CHRONIQUE
- Après la prise de pouvoir des partis antisystème en Italie,
l'historien et essayiste analyse cette vague politique qui prend
l'Europe comme bouc émissaire. Si le système, c'est la démocratie sans
le peuple, le populisme semble être le peuple sans la démocratie.
D'après lui, seul un rapprochement franco-allemand permettrait à
l'Europe de sortir de l'ornière.
Le système, une démocratie sans le peuple
Cette fois-ci, il sera bien difficile de nier l'évidence. Après le Brexit, après les succès de l'extrême droite en Autriche, en Allemagne, après la résistance déterminée des pays de l'Europe de l'Est à la discipline européenne en matière d'immigration, l'Italie vient de se donner un pouvoir hors système. Partout, même en France, le populisme a le vent en poupe.Certes, le mot est vague, il est discuté, mais ni plus ni moins que tous ceux qui désignent les grands systèmes politiques. Socialisme, démocratie, nation ne sont-ils pas des mots imprécis, au contenu changeant selon les époques et les idéologies?
Essayons pourtant d'établir quelques données simples.
1. Le peuple n'est pas populiste, pas plus que de Gaulle n'était gaulliste ou que le bon Dieu n'est pratiquant. Le populisme est le fait d'élites particulières, en l'occurrence les élites antisystème. À l'intérieur des classes dirigeantes, dit Pareto, si A est l'élite au pouvoir, B ceux qui cherchent à l'en chasser et C le reste de la population, les B s'appuient sur les C avec d'autant plus de chances d'y parvenir que, n'étant pas au pouvoir, leurs promesses ne sont pas soumises à vérification. Le populisme est l'idéologie des B pour obtenir l'appui des C afin de prendre la place des A. Rien de plus. De tels courants deviennent très importants lorsque le système fonctionne mal, autrement dit, quand la démocratie représentative est en crise.
2. Le «système» - en général le système parlementaire -, c'est la démocratie sans le peuple. Le populisme, c'est, le plus souvent, le peuple sans la démocratie. Avec la correction introduite plus haut: dans ce second cas, ce n'est pas, ce n'est jamais le peuple qui gouverne, mais les minorités qui tentent de se légitimer en se réclamant expressément de lui.
3. Il y a un populisme de droite et un populisme de gauche. Mais cette différence de départ est sans grande importance au regard des traits communs: le culte du chef ; la démagogie dans le domaine économique, caractérisée par la fuite ...
Suite et Source