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vendredi 17 avril 2015

L'Iran, hyper puissance régionale



L'Iran, hyper puissance régionale
 
 Sara Daniel
 
L'accord sur le nucléaire iranien qui vient d'être conclu témoigne d'une nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient.

Après plus de 12 ans de négociations, d’atermoiements et d’espoirs déçus, c’est donc à un accord historique que sont parvenus la communauté internationale et l’Iran sur la question nucléaire.

Mais cet accord parle au moins autant de la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient, que du nombre des centrifugeuses que Téhéran a accepté de sacrifier dans sa course à l’enrichissement : les contours de ce compromis se sont dessinés aussi à Aden, à Beyrouth, à Bagdad et à Damas.

L'Amérique a choisi

Il aura fallu circonvenir les conservateurs iraniens et américains, déchaînés contre la possibilité d’un tel accord, alliés de circonstance d’Israël - on se souvient de la verve déployée par Benyamin Netanyahou dans son discours devant le Congrès américain. Rassurer l’allié défaillant mais traditionnel, l’Arabie Saoudite - ce qui explique que le Royaume saoudien ait lancé sa guerre contre les Houthis chiites du Yémen depuis les Etats-Unis et avec leur bénédiction, à la veille de l’accord nucléaire. Un gage donné aux Saoudiens et la promesse que l’accord avec l’Iran ne marquerait pas un revirement complet de stratégie dans la région.

Ce revirement a pourtant déjà eu lieu, depuis l’occupation de l’Irak par les Américains en 2003 et, surtout, depuis que l’Iran et les Etats-Unis sont devenus des alliés contre l’Etat islamique. Entre l’ennemi chiite, et ses milices Hezbollah et armée al-Qods, et le tireur de ficelles saoudien, et ses créatures djihadistes, al-Qaida et Etat islamique, l’Amérique a choisi.

L'empreinte chiite

De fait, l’empreinte de la puissance chiite est incontestable dans toute la région. Militaire au Yémen et en Irak, politique et militaire au Liban et en Syrie. Elle est aussi symbolique. Dans les rues de Bagdad, les portraits de Khomeiny et du guide suprême Ali Khamenei fleurissent pour la première fois dans l’histoire d’un pays traumatisé par sa guerre contre l’Iran.

A Tikrit, dans la ville libérée du joug de Daesh, les inscriptions en farsi qui vantent les derniers faits d’armes des gardiens de la révolution disent assez le rôle que jouent désormais en Irak les militaires iraniens : même les civils chiites irakiens déplorent aujourd’hui la mise sous tutelle de leur pays par leur puissant grand frère. Quant au régime syrien affaibli par les querelles intestines des chefs des branches de ses services secrets, là encore il a dû céder une partie de son pouvoir à la puissance de tutelle iranienne et à son proxy dans la zone : le Hezbollah.

La réponse de l'Arabie saoudite

Du golfe d’Aden à la Syrie, du Liban à la frontière jordanienne, s’affirme une force politique et pétrolière qui devient inexorablement la première puissance du Moyen-Orient. Et offre aux chiites une revanche contre les frères ennemis sunnites dans cet affrontement séculaire qui les oppose depuis les débuts de l’Islam.

Mais déjà au Yémen, l’Arabie saoudite a réagi militairement à cette prise d’influence iranienne dans la région. Le Royaume saoudien est aussi tenté, pour ne pas être à la traîne, d’accélérer sa course au savoir-faire nucléaire et projette de construire 16 réacteurs civils d’ici 2030. C’est pourtant pour éviter cette prolifération nucléaire au Moyen-Orient que les Etats-Unis ont tout fait pour décrocher un accord avec l’Iran... Un risque majeur que les Etats-Unis et la communauté internationale vont devoir surveiller de près.
 
Source

Le Nouvel Observateur