Dans les prochaines
décennies, l'écart entre le dernier salaire et la pension augmentera
dans le privé. Ce ne sera pas le cas dans la fonction publique, car le
mode de calcul des retraites est différent.
C'est une inégalité à laquelle le gouvernement n'a pas voulu s'attaquer: la différence de calcul des pensions entre
privé et public. Le niveau de la retraite d'un salarié d'une entreprise
dépend de ses vingt-cinq meilleures années de salaires. Celle d'un
fonctionnaire, des six derniers mois. Le gouvernement Ayrault a évacué
le sujet en démontrant que le taux de remplacement, c'est-à-dire le
montant de la pension rapporté au dernier salaire, était similaire entre
fonction publique et secteur privé. C'est vrai à l'heure actuelle.
Hélas,
pour le privé, cela ne le sera plus à l'avenir, selon une étude du
Conseil d'orientation des retraites. Le taux de remplacement d'un cadre
fondra en effet de 56% pour la génération 1950 à 51% pour celle de 1990.
Dans le même temps, les cadres de la fonction publique (catégorie A)
verront leur taux de remplacement augmenter d'un point, à 77%, pour ceux
dont les primes ne représentent pas grand-chose dans leur rémunération,
et d'un point également, à 55%, si elles représentent beaucoup (les
primes des fonctionnaires ne sont pas soumises aux cotisations).
Or,
ce fossé se creusera justement à cause du mode de calcul des retraites.
En effet, les vingt-cinq ans de meilleurs salaires servant de base à
la pension d'un salarié sont intégrés à la formule de calcul de la
pension après avoir été «rafraîchis» pour prendre en compte l'inflation
sur un quart de siècle. Or, les prix progressent historiquement moins
vite que les rémunérations. Les salaires soumis au calcul rétrécissent
donc. Les rémunérations des fonctionnaires, qui ne datent que de six
mois, ne sont, elles, pas soumises à ce traitement.
Le
rapprochement du mode de calcul ne réglerait toutefois pas tous les
problèmes. Selon le rapport Moreau réalisé en amont de la réforme des
retraites, prendre en compte les dix dernières années de salaires des
fonctionnaires et intégrer les primes serait neutre budgétairement. Rien
n'est dit sur les conséquences d'un strict alignement du public sur le
privé.
Le report de l'âge de la retraite
Ce fut fixé dès
la campagne du candidat Hollande: pas question de repousser l'âge légal
de départ à la retraite lors de la réforme à venir. Évidemment, la
mesure aurait été périlleuse à défendre pour une majorité socialiste qui
avait attaqué le report de cette borne de 60 à 62 ans lors de la réforme Woerth de 2010.
Pourtant,
c'est bien la tendance dans les pays développés alors que les seniors
sont de plus en plus nombreux du fait du vieillissement de la population
et qu'ils vivent de plus en plus longtemps. Pour limiter les effets de
cette double tendance sur les finances des régimes de retraite, l'âge
moyen de départ «atteindra au minimum 67 ans dans les pays développés à
l'horizon 2050», estime l'Organisation pour la coopération et le
développement économique (OCDE).
Le gouvernement français a préféré utiliser la durée de cotisation et l'allonger de 41,5 à 43 ans à
partir de 2020 et jusqu'en 2035. Certes, cela revient bien à repousser
l'âge effectif de départ à la retraite. Le gouvernement l'a reconnu dans
sa «Stratégie de politique économique» envoyée à Bruxelles début
octobre: «Un assuré qui débute sa carrière à 23 ans (c'est la moyenne en
France) ne pourra partir à la retraite au taux plein qu'à partir de
66 ans.»
Mais les effets de l'allongement de la durée de
cotisation sur les déficits ne se feront sentir qu'après 2020 et il
sera deux fois moins puissant qu'un report de la borne d'âge.
L'allongement de deux ans et demi de la durée de cotisation sur quinze
ans, entre 2020 et 2035, devrait rapporter 10,4 milliards d'euros à
terme. La réforme Woerth, en repoussant l'âge légal de départ de 60 à
62 ans entre 2011 et 2017, aura pour sa part généré 20 milliards
d'économies sur une décennie.
La fusion des régimes
Le
rendez-vous pour une réforme en profondeur du système des retraites
avait été pris lors de la précédente réforme des retraites, celle d'Éric
Woerth, en 2010. Le gouvernement Ayrault n'a pas souhaité l'honorer. Il
a préféré jouer sur les curseurs plutôt que de changer de moteur. Or,
ce dernier ne tourne plus rond. Conçu après-guerre et développé durant
les Trente Glorieuses, son équilibre est trop dépendant de la
croissance, avertissent les économistes Didier Blanchet, Antoine Bozio
et Simon Rabaté, de l'Institut des politiques publiques. Une crise comme
celle de 2009 est ainsi capable de compromettre les effets d'une
réforme comme celle de 2010. De plus, le système est devenu illisible. À
tel point qu'un Français sur deux surestime ce qu'il gagnera à la
retraite, selon une récente étude de la banque HSBC.
En quoi une
réforme du système améliorerait tout cela? Cela permettrait «un pilotage
plus facile», donc moins de déficit, «une égalité de traitement», une
«simplification drastique» du calcul des pensions et la «transparence»
indispensable à la confiance dans le régime des retraites, liste dans
ses derniers travaux la chaire «transitions démographiques et
transitions économiques».
Il ne s'agit pas d'abandonner le
principe de la répartition (les cotisants d'aujourd'hui payent les
pensions des retraités d'aujourd'hui). Mais de passer d'un système basé
sur les trimestres cotisés et divisé en de multiples régimes aux règles
différentes à un système unifié, par points par exemple. La valeur
desdits points pourrait ainsi être ajustée régulièrement afin de
garantir l'équilibre du régime.