
Lettre aux Amis et Bienfaiteurs n° 87 de Mgr Bernard Fellay – 16 avril 2017.
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Chers Amis et Bienfaiteurs,
Il y a cinq cents ans, Martin Luther se révoltait contre l’Eglise,
entraînant à sa suite un bon tiers de l’Europe – ce fut probablement la
perte la plus importante que l’Eglise catholique ait eu à subir durant
son histoire, après le schisme d’Orient de 1054. Il a ainsi privé des
millions d’âmes des moyens nécessaires au salut, les éloignant non d’une
organisation religieuse parmi d’autres, mais bel et bien de l’unique
Eglise fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont il a nié la réalité
surnaturelle et la nécessité pour le salut. Il a complètement dénaturé
la foi, dont il a rejeté les dogmes fondamentaux que sont le saint
Sacrifice de la messe, la présence réelle dans l’Eucharistie, le
sacerdoce, la papauté, la grâce et la justification.
Au fondement de sa pensée,
qui est celle du protestantisme dans son ensemble aujourd’hui encore,
il y a le libre examen. Ce principe revient à nier la nécessité d’une
autorité surnaturelle et infaillible qui puisse s’imposer aux jugements
particuliers, et trancher les débats entre ceux qu’elle a pour mission
de guider sur le chemin du Ciel. Ce principe clairement revendiqué rend
tout simplement impossible l’acte de foi surnaturel, qui repose sur la
soumission de l’intelligence et de la volonté à la Vérité révélée par
Dieu et enseignée par l’Eglise avec autorité.
Le libre examen, érigé en principe, rend non seulement inaccessible la foi surnaturelle qui est la voie du salut (« Celui qui ne croira pas, sera condamné », Mc 16, 16),
mais aussi il rend impossible l’unité dans la Vérité. Il a ainsi établi
en principe l’impossibilité pour les protestants du salut éternel, et
de l’unité dans la Vérité. Et de fait la multiplication des sectes
protestantes ne cesse d’augmenter depuis le XVIe siècle.
Devant un spectacle si
désolant, qui ne comprendrait les efforts déployés maternellement par la
véritable Eglise du Christ pour rechercher la brebis perdue, qui ne
saluerait ses nombreuses tentatives apostoliques pour libérer tant
d’âmes enfermées dans ce principe fallacieux qui leur interdit l’accès
au salut éternel ? Ce souci du retour à l’unité de la vraie foi et de la
vraie Eglise traverse les siècles. Il n’est pas du tout nouveau ; que
l’on considère la prière du Vendredi Saint :
Prions pour les
hérétiques et les schismatiques, afin que notre Dieu et Seigneur les
arrache de toutes les erreurs et qu’il daigne les ramener à notre sainte
Mère, l’Eglise catholique et apostolique.
Dieu tout-puissant et
éternel, qui sauvez tous les hommes et voulez qu’aucun d’eux ne se
perde ; regardez les âmes trompées par la ruse diabolique, afin que les
cœurs de ceux qui errent, ayant déposé toute perversité hérétique, se
repentent et reviennent à l’unité de votre vérité. Par Jésus-Christ
Notre-Seigneur.
Ce langage traditionnel ne
laisse aucune place à la confusion si largement répandue aujourd’hui au
nom d’un faux œcuménisme. Les mises en garde de la Congrégation du
Saint-Office en 1949, à la suite de plusieurs documents pontificaux,
dont le plus important est certainement l’encyclique de Pie XI Mortalium animos (1928),
ces justes mises en garde semblent désormais lettre morte. Pourtant les
dangers de cet irénisme œcuménique, dénoncé par Pie XII dans Humani generis (1950)
sont immenses et gravissimes, car il décourage les conversions au
catholicisme. Quel protestant, voyant louer les « richesses » et
« vénérables traditions » de la Réforme de Luther, éprouverait le besoin
de se convertir ? Et d’ailleurs, le mot même de « conversion » est
actuellement banni du vocabulaire catholique officiel, dès lors qu’il
s’agit des autres confessions chrétiennes.
En outre, cette nouvelle
attitude, faite de louanges pour le protestantisme et de repentances
pour le catholicisme, cause – c’est un constat – la perte de la foi chez
d’innombrables catholiques. Chaque sondage interrogeant la foi des
catholiques montre les ravages que produit cet alignement effarant sur
le protestantisme. Combien de catholiques sont atteints au XXIe siècle
par ce que l’Eglise a condamné, jusqu’au Concile, sous le nom
d’indifférentisme ? Erreur funeste qui affirme que tout le monde est
sauvé, quelle que soit sa religion. Erreur qui s’oppose frontalement à
l’enseignement de Notre Seigneur lui-même et de toute l’Eglise à sa
suite. Pourtant, en dénonçant cette erreur contre la foi catholique
bimillénaire, l’on passe immédiatement pour un fanatique ou un dangereux
extrémiste.
C’est aussi au nom de ce
nouvel œcuménisme qu’a été inventée la nouvelle liturgie. Elle
entretient avec la Cène protestante des rapports tels que plusieurs
théologiens protestants ont pu affirmer la possibilité pour leurs
coreligionnaires d’utiliser le nouveau missel catholique, ainsi Max Thurian
à Taizé. Et pendant ce temps, les enfants de l’Eglise catholique se
voyaient privés des plus beaux trésors de la louange divine et de la
grâce. Dieu merci, Benoît XVI a courageusement déclaré
que la liturgie pluriséculaire n’avait jamais été abrogée, mais –
pendant plus de 40 ans, dans le monde entier – la réforme liturgique
postconciliaire a éloigné des millions de fidèles des églises, car ils
n’y trouvaient plus ce qu’ils attendaient de l’Eglise catholique.
Comment s’étonner dès lors que cet œcuménisme censé promouvoir l’unité des chrétiens ne fasse que bien peu de progrès ?
Mgr Marcel Lefebvre,
dès le Concile, dénonça cette nouvelle façon de procéder avec les
protestants, qui s’abritait sous le nom d’œcuménisme. De fait, ce
vocable très élastique exprime une manière générale de voir et de faire,
introduite dans l’Eglise au moment de Vatican II. Il s’agit d’une
bienveillance affichée envers tous les hommes, d’une volonté arrêtée de
ne plus condamner l’erreur, d’une recherche tous azimuts de ‘ce qui nous
unit’ plutôt que de ce qui nous sépare… Et ce qui aurait dû n’être que
le premier pas d’une démarche vers l’unité, dans le cadre d’une captatio benevolentiæ,
s’est transformé rapidement en une recherche voulue pour elle-même,
devenue sa propre fin ; une quête incessante à la poursuite d’une vérité
indéfinie. Elle s’est alors écartée de sa fin objective : le retour à
l’unité de l’Eglise de ceux qui l’ont perdue. Ainsi le sens du mot
œcuménisme a été changé, le concept d’unité a été modifié, et les moyens
pour y parvenir ont été faussés.
A la clarté traditionnelle
d’une Eglise qui sait être la seule vraie et qui le proclame haut et
fort, s’est substituée une doctrine nouvelle et incertaine – mélange
d’autodénigrement repentant et de relativisme post-moderne (‘nous ne
possédons pas toute la vérité’, par exemple) –, ce qui conduit
actuellement une majorité de catholiques à renoncer à l’affirmation
qu’il n’y a qu’une seule voie de salut, et que nous tenons de
Jésus-Christ lui-même : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6).
On a subrepticement changé
le sens du dogme « Hors de l’Eglise pas de salut » par des idées
confuses, jusqu’à altérer l’affirmation de l’identité de l’Eglise du
Christ et de l’Eglise catholique. Le cardinal Walter Kasper, alors président du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, voyait dans la nouvelle définition de l’Eglise (subsistit in)
ce qui a rendu tout simplement possible l’œcuménisme promu depuis le
Concile. Venant d’une telle personnalité, c’est un aveu de taille, à
prendre au sérieux !
Voilà, en quelques mots,
pourquoi nous ne pouvons pas célébrer dans la joie le 500e anniversaire
de la Réforme protestante. Bien au contraire, nous pleurons cette
cruelle déchirure. Nous prions et œuvrons, à la suite de Notre Seigneur,
pour que les brebis retrouvent le chemin qui les conduira sûrement au
salut, celui de la sainte Eglise catholique et romaine.
Nous prions aussi pour que
soit abandonné bien vite cet irénisme illusoire et pour qu’à sa place
renaisse un vrai mouvement de conversion, tel qu’il existait avant le
Concile, en particulier dans les pays anglophones.
Enfin, en ce centenaire des apparitions de Notre Dame aux trois petits bergers de Fatima,
nous prions également pour que soient entendus les appels de la Très
Sainte Vierge Marie. Elle a promis la conversion de la Russie, lorsque
le Souverain Pontife voudra bien consacrer explicitement ce pays à son
Cœur Immaculé. Redoublons nos prières et sacrifices, afin que la
promesse de la Mère de Dieu devienne réalité, sans tarder.
Qu’elle daigne avec son divin Fils, cum prole pia, vous bénir en ce temps pascal, et nous conduire tous à la béatitude éternelle.
Dimanche de Pâques 2017
+ Bernard Fellay