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vendredi 24 janvier 2014

Allemagne : au pays des aveugles, les borgnes sont rois…

Guillaume Duval

Le PIB de l’économie allemande ne s’est accru en 2013 que de 0,4 %, contre 0,2 % en France. Une performance très faible.


L'économie allemande a subi le ralentissement marqué des économies émergentes encore aggravé par la hausse de l’euro vis-à-vis du dollar. Et cela dans un contexte où les politiques européennes prônées par le gouvernement allemand maintiennent l’économie de la zone euro au bord de la récession. Résultat : les exportations allemandes n’ont progressé que de 0,6 % en volume contre 3,2 % en 2012 et le commerce extérieur a, pour la première fois depuis la crise, apporté une contribution négative à l’activité économique à hauteur de 0,3 points de PIB (contre + 0,9 Points en 2012). Mais la demande intérieure n'a pas réellement pris le relais non plus : la consommation ne s’est accrue que d’un maigre 0,9 % tandis que l’investissement reculait lui de 0,8 %. Il faut dire qu’en 2013 les salariés allemands se sont de nouveau remis à perdre du pouvoir d’achat.


En Europe, on s’extasie généralement sur les performances économiques allemandes dans la crise. Pourtant depuis 2008, au-delà même de cette seule très mauvaise année 2013, ces performances n’ont absolument rien eu d’extraordinaire : fin 2013, le PIB allemand ne sera supérieur que de 3 % à ce qu’il était en 2008, alors que celui des Etats Unis aura gagné 5,9 %. Autrement dit : nos fameux champions allemands ont fait deux fois moins bien que les Américains, pourtant handicapés par les fanatiques du Tea Party, pour se redresser après la crise. Rien de bien glorieux. Ils s’en sortent certes nettement moins mal que l’Italie, l’Espagne la Grèce ou le Portugal et un peu moins mal que nous, mais si on admire tant les performances économiques allemandes en Europe c’est surtout parce que, comme on dit, « au pays des aveugles les borgnes sont rois »…

Mais pour l’avenir la question la plus importante est : quelle conclusion vont tirer l'opinion publique et les dirigeants allemands de la mauvaise performance de leur économie en 2013 ? Il y a malheureusement lieu de redouter que ce soient les mauvaises : au lieu d'en déduire qu'il faut (enfin) vraiment relancer la machine en Europe, ils risquent d'en conclure qu'il est urgent que l'Allemagne elle-même se serre aussi davantage la ceinture, restreigne encore les hausses de salaires, renonce à accroître ses dépenses publiques… Bref qu’elle accélère la course vers l'abîme de la déflation dans laquelle l’Europe est déjà bien engagée…

Guillaume Duval