Comment a-t-on pu en arriver à une telle
situation? Il faut prendre en considération de multiples facteurs. A
l'arrière-plan, il y a une crise profonde de la culture qui engendre le
scepticisme sur les fondements mêmes du savoir et de l'éthique, et qui
rend toujours plus difficile la perception claire du sens de l'homme, de
ses droits et de ses devoirs. A cela s'ajoutent les difficultés
existentielles et relationnelles les plus diverses, accentuées par la
réalité d'une société complexe dans laquelle les personnes, les couples
et les familles restent souvent seuls face à leurs problèmes. Il existe
même des situations critiques de pauvreté, d'angoisse ou d'exacerbation,
dans lesquelles l'effort harassant pour survivre, la souffrance à la
limite du supportable, les violences subies, spécialement celles qui
atteignent les femmes, rendent exigeants, parfois jusqu'à l'héroïsme,
les choix en faveur de la défense et de la promotion de la vie.
Tout cela explique, au moins en partie,
que la valeur de la vie puisse connaître aujourd'hui une sorte d'«
éclipse », bien que la conscience ne cesse pas de la présenter comme
sacrée et intangible; on le constate par le fait même que l'on tend à
couvrir certaines fautes contre la vie naissante ou à ses derniers
instants par des expressions empruntées au vocabulaire de la santé, qui
détournent le regard du fait qu'est en jeu le droit à l'existence d'une
personne humaine concrète.» ( §11)