C’est très largement grâce à la
mobilisation du peuple de droite, déçu par le quinquennat de Nicolas
Sarkozy et inquiet des dérives soixante-huitardes du programme d’Alain
Juppé, que François Fillon a remporté la primaire.
C’est encore ce peuple de droite qui a
sauvé la tête du candidat quand tous les caciques appelaient à le
remplacer et qu’en trois jours, fut organisé un rassemblement monstre au
Trocadéro pour s’opposer aux manipulations du clan Hollande et au
diktat des juges et des médias « bien-pensants ».
Ce peuple de droite ne demandait rien en
échange. C’est sans doute cela qui a troublé les hiérarques.
D’habitude, il y a toujours moyen de « s’arranger » : Tu mets en
veilleuse tel thème un peu gênant, tu fermes les yeux sur telle
turpitude, et je te trouve une investiture aux prochaines régionales.
Là, non. Sens commun et, de façon générale, tous ceux qui, discrètement,
avec abnégation, ont fait la campagne de Fillon, sous des tombereaux
d’insultes – et pas seulement de la part de la gauche –, ne demandaient
rien en échange. Nous (je veux dire, nous, leurs camarades de combat des
grandes manifestations contre la loi Taubira, qui n’étions pas encartés
dans un parti et ne souhaitions pas donner un chèque en blanc à quelque
candidat que ce soit) leur demandions bien de réclamer davantage de
circonscriptions, des clarifications sur tel ou tel point du programme.
Nous leur disions bien que la politique est aussi une question de
rapport de forces et que, si on ne montre pas les crocs de temps à
autre, on n’est pas « calculé » comme disent les politiciens
professionnels, et on ne fait pas avancer ses idées. Nous
pensions même que le meilleur service à rendre au candidat Fillon
aurait été de taper du poing sur la table pour le forcer à choisir :
s’il avait franchement opté pour la ligne Sens commun, il serait
aujourd’hui, probablement, au deuxième tour, tant sont nombreux les
électeurs issus de la Manif pour tous qui ont été excédés par cette
politique de louvoiement permanent et de soumission systématique devant
la bien-pensance de la gauche soixante-huitarde.
Mais non. Obstinément, les militants de
Sens commun faisaient campagne sans rien demander en échange, avalant
des marmites de couleuvres, mais labourant le terrain – dans un parti
devenu un parti de notables, déserté par les militants.
Même la main tendue aux traîtres de
l’UDI n’a pas suffi à les décourager. Même pas la « désinvestiture » de
Xavier Lemoine, le courageux maire de Montfermeil, ou d’Anne Lorne, la
dynamique dirigeante de Sens commun en Rhône-Alpes. Non, ce petit peuple
de droite restait seul à faire la campagne pour des personnes dont il
était visible qu’elles le détestaient et méprisaient ses convictions
profondes.
Le sommet de l’ignominie fut atteint
quand, dans la dernière semaine de campagne, les dirigeants centristes
et juppéistes se permirent de dire qu’une participation de Sens commun à
un hypothétique gouvernement de François Fillon serait une « faute »
(l’expression de Dominique Bussereau, ancien ministre chiraquien). Oui,
oui, une faute, pas simplement une erreur tactique, mais bien une faute
morale ! Comme si, dans la France de 2017, avoir manifesté
contre le nihilisme libertaire, refuser à l’Etat le pouvoir totalitaire
de priver un enfant de son père ou de sa mère, rendait définitivement
infréquentable…
Et, maintenant, ils viennent nous dire que c’est à cause de Sens
commun que François Fillon n’a pas été qualifié pour le second tour !
Chatel prétend que le soutien de
François Fillon à Sens commun (tu parles d’un soutien !) lui a fait
perdre la qualification au second tour. Et M. Estrosi, otage du PS qui
l’a fait élire à la région PACA, appelle carrément à les exclure des
« Républicains », sous prétexte qu’ils ne font pas assez « barrage à
l’extrême droite ».
Alors, entendre des leçons de morale de ces prébendiers qui avaient tous le « trouillomètre à zéro » pendant la campagne, et qui, dans un lâche soulagement munichois, se jettent dans les bras du sieur Macron, de la marionnette de Hollande et Bergé, sans même lui demander la moindre précision sur son programme, est tout simplement insupportable.
Oui, nous le redisons tout net : les
partis politiques ne sont pour nous que des moyens – et pas les
meilleurs – pour faire gagner nos convictions, dont nous croyons
qu’elles sont une condition de survie pour la France.
Les insultes des Estrosi, des Chatel ou des Bussereau laisseront des
traces. Ils pourront, bien sûr, être élus sous l’étiquette « En
Marche ». Grand bien leur fasse ! Mais il est clair qu’il ne faudra plus qu’ils comptent sur les voix de ce qu’ils pensaient être leur « électorat naturel ».
Les élections de 2017 marquent un tournant : désormais
plusieurs centaines de milliers de catholiques de conviction paraissent
voter en fonction de leurs convictions, et sans plus tenir compte des
étiquettes des sectes partisanes. Nous verrons ce que cela
entraînera pour le deuxième tour et pour les législatives, mais il est,
d’ores et déjà, clair que bon nombre des électeurs de premier tour de
François Fillon sont plus proches de Sens commun que de l’UDI, plus
proches de la « ligne Marion » que de la ligne NKM. J’espère
d’ailleurs que certains élus Sens commun franchiront le Rubicon et
diront qu’ils votent pour faire battre Macron au deuxième tour
(j’en connais plusieurs qui le feront dans l’isoloir ; mais il serait
souhaitable, pour la recomposition à venir de la droite, que certains au
moins le disent publiquement). Il y a, en tout cas, fort à parier que
ces profiteurs d’un parti en déroute électorale et idéologique totale
vont payer cher aux prochaines échéances leurs insultes à leurs propres
électeurs. Et ce ne sera que justice…
Directeur du Salon beige
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