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samedi 19 novembre 2016

« Effet Trump : quel impact sur les taux et la Bourse ? »




Le Cercle des économistes


Outre les effets largement débattus relatifs à l’arrêt de l’immigration et au renforcement des mesures protectionnistes aux Etats-Unis, y aura-t-il un réel effet Donald Trump sur la dynamique des taux d’intérêt et des marchés boursiers ? Valérie Mignon passe en revue les éléments qui vont impacter les prochains mois et prochaines semaines, bien plus loin que les Etats-Unis.

Quels impacts attendre de l’élection de Donald Trump sur la dynamique des taux d’intérêt et des marchés boursiers ? Répondre à cette interrogation nécessite de s’intéresser en premier chef au volet « dépenses publiques » du programme économique de Donald Trump. Celui-ci prévoit le lancement de travaux d’infrastructure à grande échelle, à hauteur d’environ 500 milliards de dollars par an. A cette politique de relance de l’investissement public, s’ajoute la promesse de la mise en œuvre d’importantes réductions d’impôts. Couplés aux mesures relatives au protectionnisme et à l’immigration, tous les ingrédients sont ici réunis pour donner lieu à une reprise de l’inflation et au creusement massif du déficit public américain. Expliquons brièvement les mécanismes en jeu.

Concernant tout d’abord l’inflation, celle-ci trouve sa source dans la hausse des prix à l’importation consécutive à la mise en place des mesures protectionnistes (notamment vis-à-vis de la Chine et du Mexique), ainsi que dans la croissance des salaires provenant du coup d’arrêt à l’immigration. De son côté, le déficit public résulte de la conjugaison de l’augmentation des dépenses publiques et de la diminution des impôts. De la combinaison de ces deux effets découle sans surprise la hausse des taux d’intérêt américains, d’ores et déjà à l’œuvre.

Cette dernière ne se limite toutefois pas qu’aux Etats-Unis et se propage à l’ensemble des pays. Il n’est, par exemple, qu’à observer l’augmentation récente des taux obligataires en France (en particulier le taux des obligations assimilables au Trésor à 10 ans récemment passé à plus de 0,8%), qui peut évidemment agir comme un frein à la reprise en cette période du cycle économique, et impacter lourdement le marché immobilier si cette hausse s’inscrit dans la durée. Au-delà des pays développés, la contagion s’exerce aussi vers les pays émergents, déjà fortement endettés, accentuant fortement leurs difficultés. Il paraît difficile de se prononcer aujourd’hui précisément sur les impacts et la durabilité de cet accroissement des taux longs américains, mais il ne fait guère de doute que la mise en place du programme de grands travaux et la relance budgétaire nécessiteront d’être accompagnés par une telle dynamique haussière afin de maîtriser l’inflation.

S’agissant de l’impact sur les marchés boursiers, ces derniers, après avoir subi une correction à la baisse à très court terme, ont affiché une très nette tendance à la hausse suite à l’élection du nouveau Président américain. Cette dynamique haussière, contraire aux attentes, s’explique par les impacts espérés en termes de consommation, de croissance et d’emploi de la relance de l’investissement public et de la diminution des impôts, ainsi que par un assouplissement de la régulation financière. Les marchés ont depuis subi un léger repli suggérant que, cette période d’euphorie passée, la place est désormais aux incertitudes et aux doutes des investisseurs quant à la faisabilité du programme économique de Donald Trump.

Valérie Mignon
Professeur d’économie à l’Université Paris Ouest
Directrice d’EconomiX et Conseiller scientifique au CEPII.