L'extrême droite en Europe est-t-elle sur le déclin ?
Chaque matin, l’actualité vue au travers de la
presse étrangère. Aujourd’hui : Les luttes internes au sein des
formations populistes de droite semblent nourrir une baisse de
popularité. A force de brouiller les pistes, l'extrême droite européenne
serait-elle sur le déclin ? Frauke Petry (g) et Marine Le Pen (d)•
Crédits : THOMAS FREY / DPAEvidemment, la question a de quoi surprendre, en particulier, après cette année des plus sombres pour l’Europe, juge THE ECONOMIST,
et alors même que les années 1930, écrit toujours l'hebdomadaire
britannique, sont aujourd'hui dans tous les esprits. Et pourtant, en
France, par exemple, en dépit de sa qualification pour le second tour de
la présidentielle, le score de Marine Le Pen, dimanche dernier, reste
en deçà des prévisions. De sorte qu'après les défaites de Norbert Hofer
en Autriche et de Geert Wilders aux Pays-Bas, plusieurs commentateurs y
voient, déjà, l'amorce du déclin des populistes d'extrême droite en
Europe. Si le score du Front National ne doit, bien entendu, pas être
négligé et même servir d'avertissement, pour autant, son résultat
devrait également contribuer à dissiper le fatalisme qui s'est abattu
sur l'Europe progressiste, analyse THE IRISH TIMES. Autre signal réconfortant, selon IL CORRIERE DELLA SERA,
le weekend dernier, tandis que les français votaient pour le premier
tour de l'élection présidentielle, en Allemagne le parti national
conservateur AfD (dont l'électorat se positionne aux deux-tiers comme
adepte de l’extrême droite) a, lui, perdu sa figure de proue Frauke
Petry. Et pour les plus optimistes des commentateurs, le fait que la
cheffe du parti populiste de droite n’ait pas réussi à s’imposer lors du
congrès de son parti serait à mettre directement en relation avec la
baisse, depuis quelques mois, des intentions de vote en faveur de la
jeune formation en vue des prochaines législatives. L'AfD qui comptait
entre 15 et 20% d’intentions de vote il y a encore six mois, est
aujourd’hui crédité de 9% des voix, après être tombée à 7% début avril.
Au point, se réjouit la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, que le
parti risque désormais de tomber en morceaux. Avec la défaite de sa très
charismatique dirigeante, la formation a pris le risque, en effet,
d’hypothéquer ses chances aux élections, renchérit de son côté le
magazine DER SPIEGEL.
Sauf que si l’avenir de l’AfD semble à présent remis en question, ce
n'est pas parce que les idées qu'il défend auraient moins de prises
aujourd'hui dans l'opinion. En réalité, ce qui divise le parti ce n'est
pas la question de son orientation. Sur le fond, Frauke Petry et ses
opposants, en interne, ont peu ou prou les mêmes opinions. Le discours
nationaliste et xénophobe reste ce qu'il est. Non, ce qui divise le
parti, précise la TAZ, c'est la manière de présenter
ces opinions, sans pour autant perdre la clientèle conservatrice. Là où
Frauke Petry a échoué, c'est parce qu'elle demandait aux délégués de son
parti de prendre position contre les partisans de la ligne dure, qui
nuiraient, selon elle, à l’image de l’AfD. Elle espérait proposer ce
qu’elle appelait « une option réaliste » pour accéder au pouvoir en
2021. En voulant ramener son parti vers une politique du centre, le
constat de Petry pouvait se résumer ainsi, écrit DE VOLKSKRANT
: Tous les partis populistes sont aujourd'hui portés par des outsiders
qui, au nom du citoyen lambda, s’insurgent contre le système politique
établi qui négligerait, selon eux, les préoccupations des électeurs.
Mais dès lors que les populistes entrent dans les jeux du pouvoir, ils
perdent de facto le soutien du noyau dur de leur électorat. Problème :
s'il fut un temps où les chefs populistes étaient fiers de ne rien
proposer d'autre que de la provocation, sur le long terme, cette
attitude n'est plus suffisante, électoralement, dès lors que l'on veut
prendre le pouvoir. Et le phénomène est intéressant car, en réalité, ce que Frauke Petry
entendait défendre (en purgeant les représentants de la ligne dure du
parti) était d'aligner la stratégie de l’AfD sur celle du néo-FN de
Marine Le Pen, en entamant une « dédiabolisation ». Une stratégie qui ne
fait, d'ailleurs, pas l'unanimité non plus aujourd'hui au sein du Front
National. De sorte que pour espérer, sinon battre Emmanuel Macron donné
hyperfavori par les sondages, du moins obtenir un meilleur score que
prévu (plus proche des 45% que des 35%), Marine Le Pen devra choisir
entre deux options, écrit LE TEMPS : Soit poursuivre
ses harangues anti-européennes et maintenir envers et contre tout sa
proposition d’un référendum sur l’abandon de l’euro ; soit revenir sur
les fondamentaux frontistes anti-immigration et identitaire. En clair,
les tensions larvées autour de la stratégie du parti pourraient se
résumer ainsi : l’affrontement entre, d'un côté, la ligne
sociale-souverainiste et, de l'autre, la ligne
conservatrice-identitaire.
Un choix difficile car ni l'une ni l'autre, en réalité, ne semble
aujourd'hui de nature à faire gagner le Front National. Dans cette
campagne, le parti de Marine Le Pen n’a, visiblement, pas su tirer parti
de ses incessantes campagnes hostiles à l’islam, en dépit de la crise
des réfugiés et de la peur du terrorisme. Mais s'agissant, par ailleurs,
de la contestation des politiques menées en Europe, ainsi que de la
contestation démocratique « antisystème », à force d’activer les
clivages liés à la question économique et sociale, tout en mettant en
avant les imperfections de notre démocratie, Marine Le Pen a favorisé
l’audience d’autres candidats, note le magazine SLATE.
Ou dit autrement, Marine Le Pen a été privée du monopole de la
contestation populiste. A défaut de capter un nombre plus important
d’électeurs, il se peut que l’orignal de la critique démocratique et
sociale ait été plus audible que la contrefaçon de droite radicale. Or
ceci est un fait nouveau. Reste à savoir s'il révèle ou non une avarie
dans la stratégie frontiste, condamnant le parti d’extrême droite au
surplace ?