Les jeux sont-ils faits ? Les sondages placent tous Emmanuel Macron en favori du second tour de la présidentielle avec près de 60 %
des intentions de vote. Mathématiquement, il semble quasi-impossible à
la candidate d’extrême droite de combler son retard. Mais…
Un million de voix d’écart
Marine Le Pen peut-elle réellement refaire son retard ? Sur le papier, la victoire le 7 mai
est presque impossible pour la candidate d’extrême droite. La candidate
du Front National est arrivée deuxième, au premier tour, avec 21,30 % des suffrages exprimés, soit près d’un million de voix derrière Emmanuel Macron (24,01 %). Depuis le premier tour, les sondages publiés tendent à le confirmer : Emmanuel Macron est crédité de plus de 60 % des intentions de vote face à son adversaire. Même si, ce jeudi matin, certains sondages créditent Marine Le Pen de quatre points de plus, alors que le candidat d’En Marche ! ferait le chemin inverse... Politiquement, donc, l’affaire semble entendue. Mais le FN nourrit encore quelques espoirs.
Un seuil de victoire variable selon la participation
En 2012, François Hollande l’a emporté face à Nicolas Sarkozy avec 51,64 % des voix contre 48,36 %. Avec 34,86 millions de suffrages exprimés (environ 75,6 % des inscrits), le nombre de voix nécessaires pour l’emporter était de 17,44 millions environ.En 2017, il y a environ 47,6 millions d’inscrits sur les listes électorales. Selon le sondage d’Ipsos-Sopra Steria réalisé dimanche 23 avril, Marine Le Pen pourrait compter sur : environ 9 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ; environ 4 % des électeurs de Benoît Hamon ; environ 33 % des électeurs de François Fillon.
Si l’on tient compte des scores de ces trois candidats, on obtient donc une réserve de voix d’un peu moins de 10 millions pour Emmanuel Macron (9,9 environ) et d’un peu plus de 3 millions pour Marine Le Pen (3,2 millions).
Même avec l’appui d’électeurs de Nicolas Dupont-Aignan et d’autres petits candidats qui s’orienteraient éventuellement vers Marine Le Pen, ce serait encore trop juste pour permettre à Marine Le Pen de l’emporter.
Peut-elle profiter d’une forte abstention ?
« Avec une participation autour des 50 % (11,9 millions de suffrages requis pour l’emporter), voire inférieure, Marine Le Pen dispose d’un socle électoral qui lui permettrait, en théorie, de faire jeu égal avec Emmanuel Macron. Ce scénario supposerait néanmoins une démobilisation massive en la défaveur du candidat d’En marche !, quand la présidente du FN ferait le plein », selon une enquête Ipsos-Sopra Steria.
Dans un récent entretien accordé à Libération, le chercheur physicien au CNRS, Serge Galam, se méfie des effets de ce qu’il appelle « l’abstention différenciée, phénomène invisible et trompeur » très difficile à prévoir. Mais il explique que « pour une participation globale de 79 % avec 44 % d’intention de vote pour Marine Le Pen, elle obtient une majorité de 50,25 % si la participation pour elle s’élève à 90 % contre 70 % pour son challenger. Ainsi, un différentiel d’abstention de 20 points permet de gagner 6,25 points, et transforme 44 % d’intention de vote en 50,25 % de votes exprimés faisant élire Marine Le Pen. »
Ardu à comprendre, mais il martèle « qu’étant donné une certaine abstention pour Le Pen et une intention de vote inférieure à 50 %, il existe une valeur critique pour l’abstention du challenger à partir de laquelle Le Pen est élue. Ce qui est le plus inattendu est que le différentiel d’abstention ne doit pas être très élevé. »
Quel rôle jouera le « front républicain » ?
Ce front s’est certes fortement étiolé ces dernières années, mais maintient encore le FN à distance. La différence avec 2002, c’est que, cette fois-ci, un grand nombre d’électeurs refusent également de voter Macron.
« Reste à savoir si la fragmentation politique de cette campagne peut accélérer soudainement le processus d’étiolement des irréductibles anti-FN, et nous précipiter, sans aucun avertissement, dans ce qui pourrait être « le grand séisme » du 7 mai 2017 », expliquait encore Serge Gala dans Libération.
Emmanuel Macron commettra-t-il des fautes irréversibles ?
Ces faits ont tout au moins témoigné d’un triomphalisme déplacé, prêtant le flanc aux parallèles bling-bling avec la soirée au Fouquet’s de Sarkozy en 2007. Néanmoins, « même une chèvre battrait Marine Le Pen au second tour », estime Thomas Guénolé. Ce politologue et maître de conférence à Sciences-Po Paris, admet, cependant, qu’elle fera un score beaucoup plus élevé que celui réalisé par son père en 2002.
France « défavorisée » contre France « des élites » ?
« Tout l’enjeu, pour elle est de changer la configuration du second tour. Et de faire que ce ne soit pas un référendum pour ou contre Le Pen, comme en 2002, mais pour ou contre le système, les élites, l’Europe, la mondialisation », résumait, en mars dernier, dans le JDD le président de l’institut Elabe, Bernard Sananès. Celui-ci jugeait la victoire de Marine Le Pen « improbable politiquement » mais « sociologiquement possible », voulant dire à envisager.
Ces derniers jours, son directeur de campagne David Rachline estimait d’ailleurs possible de reformer « les 55 % du non à la Constitution européenne en 2005 ». Sur la ligne anti-UE, le FN espère notamment rallier une partie des électorats de Jean-Luc Mélenchon et de François Fillon. Mais, 70 % des Français resteraient favorables à l’Europe selon un sondage récent. Alors son souhait se concrétisera-t-il dans les urnes ?
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