Ils sont adultes et ont mûrement réfléchi à leur engagement au sein de l’Église catholique.
Cette année en Belgique, la fête de Pâques aura, pour 229 personnes adultes, un rayonnement tout particulier : elle marquera leur « entrée » dans l’Église catholique. Pour accomplir ce premier pas, tous ont souhaité se faire baptiser, une démarche mûrement réfléchie, à laquelle ils aspirent pour diverses raisons, propres à l’itinéraire spirituel de chacun. Même si l’on ne peut pas dire que la croissance est exponentielle, on assiste malgré tout, d’année en année, à une augmentation du nombre de « catéchumènes » (nom donné aux adultes qui se préparent au baptême via l’enseignement de la catéchèse). Pourquoi ces adultes ont-ils décidé de faire partie de la communauté des chrétiens et plus précisément de celle des catholiques ? Pourquoi ont-ils attendu d’être parvenus à l’âge adulte pour passer le cap ? Qui les soutient dans cette démarche ? Autant de questions que nous avons posées au père Tommy Scholtès, porte-parole des évêques de Belgique, mais aussi curé de la paroisse Saint-Joseph à Wezembeek-Oppem. « De nombreux facteurs entrent en jeu. Dans certaines familles, les parents décident d’attendre que leurs enfants soient devenus adultes pour qu’ils puissent décider par eux-mêmes de se faire baptiser ou pas. C’est une façon d’envisager la foi, explique-t-il. Les autres considèrent que le fait d’être chrétien fait partie de leur manière de vivre, que l’on est catholique et que l’on suit les rites religieux dès la petite enfance puisque toute la famille le fait. » Quoi qu’il en soit, l’essentiel pour ceux qui demandent le baptême plus tardivement est d’avoir pu choisir en connaissance de cause.

Un choix de vie
Les catéchumènes qui se feront baptiser en Belgique le week-end prochain viennent de tous les horizons. Parmi eux, on compte près de 60 Bruxellois âgés entre 18 et 68 ans, dont une trentaine d’origine africaine, quelques Vietnamiens et Brésiliens et 25 Européens (dont quinze Belges). Plus d’un quart des candidats sont issus de familles musulmanes ou ont au moins un parent musulman : « Peu convaincus par leur religion d’origine, ils découvrent dans la Bible une source de paix, d’amour, de liberté, avec une cohérence entre théorie et pratique », observe Diane de Talhouët, responsable de catéchèse à l’archidiocèse Malines-Bruxelles. « La religion chrétienne manifeste un Dieu aimant et miséricordieux. La notion d’humanité est très présente », nous explique l’abbé Scholtès. « L’islam est quant à lui une religion culturelle (on est automatiquement musulman, comme chez nous il y a 50 ans), qui ne parle pas de proximité avec un Dieu d’amour et de pardon. » Le cheminement des catéchumènes varie d’une personne à l’autre ; il peut durer un an, voire deux, en fonction du bagage religieux, des origines, du fait d’avoir eu des cours de religion à l’école ou pas… Bon nombre de jeunes issus de familles non chrétiennes ont fait connaissance avec la religion catholique en s’étant dirigés vers des groupes engagés. D’autres au hasard d’une rencontre qui les a marqués, au moment de s’engager dans le mariage ou lors d’un passage dans une communauté monastique ou paroissiale… mais jamais en ayant ouvert la Bible seul dans son coin. La plupart tentent, au travers de la religion chrétienne, de trouver des réponses à leurs questions, voire d’appartenir à une communauté soudée qui, selon les mots de Diane de Talhouët, leur apparaît à la fois comme « un soutien pour ne pas vivre sa foi seul et un lieu de ressourcement ». Les baptêmes des catéchumènes, accueillis par l’évêque de leur diocèse, sont généralement collectifs. Ce jour-là, ils s’engagent pour les trois sacrements de l’initiation, à savoir le baptême, la communion et la confirmation. Si tous leurs cheminements n’auront pas été bâtis sur le même modèle, une chose est sûre : le jour de Pâques, le son du carillon aura pour les nouveaux baptisés la même résonance partout en Belgique.
Le cœur qui parle
« Tous les catéchumènes, généralement en Belgique depuis plusieurs années, ont découvert que la foi chrétienne pouvait les inspirer et leur donner confiance en la vie », nous dit l’abbé Tommy Scholtès. C’est le cas pour Lucie Bicego, 35 ans, sérigraphe belge d’origine espagnole, mariée et mère de deux enfants, qui sera baptisée ce 15 avril à l’église Saint-Nicolas, une paroisse qu’elle affectionne tout particulièrement. Entretien à l’aube du grand jour.
Lucie Bicego.
Qu’est-ce qui vous a amenée à demander le baptême ?
C’est tout un cheminement. Je suis en recherche depuis quatre ans. Mes parents ne sont pas très croyants et j’avais beaucoup de peurs en moi : de la mort, du monde dans lequel on vit, de la guerre… Cela m’a fait réfléchir. Ces peurs m’ont amenée à me poser des questions sur l’au-delà, sur Dieu, la Lumière et toutes ces choses-là. Cela s’est enchaîné. J’ai trouvé beaucoup de réponses à partir de la lecture de la Bible.
Mais on trouve aussi des choses terrifiantes dans la Bible…
C’est vrai, j’avais commencé par l’Ancien Testament et j’y ai trouvé beaucoup de violence, d’interdits et de choses bizarres. Je l’ai refermé. C’était trop violent. Alors je me suis tournée vers les Évangiles. Et là, c’est inexplicable, on commence à lire et on ne peut plus s’arrêter ! J’ai compris pourquoi Jésus était arrivé à ce moment-là, dans le contexte d’une époque qui tournait le dos à Dieu… Dans ma vie, en même temps, j’ai trouvé un emploi à l’Institut de l’Enfant Jésus, une école catholique bruxelloise où il y avait encore deux religieuses. Je leur posais beaucoup de questions. L’une des deux m’a mise en contact avec le père Mario Rosas. J’avais beaucoup d’appréhensions par rapport à l’Église et à l’image qu’elle véhicule. Le souvenir des Croisades me faisait peur aussi. Mais le père Mario comme le père Gilbert sont des gens simples qui respectent toutes les paroles et trouvent des explications par rapport aux textes.
Pourquoi avez-vous choisi l’Église catholique plutôt qu’une autre de la religion chrétienne ?
Je ne me sens pas enfermée dans une branche de la religion plutôt qu’une autre. Je me considère avant tout comme une disciple du Christ.
Vos proches vous ont-ils soutenue dans votre démarche ?
Disons que personne ne s’y est opposé. Au niveau familial, on me taquine à ce propos. Nous ne sommes pas tous de la même confession.

Nombre de catéchumènes se faisant baptiser à Pâques par diocèse (2017)
Liège : 11 – Tournai : 67 – Namur : 20 -
Gand : 19 – Anvers : 10 – Hasselt : 7 -
Bruges : 9 – Malines-Brabant flamand : 8 – Malines-Brabant wallon : 19 -
Bruxelles néerlandophone : 1 – Bruxelles francophone 58 – Total : 229.
Évolution du nombre de catéchumènes pour la Belgique :
2010 : 143 – 2011 : 150 – 2012 : 152 – 2013 : 167 – 2014 : 185 – 2015 : 180 – 2016 : 224 – 2017 : 229.
