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mardi 6 mai 2014

Le cordon sanitaire du libéralisme



Le cordon sanitaire du libéralisme
 
 Tomislav Sunic
 
Ceci est une version abrégée du discours donné à Los Angeles le 6 juillet 2013 par le Dr. Sunic devant des membres de l’American Freedom Party. Le docteur Tomislav (ou Tom) Sunic est un ancien professeur de sciences politiques, ainsi qu’un ancien diplomate. Il est également membre du conseil de l’American Freedom Party. Il est l’auteur de nombreux livres dont Homo americanus. Rejeton de l’ère postmoderne (2007, version française en 2010 aux Éditions Akribeia). La traduction a été réalisée par la Fédération des Québécois de souche. La rédaction d’Europe Maxima rectifie quelques petites erreurs factuelles de l’intervenant qui ne nuisent pas à la globalité du texte de l’ami Sunic.


À première vue, il semble que de lancer un parti nationaliste ou même de droite sociale en Europe est relativement facile, du moins plus qu’aux États-Unis où le bipartisme est la règle d’or. Mais il y a souvent des pièges électoraux et juridiques en Europe, sans mentionner le puissant impact de l’idéologie de la rectitude politique qui empêche les partis nationalistes européens d’avancer dans le système politique. Contrairement aux États-Unis, les vingt-huit nations membres de l’Union européenne ont un bon nombre de partis nationalistes, plusieurs d’entre eux ont même des élus au niveau national, local ou européen, mais le nombre de leurs élus est presque négligeable et leurs voix ne se font pas entendre.

L’avantage du processus électoral européen est le système de représentation proportionnelle, commun à tous les pays membres de l’Union européenne. En pratique, cela signifie que peu importe s’il est gros ou petit, le parti se voit assigner des sièges au parlement, conseil municipal au niveau local en fonction du pourcentage obtenu lors du vote. Donc, si un parti obtient 5 %, 10 % ou 30 % des votes, en théorie il se verra attribuer 5 %, 10 % ou 30 % des sièges d’un parlement national ou d’un conseil municipal.
Ça semble bien, mais la réalité est différente. Ainsi, le Front national en France a une solide base électorale représentant environ 15 % des citoyens français. Curieusement, il n’a que deux élus à l’Assemblée nationale et deux membres au Parlement européen [N.D.L.R.E.M. : en fait, ils sont trois], un gigantesque organe législatif de style soviétique situé à Strasbourg et qui compte plus de 750 chaises des plus confortables. Les choses vont encore mieux en Autriche pour le F.P.Ö. (Parti de la Liberté), qui a plus de trente députés au Parlement local. Même chose pour le Vlaams Belang en Belgique, qui reçoit l’appui d’environ 10 % et 30 % des électeurs belges et flamands respectivement. Même chose en Grèce avec le parti Aube dorée qui récolte plus de 7 % des voix et qui compte dix-huit élus à l’Assemblée grecque, en plus d’un élu au Parlement européen [N.D.L.R.E.M. : l’intervenant confond Aube dorée qui n’a aucun élu au Parlement européen de la mandature 2009 - 2014 et les deux députés européens du L.A.O.S. (Alerte populaire orthodoxe) qui n’existe presque plus]. Le meilleur résultat va au parti hongrois Jobbik, qui reçoit entre 20 % et 30 % des votes hongrois et qui détient plus de quarante sièges au Parlement hongrois.

À l’exception des bons résultats de Jobbik en Hongrie et d’Aube dorée en Grèce, ainsi qu’une popularité locale, tous les partis nationalistes d’Europe attirent constamment de l’attention négative et sont toujours menacés d’interdiction. De plus, les chances pour la formation d’un gouvernement nationaliste en Europe sont pour le moment quasiment nulles.

Le cordon sanitaire imposé aux partis nationalistes

La représentation proportionnelle a ses inconvénients. Il est souvent inévitable, pendant les élections parlementaires ou présidentielles, que deux tours soient requis pour pouvoir déclarer un vainqueur. Presque aucun des partis, peu importe son idéologie, ne peut obtenir une majorité absolue, ce qui signifie 51 % des voix au premier tour. C’est certainement vrai pour les petits partis nationalistes qui sont peu populaires dans les sondages et qui sont plutôt contents s’ils peuvent obtenir le fameux 5 % de vote qui leur permet d’entrer au Parlement. À l’opposé, d’insignifiants partis à la gauche de l’échiquier politique, qui n’auraient aucune possibilité électorale si laissés à eux-mêmes, sont souvent à la remorque des partis de gauche libérale lors des élections. S’ils réussissent à se faire élire, ils font une entente avec leur maître électoral. Donc, un petit parti de gauche, même s’il n’a qu’un pour cent des intentions de vote, peut s’assurer d’un siège ministériel avec le nouveau gouvernement de coalition s’il est libéral ou social-démocrate. On se renvoie l’ascenseur. Les gouvernements de coalition sont communs en Europe et, règle générale, sont un étrange mélange de partis conservateurs ou socialistes, où tout le monde tente de s’assurer d’une belle visibilité au sein du système.

Cette façon de se mettre à la remorque d’un gros parti est totalement interdite aux petits partis de droite européens. Les partis conservateurs ne forment jamais de coalition avec les partis nationalistes. En terme d’idéologies, tout comme avec les républicains et les démocrates, les partis conservateurs européens deviennent de plus en plus des copies conformes de leur supposés adversaires idéologiques qu’ils s’appellent « sociaux-démocrates », « libéraux » ou « chrétiens démocrates ». Situation semblable aux « républicrates » américains.
Ce processus de « neutralisation » de la politique qui est présentement en cours en Europe fut prédit par le théoricien Carl Schmitt il y a près d’un siècle. Ce processus vise particulièrement à réduire la visibilité des partis nationalistes d’Europe, même lorsqu’ils réussissent à s’introduire au Parlement. C’est ce qu’on appelle le « cordon sanitaire », une pratique introduite par les grands partis il y a de cela bien longtemps. La seule exception récente à cette règle fut le gouvernement de coalition formé par les conservateurs chrétiens du Parti populaire en Autriche qui, en 2000, même s’il n’avait pas atteint une majorité absolue, avait décidé de former une coalition avec le parti nationaliste de Jörg Haider, chef du Parti de la Liberté. Il y eut immédiatement un cri de protestation émanant du reste de l’Europe. Israël exigea le boycott de l’Autriche et menaça de retirer son ambassadeur. L’Autriche dût subir un embargo commercial durant quelques années.

L’interdiction de former une coalition avec les partis nationalistes est une loi non-écrite qui date de 1945. Par exemple, le parti nationaliste flamand de droite Vlaams Belang a un électorat très important. Mais, étant catalogué comme « parti raciste », les autres partis conservateurs belges et flamands sont morts de peur à l’idée de former une coalition avec celui-ci. Donc, pour gagner en respectabilité et pour obtenir une pointe de la tarte budgétaire, il y a dix ans, le Vlaams Belang changea sa plate-forme, son langage et même son nom. C’est une erreur majeure que plusieurs partis, organisations, activistes et intellectuels nationalistes européens et américains font lorsqu’ils croient que s’ils modèrent leur discours, écrivent quelques avertissements antifascistes ou disent quelque chose de gentil sur Israël, ils s’éviteront les quolibets de « fascistes », « racistes » et « antisémites ». Cette technique ne les a pas aidés jusqu’à présent.

La démocratie libérale : un mélange de fraude et de corruption

Le problème avec le système de représentation proportionnelle est qu’il engendre d’innombrables sectes politiques et crée un climat de clientélisme, de corruption, de népotisme et de copinage. Il y a une telle myriade de petits partis en Europe que les citoyens sont dissuadés d’aller aux urnes, car ils ne savent plus qui choisir. Pourquoi voteraient-ils pour un petit parti nationaliste qui va perdre de toute façon ? C’est le fondement de la démocratie parlementaire si encensée. Ce « meilleur des mondes possibles », cette soi-disant « démocratie parlementaire », permet à des douzaines de partis politiques de se battre dans l’arène. Mais c’est le système le plus approprié pour briser la volonté du peuple et un sens de cohésion ethnique.

Au cours de la dernière décennie, plusieurs partis nationalistes (principalement les partis les plus gros et les plus « modérés » comme le Vlaams Belang en Belgique, le Parti de la Liberté en Autriche et le Front national en France) ont changé leur discours, sont devenus plus dociles, plus philosémites et ont souvent abandonné leur plate-forme initiale pour obtenir leur part du gâteau.

En France, la politique de refuser de former une coalition avec le Front national a mené à une exclusion quasi-totale de ses représentants de l’Assemblée nationale. Juste avant les élections de mai 2012, Marine Le Pen, chef du Front national, était en troisième place dans les sondages, mais restait derrière les deux autres gros compétiteurs, le candidat socialiste François Hollande et le président « conservateur » Nicolas Sarkozy. Au second tour des présidentielles, où Hollande affrontait Sarkozy, plusieurs conservateurs, des électeurs de la haute bourgeoisie déconnectée votèrent pour Hollande, lui assurant un mandat présidentiel clair. Plusieurs électeurs du Front national ne se rendirent pas aux urnes au second tour, car il n’y avait plus de candidat nationaliste dans l’arène.
C’est la même chose pour le B.N.P. britannique. Le B.N.P. a été exclu de toutes les ententes de coalition. Lorsque deux candidats du B.N.P. furent élus au Parlement européen lors de l’élection de 2009, le gouvernement britannique annonça qu’il leur couperait les fonds.

Les problèmes ne s’arrêtent pas là. Il y a trois sous-ensembles de partis nationalistes. Ils ne se distinguent pas beaucoup au niveau de leur idéologie, mais plutôt au niveau des tactiques et méthodes et de l’égo. On peut observer ce phénomène en Italie en 2001, avec l’opportuniste Gianfranco Fini, le futur ministre des Affaires étrangères du gouvernement conservateur de Silvio Berlusconi. Jusqu’au milieu des années 90, Fini était un membre important du M.S.I., parti fasciste italien. Néanmoins, dix ans plus tard, dans sa nouvelle carrière politiquement correcte et après être devenu un homme du système, il n’hésita pas à se coiffer de la symbolique kippa lors de son rituel d’initiation à Yad Vashem.

Gardons en tête que les partis nationalistes, même lorsqu’ils sont représentés dans les institutions européennes, n’ont pas le même programme. Certains sont plus enclins au compromis, d’autres non. En fait, très souvent ils sont à couteaux tirés, comme c’est le cas entre les nationalistes d’Europe de l’Est. Le récent conflit tragique entre les nationalistes serbes et croates parle de lui-même.

En général, les partis nationalistes en Europe peuvent être divisés en trois groupes ou catégories, chacun étant plus ou moins lié avec les autres groupes, mais plus souvent qu’autrement en guerre d’égos avec d’autres personnalités des autres sous-groupes. Nous avons ainsi :

— Les « modérés » : l’Alliance européenne pour la liberté (le F.P.O. en Autriche, le F.N. en France et le Vlaams Belang en Belgique);

— Les moins « modérés » : l’Alliance européenne des mouvements nationaux (le Jobbik, le B.N.P.);

— Les plutôt « radical » : le Front national européen (Parti national-démocrate d’Allemagne, Aube dorée grecque, la Nouvelle Droite roumaine et Renaissance national de la Pologne). De ce bloc nationaliste « radical », le seul parti à avoir obtenu des sièges au Parlement national est Aube dorée, ce qui cause de nombreux maux de tête aux scribes et politiciens du système en Europe et en Amérique.

Les nationalistes américains ont un avantage considérable sur les nationalistes européens : ils ne sont pas divisés par des querelles de clochers, par des guerres antérieures et de la victimisation conflictuelle. De plus, les Blancs américains constituent encore un arsenal potentiel d’électeurs de deux cents millions, qu’ils se considèrent être des Blancs « implicites » ou « explicites ». Avec la chute prochaine du système, plusieurs devront assurément devenir des Blancs très explicites s’ils veulent rester ce qu’ils sont d’un point de vue culturel et identitaire.
 
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