comment nos Etats européens
stimuleront-ils la croissance s'il leur est déjà si difficile de
s'accorder sur une coordination bancaire élémentaire ?