La candidate du Front national a fait escale ce jeudi dans la ville de Christian Estrosi, qui s’est dit prêt à travailler avec Emmanuel Macron. Elle a violemment invectivé son adversaire au second tour.
Après son opération commando à Amiens
pour parler aux ouvriers de l'usine Whirlpool et ainsi envoyer un
message aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen va continuer
sa « blitzkrieg » contre Emmanuel Macron ce jeudi à Nice, où elle
tiendra le premier de ses deux meetings de la campagne de l'entre-deux
tours.
Ce n'est évidemment pas un hasard si
la candidate du Front national a choisi de venir dans la région Paca,
dirigée par Christian Estrosi, ex-maire de la ville. Ce dernier a en
effet appelé à voter pour l'ex-ministre de François Hollande dès
l'annonce des résultats du premier tour et s'est dit prêt à travailler avec Emmanuel Macron.
Ce
qui n'a pas amélioré la cote de l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy,
devenu la bête noire du FN dans le sud-est de la France depuis qu'il a
battu Marion Maréchal-Le Pen lors des dernières élections régionales en
2015, grâce à l'apport des voix de gauche. L'homme a été longuement
sifflé durant le meeting.
Regain d'énergie
En
forme, désormais outsider dans cette élection, où elle n'a donc rien à
perdre, elle a paru libérée à Nice, lançant invectives à tout va. Elle a
ainsi moqué Pierre Gattaz, « cet homme qui préfère son portefeuille à
son pays ».
Monsieur Macron avait toutes les qualités pour être un bon banquier d'affaires : l'absence de sensibilité
Mais c'est évidemment pour Emmanuel Macron qu'elle a gardé ses mots les plus durs.
Son adversaire est jugé « sentencieux et narcissique ». « Monsieur
Macron avait toutes les qualités pour être un bon banquier d'affaires :
l'absence de sensibilité ».
Elle a
vilipendé « sa fébrilité », cet homme « qui perd ses nerfs », son
supposé « silence inquiétant » face au terrorisme ou encore sa «
guerre-éclair contre les travailleurs ».
Visiblement très satisfaite de son coup la veille lors de sa présence à Amiens,
coupant l'herbe sous le pied de son concurrent, elle l'a une nouvelle
fois dépeint représentant « de la caste, de l'oligarchie ». La candidate
d'extrême-droite, enjoignant la salle à entamer une deuxième
Marseillaise, a retrouvé de l'énergie et le ton de la campagne est
réellement monté d'un cran jeudi. « Les aboyeurs » du système, «
dégagez-les » a-t-elle clamé, prenant des accents à la Donald Trump.
"L'immigration massive, stop ou encore ?"
L'attaque
du « funeste » projet de « Monsieur Macron » - Marine Le Pen n'a jamais
utilisé son prénom - a, sans surprise, beaucoup porté sur
l'immigration, la culture, la défense des valeurs.
Concernant
le premier sujet, « l'élection de Monsieur Macron, c'est la poursuite
voire l'accélération de la submersion migratoire. Cette élection, c'est
aussi un référendum sur l'immigration massive. L'immigration massive,
stop ou encore ? », a-t-elle lancé.
Sur
les valeurs, c'est la marchandisation du monde qui est une nouvelle fois
attaquée. Dans la vision d'Emmanuel Macron, « tout est jetable, à
vendre. Les hommes, les femmes et bientôt leur vendre et donc leurs
enfants », a-t-elle estimé.
Appel du pied à l'électorat de François Fillon
Le
message de Marine Le Pen est clairement à l'attention des électeurs de
François Fillon. Déjà, mardi soir sur TF1, la candidate du Front
national avait pointé « la trahison » des dirigeants du parti Les Républicains ayant appelé à voter pour Emmanuel Macron « dès 20h02 » dimanche soir.
Les
électeurs de François Fillon « ont soutenu un homme dans un contexte
difficile et sont déçus qu'il ait appelé sans recul à voter Macron »,
jugeait mercredi Jean-Lin Lacapelle, responsable des fédérations au
Front national.
« On ne peut pas expliquer
pendant deux mois que Macron égal Hollande et tourner casaque aussi vite
», poursuit Jérôme Rivière, ex-député UMP qui a rallié l'équipe de
campagne de Marine Le Pen et a été investi par le FN dans le Var pour
les prochaines élections législatives .
«
François Fillon a utilisé les mêmes mots que nous dans la campagne »
quand il a dénoncé le « système » et notamment les médias dans le suivi
qu'ils ont fait de ses affaires. Et « nous sommes pour l'Europe des
nations », souligne Jérôme Rivière. « On peut mobiliser ceux qui ont
voté Fillon au premier tour. Ce sont des patriotes », veut-il croire.
Ratisser le plus large possible
Le Front national ratisse donc le plus large possible. Pourtant, selon le sondage quotidien Présitrack d'OpinionWay-ORPI pour « Les Echos » publié ce jeudi, seuls 29 % des électeurs de François Fillon sont prêts à soutenir la candidature de Marine Le Pen.
«
Pour espérer gagner, il faudrait un gros bataillon d'électeurs de
gauche s'abstiennent et conjointement, que le report des voix de droite
sur Marine Le Pen au second tour soit très fort », rappelle Jérôme
Fourquet de l'Ifop. On n'y est pas encore. Mais c'est visiblement
l'objectif
Sortie en mer
La
candidate du Front national a une nouvelle fois démarré sa journée à
l'aube jeudi, par une sortie de quatre heures en mer à bord d'un
chalutier appartenant à un candidat FN aux élections régionales de 2015,
baptisé « Grâce de Dieu II ».
« Madame Le
Pen se promène à la pêche. Bonne promenade. La sortie de l'Europe
qu'elle propose c'est la fin de la pêche française. Pensez-y », a
ironisé Emmanuel Macron sur Twitter.