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jeudi 15 décembre 2016

Osez le féminisme : non à Miss France… rien sur l’éviction des femmes à Sevran


L’association Osez le féminisme occupe, depuis quelques jours, l’espace médiatique. Proprement révoltées, elles montent au créneau, accusant sur toutes les radios, fustigeant dans tous les journaux… un scandale d’une actualité prégnante, puisqu’il date de 1920 : le concours de Miss France. Ouh la la, ça, c’est osé. 

Selon elles, il représente « la ringardise la plus vive ». « Le plus problématique est que le concours Miss France ultra-médiatisé impose des stéréotypes physiques irréels, sans compter le culte de la pureté avec des concurrentes sans petits amis », dit Claire Serre-combe. Le topless, les piercings, les tatouages y sont, par ailleurs, interdits. Une de ses camarades de lutte dénonce, quant à elle, des filles « ayant toutes les cheveux longs ». Drôlement « problématique »

Mais bien moins problématique que leur aveuglement sélectif. Nos féministes sont presbytes : elles voient le sexisme de loin – au fond des âges, le machisme-fossile occidental – mais pas de près. Celui qui nous tombe actuellement sur le coin du crâne les laisse de marbre. 

Elles tirent au canon de 12 sur le concours de Miss France, mais jamais sur les agences de mannequins, infiniment plus avilissantes pour la femme. 

Il est vrai que « Miss » et « France » sont deux mots, par essence, chlinguant la réacosphère. Et ne parlons pas du « culte de la pureté », qui sent son couronnement de rosière. Et pourtant si, en plus, les miss avaient la cuisse légère, ce défilé de jeunes pouliches n’aurait plus rien d’un concours esthétique mais tout d’un casting d’escort-girls. Ce que préférerait Osez le féminisme ? 

Sans doute ce concours très populaire, qui met en avant la beauté physique, pousse-t-il les jeunes filles à la superficialité, sans doute peut-on ricaner de ces donzelles droit sorties d’une boîte de Barbie – a-t-on déjà vu dans la vraie vie quiconque se promener en maillot de bain sur la plage avec un diadème et des talons aiguilles ? – dénonçant la guerre, le cancer et la faim dans le monde sans jamais se départir de leur sourire Ultra Brite.

Mais est-il grave qu’au fin fond de la Lorraine, la petite lycéenne en CAP dotée d’un joli minois rêve de présenter, un jour, comme Sophie Thalmann, une émission à la télé, chacun, après tout, ayant le droit de faire fructifier honnêtement ses talents ? 

Sans doute les Miss France sont-elles jeunes, mais elles sont majeures et vaccinées. Sans doute sont-elles bien roulées, mais elles ne sont pas anorexiques. Elles sont dotées de courbes féminines et « de cheveux longs », car héritières d’une époque qui aimait l’altérité des sexes. Ce sont, aujourd’hui, des couturiers n’aimant guère le corps des femmes qui cherchent à en faire, par des régimes excessifs, des planches à pain hermaphrodites, comme le raconte l’ex-mannequin Victoire Dauxerre dans Jamais assez maigre, livre qui n’a rencontré auprès des féministes qu’une indifférence polie. Ce sont eux qui, pour les mêmes raisons, dénudent sur les affiches des fillettes à peine nubiles auxquelles, évidemment, aucune femme faite ne parvient à ressembler. 

Elle crachent sur le concours de Miss France mais n’ont pas réagi – silence absolu d’Osez le féminisme, tant sur leur site que sur les réseaux sociaux – à l’éviction des femmes de certains lieux publics, démontrée par le reportage récent de France 2 à Sevran. L’info a dû leur échapper. Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, n’a pas non plus moufté. On ne peut pas tout regarder à la télé, hein ? Et si les filles veulent boire un café, elle n’ont qu’à acheter un Nespresso et arrêter de nous embêter. 

 Gabrielle Cluzel

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